- il y a 7 mois
Gilles Kepel, professeur des universités et spécialiste du Moyen-Orient, était l’invité du Face-à-Face de ce vendredi 20 juin sur BFMTV et RMC. Il a été interrogé sur le conflit qui oppose Israël à l'Iran.
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00:00Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Gilles Kepel.
00:03Bonjour.
00:04Merci de répondre à mes questions ce matin dans ce studio.
00:06Vous êtes professeur des universités, vous êtes spécialiste du Moyen-Orient, de l'islam contemporain.
00:11Votre dernier livre, Le bouleversement du monde, vient de sortir à nouveau aux éditions Pocket.
00:16Est-ce qu'on est à l'aube d'une révolution iranienne et peut-être même d'une révolution mondiale ?
00:22Si le régime des Mollah tombent, est-ce que c'est la fin de toutes les tentations islamistes ?
00:28Vous écrivez cette phrase, l'effondrement du régime des Mollah serait un coup très sérieux,
00:34porté à toutes les utopies islamistes, comparables en effet à celui de l'URSS pour le communisme.
00:41Ça peut être ça qui se joue en ce moment dans l'affrontement entre Israël et l'Iran ?
00:47À moyen terme, oui. J'utilise le conditionnel.
00:50On n'est pas encore sûr que le régime est tombé.
00:53Vous avez vu ce qui se passe en ce moment.
00:55Les Américains ont envoyé des porte-avions qui entourent complètement l'Iran,
01:00mais se déclarent ouverts à la négociation.
01:03En ce moment, M. Barraud est en train de voler vers Genève avec le ministre des Affaires étrangères allemand,
01:10la haute représentante de l'Union européenne, Mme Callas,
01:12pour rencontrer Abbas Araqchi, le ministre des Affaires étrangères iranien, donc en Suisse,
01:17et pour essayer de voir comment on peut gérer la situation.
01:24Ça veut dire que, quand vous nous dites tout ça, toutes les options, au fond, sont, au moment où on se parle, sur la table ?
01:30Oui, mais pendant que les Américains sont là autour, Israël continue à bombarder.
01:35Et l'Iran continue à répliquer sur Israël.
01:37C'est-à-dire qu'on a aujourd'hui, d'après ce que Trump, mais il change, il faut dire, souvent d'avis,
01:42a annoncé récemment, dans 15 jours, on verra.
01:45L'espoir des Américains, c'est que, dans les 15 jours qui viennent, l'Iran sera tellement affaibli,
01:51ou le régime des Mollahs sera tellement affaibli,
01:53qu'il sera possible d'obtenir une négociation sur le nucléaire, sur le changement de régime, etc.,
01:59le plus favorable possible aux États-Unis, à Israël, aux Occidentes,
02:03entre eux, le plus défavorable possible à l'Iran.
02:05On n'y est pas encore, mais l'affrontement, pour l'instant, continue.
02:09Alors, ce que je voulais dire dans la phrase que vous avez évoquée,
02:12c'est qu'effectivement, l'Iran n'a pas seulement été le régime de la révolution islamique chiite.
02:19Même s'il y a eu des conflits entre chiites et sunnites à travers le monde,
02:23des massacres entre eux, on a vu ce qui s'est passé dans l'Irak,
02:26après la chute de Saddam Hussein,
02:28quelque chose qui est aussi présent dans l'esprit de beaucoup d'Iraniens et de beaucoup de gens,
02:32c'est-à-dire même si un régime que beaucoup détestent, y compris les exilés,
02:36qui haïssent les Mollahs, qui veulent les voir partir,
02:39ils sont aussi terrifiés à la perspective qu'il y a un chaos épouvantable après les Mollahs,
02:45genre ce qui s'est passé dans l'Irak après la chute de Saddam Hussein,
02:48qui avait fait tomber la dictature baassiste pour amener Daesh et autres.
02:53Donc, toute la difficulté aujourd'hui est là, parce qu'Israël a ses intérêts propres,
02:57c'est-à-dire réduire le pouvoir de nuisance de l'Iran qui veut détruire l'État d'Israël,
03:02qui le bombarde comme on le voit aujourd'hui.
03:03Mais les États-Unis, l'Union européenne et autres qui partagent cette volonté
03:07ont également la volonté de voir plus loin,
03:10c'est-à-dire d'éviter que sur la ruine éventuelle du régime des Mollahs
03:15naisse un régime chaotique de guerre de tous contre tous
03:19dans une région qui est celle où il y a la plus grande réserve de pétrole et de gaz du monde.
03:25On va essayer de comprendre effectivement quels sont les différents scénarios,
03:27mais d'abord dans les prochaines heures, vous le disiez,
03:30les ministres européens et le négociateur iranien qui vont se retrouver à Genève.
03:36Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?
03:38Alors, je ne sais pas exactement ce qu'ils attendent,
03:40mais en tout cas, il me semble que c'est une manière de prendre langue,
03:44c'est-à-dire de faire en sorte qu'on maintient le contact
03:49avec ce qui reste aujourd'hui d'appareils étatiques iraniens
03:54qui est en mauvais état, très clairement.
03:56Vous avez vu ces images l'autre jour où on observait ces grandes autoroutes
04:01à Téhéran pleines de voitures, de gens qui s'en allaient.
04:04Jusqu'à ce que le gouvernement iranien baisse la possibilité,
04:08le nombre de litres d'essence que chacun peut mettre dans sa voiture
04:12et donc réduise effectivement la capacité à cet exode,
04:16en fait à cette sortie notamment de Téhéran.
04:18C'est vrai, entendu, vous savez, par le paradoxe,
04:21c'est que l'Iran est un gros producteur de pétrole,
04:24mais on ne trouve pas d'essence parce qu'il est quasiment gratuit,
04:26donc qu'elle est envoyée par des contrebandiers dans les pays voisins.
04:30Donc c'est un système aberrant qui fait partie
04:31de ce délabrement de la République islamique.
04:35Mais en même temps, le régime iranien aujourd'hui
04:39est obligé de laisser des poches de non-gouvernance.
04:42On voit par exemple, dans la guerre psychologique,
04:45des guerres des images qui est menée par tous les camps,
04:47souvent dans la région,
04:47il faut se méfier de ce qu'on voit bien sûr.
04:50Mais on a des rues de Téhéran qui sont désertées
04:52et où des opposants peuvent monter des scènes
04:55qu'on voit sur le web avec un bûcher
04:57sur lequel on met des photos de l'ayatollah Khamenei,
05:01chose qui était impensable il y a quelque temps.
05:04Alors ce ne sont pas des manifestations de masse bien sûr,
05:07mais on voit bien qu'il y a un nombre de trous
05:09dans la raquette répressive iranienne.
05:11Est-ce que s'il y a, comme vous le dites,
05:14un début de dialogue qui se noue aujourd'hui ?
05:16C'est d'abord un dialogue, j'allais dire,
05:18le couteau sous la gorge,
05:20puisque effectivement c'est un dialogue,
05:22mais parallèlement, comme vous le disiez,
05:24les États-Unis montrent leur présence physique,
05:28Israël continue de bombarder.
05:30Les Iraniens ont-ils donc le choix ?
05:34Ils espèrent gagner le plus de temps possible,
05:37si vous voulez, puisqu'ils ne sont pas complètement seuls.
05:40La Chine les soutient.
05:42La Chine, c'est quand même la deuxième grande puissance
05:44aujourd'hui, après les États-Unis,
05:46ou en compétition avec les États-Unis,
05:48qui d'ailleurs importe quasiment tout son pétrole
05:50et son gaz, quand elle le peut, de l'Iran.
05:53C'est un soutien qui pourrait devenir un soutien actif ?
05:56Militaire, je ne pense pas.
05:57Mais en tout cas, dans le rééquilibrage du monde
06:01qui se joue aujourd'hui, la Chine donne son avis.
06:04Par ailleurs, les pays arabes voisins,
06:06notamment ceux du Golfe et aussi le Pakistan,
06:09surtout le Pakistan qui est voisin de l'Iran,
06:11mais qui a fermé sa frontière aux réfugiés venant de l'Iran,
06:14mais a créé une sorte de front de solidarité
06:18avec un pays musulman attaqué par Israël.
06:22Et les États du Golfe sont très partagés,
06:24parce que d'un côté, ils aimeraient évidemment
06:27que l'Iran, qui a fait envoyer des terroristes
06:30attaquer des raffineries saoudiennes dans le passé,
06:34la reprendre à Bouddhabi et autres,
06:36cesse d'être un État rogue ou un État voyou, comme on dit.
06:40Mais en même temps, ils sont très inquiets du chaos,
06:43la possibilité de bloquer le détroit d'Hormuz
06:46ou pas 20% du Golfe,
06:47et aussi des répercussions sur leur propre stabilité, si vous voulez.
06:52Vous dites, ces États, on pense évidemment à la Jordanie,
06:56à l'Arabie Saoudite, à la Syrie, à l'Irak, aux Émirats.
07:00Est-ce qu'il y a une différence entre ce qu'ils pensent et ce qu'ils disent ?
07:03C'est-à-dire, est-ce que, comme certains le disaient au tout début
07:06de cette résurgence de conflits,
07:10qu'au fond, certains, comme la Jordanie,
07:13comme l'Arabie Saoudite, bien sûr,
07:15se disent, au fond, c'est pas plus mal que l'Iran soit affaibli,
07:19mais c'est impossible, évidemment, de le dire publiquement.
07:22La Jordanie condamne clairement et prend parti pour l'Iran,
07:26condamne officiellement Israël.
07:28Qu'est-ce qu'ils pensent et qu'est-ce qu'ils disent ?
07:30Et qu'est-ce qu'ils peuvent dire ?
07:31Oui, la Jordanie est un bon exemple,
07:32puisqu'ils interceptent des missiles en même temps
07:34qui passent au-dessus de leur territoire
07:35et qui, sinon, frapperait Israël.
07:37Donc, dans les faits, ils soutiennent plutôt Israël ?
07:39Dans les mots, ils soutiennent plutôt l'Iran ?
07:41Alors, ils sont prudents et, si vous voulez,
07:44dans le monde arabe, l'impact de missiles iraniens
07:48tombant sur Israël,
07:50pour ceux qui, dans ces populations, sont anti-israéliens,
07:55s'est perçu d'une manière favorable, bien évidemment.
07:59Et c'est là l'un des enjeux internationaux qui se produisent.
08:02Y compris en Europe, parmi des populations
08:05qui sont plutôt anti-israéliennes,
08:07chaque salve est perçue comme quelque chose
08:10dont on se réjouit, puisque, par ailleurs,
08:13Israël est considéré comme celui
08:16qui est en train de détruire Gaza.
08:18Il y a encore eu, d'ailleurs, des morts à Gaza cette nuit.
08:21La guerre continue à Gaza, si vous voulez.
08:23Donc, il faut bien prendre la totalité de l'image.
08:27C'est pourquoi, pour venir à votre question originale,
08:30je n'ai pas oublié,
08:31pourquoi est-ce que j'écrivais, dans le Figaro de ce week-end,
08:34que si le système des Molas s'effondrait,
08:39ça serait comparable jusqu'à un certain point
08:41à l'effondrement de l'Union soviétique,
08:42parce que l'effondrement soviétique
08:43a considérablement abîmé les partis communistes
08:47qui s'en réclamaient.
08:49Le parti communiste français, il fait 2% des voix aujourd'hui.
08:52Quand j'étais jeune, c'était le grand parti du peuple,
08:56si vous voulez.
08:57Et aujourd'hui, vous avez tous ces partis à l'extrême-gauche,
09:00par exemple, qui se réclament de ce qui se passe en Palestine,
09:05qui, finalement, a une certaine sympathie pour la révolution iranienne.
09:10On a vu un certain nombre de drapeaux iraniens
09:13être désormais brandis,
09:16en marge des manifestations de soutien à la Palestine.
09:19Exactement, oui.
09:21Or, l'Iran, ce n'est pas seulement un pays chiite,
09:25c'est un pays qui, la révolution de 79,
09:28a donné cette espèce d'immense espoir d'un État islamique.
09:32Et Sadat a été tué, deux ans après,
09:35par des gens qui étaient fascinés par cela.
09:37Je vous raconte une anecdote.
09:38Moi, j'étais en Égypte à l'époque, j'avais 24 ans,
09:41en 1980,
09:44et je faisais ma thèse sur les mouvements islamistes,
09:47qui allaient tuer Sadat l'année suivante.
09:49Je faisais antichambre chez le guide suprême des frères musulmans
09:53pour lui faire une interview.
09:54Et qui vient me rejoindre dans l'antichambre ?
09:57Le chargé d'affaires iranien.
09:58Qui venait...
09:59Qui lui-même venait rencontrer...
10:00Voilà, des iraniens romainistes, déjà.
10:02Il faut bien savoir que le guide Hamenei, par exemple,
10:06a lui-même traduit de l'arabe vers le persan
10:08le livre de Sayed Kopt,
10:10le principal, disons, idéologue révolutionnaire des frères musulmans,
10:15dont ils se sont inspirés.
10:16Mais ça veut dire, Gilles Kepel,
10:17que vous dites aujourd'hui que si le régime des Mollahs tombait,
10:20encore une fois, on n'y est pas du tout,
10:22mais effectivement, c'est un des espoirs...
10:27D'un certain nombre de gens, oui.
10:27Peut-être même un objectif d'Israël,
10:30les États-Unis, d'un certain nombre,
10:33y compris d'Européens,
10:34qui, encore une fois, notamment au G7,
10:37ont signé ensemble cette déclaration
10:39ciblant l'Iran comme l'ennemi commun
10:43ou comme le responsable du chaos et du terrorisme.
10:46Est-ce que ça veut dire
10:48que le modèle d'un État islamiste
10:52s'effondrerait avec lui ?
10:54En tout cas, il serait très abîmé.
10:57Puisque c'est la révolution islamique de 1979
10:59qui a changé les choses, bien sûr.
11:02Après, vous avez eu 89...
11:04Vous voulez dire Daesh, vous voulez dire tout cela,
11:06a aussi sa source dans l'histoire iranienne.
11:09Ce qui a donné de même que la révolution léniniste
11:12de 1917 en Russie, si vous voulez,
11:14a été ce qui a donné l'espoir au communisme
11:17pendant tout le XXe siècle.
11:19Et ça, il faut bien s'en rendre compte.
11:21Parce que quand vous pensez, par exemple,
11:23quand on parle,
11:24quand je vous demandais aux étudiants à Sciences Po,
11:27qu'est-ce que c'est que 1989 ?
11:29Ils répondaient tous, chute du mur de Berlin.
11:30Je dis, d'accord.
11:31Mais qu'est-ce qui a causé la chute du mur de Berlin,
11:33outre les enjeux sur place ?
11:36C'est que le 14 février, cette même année 89,
11:42il y a eu la fatwa contre Salmane Roujdi
11:45et le lendemain, le départ des troupes soviétiques d'Afghanistan,
11:50entraînant, si vous voulez, la chute du système soviétique.
11:52Donc dans les dominos, il ne faut pas oublier les premiers,
11:54les tout premiers dominos qui ensuite entraînent des conséquences.
11:58Absolument.
11:58Et ça, c'est très important parce que ça, si vous voulez,
12:00c'est ce qui a donné la révolution iranienne,
12:03enfin la prise de pouvoir par Roménie,
12:05c'est ce qui a donné une espèce d'enthousiasme,
12:07c'est possible, aux islamistes du monde entier,
12:10qu'ils soient sunnites ou chiites.
12:12Et l'effondrement de ce modèle serait quelque chose
12:15qui, effectivement, rebattrait complètement les cartes.
12:17Maintenant, un, on n'y est pas.
12:19Deux, on ne sait pas ce que ça va donner après.
12:22Puisque...
12:22Qu'est-ce que vous dites à ceux qui, effectivement, disent,
12:24« Attention, si le régime des Mollas s'effondre,
12:30on ne sait pas ce qu'il y aura derrière. »
12:32Et on prend souvent comme exemple la question des printemps arabes
12:36qui avaient suscité un formidable espoir démocratique
12:40mais qui n'ont pas forcément entraîné une meilleure démocratie.
12:43C'est le moins qu'on puisse dire, oui,
12:45qu'ils sont basculés soit dans le chaos,
12:46soit dans le retour de dictature.
12:48Et puis le cas le plus frappant pour les Arabes,
12:50c'est juste à côté, c'est Saddam Hussein.
12:52C'est l'Irak, Saddam Hussein.
12:54Le dictateur a battu la statue qui est tombée,
12:57place Firdos à Bagdad.
13:00Et après, ça a été le chaos, ça a été l'arrivée de Daesh.
13:03Donc, il faut bien voir que l'une des forces résilientes
13:07de la République des Mollahs,
13:09c'est qu'ils ont incarné d'une certaine manière
13:11l'Empire iranien lorsque Saddam Hussein,
13:15à l'époque en 1980,
13:16avait déclenché la guerre contre l'Iran.
13:19Et vous aviez dans la prison d'Evin,
13:21où ont été retenus deux de nos compatriotes,
13:23dont j'espère qu'ils sont toujours quelque part,
13:26on est très inquiets à leur sujet, bien sûr,
13:27comme vous le savez,
13:28la prison d'Evin au nord de Téhéran,
13:30où tout le monde était là,
13:31y compris les pilotes du Shah d'Iran.
13:33Et quand l'Irak a attaqué,
13:35les pilotes qui étaient condamnés à pire sévice
13:38se sont portés volontaires pour sortir
13:40et voler avec leurs avions
13:43pour bombarder les Irakiens
13:45pour sauver l'Iran,
13:47même si celui-ci était dirigé par un régime
13:49qui les condamnait à mort.
13:50Ça, c'est très intéressant ce que vous êtes en train de nous dire,
13:53parce qu'effectivement,
13:53c'est toute la difficulté d'une population iranienne
13:57qui aujourd'hui, en grande majorité,
14:00ne soutient évidemment pas ce régime,
14:02mais qui, dans le même temps,
14:04est terrorisé par ces bombardements
14:07et veut évidemment un élan patriote
14:10vis-à-vis de son propre pays.
14:12Donc, pas forcément qu'il réussisse à distinguer
14:14le régime et le pays.
14:16Voilà.
14:16Et ça, c'est très appréhensif, indéniablement.
14:19On le voit dans l'opposition à l'étranger.
14:21Alors, vous avez l'opposition professionnelle,
14:22les gens qui sont autour du Shah et autres
14:24qui disent tout va bien se passer.
14:27Leur implantation, pour l'instant,
14:28elle n'est pas très visible.
14:30C'est-à-dire, on ne voit pas présentement
14:32d'alternatives constituées et structurées.
14:36Il me semble que c'est l'une des raisons
14:37pour lesquelles, tant que vous avez d'un côté
14:39la frappe qui continue avec Israël,
14:42mais la négociation à Genève en ce moment,
14:45en lien, et Jean-Noël Barraud, pardon,
14:47a parlé à Marco Rubio hier,
14:49pour le prévenir de ce qui se passait.
14:50L'Américain.
14:51Voilà, l'Américain.
14:52Et Trump qui dit, on attend 15 jours.
14:54Mais entre-temps, pendant ça,
14:55il a mis trois porte-avions autour.
14:57Ces trois porte-avions, ça représente
14:58trois fois la capacité de frappe d'Israël,
15:00semble-t-il, dont un certain nombre
15:02de missiles, de ce qu'on appelle
15:03le dôme de fer, les missiles Arrow,
15:05semblent être aujourd'hui en train de manquer.
15:08Ce qui explique ce que les images
15:09que vous avez vues ce matin,
15:10c'est-à-dire l'hôpital de Bergera qui a été fait.
15:12C'est précisément ce que j'allais vous demander.
15:12Les deux semaines, ce délai qui a été
15:14donc évoqué par Donald Trump,
15:16même si, encore une fois,
15:17il est difficile de se fier
15:18à ce que dit Donald Trump un jour
15:21et qui peut être différent le lendemain.
15:23Mais deux semaines, il dit d'ici deux semaines,
15:26est-ce que, quand on voit l'état des missiles,
15:31des stocks de part et d'autre,
15:33c'est-à-dire évidemment des stocks iraniens
15:36qui sont vraisemblablement moins nombreux,
15:38mais également la porosité du dôme de fer
15:41qui, comme vous le disiez,
15:42les images de ce matin sont éloquentes,
15:44celles d'hier également
15:45avec les frappes qui ont touché
15:47l'hôpital du sud d'Israël.
15:50Le dôme de fer, est-ce qu'on peut dire ce matin
15:52qu'il est moins efficace ?
15:54Bien sûr, tout ça est très secret,
15:56mais on voit bien que,
15:58d'après ce qu'on pense aujourd'hui,
15:59les Iraniens ont envoyé au début
16:01énormément de leurs
16:02pour obliger les Israéliens
16:04à se départir d'une partie
16:07de leur stock de arrows,
16:10c'est-à-dire de ces choses...
16:12Ces flèches, on appelle ça des flèches,
16:13mais qui sont des missiles antimissiles.
16:14Voilà, qui empêchent...
16:15Donc, moins il y en a,
16:17plus les autres peuvent en envoyer.
16:18Mais de notre côté,
16:19les Israéliens pensent
16:21que les Iraniens n'ont pas
16:22des réserves éternelles,
16:23mais en tout cas,
16:24ces réserves n'ont pas été
16:25mal gérées du côté iranien,
16:27puisqu'ils continuent à tirer.
16:28Puisqu'ils continuent,
16:28nuit après nuit...
16:29Il y a infligé des dommages
16:31qui sont de plus en plus significatifs,
16:33en tout cas pour l'image.
16:34Ce matin, il y avait déjà
16:3525 morts en Israël
16:37pour 224 en Iran,
16:39que je sache.
16:40C'est le bilan officiel.
16:41Voilà.
16:41Après, la réalité,
16:42c'est peut-être autre chose.
16:44Effective.
16:44On imagine que, bien sûr,
16:46les États-Unis
16:46vont refournir à Israël
16:50un certain nombre
16:51de missiles arrows,
16:53de munitions et autres,
16:55pendant les 15 jours qui viennent.
16:56Ça veut dire, Gilles Kepel,
16:57qu'Israël est contraint
17:00de prioriser davantage,
17:03c'est-à-dire de se dire
17:04qu'on est obligé
17:04de laisser passer
17:05un certain nombre de missiles,
17:06ceux dont on estime
17:07que la trajectoire sera
17:08la moins violente
17:12pour notre sol,
17:14celle qui coûtera
17:14le moins de victimes
17:16ou de blessés,
17:17mais qu'ils sont obligés
17:18de distinguer dans le ciel
17:19et d'en laisser passer
17:20un certain nombre.
17:21Je ne suis pas responsable militaire,
17:23je voudrais que c'est un petit
17:24le colonel Kepel,
17:25ce n'est pas moi.
17:25Donc, je ne sais pas
17:26parce que c'est trop technique
17:28pour moi,
17:29mais il me semble en tout cas
17:30que vous avez
17:31des priorités politiques
17:32qui sont différentes.
17:34Celle de Netanyahou,
17:35c'est de faire tomber
17:36le régime
17:37le plus rapidement possible
17:38en ayant le moins
17:39de dommages possibles
17:40en Israël.
17:41Vous voyez bien que
17:42Netanyahou a été celui
17:44qui en Israël,
17:45à qui on demande des comptes
17:46pour le 7 octobre.
17:48Qu'est-ce qui s'est passé ?
17:49Comment se fait-il
17:49que le renseignement
17:50n'a pas vu venir
17:51la radia pauvre ministre ?
17:52L'ambassadeur d'Israël
17:53en France,
17:54hier matin à ce même micro,
17:56reconnaissait une erreur
17:58manifeste de jugement
18:00qui a conduit aussi,
18:03et c'est tout le paradoxe,
18:04quand on voit la précision,
18:05et c'est la question
18:05que je lui posais hier,
18:07la précision à la fois
18:08du renseignement
18:09mais aussi des frappes
18:10sur le territoire iranien
18:13et l'incapacité d'Israël
18:16à être aussi précis à Gaza
18:20et donc à faire tant de morts,
18:22non seulement aujourd'hui
18:23mais aussi à ne pas avoir
18:25anticipé le 7 octobre.
18:27Bien sûr.
18:28Et Netanyahou,
18:29donc, d'une certaine manière,
18:30doit répondre
18:31à la population israélienne
18:33de la faillite
18:34de sa stratégie,
18:35c'est-à-dire de la conceptia.
18:37On fait payer Hamas
18:38par le Qatar,
18:39on fait passer la contrebande
18:41par l'Égypte
18:42et puis, si Noir aboiera
18:44tant qu'il voudra
18:44mais ne mordra jamais.
18:46Ça ne s'est pas produit.
18:47Donc, il y a ça qui est là.
18:48Ensuite, il y a eu l'offensif
18:49contre Gaza
18:50qui a liquidé Hamas.
18:52Ensuite, Netanyahou
18:52a détruit le Hezbollah,
18:54ce qui est très important,
18:55fait tomber le régime
18:56de Bachar el-Assad
18:57et aujourd'hui,
18:58face à son opinion publique,
19:00il a considéré
19:01que face à l'impasse à Gaza,
19:04aller détruire
19:05le régime des Mollah,
19:06c'était quelque chose
19:06qui allait lui accorder
19:07un sursis extraordinaire.
19:09Mais c'est beaucoup plus compliqué
19:10que ça n'apparaissait.
19:12Est-ce que vous iriez jusqu'à dire
19:14que c'est une vraie stratégie ?
19:17C'est-à-dire que ce n'est pas
19:19tant le calendrier nucléaire iranien
19:22qui a justifié les bombardements
19:23que le calendrier politique intérieur
19:25parce qu'en effet,
19:27ça l'arrange en quelque sorte
19:28de détourner l'attention ?
19:29En tout cas,
19:30c'est ce qui apparaît
19:31des déclarations successives
19:32puisqu'au début,
19:34dans les quatre premiers jours,
19:35c'était
19:35on va supprimer
19:36la menace iranienne nucléaire.
19:38Depuis lors,
19:40il y a eu,
19:40ces questions ont été nuancées
19:42aussi bien par le watchdog
19:45de l'énergie atomique
19:46que par la patronne
19:48du renseignement américain.
19:51Trump a dit
19:51« I don't care ».
19:53Ça ne me rend jamais égal
19:54ce qu'elle dit.
19:54Mais il n'y avait pas,
19:56en tout cas,
19:57selon l'agence de l'énergie atomique
19:59et les dirigeants américains,
20:00la capacité des Mollahs
20:02à utiliser immédiatement
20:03une ogive nucléaire
20:04sur un missile.
20:05C'est-à-dire la volonté,
20:05oui,
20:06mais immédiate.
20:07Oui,
20:07voilà,
20:07c'est ça.
20:08Donc,
20:08tout est un enjeu
20:10de créneau très important.
20:11D'où cette idée
20:12de la temporalité.
20:14C'est 15 jours.
20:15De manière légitime,
20:16vous sembliez vous demander
20:17pourquoi 15 jours
20:18et pas 10
20:18et pas 3 semaines.
20:19Non,
20:20c'est un peu
20:20ce qui semble aujourd'hui
20:22pour les États-Unis
20:23être possible de faire
20:24pour,
20:25pendant que la négociation
20:26continue,
20:27qu'on continue
20:28à prendre langue
20:29et Trump lui-même
20:30l'a dit,
20:30on va négocier,
20:31faire en sorte
20:32que la négociation
20:33s'effectue
20:34de la façon
20:35qui permette
20:36une transition
20:37telle que l'Espera
20:38et les Occidentaux
20:39aussi peu chaotique
20:41que possible
20:41en Iran.
20:42Mais là encore,
20:42on n'y est pas,
20:43les Iraniens
20:43n'ont pas épuisé
20:46leurs possibilités.
20:46Merci beaucoup,
20:47Gilles Kepel,
20:48d'avoir répondu
20:48à mes questions ce matin.
20:50Professeur des universités
20:51et spécialiste du Moyen-Orient,
20:52votre dernier livre,
20:53Le bouleversement du monde.
20:55Il est 8h53
20:55sur AMC BFM TV.
20:56C'est parti.
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