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  • il y a 4 heures
Tests ADN "récréatifs" et médicaux : de retour dans le débat public. La loi française doit-elle être révisée sur l'utilisation des tests génétiques à des fins personnelles et la création d'un véritable cadre scientifique, familial et éthique ?

Philippe Amouyel, Professeur de Santé Publique au CHU de Lille et Directeur de la Fondation Alzheimer, est l'invité de RTL Soir. Il est également l'auteur de la BD "La génétique au cœur" aux éditions Dargaud.
Regardez L'invité de RTL Soir avec Vincent Parizot du 10 avril 2026.

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Transcription
00:01L'invité d'RTL Soir
00:03L'invité d'RTL Soir est donc le professeur Philippe Amouyel. Bonsoir.
00:08Bonsoir.
00:09Professeur de santé publique au CHU de Lille, directeur de la Fondation Alzheimer,
00:13auteur de la BD La Génétique au cœur chez Dargo.
00:16Merci d'être avec nous pour parler des tests ADN dits récréatifs en accès libre
00:20que le comité citoyen des états généraux de la bioéthique
00:23qui planche depuis plusieurs semaines sur ces sujets sensibles de l'éthique
00:27propose de l'égaliser mais de manière encadrée.
00:30On va y venir mais avant cela quand même un rappel.
00:33Aujourd'hui ces tests sont interdits en France
00:37même s'ils sont contournés par internet
00:40mais réaliser un test par internet est passible d'un an de prison
00:4415 000 euros d'amende.
00:46Pourtant plus de 100 000 personnes chaque année
00:48via des sites américains ou israéliens font ces tests pour environ 100 euros
00:52et obtiennent des infos sur leurs origines géographiques ou ethniques.
00:57Tout d'abord professeur Amouyel, pourquoi la France fait figure d'exception ?
01:02On est vraiment les seuls en Europe à ne pas autoriser ces tests dits récréatifs.
01:06Pourquoi cette frilosité ?
01:08Alors ce n'est pas qu'une frilosité.
01:10Il faut voir que si on rentre dans un contexte de protection des individus
01:14ces informations qui sont dans notre ADN,
01:17qui nous caractérisent profondément,
01:19peuvent avoir des impacts individuels ou familiaux extrêmement importants.
01:23donc cette génomique dite récréative
01:26dans laquelle vous envoyez un peu d'ADN,
01:28vous ne savez pas qui, vous ne savez pas ce qui va être fait de vos données
01:31et vous ne savez pas les résultats que vous allez recevoir,
01:33ils ne vont pas être interprétés.
01:34C'est ça qui rend la chose complexe.
01:36Si jamais on veut mettre ça en place en France,
01:39il faut l'encadrer de manière à protéger au maximum les individus
01:43qui vont faire ces tests.
01:44L'encadrer, c'est d'ailleurs ce qui se fait dans quelques pays.
01:48L'encadrer, ça veut dire quoi concrètement ?
01:50Encadrer une autorisation ?
01:53Alors très pratiquement, en pratique, pardon,
01:56c'est plusieurs étapes.
01:57Tout d'abord, il faut que lorsque les gens s'adressent à ces sociétés,
02:00ils sachent exactement pourquoi ils vont les voir.
02:03Ce n'est pas juste pour faire un test, pour savoir si, pour savoir ça.
02:05Il faut qu'ils comprennent les implications que ça pourra avoir.
02:08C'est le premier point.
02:09Parce que souvent, excusez-moi, je vous interromps,
02:11souvent, on fait ça, non pas pour s'amuser,
02:14mais il y a un petit peu de ça quand même.
02:16Pour savoir quelles sont les origines de la famille.
02:21Ça ne va souvent pas chercher beaucoup plus loin que ça.
02:24Pas beaucoup loin que ça.
02:25Et puis en plus, vous n'avez pas que ces informations.
02:27Vous avez des informations sur votre santé,
02:29sur votre prévention, sur vos habitudes.
02:31Les sportifs, les marathoniens en particulier,
02:33ils vont voir s'ils n'ont pas des gènes
02:35qui font que leur Vmax est meilleur que d'autres.
02:38Puisque vous savez, c'est ce qui fait la différence dans les marathons.
02:40Donc, il y a beaucoup d'informations qui viennent
02:42et qui nécessitent, d'une part, d'être comprises, protégées
02:48et surtout, bien faites.
02:49Parce que, pour vous donner une idée,
02:51on va aller lire notre ADN.
02:52Lire notre ADN, si on fait un séquençage complet,
02:55c'est lire 3,6 milliards de caractères.
02:58Et la moindre mutation est un élément important,
03:01le moindre changement de caractère.
03:02Donc, il faut être bien sûr de la séquence.
03:04Il peut y avoir un certain nombre d'erreurs.
03:06Et quand, par exemple, on revoit des gens
03:08qui ont fait des tests à l'étranger,
03:09la première chose qu'on fait et qui sont très angoissés,
03:12c'est de refaire le test pour savoir
03:14si l'erreur qui aurait été détectée
03:16ou l'anomalie est réelle ou pas.
03:17Donc, le contrôle qualité est important.
03:20Une fois qu'on a fait ce test,
03:21il faut un accompagnement dans l'apport de l'information.
03:25Ce n'est pas juste, à 3h du matin,
03:26vous recevez un mail de Californie
03:28qui vous dit que vous avez tel gène
03:29qui associe à telle maladie, telle mutation.
03:30Non, il faut qu'à un moment,
03:32lorsque vous découvrez ce résultat,
03:34vous le fassiez avec quelqu'un
03:35qui ait une compétence pour vous aider à analyser,
03:38pour vous montrer les implications
03:40ou les conséquences que cela peut être.
03:41Ça veut dire qu'on peut savoir,
03:42avec ces tests dits récréatifs,
03:46si on a un profil génétique à risque
03:48pour certaines maladies,
03:49certains cancers, par exemple ?
03:51Exact.
03:52En pratique, c'est ce qui est vendu.
03:54Généralement, vous avez plusieurs modules dans ces produits.
03:56Vous avez bien sûr le module d'histoire familiale,
03:59en quelque sorte.
04:00Et puis, vous avez des modules santé,
04:02des modules prévention,
04:03des modules diabète, et ainsi de suite,
04:05que vous pouvez acheter à chaque fois
04:06pour avoir un certain nombre d'informations.
04:08Et vous prenez le risque
04:10de tomber sur des informations
04:11que vous aurez du mal à interpréter,
04:13que même nous, parfois, en tant que médecins,
04:15on a du mal à interpréter.
04:16Donc, il est vraiment important
04:17d'être accompagné lorsque vous recevez l'information.
04:21Autre information
04:22qui peut concerner la paternité.
04:26On peut apprendre
04:29avec l'un de ces tests
04:30que celui qu'on croyait être son père
04:32ne l'est pas génétiquement.
04:34Oui, tout à fait.
04:35Dans le cadre de commissions relatoires
04:37sur, par exemple,
04:37les tests de paternité,
04:38c'est autorisé en France
04:39dans le cadre d'une procédure judiciaire.
04:41Mais si vous le faites par hasard,
04:43pour le savoir,
04:44en gros, il faudrait que vous fassiez ça en famille.
04:46En quelque sorte,
04:47vos deux frères vont se faire faire un test
04:50et ils s'aperçoivent que, finalement,
04:52ils n'ont pas la proportion attendue
04:53d'ADN de leurs parents
04:55qu'ils devraient avoir.
04:56Et là, la question se pose
04:58de la paternité.
04:59Donc, ça, c'est le premier type d'information
05:01sur lequel on risque de tomber
05:02en réacteur actif.
05:04Ce qui n'est pas du tout la même chose
05:05que lorsque vous cherchez votre paternité.
05:07Par exemple, quand vous avez été adopté
05:08ou quand vous êtes né sous X,
05:10vous avez besoin, quelque part, de savoir
05:11parce qu'on ne sait jamais
05:12ce qui peut se passer dans la vie.
05:14Donc, là, c'est différent.
05:15Mais quand vous le faites
05:16juste pour vous amuser, entre guillemets,
05:18à ce moment-là,
05:19vous avez des risques d'apprendre des choses
05:21qui risquent de bouleverser votre vie.
05:22Et là, ça peut être une bombe dans la famille,
05:25comme si on dégoupillait une grenade dans la famille.
05:28Mais c'est vrai, vous le soulignez,
05:29professeur Amouillet,
05:30à la pointe de cette demande,
05:31il y a les associations de personnes
05:33nées sous X
05:34ou d'un don de gamètes anonyme.
05:36On peut dire que leur demande est légitime, là ?
05:40Dans leur vie quotidienne, oui.
05:42L'importance de savoir d'où l'on revient
05:45qui sont nos parents,
05:46quelles sont nos origines,
05:47est un besoin qu'on a tous.
05:49On a créé l'histoire pour ça,
05:51on a créé la génétique.
05:52Cette filiation est extrêmement importante
05:55dans l'équilibre d'une vie.
05:57Or, dans ces conditions,
05:58à l'évidence,
05:59on peut ou ne pas avoir cette information,
06:02mais la chercher est beaucoup plus légitime,
06:05bien sûr.
06:05On se demande, pour conclure,
06:07si on peut continuer longtemps, professeur,
06:09à interdire,
06:10parce que, je le rappelle,
06:11sur le papier,
06:12c'est un an de prison
06:13et 15 000 euros d'amende,
06:14à interdire une pratique
06:16qui est contournée chaque année
06:17par entre 100 et 200 000 personnes
06:20en France.
06:22Est-ce que vous acceptez l'idée ?
06:24Est-ce que vous faites à l'idée
06:25de les autoriser ?
06:28Et quelles barrières,
06:31quels contrepoids
06:32vous souhaiteriez avoir mis en place ?
06:34C'est les différentes étapes
06:36qu'on vient d'évoquer ensemble,
06:37c'est-à-dire que les gens comprennent
06:38pourquoi ils le font,
06:39que le test soit fait
06:41dans d'excellentes conditions.
06:42Mais ça veut dire quoi, par exemple ?
06:43Aller le faire dans un cadre médical,
06:46dans une pharmacie ?
06:47Je ne sais pas,
06:48ça veut dire quoi, concrètement ?
06:50En pratique,
06:51quand vous faites une analyse,
06:52que ce soit dans une pharmacie
06:52ou dans un cadre médical,
06:54vous devez faire
06:54un certain nombre de vérifications,
06:56un certain nombre de tests
06:57sur vos machines,
06:58un certain nombre de comparaisons
07:00pour être sûr que le résultat
07:01que vous obtenez
07:02est le bon.
07:03Quand on a des génotypages
07:05à, je ne sais pas moi,
07:06à 100 euros, par exemple,
07:07qu'on les trouve sur les sites,
07:08ça veut dire que derrière,
07:10le nombre de contrôles qualité
07:11est relativement bas
07:12parce que ça a un certain coût
07:13ce contrôle qualité.
07:14Donc, si on veut vraiment
07:15avoir une information de qualité,
07:16à ce moment-là,
07:16il faut un petit peu
07:17mettre un prix un peu plus important.
07:19Ensuite, l'accompagnement
07:20dans la réponse
07:21et enfin, le plus important,
07:23la sécurité
07:24dans la conservation des données.
07:25On a eu des exemples
07:26de ces entreprises
07:27qui se sont faites hacker
07:29et pour lesquelles
07:30les données ont été récupérées.
07:32Vous savez qu'on récupère
07:32des données médicales.
07:33Là, on récupère des données
07:34qui non seulement
07:35vont vous impliquer,
07:36mais vont impliquer vos proches
07:38puisque, bien sûr,
07:39vos enfants ou vos parents
07:40ont des points communs
07:42avec votre génome.
07:43Donc, c'est extrêmement important
07:44d'avoir ces conditions
07:46bien garanties.
07:47On est capable
07:47de le faire en France.
07:48On a tous les éléments.
07:49Donc, pourquoi pas ?
07:50Voilà.
07:51Oui, pourquoi pas ?
07:52C'est possible,
07:53mais à certaines conditions.
07:54On a compris le message.
07:55Merci, professeur Philippe Amouyel,
07:58professeur de santé publique
07:59au CHU de Lille.
08:01RTL Soir
08:03Vincent Parizeau
08:05On va marquer une petite pause
08:07et puis, ensuite,
08:08on va aller se laisser tenter
08:11par les pavés du Nord,
08:12par un retour en arrière
08:14de plusieurs siècles à Biote.
08:16Et puis, vous retrouverez
08:17votre Zapping RTL
08:18comme chaque vendredi soir.
08:19A tout de suite.
08:19Sous-titrage Société Radio-Canada
08:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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