- il y a 7 semaines
Bernard-Henri Lévy, écrivain et philosophe, était invité sur le plateau de BFMTV. Il s'est notamment exprimé sur le conflit au Moyen-Orient et sur les frappes israéliennes au Liban.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Bonsoir Bernard-Henri Lévy. Bienvenue sur ce plateau.
00:03On va commencer avec le front libanais, si je puis dire, et ce qui s'est passé effectivement ce mercredi.
00:10Il n'y a pas que des membres du Hezbollah qui ont été visés par ces frappes massives.
00:13Il y a eu aussi évidemment des victimes collatérales. On parle d'au moins 300 morts.
00:18Est-ce que l'objectif d'éradication du Hezbollah doit passer à tout prix par un bilan humain ravageur ?
00:26Bien sûr que non. Ne doit pas passer. Après, quand vous avez un ennemi, le Hezbollah, qui comme le Hamas
00:35à Gaza,
00:36a pour stratégie de se fondre parmi les civils, de se cacher dans les immeubles d'habitation,
00:43et plus s'est habité, plus ils installent leur centre d'opération et de coordination, ils prennent une responsabilité effrayante.
00:50Mais précisément, est-ce que selon vous, et est-ce que justement ce qui s'est passé dans la bande
00:55de Gaza ne nous a pas prouvé le contraire,
00:57est-ce qu'il est possible d'éradiquer une telle entité, une idéologie, par les bombes, en bombardant, bombardant encore
01:04et encore ?
01:05Est-ce que l'effet ne prouve pas le contraire ?
01:07D'abord, on éradique, moi en tout cas je n'ai jamais tenu ce langage, on n'éradique jamais.
01:12On affaiblit considérablement. Voilà, c'est ça qu'on peut faire.
01:16Et puis, une idéologie, comme vous dites, elle est très très affaiblie lorsque les gens voient que ça ne marche
01:23pas.
01:23Tant que le Hamas aura l'air en place, tant qu'il pourra dire qu'il résiste à l'armée
01:30israélienne,
01:31tant que les Ayatollahs, les Mollahs iraniens seront encore en position de dire on résiste à la plus forte armée
01:38du monde,
01:39bien sûr que l'idée va prospérer. La clé, c'est comme ça dans toute l'histoire des totalitarismes et
01:45des fascismes.
01:46Vous étiez venu au début de ce conflit sur ce plateau, votre regard n'a pas dû tout changer sur
01:51cette opération israélienne au Liban.
01:53Il faut laisser faire.
01:55Mais ce n'est pas, il faut laisser faire. Il est important, ça fait des années que cette opération aurait
02:01dû se faire.
02:01Le Liban vit en situation d'otage. Le peuple libanais tout entier est otage. Il y a un État dans
02:10l'État.
02:10Le Hezbollah est une armée plus puissante que l'armée nationale. L'armée nationale a reçu mandat de la communauté
02:16internationale de désarmer le Hezbollah.
02:19L'État libanais, l'armée nationale ne le peut pas.
02:22Vous pensez que les Libanais détestent plus le Hezbollah que l'armée israélienne ?
02:27Je n'en sais rien. Je sais aujourd'hui qu'il y a une situation de colonisation du Liban par
02:35l'Iran.
02:35Regardez d'ailleurs quel aveu. L'Iran qui, à la veille des négociations, dit « Ah oui, mais on veut
02:41que ce soit lié à un cessez-le-feu au Liban ».
02:46Comme si le Liban faisait partie de leur périmètre. Comme si le Liban était une colonie.
02:51Ça, c'est insupportable.
02:52La guerre, évidemment que c'est toujours la dernière des solutions. Évidemment que ces images sont atroces. Évidemment que ça
02:58nous empêche de dormir.
02:58Mais surtout, on se dit jusqu'à quand ? Combien de temps ?
03:01Mais jusqu'à ce que la communauté internationale se décide à arrêter de jouer les hypocrites et à souhaiter et
03:11à participer à cet effort de libération du Liban et de désamendement du Hezbollah.
03:15C'est-à-dire ? Qu'est-ce que vous imaginez quand vous parlez d'une coalition internationale qui participerait
03:21à cette opération ?
03:22Avec qui ? Pourquoi faire exactement ?
03:26Aider l'État libanais. Renforcer l'armée libanaise. Lui donner le moyen d'exercer sa souveraineté.
03:33Le Liban, c'est un pays sublime. Ça a été un modèle de multiculturalisme, d'identité compliquée, magnifique.
03:42Ce pays, il est ruiné par l'impérialisme iranien depuis des décennies et par le Hezbollah depuis des décennies.
03:49Mais est-ce qu'en attendant de réussir à monter cette coalition internationale, il ne faut pas dire à l
03:53'armée israélienne, stop, ça suffit ?
03:56Il y a trop de victimes collatérales ?
03:58Il faut dire à l'armée israélienne, qui va dire ça et au nom de qui ?
04:03Il y a un deuxième problème, c'est que le peuple israélien reçoit tous les jours que le bon Dieu
04:08fait des roquettes sur le nord de son territoire.
04:12Vous avez des populations déplacées, vous avez des gens qui vivent dans les caves, vous avez des civils qui vivent
04:17terrorisés.
04:19Au lendemain du 7 octobre, le Hezbollah a décidé d'entrer dans cette guerre. Pourquoi ?
04:26Quel était le but ? Quel était le conflit territorial entre le sud du Liban et Israël ?
04:32Quel était le but ? Sinon, en effet, participer d'une volonté d'annihilation d'Israël.
04:37Alors, quand vous avez face à vous un adversaire qui veut vous détruire...
04:42Donc, vous continuez à dire qu'il faut que cette opération menée par l'armée israélienne continue jusqu'à atteindre
04:50ses objectifs ?
04:51Je dis que l'armée israélienne est la seule aujourd'hui à prendre ce problème au sérieux.
04:58C'est-à-dire à dire qu'on ne peut pas laisser un pays de grande culture, un pays de
05:03grande histoire,
05:04un pays petit par la géographie et grand par la mémoire et par la situation.
05:10On ne peut pas le laisser pris en otage par une force de barbares.
05:13Donc, Israël est apparemment le seul à prendre ce sujet au sérieux.
05:18C'est triste qu'il soit le seul.
05:20Et il est le seul à se faire, en plus, maurigéner quand il le fait.
05:25Le vrai scandale, c'est qu'il soit seul.
05:27Et que les protecteurs du Liban, y compris mon pays, notre pays, la France,
05:33ne soient pas du côté de ceux qui aident l'État libanais à se débarrasser de cette poisse,
05:39de cette tragédie qu'est le Hezbollah.
05:41Elle ne fait pas l'unanimité, quand même, cette opération israélienne, Ulysse Gosset.
05:44C'est le moins qu'on puisse dire.
05:45Il faut rappeler notamment que la France a critiqué sévèrement les frappes israéliennes disproportionnées.
05:51Oui, mais j'entends, mais j'entends.
05:53Elles sont, selon vous, disproportionnées ?
05:55Je ne suis pas expert, je ne suis pas...
05:57Oui, enfin, vous avez vu les images.
05:59Vous voyez bien le nombre de morts.
06:00Il y a 357 morts pour 180 déliminations de Hezbollah.
06:03Mais c'est atroce, évidemment que c'est atroce.
06:05Et je n'ai même pas envie...
06:06Moi, cette histoire de disproportionné, je pense que raisonner comme ça,
06:09c'est raisonné algébriquement entre les...
06:12C'est raisonné en barbare.
06:14Ma question, c'était surtout Trump et Israël.
06:17Trump a visiblement eu une conversation téléphonique très dure avec Netanyahou
06:21et il lui a demandé d'arrêter, en tout cas de réduire les frappes
06:25pour qu'elles soient, je dirais, tolérables, entre guillemets, si elles peuvent l'être.
06:28Et Netanyahou a décidé d'ouvrir des négociations.
06:32Alors, ma question est la suivante.
06:34Est-ce que vous pensez que ce qui se passe au Liban peut compromettre un cessez-le-feu
06:38dans la guerre avec l'Iran ?
06:40Et deuxièmement, est-ce que vous croyez à ces négociations entre le Liban et Israël ?
06:44Moi, je pense déjà qu'il y a deux mythes sur lesquels nous avons tous tendance à vivre.
06:48Le premier mythe, c'est que Trump, le cerveau de Trump est contrôlé par Netanyahou.
06:54Premier mythe.
06:55Et que Trump s'est lancé dans cette guerre en Iran
06:57parce que Netanyahou est venu dans son bureau et lui a tordu le bras.
07:00Et deuxièmement, le deuxième mythe, c'est pas vrai ça ?
07:03Il n'a pas tordu le bras, mais il a eu des arguments que une guerre comme celle-là,
07:09comme celle qu'a déclenché les États-Unis contre le régime des Mollahs,
07:12vous croyez que ça se décide dans la nuit ?
07:15Vous croyez que ça se décide même en huit jours ?
07:16Avec Donald Trump, tout est possible.
07:18Mais avec Donald Trump, avec les armées modernes, avec l'armée américaine,
07:21avec l'armada qui était mise dans l'ordre,
07:23ça se prépare pendant des mois, sinon des années.
07:27Je ne vous dis pas que les États-Unis ne soient pas divisés,
07:32mais je vous dis juste que ce mythe de la guerre d'Israël,
07:36la guerre voulue par Israël, est un mythe absurde.
07:39Alors ma question, est-ce que ce qui se passe au Liban...
07:41Je crois plus par parenthèse.
07:43S'il y a des pays qui ont soufflé dans l'oreille de Trump pour intervenir au Liban,
07:50si j'avais à faire un pari, moins qu'Israël, je dirais les pays du Golfe.
07:53C'est plus la guerre du Golfe que la guerre d'Israël.
07:56Mais c'est surtout une guerre voulue par Trump, par les États-Unis, depuis des mois.
08:03Ça c'est le premier mythe.
08:04Et le deuxième...
08:04Donc vous ne croyez pas à cet article du New York Times,
08:06pour ceux qui ne l'ont pas en tête,
08:08qui raconte cette semaine qu'en gros,
08:10Donald Trump serait tombé dans le piège de Benjamin Netanyahou qui a...
08:14Je trouve cet argument idiot et dégueulasse.
08:18Voilà, idiot pour la raison que je viens de vous dire.
08:20Parce qu'une guerre de cette ampleur, ça ne se déclenche pas comme ça.
08:23Ce n'est pas une embuscade de guérilla urbaine qu'on décide à la nuit.
08:28est dégueulasse parce que ça réactive dans les esprits aux États-Unis,
08:34à droite et à gauche, un vieux fantasme avec lequel je crois qu'il ne faut pas jouer,
08:40qui est le fantasme d'Israël, on disait dans les années 30, des juifs fauteurs de guerre.
08:48Le premier Amérique à faire...
08:50C'est une affaire d'hommes peut-être.
08:51Celui de Lindbergh, le premier.
08:53Entre Netanyahou et Trump, simplement, c'est peut-être juste une affaire d'hommes.
08:55Mais une affaire d'hommes.
08:56Vous croyez vraiment qu'une histoire de cette importance,
08:59avec des portes-avions, avec des dizaines d'avions, avec 15 000 frappes,
09:04vous croyez que ça se décide entre deux gars qui s'entendent bien,
09:10qui se retrouvent à la Maison-Blan, dans un bon climat fraternel,
09:14et qui décident...
09:16La réunion en question a lieu le 11 février, la guerre démarre le 28.
09:20Il y a quand même un peu de temps pour préparer, d'une part.
09:22D'autre part, ce que vous démentez, c'est exactement ce qui s'est produit en juin.
09:26L'Israël a commencé les frappes contre l'Iran au mois de juin, la guerre de 12 jours,
09:30et Trump a suivi.
09:31Donc, ce n'est pas si intensable que ça.
09:33Mais je ne crois pas non plus que la guerre de 12 jours se soit décidée en 48 heures.
09:37Mais c'est le jour de l'anniversaire.
09:38Je dis simplement que Netanyahou l'a commencé, celle-là.
09:41C'était le jour de l'anniversaire de Trump.
09:43La première guerre, celle de juin.
09:45Alors, on peut imaginer qu'en effet, il y a eu un anniversaire surprise pour Donald Trump,
09:49et qu'on lui a préparé une petite guerre de 12 jours.
09:51Non, mais ce n'est pas du tout ce que je dis.
09:52En tout cas, vous...
09:53J'ai une question malgré tout, si je vous permettez.
09:54Oui, allez-y, et puis après, on va avancer, s'il vous plaît.
09:57Quand vous décrivez la situation au Liban, de ce que vous dites, je conclue qu'en fait,
10:00la réponse, la solution, elle est à Téhéran, n'est-ce pas ?
10:04Donc, il y a des négociations qui s'amorcent de main entre les Américains et les Iraniens,
10:10parmi lesquelles le Liban est un sujet.
10:13Pourquoi ne pas prétendre que la guerre au Liban est exclue de ce périmètre,
10:19et ne pas, au contraire, appliquer la trêve, pendant la durée de ces négociations, au Liban,
10:24dont la solution, à long terme, au-delà d'aller tondre la pelouse tous les 5 ans au Liban,
10:29la solution, à long terme, c'est l'affaiblissement du régime iranien et l'arrêt de son aide assez supplétive
10:36du Hezbollah.
10:37Mais le régime iranien, il est affaibli.
10:39Il y a une chose aussi dont je trouve qu'on tarde à prendre la mesure,
10:45c'est que cette guerre, aujourd'hui, elle est perdue par l'Iran.
10:49Celui qui est affaibli des deux protagonistes, ce n'est pas les États-Unis d'Amérique,
10:54ils ne sont pas affaiblis, Israël n'est pas affaibli,
10:56l'affaiblissement, c'est l'Iran, décapité, militairement en capacité quasiment détruite,
11:02lanceur de missiles neutralisé pour les trois quarts, uranium en dessous.
11:06Franchement, Bernard Aurélie, ça ne saute pas aux yeux, quand même,
11:09cet Iran décapité que vous décrivez.
11:11Parce que la réalité ne saute pas toujours aux yeux, bien sûr.
11:13Ce qui saute aux yeux, c'est, comme on dit, la communication, c'est les effets médiatiques, bien sûr.
11:18C'est M. Galibaf qui roule des mécaniques et qui fait...
11:21Mais la réalité militaire, la réalité tragique, c'est l'Iran qui est dans un État épouvantable.
11:28Enfin, ils continuent à diriger le pays, ils continuent à nuire dans la région,
11:33à répondre en tirant des missiles, en tirant des drones.
11:37Sur le nucléaire, on ne sait toujours pas exactement là où ils en sont.
11:41Enfin, à quel niveau ils ont perdu ?
11:44Ils continuent à être isolés dans la région, ils continuent à être blacklistés par tous leurs anciens partenaires,
11:50ils continuent à avoir des stocks de matières fissiles dont on sait, si,
11:56qu'ils sont enterrés sous des montagnes de débris et de gravats
12:00et qu'il faudra une génération pour qu'ils les réatteignent
12:02et que les Américains ne le sont pas...
12:04Mais ils ne sont pas à terre pour autant.
12:05Je veux dire, vous, quand vous regardez ce qui se passe, ça ne vous arrive jamais de vous dire,
12:09maintenant que Donald Trump nous parle de négociations et d'une porte de sortie,
12:12vous ne le dites jamais, mais tout ça, pour ça ?
12:15Moi, je déteste...
12:17Franchement !
12:17Je suis un opposant, depuis son premier mandat absolu, de Donald Trump.
12:24Je pense que c'est un personnage épouvantable qui fait un tort terrible aux États-Unis.
12:29OK ?
12:30Après, il y a une question.
12:32Quand on voit Donald Trump se planter en Iran,
12:35est-ce qu'on se réjouit ou est-ce qu'on le regrette ?
12:38Est-ce qu'on a envie que l'Amérique réussisse
12:40ou est-ce qu'on éprouve un plaisir malin
12:45à le voir, ce pauvre président Trump,
12:47qui est une espèce de personnage entre Ubu,
12:50Ubu roi d'Alfred Jarry et les rois fouches expériens,
12:54est-ce qu'on est heureux de voir qu'il s'enlise et qu'il se plante ?
12:56Première question.
12:57Et deuxième question, qu'est-ce qui se passe en vrai ?
12:59Ce qui se passe en vrai, c'est que l'Iran,
13:01par rapport à ce qu'elle était il y a un mois ou un mois et demi,
13:05l'Iran est l'ombre,
13:06enfin le régime iranien, est l'ombre de ce qu'il était.
13:09Oui, mais en quoi c'est la population iranienne que vous voulez aider ?
13:12Bien sûr.
13:13Pourrait sortir, grandi de ces négociations ?
13:16À quel moment on parle de la population iranienne ?
13:19Moi, je ne parle pas des négociations.
13:19Je vous parle du fait que l'appareil répressif,
13:22les gardiens de la révolution,
13:24les basidjis, ces bruts,
13:26qui ont liquidé 40 000 personnes en 48 heures,
13:30à l'arme lourde dans les rues de Téhéran,
13:32je pense qu'ils ne sont plus
13:34ce qu'ils étaient il y a deux mois et demi.
13:36Alors, on va voir, parce qu'en effet,
13:39un jour, cette guerre va s'arrêter,
13:40à mon avis, pas demain.
13:43Pas cette fois-ci ?
13:43Bon, mais j'en sais rien.
13:44Un jour, elle va s'arrêter,
13:46le peuple iranien va tenter de reprendre son destin en main,
13:50et on verra bien.
13:51On verra si les gardiens de la révolution ont gardé leur pouvoir.
13:54On verra si l'armée nationale iranienne
13:57reste toujours sur la réserve.
13:58Mais le peuple iranien va tenter de reprendre son destin en main.
14:02Pardon, mais ce ne sont que des mots, en fait.
14:04C'est maintenant ou jamais, non ?
14:06Non, non, c'est pas maintenant.
14:09Pardonnez-moi, mais ils ont déjà 40 000 morts
14:14et autant de familles endeuillées.
14:16C'est pas maintenant, avec les bombes qui tombent d'un côté
14:19et les mitrailleuses de l'autre,
14:21qui vont descendre dans la rue.
14:23Oui, mais ce n'est pas maintenant,
14:25avec des discussions qui, visiblement,
14:27n'ont pas pour objectif de mettre de côté
14:30ceux qui dirigent aujourd'hui le pays.
14:32Moi, ce qui m'intéresse, c'est les civils iraniens.
14:36Est-ce que tout le monde n'est pas en train de les lâcher ?
14:39C'est possible que tout le monde soit en train de les lâcher.
14:42En tout cas, on en parle de moins en moins,
14:43et je vous remercie d'en parler,
14:44et je vous remercie de me permettre de vous dire
14:46que c'est quand même le cœur de l'affaire.
14:48Oui, mais à aucun moment, les Américains, aujourd'hui,
14:49ne parlent de changement de régime.
14:51La vraie question, c'est est-ce que l'appareil répressif iranien,
14:56cet appareil barbare,
14:58est-ce qu'il sera encore capable,
14:59dans huit jours, dans trois mois,
15:01lorsque les opérations militaires s'arrêteront,
15:04est-ce qu'il sera encore capable de provoquer
15:06le bain de sang qu'il a provoqué en janvier ?
15:08Moi, mon avis...
15:09C'est que non.
15:10Je prends un pari pour nos rendez-vous.
15:12Est-ce que la simple survie du régime,
15:15avec même un durcissement,
15:17on est passé d'une république islamique des Mollah
15:19à une dictature des gardiens de la révolution ?
15:22Est-ce que la simple survie du régime,
15:23ce n'est pas la victoire de l'Iran ?
15:26Je ne crois pas,
15:26parce que la survie n'a jamais été un objectif politique.
15:30Quand un régime...
15:31Ils auraient pu mourir et ils sont toujours là.
15:33Naturellement.
15:34Entre la vie et la mort,
15:36il y a un état intermédiaire qui s'appelle la survie.
15:38Et pour les états totalitaires ou autoritaires,
15:41ce n'est jamais très bon la survie.
15:42Cette période-là,
15:44comme vous dites, bien sûr,
15:45où vous survivez,
15:46c'est un moment de très grande fragilité
15:48pour ce genre d'état.
15:50En tout cas, je préfère les voir.
15:52Moi, si j'étais iranien,
15:54si j'étais une de ces familles martyres
15:56et endeuillées dont nous parlions,
15:58je préférais voir un régime survivant,
16:01fantomatique,
16:02que le régime arrogant,
16:04et qui se croyait tout permis,
16:05du 8 janvier dernier.
16:07Alors, bien sûr qu'on préférerait
16:09les voir totalement à terre.
16:11Bien sûr qu'on préférerait ne pas voir
16:12M. Galibaf,
16:13qui est un des grands ordinateurs de la répression.
16:16Ne pas le voir demain,
16:19pavoiser au Pakistan.
16:20Mais vous ne croyez plus
16:21en un renversement clair et net du régime.
16:24Si, mais je crois malheureusement
16:26que l'histoire des peuples,
16:28ce n'est pas des jeux vidéo,
16:30ce n'est pas du presse-bouton.
16:32On ne décide pas du jour au lendemain.
16:34Parfois, ça marche très vite.
16:35Non, Lévi, est-ce que c'est une erreur
16:37de négocier avec ce régime ?
16:39S'il est à ce niveau d'affaiblissement,
16:42est-ce que c'est une erreur
16:43de négocier avec lui ?
16:44Est-ce qu'il ne vaudrait mieux pas,
16:45d'une certaine manière,
16:46finir le travail ?
16:48Finir le travail,
16:50moi je ne dirais pas les choses ainsi,
16:51mais vous avez raison sur un point,
16:54c'est qu'avec un régime comme celui-là,
16:57la seule négociation possible,
17:00c'est qu'il reconnaisse sa défaite,
17:03ce qu'ils ne feront pas ?
17:05À ce stade,
17:06ils ne le feront pas ?
17:06C'est une question que je voulais vous poser.
17:08Dans ce cas, vous avez raison,
17:10s'ils ne le feront pas,
17:11si la discussion demain,
17:13ça tourne autour de,
17:16ok, on n'atteint pas le seuil nucléaire,
17:18mais on reste juste en dessous,
17:20ok, on veut bien réduire nos missiles,
17:23mais on regarde quand même,
17:24on ne prend aucun engagement
17:25vis-à-vis de notre population,
17:26ça sera une négociation honteuse.
17:29Bien sûr que ça sera honteux,
17:31et que cette négociation aura fait la preuve
17:35qu'elle était immorale.
17:37Et qu'il y a un risque que les Américains
17:39se soient retirés trop tôt
17:40de cette intervention américaine, c'est ça ?
17:43C'est pas une question trop tôt,
17:44parce qu'en même temps...
17:45Il y avait le choix, Donald Trump.
17:46Pardon ?
17:47Est-ce que Donald Trump avait le choix ?
17:49Un autre choix que le cessez-le-feu ?
17:51Écoutez, oui,
17:52Si Donald Trump était un chef de démocratie en guerre
18:00et menant une guerre qui est plutôt juste,
18:03bien sûr qu'il a le choix.
18:04Il a le choix du calendrier,
18:05il a le choix du temps,
18:07il se fait pas dicter.
18:08Mais on verra ce qui se passe.
18:10Honnêtement, l'histoire est tellement grave,
18:13les enjeux sont tellement énormes.
18:15C'est la paix, c'est d'abord l'Iran,
18:18c'est la paix de la région,
18:19c'est la paix du monde.
18:20Donc, j'ai même pas envie d'entrer dans des considérations
18:23sur la psychologie de Trump,
18:24ni faire entrer l'antipathie
18:27qu'il peut nous inspirer.
18:28Vous avez abordé une question,
18:31enfin, une notion presque philosophique
18:33qui voulait justement que Jérôme Clèche,
18:35sur laquelle Jérôme Clèche voulait revenir.
18:37Vous posez une question.
18:38Oui, je vais exactement vous interroger
18:39sur cette notion de guerre juste
18:40que vous avez mentionnée.
18:41Je m'adresse vraiment aux philosophes.
18:42Si on prend un peu de recul,
18:44qu'on regarde les 25 dernières années,
18:46voilà, prenons une échelle un peu prospective,
18:48en l'occurrence rétrospective,
18:502001-2026.
18:51Est-ce que vous pensez
18:52que la notion de guerre juste
18:53peut encore trouver une traduction concrète,
18:56quand on regarde finalement l'issue
18:57de toutes les guerres justes
18:59qu'on nous a peut-être survendues ?
19:02Personne ne nous a rien vendu,
19:04ni survendu.
19:05Je ne sais pas à quoi vous pensez.
19:07Par exemple,
19:07à l'Irak.
19:08J'estime...
19:09L'Afghanistan pour les raisons
19:11qui sont ce qu'elles sont,
19:13pour l'Irak,
19:13pour l'Irak,
19:13pour l'Irak,
19:14pour l'Irak,
19:14etc.
19:15Si vous voulez qu'on parle...
19:16Non, non, mais je vous ai...
19:17Oui, oui, oui.
19:18L'Irak n'était pas une guerre juste
19:19pour une raison,
19:20c'est qu'elle était basée
19:21sur un mensonge.
19:22Le premier principe de la guerre juste
19:24de Saint-Augustin
19:25à Michael Walzer,
19:26en passant par le philosophe Grossius,
19:28c'est déjà avoir l'âme droite
19:30et ne pas mentir.
19:31Quand M. Colin Powell arrive
19:33avec sa fiole
19:34et que dedans,
19:35il y a de la poudre
19:36de perlimpinpin,
19:37déjà, la guerre juste,
19:38elle est mal partie.
19:39Voilà.
19:39Donc, ça dépend lesquelles.
19:41En revanche...
19:42Non, mais c'est intéressant.
19:43Est-ce que ce qui se passe aujourd'hui,
19:44c'est une guerre juste ?
19:45Ne pas mentir, vous dites.
19:47Ne pas mentir, bien sûr.
19:49Ne pas mentir.
19:50Aujourd'hui,
19:51c'est une guerre juste
19:52parce qu'il y a un régime
19:54qui, depuis 47 ans,
19:56prend son peuple en...
19:58obtient son peuple en esclavage,
20:00menace la région.
20:02On s'en doutait,
20:04on le vérifie,
20:05il voue une haine absolue,
20:07inextinguée
20:08à tous ses voisins,
20:09Israël et les pays arabes.
20:10La guerre qu'il voue
20:12au monde sunnite
20:13est une guerre
20:13au dernier sang
20:14avec un fond fanatique
20:17qui est insoluble
20:19dans la négociation.
20:20Donc, contre ce régime-là
20:22qui, depuis 47 ans,
20:24prétend faire la loi
20:25dans sa région du monde,
20:26ben oui...
20:28Donc, ça impliquerait
20:29qu'en menant cette guerre,
20:31le président américain
20:32ait voulu, en partie,
20:34aider cette population iranienne.
20:35Et ça nous ramène
20:36aux objectifs
20:36du président américain.
20:38Vous disiez tout à l'heure
20:39Donald Trump
20:40ne s'est pas fait
20:41totalement embarquer
20:42tout seul
20:42dans cette aventure
20:43par Netanyahou.
20:44C'est quelque chose
20:44qui se prévoit,
20:45qui se réfléchit.
20:46Alors, dans ce cas,
20:48selon vous,
20:48quel était l'objectif
20:49du président américain ?
20:50Pourquoi il y est allé ?
20:52Est-ce que,
20:52sur ce point-là,
20:53vous y voyez plus clair ?
20:54Moi, je pense
20:55qu'il y est allé
20:58pour venir en aide
21:00à ses alliés
21:01de la région.
21:01Mais il n'y a pas
21:02qu'Israël,
21:02il y a l'Arabie saoudite,
21:04il y a les Émirats arabes unis,
21:06il y a tout le monde
21:08arabe de la région.
21:09Il y a, deuxièmement,
21:10pour supprimer
21:10une menace nucléaire
21:12dont nous savons
21:13qu'elle est...
21:14Je vous l'ai dit,
21:15je crois,
21:1524 heures après
21:16le déclenchement
21:17de cette guerre,
21:19le responsable américain
21:20qui a été le premier
21:22à dire la chose
21:23et à dire que l'Iran
21:24était à 15 jours
21:26d'avoir l'arme nucléaire,
21:27le premier responsable américain,
21:29c'était Tony Blinken,
21:31le secrétaire d'État
21:32de Joe Biden.
21:33C'est lui qui,
21:34en juillet,
21:35à la veille de l'élection
21:37de Trump,
21:37a dit,
21:38le 15 ou le 16 juillet,
21:40l'Iran est à 15 jours
21:42d'être en mesure
21:43de fabriquer une bombe.
21:44Donc ça,
21:45c'est une bonne raison
21:46quand même
21:46pour déclencher une guerre.
21:47Une bombe atomique...
21:48Alors celle-là,
21:49peut-être,
21:49mais pour le coup,
21:50la sécurité des pays du Golfe,
21:52à ce stade,
21:52ce n'est pas une grande réussite.
21:54C'est même plutôt
21:55le contraire
21:56qui est en train
21:56de se produire.
21:57On est bien d'accord.
21:58D'abord,
21:58ce n'est pas le contraire
21:59parce que la preuve est faite.
22:01Si l'on s'en souciait,
22:02si ça,
22:03c'était un des soucis,
22:04la preuve est faite
22:04qu'on avait raison,
22:07que l'Iran considère
22:08les pays du Golfe
22:09comme des adversaires irréductibles
22:11et que c'est sur eux
22:12qu'ils tapent en premier
22:13quand les États-Unis
22:15tapent sur lui.
22:15Donc au contraire,
22:16ça donne raison
22:17à ceux qui le redoutaient.
22:18Il y a tout un monde
22:20de chercheurs aux États-Unis
22:23et de décideurs politiques
22:25qui, depuis des années,
22:26vous disent ça.
22:27Et ce n'est pas,
22:27encore une fois,
22:28c'est pour ça
22:28la guerre d'Israël
22:29qui vous dit
22:30ce que pour le bien
22:31de la région,
22:34du détroit d'Hormuz,
22:35des pays arabes,
22:36tout ce que vous voudrez
22:38du commerce hamiltonien mondial,
22:40il faut en finir
22:41avec le régime des Mollahs.
22:43Et ça fait plusieurs fois
22:43que vous y faites référence.
22:44Vous craignez, en fait,
22:45que ce conflit au Moyen-Orient,
22:47d'une certaine manière,
22:48exacerbe aussi l'antisémitisme ?
22:51Je le crains.
22:52Oui, non seulement je le crains,
22:53mais je le constate un peu.
22:55Oui, on le constate tous.
22:57Il y a une différence
22:58entre être antisémite
22:59et juger ou critiquer
23:02l'opération de l'armée israélienne.
23:04Ce n'est pas la même chose.
23:05On est bien d'accord ?
23:06Vous prenez pour quoi, là ?
23:08Évidemment qu'on peut critiquer
23:11l'armée israélienne,
23:12on peut critiquer l'État israélien,
23:13on peut détester Netanyahou,
23:15ce n'est pas ça le sujet.
23:16En revanche,
23:18faire ce que font
23:19certains femmes et hommes politiques
23:22à Paris,
23:23soutenir les terroristes,
23:24profiter de ces circonstances
23:25pour aller se recueillir
23:26sur la tombe
23:28des assassins,
23:29des athlètes israéliennes
23:30muniques il y a 40 ans,
23:31tout ça,
23:32ça, c'est pas de la...
23:33Mais justement,
23:33vous avez parlé de Netanyahou,
23:34c'est important,
23:35dans le contexte,
23:36parce qu'il y a deux hommes,
23:36il y a Donald Trump
23:37et il y a Netanyahou.
23:39Il est fortement critiqué,
23:40notamment par son opposition,
23:42mais pas simplement
23:43pour être finalement
23:44le premier ministre
23:45d'une guerre permanente
23:46qui lui permet
23:47de rester au pouvoir.
23:48Comment vous le jugez,
23:49vous, Netanyahou ?
23:51Il y a un peu ça,
23:52mais c'est pas que ça.
23:54Il y a encore
23:55deux ans ou trois ans,
23:57toute l'opinion publique,
23:59toute la société israélienne
24:00disait l'inverse.
24:01Il disait que c'est pas
24:02un homme de guerre,
24:03que c'est un homme
24:03qui cherche toujours
24:04le compromis
24:05et qu'il est,
24:06au contraire,
24:07pour une solution
24:08au profil bas.
24:09C'était le reproche
24:09qu'on lui faisait,
24:10parce qu'il n'a pas
24:11de culture militaire personnelle,
24:12etc.
24:13Donc,
24:14il faut faire attention
24:15à ce type.
24:16Aujourd'hui,
24:16il fait exactement le contraire.
24:17C'est-à-dire qu'il est
24:18un chef de guerre avant tout.
24:20Il a tout de même...
24:21Il s'est passé quelque chose
24:22le 7 octobre.
24:22Le 7 octobre, bien sûr.
24:24Ça ne vous a pas échappé tout de même.
24:25Bien sûr.
24:25Au-delà même des morts...
24:28Quel jugement vous portez
24:28sur le premier ministre Netanyahou.
24:30Est-ce que c'est quelqu'un
24:30qui pousse finalement
24:32au conflit,
24:33à la guerre,
24:34pour garder son pouvoir
24:35et pour...
24:37Moi, j'ai d'autres raisons
24:38d'être en désaccord radical.
24:40Pour échapper à la justice,
24:41en particulier.
24:42La réforme de la justice,
24:44le fait d'avoir
24:45deux fascistes
24:45à son gouvernement,
24:47le fait de leur céder
24:48beaucoup trop souvent
24:49et ainsi de suite.
24:51Après,
24:52décider de prendre
24:53le taureau par les cornes
24:54et d'essayer,
24:57en tout cas,
24:57d'en finir avec le Hezbollah
24:59qui tient tout le monde
25:01par un fil
25:02en otage
25:03depuis 40 ans,
25:04ce n'est pas
25:05un but indigne
25:06et c'est plutôt
25:09ce qu'on attendrait
25:10de toutes les démocraties
25:12du monde.
25:13La vraie surprise
25:14pour moi,
25:14c'est que les démocraties
25:17peuvent avoir des critiques
25:18sur la méthode,
25:19sur comment...
25:20Mais c'est qu'elles ne soient pas
25:21aux côtés d'Israël
25:22dans cette tentative
25:23d'affaiblir
25:24et de réduire
25:25le Hezbollah,
25:26pour revenir aux négociations
25:28et aux points de friction.
25:28On a beaucoup parlé
25:29du nucléaire,
25:30on a parlé du balistique,
25:31on n'a pas parlé
25:32quand même du contrôle
25:33du détroit d'Hormuz.
25:34Vous disiez
25:34l'Iran affaiblit.
25:36Est-ce qu'en détenant
25:38ce contrôle,
25:39en ayant pris le contrôle
25:39de ce détroit d'Hormuz,
25:41l'Iran,
25:41aujourd'hui,
25:42ne détient pas
25:42la carte maîtresse
25:43quand même
25:44des négociations ?
25:45Bien sûr,
25:46mais ça ne va pas durer
25:47non plus très longtemps
25:48parce que le détroit d'Hormuz,
25:50en effet,
25:50il nous tient la gorge,
25:52nous,
25:53le reste du monde.
25:54Enfin,
25:54il tient la gorge,
25:55l'Iran aussi.
25:56Si l'Iran veut survivre
25:57un peu plus que 3 minutes,
25:59s'ils veulent avoir
25:59un avenir politique,
26:01c'est quand même
26:02leur artère fémoral
26:03par laquelle passent
26:04tous les Iraniens.
26:05Donc,
26:06ils ne peuvent pas
26:06le fermer indéfiniment.
26:07Ils laissent passer
26:08les bateaux,
26:09pour le coup,
26:10qui vont dans leur intérêt.
26:11Mais ce n'est pas avec ça
26:14qu'ils survivront
26:15plus de 3 minutes.
26:15Vous pensez que
26:16cette carte-là,
26:17ils ne pourront pas
26:18la jouer indéfiniment ?
26:21Il est scandaleux
26:22qu'ils la jouent.
26:22C'est une atteinte
26:24absolue
26:25à ce qu'il fait
26:26la vie du monde.
26:29Franchement,
26:29on se demande même
26:30pourquoi ils ne l'ont pas
26:31fait avant.
26:32Ils ne l'ont pas fait avant
26:32parce que jusqu'à présent,
26:35il restait probablement
26:36même chez eux
26:37une petite parcelle
26:38de rationalité.
26:40Mais il y a en effet
26:40dans le monde,
26:41sur la planète,
26:42il y a 5 ou 6 des 3
26:44qui sont vraiment
26:47les artères
26:48du commerce mondial.
26:49Sans lesquelles,
26:50comme dans le poème
26:51de Busset,
26:52c'est le sang
26:53qui se fige,
26:54le sang irrigateur
26:56de la planète
26:57qui se fige.
26:58Donc,
26:59bloquer cette artère-là,
27:01c'est en effet
27:02un danger majeur
27:04pour le monde,
27:04c'est un danger
27:05pour eux aussi
27:05et c'est en effet
27:06inacceptable.
27:07Et vous pensez,
27:07vous seriez favorable
27:08à une opération militaire
27:10pour mettre fin
27:11à ce contrôle
27:12qu'ils ont
27:13sur le détroit d'Hormuz
27:14à laquelle,
27:14pour l'instant,
27:15la France ne veut pas
27:15participer ?
27:16Je pense qu'il faut
27:18que le détroit d'Hormuz
27:19soit libéré,
27:20naturellement.
27:21Je pense qu'il faut
27:22que le...
27:23Militairement ?
27:24Par tous les moyens.
27:26Et si en effet
27:27ça ne se règle pas
27:29demain
27:29à Islamabad
27:31sous l'égide
27:31de ces grands démocrates
27:32que sont les Pakistanais,
27:34il faudra le régler autrement.
27:35Et la France,
27:36doit-elle rester à distance
27:38de cette opération,
27:39selon vous,
27:39comme elle a choisi
27:40de le faire pour l'instant ?
27:42Il y a deux raisonnements.
27:43Je comprends que la France
27:45dise,
27:45attendez,
27:46on n'a pas été consulté,
27:47on ne nous a rien demandé,
27:49pourquoi est-ce qu'on viendrait
27:50maintenant nous chercher ?
27:50Je comprends cette réaction.
27:52En même temps,
27:53je crois aussi
27:54qu'il faut regarder
27:55un peu plus loin
27:55à l'échelle de nos enfants,
27:58à l'échelle de l'histoire.
27:59Est-ce qu'on est du côté...
28:01Est-ce qu'on souhaite
28:02que l'Amérique l'emporte
28:03ou est-ce qu'on souhaite
28:05que les mollats triomphent ?
28:07Bon, voilà.
28:08Donc il faut que ça suffise.
28:10Donc il faut se mouiller
28:11un peu plus,
28:11c'est ça que vous dites ?
28:12Il faut passer outre
28:13les agaceries,
28:14il faut penser que Trump
28:15est une péripétie
28:16dans l'histoire des Etats-Unis,
28:18il faut penser que ça durera
28:20peut-être encore moins longtemps
28:22qu'on ne le pense,
28:23et penser qu'en revanche...
28:24Donc oui,
28:25il faut y participer.
28:26Oui, bien sûr,
28:26il faut passer sur...
28:30C'est plus que de l'agacerie,
28:31c'est de l'humiliation.
28:32Trump a dit des choses abjectes
28:34sur le président Macron.
28:35Mais au-delà de la susceptibilité,
28:37c'est peut-être qu'on ne veut pas
28:37participer à un engrenage,
28:39en fait.
28:39C'est peut-être aussi ça
28:40le raisonnement d'Emmanuel Macron.
28:42Mais l'engrenage est là,
28:44l'engrenage est déjà là,
28:46nous y sommes en plein.
28:47Regardez les déclarations
28:48de notre Premier ministre,
28:49d'ailleurs parfait,
28:50avec beaucoup de sang-froid,
28:51il a dit,
28:52on est en guerre,
28:53la guerre par tous les moyens.
28:54C'est ça que vous avez retenu, vous ?
28:57Non, mais je veux dire,
28:58ça vous a interpellé,
28:59effectivement.
28:59J'ai retenu une vraie gravité,
29:03une vraie sagesse,
29:04et une vraie intelligence
29:05des modalités nouvelles de la guerre,
29:08qui fait rage,
29:09même quand il n'y a pas
29:10des avions dans le ciel.
29:10À tous les niveaux.
29:11C'est ça qu'a dit le Corneu.
29:12Il n'y a pas besoin
29:13qu'il y ait des missiles
29:14et des bombes
29:14pour être en guerre.
29:15Et il a raison.
29:17Et l'engrenage est déjà là,
29:18et nous avons déjà le bras.
29:19Et nous devons nous adapter,
29:20c'est ce qu'il a dit.
29:21En effet,
29:22ce type de modalité guerrière,
29:23pour le coup,
29:24n'a absolument rien de nouveau.
29:26On sait bien que la guerre totale
29:27peut impliquer
29:27les dimensions économiques,
29:28etc.
29:29Mais du coup,
29:30quand vous parlez de guerre juste,
29:32est-ce que pour vous,
29:33la question de justesse
29:34et de justice
29:35n'inclut que la morale ?
29:37Et donc le souhaitable,
29:39ou est-ce que ça inclut aussi
29:40la réalité et le possible ?
29:42À chaque fois,
29:42vous dites,
29:43au nom de la morale,
29:44finalement,
29:45ça devient juste.
29:46Mais si ce n'est pas possible,
29:47et si c'est emmener tout le monde
29:48au carton,
29:502003, 2011,
29:51avant 2001,
29:52ils n'étaient pas obligés
29:53après avoir poursuivi,
29:55finalement,
29:58Ben Laden
30:00en terre d'Afghanes
30:02pour venger les...
30:04Heureusement qu'après avoir
30:05poursuivi Ben Laden...
30:06Oui, mais c'était pas obligé de rester.
30:08Heureusement qu'on a fait tomber l'État.
30:10Si ?
30:10Non, non, non, ben non.
30:11On a bien fait de rester en Afghanistan.
30:14Voilà un exemple, voilà.
30:15Donc la possibilité...
30:17Pardon, je connais bien.
30:18Je suis allé souvent en Afghanistan
30:20dans cette période
30:20et j'y étais encore quelques mois
30:22avant le retour des Mola.
30:24D'accord ?
30:24Donc je pense qu'on a bien fait d'y rester
30:26et je pense qu'on a eu tort d'en partir.
30:28Mais vous vouliez qu'on reste
30:29ad vitam aeternam ?
30:30Il y avait à l'époque
30:33quelques milliers de soldats américains.
30:35Peu.
30:35C'est pas pérenne, M. Lévin.
30:36C'est pas pérenne.
30:37Il n'y a pas des soldats pérennes...
30:40Une guerre peut pas durer des siècles.
30:42Il n'y a pas des soldats...
30:42Il n'y a pas des établissements américains
30:44pérennes en Allemagne
30:46dans d'autres pays d'Europe.
30:47Donc c'est une occupation
30:49et une colonisation, de fait.
30:50Vous aviez entre 2001,
30:53entre 2002 et 2000
30:55et le départ décrété par...
30:58Enfin, décrété...
30:59voulu par Biden
31:00et exécuté par Trump
31:01il y a trois ans.
31:03Vous...
31:04Il y a...
31:05Et la Libye.
31:06Vous aviez eu un Afghanistan
31:08où les femmes relevaient la tête,
31:10où elles enlevaient les foulards.
31:12Donc vous revenez à la morale.
31:13Mais la possibilité de maintenir
31:14un équilibre...
31:15C'était possible.
31:16A quel prix ?
31:18Un prix minime.
31:19Ça coûtait 100 fois moins cher
31:21aux Etats-Unis
31:22d'être présent en Afghanistan
31:23que d'être présent en Europe.
31:25Ce qui est sûr,
31:26c'est que, s'il vous plaît...
31:27Aux parents des troupes
31:29qui sont revenus dans un cercle.
31:30Les trois ou quatre dernières années
31:31ou cinq à vérifier,
31:33le prix dont vous parlez,
31:35grâce au ciel,
31:35n'existait plus.
31:36Il n'y avait plus de pertes,
31:37il n'y avait plus de combats.
31:38Les Américains n'étaient plus...
31:39On vérifie ?
31:40Je ne suis pas certain.
31:41Dans les dernières années...
31:42Vous vérifierez
31:43et on fera un débat
31:44la prochaine fois sur ce sujet,
31:45s'il vous plaît.
31:46Les troupes américaines présentes
31:48n'étaient plus en mission de combat.
31:49C'était sur la question du possible
31:51par rapport au souhaitable
31:52que je vous interrogeais.
31:53Il était possible pendant 20 ans
31:54d'être en Afghanistan,
31:56de permettre aux femmes
31:57de vivre une vie normale,
32:00de permettre à des journaux
32:01de se créer,
32:02de permettre à une société civile
32:04de fonctionner.
32:04En revanche,
32:05le jour où Biden et Trump
32:07décident d'offrir à Doha,
32:09au Qatar,
32:10sur un plateau d'argent,
32:11le pays aux talibans,
32:13sans aucune raison...
32:14Ah, son retraite est calamite,
32:14on est bien d'accord.
32:15Ce retraite était calamiteux.
32:17C'était calamiteux.
32:18Donc,
32:18il était bon...
32:20Est-ce qu'il était bon
32:22que l'Occident conserve
32:24en Afghanistan
32:25le centième
32:26ou le cinquantième
32:27de la présence
32:28qu'il a,
32:29l'Occident,
32:29en Europe ?
32:30Et ce qui est sûr,
32:30c'est que la situation
32:31est dramatique
32:32pour les Afghans
32:33depuis que les Américains
32:35sont partis.
32:35un documentaire de France 5.
32:38C'est un documentaire de France 5.
33:05Je voudrais bien documenter.
33:06Non, alors s'il vous plaît,
33:07on s'arrête là.
33:08Je voudrais juste
33:09qu'on se projette encore
33:09pour conclure sur les prochaines heures
33:12et ces négociations décisives
33:13qui vont se tenir au Pakistan.
33:16C'est Donald Trump lui-même
33:17qui disait
33:17on va très vite savoir
33:18en fait si ça va
33:19dans le bon sens ou pas.
33:21Est-ce que vous pensez
33:22effectivement que,
33:24comment dire,
33:25les positions des uns
33:26et des autres
33:27dans les premières heures
33:28de négociation
33:29seront tout de suite
33:30un indicateur de taille ?
33:32Est-ce qu'on sait très vite
33:33ou au contraire,
33:34est-ce que les négociations
33:35ça peut aussi être
33:36le temps long ?
33:37Est-ce qu'on ne peut pas
33:37passer par plusieurs phases ?
33:40Est-ce qu'on ne peut pas
33:40claquer la porte
33:41et revenir autour de la table
33:42pour que finalement
33:43les discussions mènent
33:44quelque part ?
33:45Honnêtement,
33:46honnêtement,
33:47je ne sais pas.
33:50Cette expérience-là,
33:51je ne l'ai pas.
33:53Vous êtes un fin observateur
33:56de ces moments-là aussi.
33:57L'expérience de la bataille
33:59de Mossoul,
34:00je l'ai.
34:01L'expérience de l'Afghanistan,
34:02je l'ai.
34:03J'étais à l'époque
34:04le représentant
34:05du Premier ministre Jospin
34:06et du Président Chirac
34:08en Afghanistan
34:09pendant l'année 2022.
34:10Ça, je connais.
34:11Comment ça se passe
34:12une négociation
34:13entre des diplomates iraniens
34:16à genoux
34:17mais qui ne veulent pas le dire
34:18parce qu'ils sont
34:19sans doute dans leur bulle fanatique
34:20et entre des négociateurs
34:22américains médiocres
34:23et qui ne connaissent rien
34:24à la réalité
34:25dont ils sont censés se traiter.
34:27Comment ça va se passer
34:28cette négociation ?
34:29Impossible à dire.
34:30J'en sais rien.
34:31Moi, ce que je souhaite,
34:32vraiment,
34:33c'est que les Mollas
34:36comprennent
34:36qu'il est minuit
34:38moins cinq pour eux
34:39et qu'il est midi
34:40moins quatre
34:41pour leur peuple
34:42s'ils acceptent
34:43de lever la botte,
34:45de lever le pied.
34:46C'est ça que j'espère.
34:47Vous qui connaissez justement
34:49aussi les terrains de guerre,
34:49vous venez de le dire.
34:51Un mot quand même
34:51parce que ça,
34:52ça a été aussi
34:53l'un des événements
34:54marquants de cette semaine.
34:56Ce sauvetage
34:57de ce soldat américain,
34:59du F-16 américain
35:00qui a été abattu
35:01au-dessus de...
35:03F-15, non ?
35:04Oui, F-15.
35:05J'ai pas dit F-15 ?
35:06F-16.
35:06F-16, F-15, pardonnez-moi.
35:08J'en perds mon vocabulaire militaire
35:12au-dessus du ciel iranien.
35:13Le premier a été secouru,
35:15le deuxième a dû se retrancher
35:16dans une crevasse.
35:18Il a finalement été secouru
35:20par cet outil inédit,
35:23fascinant,
35:23gosse murmure.
35:24Vous en avez entendu parler
35:25ou pas ?
35:25Oui, j'ai entendu parler.
35:26Mais moi,
35:27ce qui m'a le plus fasciné,
35:28c'est pas tellement ça.
35:29Je précise juste
35:30pour ceux qui nous regardent
35:31et qui n'ont pas entendu parler.
35:32Donc, on exploite
35:33l'intelligence artificielle
35:34pour capter à distance
35:35la signature électromagnétique
35:38des battements cardiaques.
35:39C'est fascinant.
35:40Et le quantique.
35:41Et le quantique.
35:42L'IA et le quantique.
35:44Incroyable.
35:45Ce qui est surtout
35:46presque incroyable
35:47dans le monde barbare
35:49où on est entré,
35:50c'est qu'il y a encore des pays
35:51comme les Etats-Unis,
35:52comme la France,
35:53avec les deux otages
35:54rentrés avant-hier,
35:56comme Israël,
35:57qui sont encore capables
35:58de déployer
35:59une énergie considérable,
36:00des moyens militaires énormes
36:02sans doute aussi
36:03beaucoup d'argent
36:03que pour sauver un homme.
36:05Pour ne pas laisser
36:06un blessé
36:07ou un prisonnier derrière,
36:10il y a encore,
36:10ça s'appelle la démocratie.
36:12Ça s'appelle
36:12le monde des libertés.
36:14On attache un prix immense
36:16à une vie.
36:18Une vie ne vaut peut-être rien,
36:19mais rien ne vaut une vie.
36:20Donc, Trump ou pas,
36:21Trump ou pas,
36:22Vance ou pas,
36:24l'Amérique continue
36:25à raisonner comme ça.
36:26Et on voyait,
36:27on voyait les émissions
36:28en boucle sur CNN,
36:29tout ça,
36:30l'Amérique toute entière
36:31était suspendue
36:33à ce sauvetage du pilote.
36:36Il y avait un peu
36:37du goût du spectacle
36:38malsain,
36:38mais il y avait surtout
36:39cette idée
36:40que la vie d'un Américain,
36:41la vie d'un compatriote,
36:42c'est majeur.
36:42Pareil pour nous,
36:43les Français,
36:44quand on a des otages.
36:45Pareil pour les Israéliens,
36:46quand ils vont chercher
36:47derrière les lignes
36:49un des leurs capturés
36:51ou blessés.
36:51Et ça, je trouve
36:53que c'est plutôt
36:55une raison
36:55d'espérer un peu
36:58de l'époque
36:59et du monde
37:01dans lequel on vit.
37:01Et je me doutais
37:02que ce serait un sujet
37:03qui vous inspirerait.
37:04On va s'arrêter là-dessus.
37:05Merci beaucoup,
37:06Bernard-Henri Lévy,
37:07d'avoir été avec nous.
37:09Sous-titrage MFP.
Commentaires