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A travers le destin de Mohammed V, sultan puis roi du Maroc de 1927 à 1961, c'est l'histoire singulière de la décolonisation du royaume chérifien qui est racontée.
Réalisé par : Jean-Louis Perez, Anna Breteau
Réalisé par : Jean-Louis Perez, Anna Breteau
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00:18Dans la douceur de l'hiver marocain, l'hôtel Enfa est sous haute surveillance.
00:32Roosevelt, Churchill et de Gaulle, accompagnés du général Giraud, se retrouvent pour coordonner les opérations militaires en Europe contre l
00:42'Allemagne nazie.
00:54En coulisses, le Maroc, alors colonisé par la France, s'apprête de son côté à jouer une toute autre partie.
01:07A l'issue des discussions, Roosevelt, fervent défenseur de l'émancipation des peuples, invite à dîner le sultan Mohamed Ben
01:16Youssef, futur Mohamed V.
01:23Sur la photo, de Gaulle, qui a dû quitter le pays, brille par son absence.
01:33Cette rencontre imprévue dérange les autorités françaises.
01:42Pour la première fois, le sultan marocain, habituellement sous stricte surveillance, s'installe à la table des grands.
01:56Dans les rues de la Ville Blanche, une rumeur se répand.
02:01Le président des États-Unis soutiendrait l'indépendance du Maroc.
02:11Mohamed Ben Youssef ne s'était pourtant jamais exprimé sur ce sujet interdit.
02:20Ce soir-là, s'ouvre une ère nouvelle pour le jeune sultan marocain et son peuple.
02:51Mohamed Ben Youssef n'a jamais rien connu d'autre que la présence française au Maroc.
03:03Descendant de la dynastie alawite, qui règne sur le pays depuis le XVIIe siècle,
03:08il est le troisième fils du sultan Mouleh Youssef.
03:16A la mort de son père, en 1927, le jeune homme d'à peine 18 ans est choisi par les
03:22autorités françaises pour lui succéder,
03:25même s'il n'est pas l'aîné de la famille.
03:34Le nouveau sultan accueille comme un fardeau ce pouvoir auquel personne ne l'avait préparé.
03:45Timide, supposé malléable, il rassure Paris.
03:59Au sein de l'empire colonial français, le protectorat au Maroc est longtemps passé pour un modèle de réussite.
04:13Cette belle image doit beaucoup à l'action de son fondateur, Hubert Lyoté.
04:24Le militaire s'efforce de présenter ce régime comme une colonisation douce,
04:29respectueuse des populations locales et de leurs traditions.
04:43Cette vision est définie clairement par le traité de Fès, signé en 1912.
04:55Le texte officialise la présence française sur tout le territoire marocain,
05:00à l'exception de deux zones espagnoles, au nord et au sud,
05:04et d'une enclave internationale à Tangier.
05:19Contrairement à l'Algérie, le pays ne devient pas un département français,
05:23et les Marocains conservent leur nationalité.
05:31L'idée est habile.
05:36Le royaume shérifien sous tutelle garde une forme d'autonomie.
05:43Lyoté, nostalgique de la monarchie française,
05:47maintient la dynastie halawite sur le trône,
05:49et s'engage à respecter l'autorité religieuse du sultan,
05:54descendant direct du prophète et commandeur des croyants.
06:04Officiellement, cette figure morale et symbolique
06:06garde aussi un droit de regard sur les affaires intérieures du pays.
06:14Mais Paris, représenté par un résident général,
06:18gère désormais seul les affaires extérieures.
06:27Grâce à cette colonisation équilibrée en apparence,
06:31les Français entendent exploiter les nombreuses ressources du Maroc,
06:35notamment les terres agricoles et les mines de phosphate.
06:44Après l'Algérie en 1830,
06:47la Tunisie en 1881,
06:49l'avènement du protectorat marocain en 1912,
06:53achève l'implantation de la France en Afrique du Nord.
07:05Au Maroc,
07:07où quelques centaines de Français sont déjà venus tenter l'aventure,
07:10depuis la fin du XIXe siècle,
07:13Lyoté souhaite désormais n'attirer que des élites.
07:23Dès les premières années,
07:2650 000 colons traversent la Méditerranée.
07:31Ils sont issus des secteurs de la santé,
07:34de l'urbanisme et des travaux publics.
07:45En ce début de XXe siècle,
07:48le voyage a pour eux un parfum d'exotisme
07:50et surtout une promesse d'enrichissement.
08:01C'est un pays essentiellement agricole.
08:23C'est un pays essentiellement agricole.
08:23C'est un pays essentiellement agricole.
08:30Une grande majorité de Marocains
08:32vit alors en territoire rural.
08:51Leurs systèmes d'irrigation ne sont pas développés.
08:58Les machines inexistantes.
09:13Les colons apportent avec eux
09:15de nouvelles techniques,
09:16augmentant les rendements.
09:30Mais ils s'approprient aussi les meilleures terres,
09:34reléguant certains anciens propriétaires marocains
09:36aux statuts d'ouvriers agricoles.
09:48Dans les villes,
09:50la cohabitation entre les deux populations
09:52n'est pas non plus équilibrée.
09:58Les principales communes sont scindées en deux.
10:05D'un côté, les Médinats,
10:07quartiers anciens où vivent les Marocains.
10:12De l'autre,
10:14de nouvelles zones destinées aux Européens,
10:16construites dès 1920.
10:27Des immeubles flambant neufs y sortent de terre,
10:31dotés d'eau courante et d'électricité.
10:37Un confort coûteux
10:39que l'administration coloniale refuse d'installer
10:42dans les Médinats.
10:57Deux mondes
10:58qui ne prient pas le même Dieu,
11:00ne jouissent pas des mêmes progrès
11:02et ne se rencontrent pas.
11:10Mais les plumes officielles de l'Hexagone
11:12s'emploient à terre ces inégalités
11:14en imposant la fable
11:16du colonisateur humaniste.
11:21Voici le bienfait
11:22que les hommes du Protectorat
11:24apportent jusqu'ici.
11:26Ce que le ciel ne dispensait
11:27qu'avec parcimonie aux hommes de ce pays,
11:30les Français vont le lui donner.
11:32Le génie des ingénieurs
11:34a eu raison d'une nature opinière.
11:36L'eau arrive.
11:41Sans retenue,
11:43les commentaires paternalistes
11:44transforment la tutelle
11:46en privilèges.
11:49C'est une émoune
11:50que pour les travailleurs des phosphates,
11:52on a construit des villes entières
11:54pour permettre aux populations
11:55de vivre convenablement
11:56à proximité de leur travail.
12:06En réalité,
12:08la colonisation douce
12:10est une fiction.
12:18Loin de ce qu'il avait affiché,
12:21Lyoté n'hésite pas
12:22à mater toute forme
12:23de contestation
12:24de la présence française au Maroc.
12:40En 1912,
12:41ces troupes massacrent
12:43les populations à Fès
12:44et dans d'autres villages du pays
12:45qui avaient osé se révolter.
12:55Dans les années suivantes,
12:56les guerres dites
12:58de pacification,
12:59notamment dans le nord du pays,
13:01sont d'une violence inédite.
13:11La guerre du Rif,
13:13région partagée
13:14entre la France et l'Espagne,
13:15voient les deux armées coloniales
13:18s'allier contre les tribus berbères,
13:20particulièrement hostiles
13:21à la présence européenne.
13:31Utilisant l'artillerie lourde,
13:33ce conflit colonial
13:34d'un genre nouveau
13:35provoque des dizaines
13:37de milliers de morts.
13:54avec Mohamed Ben Youssef non plus,
13:57les Français ne respectent pas
13:58leurs engagements.
14:02Il cantonne le sultan
14:04à un rôle de représentation,
14:07à l'occasion de fêtes religieuses
14:09ou de visites
14:11soigneusement préparées.
14:22Surtout,
14:23les autorités contraignent
14:24Sidi Mohamed
14:25à signer chacun des décrets
14:27qui lui sont présentés.
14:37Une méthode de la main de fer
14:39qui va bientôt
14:40atteindre ses limites.
14:47En 1930,
14:50la promulgation
14:51d'une nouvelle loi
14:52met le feu aux poudres.
14:57Dans un décret
14:59appelé
14:59le Daïr Berbère,
15:01le protectorat,
15:02échaudé par la révolte
15:04dans le Rif,
15:05annonce la séparation
15:06de la communauté berbère
15:07du reste de la population.
15:15En soustrayant
15:16ces tribus réputées rebelles
15:18à l'autorité religieuse
15:19du sultan,
15:20les Français
15:21entendent mieux
15:22les contrôler.
15:24Comme il l'a toujours fait,
15:27Mohamed Ben Youssef
15:28s'exécute
15:29et signe.
15:36Mais le Daïr Berbère,
15:38perçu comme une menace
15:40à l'unité du royaume,
15:42déclenche une colère inédite
15:43au sein du peuple marocain.
15:52Ce mécontentement
15:53est un terreau fertile
15:55pour l'émergence
15:56d'un mouvement nationaliste.
15:59Il est incarné
16:00par des figures
16:01comme Alal El Fassi
16:02ou Mohamed Ouazani
16:05ou encore
16:06Ahmed Balafrej.
16:09Tous décidés
16:10à prendre en main
16:11le destin
16:12de leur pays.
16:16Des partis politiques
16:18vont bientôt voir le jour,
16:20notamment celui
16:21de l'Istiklal,
16:22indépendance
16:23en arabe.
16:28Face à cette agitation,
16:30les autorités françaises
16:32s'inquiètent.
16:35D'autant plus
16:36qu'en 1934,
16:38l'Ioté,
16:39principal artisan
16:40de la colonisation marocaine,
16:41s'éteint.
16:45C'est la fin d'une époque.
16:51Le sultan,
16:52lui,
16:53observe muet
16:54les bouleversements
16:55à l'œuvre
16:56dans son pays.
17:00Serait-ce le moment
17:01d'affirmer plus clairement
17:02sa place de monarque ?
17:14Quelques années plus tard,
17:15dans ce contexte politique,
17:17le dîner improvisé
17:18avec Roosevelt
17:19et Churchill
17:20à Casablanca
17:21marque un tournant inédit
17:23dans le règne
17:23de Sidi Mohamed.
17:31Il n'est plus
17:32le jeune homme docile,
17:33précipité sur le trône
17:34malgré lui.
17:39À 34 ans,
17:41il incarne désormais
17:43l'avenir
17:44de son peuple.
17:49Des rêves d'émancipation
17:52se répandent
17:53dans la société marocaine.
17:58Le 11 janvier 1944,
18:01les principaux chefs
18:02de file des mouvements
18:03nationalistes
18:03publient un manifeste
18:05réclamant pour la première fois
18:07l'indépendance.
18:21Dans cette atmosphère électrique,
18:23le sultan,
18:24en visite dans le nord du pays,
18:26est accueilli
18:27par une incroyable
18:28liesse populaire.
18:41Devant ces sujets
18:43venus l'acclamer,
18:44il crée la surprise
18:46et défie ouvertement
18:48les autorités françaises.
18:53dans le discours
18:55de Tanger,
18:56devenu historique,
18:58Ben Youssef
18:58parle d'oppression,
19:00évoque
19:00la gloire passée
19:01du Maroc.
19:04Il rend hommage
19:06à la Ligue des Pays Arabes,
19:08alliance de nations
19:09pour la plupart déjà libres,
19:10comme l'Égypte.
19:17L'allusion à peine voilée
19:19à l'hypothèse
19:20d'une indépendance marocaine
19:22méduse
19:23les Européens.
19:29Le règne de Sidi Mohamed
19:31vient de basculer.
19:45Avec la complicité
19:46de plus en plus manifeste
19:48de leurs souverains,
19:49les indépendantistes
19:51passent à l'action.
20:00En 1952,
20:03pour soutenir
20:03les nationalistes tunisiens
20:05dont le leader
20:05Farad Hached
20:06vient d'être assassiné
20:08par des Français,
20:11l'Istiklal
20:12appelle à une grève générale
20:14au Maroc.
20:22À Casablanca,
20:24des émeutes antifrançaises
20:26causent de nombreux dégâts.
20:33la répression
20:35est immédiate.
20:40Armées et police
20:41ouvrent le feu
20:42sur les manifestants.
20:46Entre 100 et 300 personnes
20:48sont tuées.
20:59Le pouvoir colonial
21:01qui entend faire des exemples
21:03multiplie les arrestations.
21:17Les autorités françaises
21:20demandent à Sidi Mohamed
21:21de condamner les émeutiers.
21:27son refus,
21:29aveu de soutien
21:30aux nationalistes,
21:31relève de l'inacceptable
21:32pour la résidence générale.
21:40D'autant plus que le souverain
21:42est entré en résistance.
21:45Il a entamé
21:46une grève du Sceau,
21:48refusant régulièrement
21:49de signer les Daïrs,
21:51décrets imposés
21:52par la France.
21:58Toute l'administration
21:59du pays
22:00s'en trouve paralysée.
22:05Ce sultan
22:06devenu trop récalcitrant
22:08exaspère
22:08le résident général
22:10Augustin Guillaume.
22:15Il va dès lors
22:15chercher un moyen
22:16de s'en débarrasser.
22:22À son entrée
22:23dans le port de Casablanca
22:24par les salves
22:25des batteries côtières,
22:26le général Guillaume,
22:27le résident général de France
22:28reçoit l'offrande symbolique
22:29du lait et des dates.
22:30Hommage de bienvenue
22:31aux représentants de la France.
22:32Le français
22:33trouve l'allié
22:34idéal
22:34en la personne
22:35du pacha
22:36Tami el-Glaoui.
22:41Riche et puissant
22:42gouverneur
22:42de Marrakech,
22:44ce dernier
22:44s'oppose vigoureusement
22:46à la proximité
22:46du sultan
22:47avec les indépendantistes.
22:53Soucieux
22:53de maintenir
22:54ses privilèges
22:55garantis
22:55par le protectorat,
22:56il fomente
22:57un complot
22:58contre Mohamed
22:59ben Youssef.
23:03Au cœur
23:03de l'été
23:041953,
23:06el-Glaoui
23:06rassemble
23:07des religieux,
23:08des chefs
23:08de tribus
23:09et ceux
23:10des grandes familles
23:11influentes.
23:12Une grave crise
23:13intérieure
23:14vient d'éclater
23:14au Maroc.
23:15Répondant
23:16à l'appel
23:16du Glaoui,
23:17pacha de Marrakech,
23:18ils se sont rassemblés
23:19devant le palais
23:20du pacha.
23:21Avec l'accord
23:22des Français,
23:24ils poussent
23:24Ben Arafat,
23:25cousin éloigné
23:26de Mohamed
23:26ben Youssef,
23:28à monter
23:28sur le trône.
23:33Le 25 août,
23:35au milieu
23:35de l'après-midi,
23:36Augustin Guillaume,
23:37accompagné
23:38d'hommes en armes,
23:39fait irruption
23:40dans le palais
23:40du sultan
23:41à Rabat.
23:44Ben Youssef
23:45est pris
23:46au piège.
23:53Accompagné
23:54de son fils aîné
23:55Hassan,
23:57rejoint
23:57par ses nombreuses
23:58concubines
23:58et le reste
23:59de sa famille,
24:00le sultan
24:01est conduit
24:01sans ménagement
24:02à l'aéroport.
24:12Pendant
24:12toute la durée
24:13du vol,
24:14il n'a
24:14aucune information
24:15sur sa destination.
24:20Sidi Mohamed
24:21est persuadé
24:22que les Français
24:23veulent l'éliminer.
24:32L'avion
24:33atterrit
24:33finalement
24:34en Corse.
24:41Assigné
24:42à résidence,
24:43le souverain
24:44déchu
24:44est installé
24:45dans une maison
24:45complètement isolée
24:46au nord
24:47de l'île.
24:59Pendant ce temps
25:00au Maroc,
25:01le nouveau sultan
25:02Ben Arafa
25:03prend ses quartiers
25:04au palais
25:04de Rabat.
25:12La propagande française
25:14fait tous les efforts
25:15de mise en scène
25:16pour asseoir
25:16sa légitimité.
25:19En vain.
25:27Souverain fantoche
25:28à la solde
25:29des autorités
25:29coloniales,
25:30il est immédiatement
25:32considéré
25:32comme un usurpateur
25:33par le peuple.
25:40Deux semaines seulement
25:42après son intronisation,
25:45un homme fonce
25:46armé d'un couteau
25:47en direction
25:48de Ben Arafa
25:49lors d'une cérémonie publique.
25:57tandis que l'on porte secours
25:58à un blessé
25:59à Marzani
25:59du cortège,
26:00le sultan indemne
26:01poursuit sa route à pied.
26:03Le coup de couteau
26:04du fanatique
26:04a touché à l'épaule
26:05de sous-officier,
26:06mais l'agresseur
26:07Alal Ben Abdallah
26:08gît blessé à mort
26:09avant d'avoir pu être évacué.
26:11L'attentat a échoué.
26:19Quelques mois plus tard,
26:21le sultan détesté
26:22est blessé
26:23dans un nouvel attentat.
26:40En Corse,
26:42le souverain marocain
26:43déchut ce morfond
26:44impuissant.
26:50Malgré les pressions
26:51du protectorat,
26:52il refuse toujours
26:54d'abdiquer.
27:03Contrairement à l'effet
27:04escompté par la résidence générale,
27:06l'exil forcé
27:07de Sidi Mohamed
27:08durcit
27:09le mouvement nationaliste.
27:18Le 24 décembre 1953,
27:21des bombes
27:22sont déposées
27:23au marché central
27:23de Casablanca,
27:25quartier fréquenté
27:26par les Européens.
27:30Une vingtaine d'habitants
27:32y sont tués.
27:44Désemparés,
27:45Paris craint une évasion
27:47de Sidi Mohamed
27:48et décide et décide
27:49de l'éloigner davantage.
27:56Il est envoyé avec sa famille
27:58à Madagascar,
27:59alors colonie française.
28:11sur les quelques clichés
28:12pris durant son séjour,
28:14l'ancien sultan de 44 ans
28:16semble dépérir.
28:23reclus sur l'éloigner.
28:24Reclus sur cette île
28:24de l'océan Indien,
28:26il sort peu,
28:27se réfugie dans la prière
28:31et suit de loin
28:32son royaume basculé
28:34dans la violence.
28:46Cet exil forcé
28:47n'empêche pas
28:48le sultan
28:48de fédérer
28:49le peuple marocain.
28:54Au contraire,
28:56une vague de solidarité
28:58déferle partout
28:59dans le pays.
29:06Son portrait brandi
29:08devient le symbole
29:09des protestations
29:10anticolonialistes.
29:19Au grand dame
29:20des français,
29:21il est désormais
29:22une icône.
29:26Un roi martyr
29:27vénéré par la population
29:29comme par les indépendantistes.
29:41Au milieu des années 50,
29:42les mouvements
29:43anticolonialistes
29:44grondent partout
29:45dans le monde.
29:54Après la défaite
29:55en Indochine,
29:58les violences
29:59en Tunisie,
30:01Paris s'enlise
30:02dans un conflit
30:03sanglant et coûteux
30:04en Algérie.
30:09Cette guerre
30:10qui n'en porte pas
30:11encore le nom
30:12est au centre
30:13des préoccupations.
30:22Acculée,
30:23la France s'inquiète
30:24de la situation
30:25au Maroc
30:25qui devient
30:26peu à peu
30:27hors de contrôle.
30:39A l'occasion
30:40du deuxième anniversaire
30:41de l'exil
30:41du sultan
30:42en 1955,
30:45Wet'shem,
30:46petite ville
30:47située à 150 km
30:48de Casablanca,
30:49se soulève.
30:56Des dizaines
30:57d'Européens
30:58dont des femmes
30:59et des enfants
31:00y sont massacrés.
31:05Dans plusieurs provinces
31:06du pays,
31:07la terreur s'installe.
31:14Les forces
31:15de l'ordre
31:15sont prises
31:16pour cibles.
31:17Les fermes
31:18des colons
31:18brûlées.
31:25La répression
31:26des autorités
31:27coloniales
31:28est impitoyable.
31:31Il faut faire
31:32taire la rue.
31:43A Paris,
31:44devant cette explosion
31:45de violence,
31:46Edgar Ford,
31:48chef du gouvernement,
31:49s'interroge.
31:55Comment sortir
31:56de l'impasse marocaine
31:57sans perdre
31:57son protectorat ?
32:01La force
32:02est-elle
32:02une solution
32:03pérenne ?
32:10Faut-il
32:11au contraire
32:12apaiser
32:12la situation
32:13par le dialogue ?
32:14Voir même
32:15faire revenir
32:16Sidi Mohamed
32:17d'exil.
32:24Dans l'urgence,
32:26Edgar Ford
32:26décide de convoquer
32:27une réunion
32:28de crise
32:29à Aix-les-Bains.
32:30Pour régler
32:31le problème marocain,
32:32les représentants
32:33de la France
32:34et ceux
32:35de toutes
32:35les tendances
32:35marocaines
32:36ont tenté
32:37de se mettre
32:37d'accord
32:38sur un certain
32:39nombre
32:39de solutions
32:40urgentes.
32:42Août 1955,
32:44des ministres
32:45français retrouvent
32:46des personnalités
32:47marocaines
32:47de tous bords.
32:52Les autorités
32:54religieuses
32:54sont conviées.
32:57mais aussi
32:58les principaux
32:59leaders
32:59de l'Isticlal
33:00comme
33:01Mehdi Ben Barca
33:03et d'autres figures
33:05nationalistes
33:05très populaires
33:06dans leur pays.
33:16Même si l'idée
33:17taboue d'indépendance
33:18n'est pas encore
33:19à l'ordre
33:19des discussions,
33:20Paris se retrouve
33:22prise
33:22à son propre piège.
33:28sans le vouloir,
33:30elle vient
33:31d'ouvrir
33:31des négociations
33:32qu'elle ne pourra
33:33plus refermer.
33:42Car les nationalistes
33:44dominent progressivement
33:45les échanges.
33:49s'ils s'engagent
33:50à calmer la rue,
33:52leurs conditions
33:52sont fermes.
33:57Ils exigent
33:58le départ
33:59du sultan détesté
34:00Ben Arafa
34:01et la mise en place
34:02d'un conseil
34:03du trône
34:03pour former
34:04le tout premier
34:05gouvernement marocain.
34:11Mais surtout,
34:12ils obtiennent
34:13le retour d'exil
34:14de Sidi Mohamed.
34:24Un émissaire français
34:26est donc envoyé
34:26à Madagascar
34:27pour négocier
34:28avec le sultan déposé.
34:37En position de force,
34:39ce dernier compte bien
34:40saisir cette occasion
34:41pour se débarrasser
34:42de la tutelle coloniale.
34:50S'assurant
34:51de ne plus jamais être
34:52la marionnette
34:52des Français,
34:54il arrache à Paris
34:55une promesse de taille.
34:58Le Maroc deviendra
35:00un État pleinement souverain.
35:10En France,
35:12dans une partie
35:12de l'opinion
35:13et de la classe politique,
35:14c'est une levée
35:15de boucliers.
35:19Certains voient ce geste
35:20comme une reddition.
35:24pour apaiser les esprits,
35:27Edgar Ford
35:28tempère,
35:29pèse ses mots.
35:31Je vous le dis franchement,
35:32j'estime que c'est une chance
35:33pour la France
35:34que d'avoir affaire
35:35à des hommes
35:35qui se disent nationalistes,
35:37qui sont à la tête
35:38de partis politiques nationalistes.
35:39Il invente alors l'idée
35:40d'une interdépendance
35:42librement consentie.
35:44Indépendants,
35:45libres et égaux,
35:46nous resterons avec vous
35:46dans l'interdépendance.
35:48Nous créerons
35:48une communauté franco-marocaine.
35:50La formule restera
35:51dans les mémoires.
35:55Applaudissements
36:07À l'automne,
36:08le monarque exilé
36:09quitte enfin Madagascar.
36:13Cette terre où,
36:14dans ses jours de désespoir,
36:15il pensait finir sa vie.
36:27Sidi Mohamed
36:28atterrit en France.
36:46Il rejoint le château
36:47de la Selle-Saint-Clou
36:48où il finalise
36:49les modalités d'un accord.
37:03Devant une nuée
37:05de journalistes,
37:06l'ancien souverain Bani
37:08savoure et partage
37:09sa victoire
37:10avec le peuple marocain.
37:25Devant les Français,
37:27son fils héritier Hassan
37:29assure la traduction.
37:33message de sa majesté
37:35Sidi Mohamed Ben-Nussef
37:37au peuple marocain.
37:39À notre cher
37:40et noble peuple,
37:43après plus de deux années
37:45d'exil,
37:46nous nous adressons à toi
37:49pour te dire
37:50toute la joie
37:51que nous éprouvons
37:52en reprouvant
37:53notre chère patrie.
37:54Nous espérons voir
37:57dans un Maroc nouveau,
37:59libre et indépendant,
38:01régner la tolérance
38:02et la concorde
38:03afin que tous
38:05ses habitants,
38:06quelles que soient
38:07leurs confessions
38:08et leurs nationalités,
38:11se sentent plus
38:11en sécurité
38:12pour leurs personnes,
38:14leurs intérêts
38:15et leurs libertés.
38:20Les leaders nationalistes
38:22marocains
38:22se pressent
38:23pour faire allégeance
38:24à leurs nouveaux souverains.
38:28Et dans une scène théâtrale
38:30presque surréaliste,
38:31le traître conspirateur
38:33Pacha de Marrakech,
38:34Tami El-Glawi,
38:35vient implorer son pardon.
38:47Pour retrouver
38:48leurs souverains
38:49qui venaient de connaître
38:5028 mois d'exil,
38:51plus de 200 000 Marocains
38:53s'étaient massés
38:53à l'aérodrome de Rabat-Salé.
38:59Le court voyage
39:00de l'aérodrome de Salé
39:02à Rabat
39:02fut une marche triomphale.
39:05De toutes parts,
39:07les populations
39:07clament leur allégresse,
39:09témoignant dans un délire
39:10de cri et de viva
39:11leur affection
39:12et leur fidélité
39:12au souverain.
39:26au terme d'un long et douloureux exil,
39:30Sidi Mohamed
39:31foule le sol
39:32d'un Maroc libre.
39:54parti sultan,
39:56revenu roi,
39:58il prendra bientôt
39:59le nom
39:59de Mohamed V.
40:06A Paris,
40:07dans le salon de l'horloge
40:08du Quai d'Orsay,
40:09messieurs Christian Pinot
40:10et Sibécaille
40:11ont signé la déclaration
40:13qui ouvre une ère nouvelle
40:14dans les relations
40:15franco-marocaines.
40:16Ce protocole
40:17reconnaît au Maroc
40:18son indépendance
40:19et le droit
40:20d'avoir une armée
40:21et une diplomatie.
40:24au terme de 44 années
40:26de protectorat,
40:27la France reconnaît
40:29solennellement
40:29l'indépendance
40:31du Maroc.
40:41Les chantiers
40:43du nouveau roi
40:43sont immenses.
40:50Tandis que les fonctionnaires
40:52de l'administration
40:53française se retirent,
40:55émerge la question sensible
40:56des 350 000 anciens colons.
41:04Quel avenir
41:05ces hommes
41:06et ces femmes
41:06peuvent-ils avoir
41:07dans un pays
41:08où ils représentent
41:09moins de 5%
41:10de la population ?
41:17Faut-il partir ?
41:21Rester ?
41:26Contrairement à d'autres dirigeants
41:28de nouveaux pays indépendants,
41:30Mohamed V choisit l'apaisement.
41:36Les Français du Maroc
41:37doivent considérer ce pays
41:39comme leur seconde patrie,
41:41rassurent-ils.
41:50Certains font pourtant
41:51le choix de rentrer en France,
41:54voyant la situation
41:55dégénérée en Algérie,
41:57inquiets d'éventuelles
41:59représailles au Maroc.
42:04Mais les départs
42:05se font sans précipitation.
42:13Et la plupart restent.
42:24en 1960,
42:26quatre ans après l'indépendance,
42:28près des deux tiers
42:29des Français du Maroc
42:30vivent encore
42:31de l'autre côté
42:32de la Méditerranée.
42:40Cette politique
42:41de la main tendue
42:42voulue par le roi
42:43est fondamentale.
42:46Elle influence
42:47jusqu'à aujourd'hui
42:48le lien
42:49entre les deux États souverains.
43:02Soucieuses de renouer pleinement
43:03avec leur identité nationale,
43:06les autorités marocaines
43:07redessinent
43:08l'espace public.
43:14Des rues au nom du monarque
43:16sont inaugurées en arabe,
43:18tout comme les façades
43:20des nouveaux ministères marocains.
43:26Derrière les murs
43:27de ces bâtiments officiels,
43:29une partie des chèques
43:31a commencé entre le palais
43:33et les nationalistes.
43:39Et notamment l'Istiklal,
43:41qui après des années de lutte
43:43pour la fin du protectorat,
43:45entend bien prendre la place
43:46qui lui revient.
43:52Alal El Fassi,
43:53figure historique
43:54du nationalisme,
43:56contraint à l'exil
43:56depuis plusieurs années,
43:58rentre au Maroc
43:59et prend la tête du parti.
44:04En 1956,
44:07le roi cède
44:08à l'Istiklal
44:08dix ministères sur seize.
44:11Avec des postes régaliens,
44:13notamment l'intérieur
44:14ou les affaires étrangères,
44:16dont Ahmed Balafrej
44:18devient le ministre.
44:25Mehdi Ben Barka,
44:26quant à lui,
44:27est nommé à la tête
44:28de la première assemblée
44:29consultative marocaine.
44:46Alors que les responsables politiques
44:48se mettent au travail,
44:49le monarque, lui,
44:51veut assurer la continuité
44:52de la dynastie halawite.
45:04En juillet 1957,
45:07à Rabat,
45:08Mohamed V
45:09préside la prière
45:10de l'Aïd el-Kébir.
45:20Alors que les cérémonies
45:22rituelles se terminent,
45:24dans l'aile du palais impérial
45:25réservée aux réceptions solennelles,
45:27une nouvelle page
45:29de l'histoire du Maroc
45:30est en train de s'écrire.
45:37Moulé Hassan,
45:38âgé de 28 ans,
45:40est investi
45:41comme prince héritier.
45:54En réalité,
45:55Hassan observe
45:56l'exercice du pouvoir
45:57depuis l'enfance
45:58dans l'ombre de son père.
46:14Mohamed V,
46:15qui fut propulsé
46:16sur le trône par surprise,
46:18veut s'assurer
46:18que son fils aîné
46:19soit prêt à gouverner.
46:25Le prince devient rapidement
46:27l'un des plus proches
46:28conseillers du roi.
46:36Au lendemain de l'indépendance,
46:39le jeune homme est nommé
46:40chef d'état-major
46:41de la nouvelle armée marocaine.
46:56son destin est tout tracé.
47:01Mais il va venir frapper
47:03à sa porte
47:03plus tôt que prévu.
47:12Alors que le Maroc
47:13s'apprête à entrer
47:14dans sa cinquième année
47:15d'indépendance,
47:17le roi Mohamed V
47:18doit être opéré
47:19dans la clinique du palais.
47:23Une intervention chirurgicale
47:25jugée bénigne.
47:28Le souverain,
47:29âgé de 51 ans,
47:32ne se réveillera jamais.
47:39Sur le parcours,
47:41près d'un million de personnes
47:42peut-être,
47:42mêlant les larmes
47:43aux gémissements,
47:44les clameurs aux invocations,
47:45se pressaient le long
47:46de ce cortège immense
47:47que précédaient
47:48les fils du roi défunt,
47:49full exaltés,
47:50au milieu de laquelle
47:51s'abat parfois
47:52une forme humaine
47:53au comble de l'émotion.
47:57Pour le peuple marocain,
47:59la mort du libérateur sacré,
48:02père de l'indépendance,
48:03laisse une trace indélébile
48:05dans l'histoire du pays.
48:20A travers les rues de Rabat,
48:23une extraordinaire marée humaine
48:24accompagne l'ultime voyage
48:26de Mohamed V.
49:06Hassan II est proclamé
49:07nouveau roi du Maroc.
49:25Un an et demi après son couronnement,
49:28le jeune souverain,
49:29qui ne cache pas sa sympathie
49:30pour l'Occident,
49:32s'attèle à faire rédiger
49:33la toute première constitution marocaine.
49:41initiée sous le règne de son père,
49:44elle est écrite
49:44avec la collaboration
49:45de juristes français.
49:53Pour la première fois
49:54de leur histoire,
49:55les Marocaines et les Marocains
49:57sont appelés à voter.
50:03La population se rend massivement
50:05dans les bureaux de vote,
50:06souhaitant participer
50:08à la renaissance de la nation.
50:16La proclamation officielle
50:18du régime de la monarchie constitutionnelle,
50:21adoptée avec 97% des suffrages,
50:24est une promesse démocratique forte.
50:26« Elle ne durera pas. »
50:37Elle ne durera pas.
50:38Au milieu des années 60,
50:40le roi suspend la jeune constitution
50:42après seulement trois ans d'existence.
50:52refusant la moindre contestation politique,
50:55il prend bientôt un virage autoritaire.
51:00C'est le début des années de plomb.
51:07Pendant 30 ans,
51:09des centaines d'opposants
51:10au régime d'Hassane II,
51:12dont des figures de l'Isticlal,
51:14seront enlevées,
51:16emprisonnées
51:16ou torturées.
51:30Mais pour l'heure,
51:32le jeune monarque est confronté
51:33au dernier dossier
51:35hérité du protectorat,
51:37aux dernières traces
51:38de la colonisation à effacer.
51:47Notamment à la question épineuse
51:49des terres agricoles.
51:58Comment récupérer
51:59les 330 000 hectares
52:01encore détenus
52:01par les Français restés au Maroc
52:03tout en préservant
52:05des relations harmonieuses
52:06avec Paris ?
52:17Dans le cadre d'un plan massif
52:19de récupération des terres,
52:21le royaume shérifien
52:22propose un dédommagement
52:23aux propriétaires français,
52:25contrairement à ce qui a été fait
52:27en Algérie.
52:32Quant à ce que les possesseurs
52:34de ces terres
52:35soient inquiétés
52:36par l'expropriation
52:37ou la nationalisation,
52:40je crois qu'ils connaissent mal
52:41le Maroc.
52:43Car lorsque nous exproprions
52:45ou lorsque nous nationalisons,
52:48nous donnons en contrepartie
52:49une indemnité.
52:51Cette indemnité
52:52est faite pour garantir
52:53le droit des propriétés.
53:02au fil des paysans
53:03les paysans viennent chercher
53:05les petits lots de terres
53:06redistribuées gratuitement
53:08ou à des prix dérisoires
53:09par la couronne.
53:20Partout sur le territoire,
53:22les Marocains célèbrent
53:24ce moment où,
53:25symboliquement,
53:26ils finissent
53:27de se réapproprier
53:29leur pays.
53:46quant aux Français,
53:48de 150 000 sur le sol shérifien
53:50en 1963,
53:52ils ne sont plus que 28 000
53:53en 1985.
54:03à l'image de cette décolonisation
54:05en douceur,
54:07les départs étalés
54:08sur plusieurs années
54:09clôturent définitivement
54:11le chapitre
54:12du protectorat français.
54:23Hassan II
54:24achève ainsi
54:25l'œuvre de son père.
54:29Libérer son pays
54:30de la tutelle étrangère
54:32tout en gardant
54:33une relation privilégiée
54:35avec l'ancien État
54:36colonisateur.
55:06L'ancien État
55:07qui a réchaître
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