00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:04Le député France Insoumise de Loire-Atlantique, Andy Carbra, a donc reconnu avoir été pris en flagrant délit d'achat de stupéfiants.
00:11Il annonce commencer un protocole de soins.
00:13Bonsoir Bertin Arjaubier.
00:14Bonsoir.
00:15Vous êtes médecin et sénateur Place Publique.
00:17Je vous cite, les addictions touchent toute la société, parlementaires et ministres inclus.
00:22Vous en êtes sûr ?
00:23Oui, j'en suis certain.
00:25Les hommes politiques n'échappent pas à ce phénomène de société et jusqu'au plus haut niveau.
00:30Une députée d'ailleurs de la mouvance présidentielle l'avait rappelé en janvier dernier.
00:36L'alcool et les substances illicites circulent même dans les enseignes politiques.
00:41Pensez-vous que le cas de votre confrère député est isolé néanmoins ?
00:44Non, je ne crois pas qu'il soit isolé.
00:47Il faut noter d'ailleurs que ce député a consommé, acheté, consommé une substance illicite.
00:54Mais il ne faut pas tout confondre.
00:56Il n'a pas commis des actes de violence liés à la consommation de cette substance.
01:01Donc ce qui lui est reproché est peut-être qu'il devrait démissionner.
01:05Mais ce n'est pas ça qui me paraît devoir retenir l'attention.
01:08Ce qui doit retenir l'attention, c'est qu'il a dit en gros dans son communiqué,
01:12voilà, oui j'ai consommé des substances illicites.
01:15Donc évidemment il les a achetées illégalement.
01:18Et je vais me faire soigner, j'ai des difficultés personnelles.
01:22Et ce qu'il dit, avec des mots qui sont des mots au fond assez simples,
01:25et bien beaucoup de Français le vivent, que ce soit des ministres,
01:28que ce soit des parlementaires, que ce soit des citoyens dans tout le pays,
01:34surtout les territoires.
01:35Voilà, il faut qu'on prenne conscience de ce problème du développement exponentiel
01:40de la consommation de drogues diverses et variées dans notre pays.
01:43Alors il y a un principe de responsabilité individuelle.
01:45Mais on doit aussi apporter une réponse collective.
01:48Ils doivent pouvoir trouver un soignant, un lieu pour être aidés.
01:53Moi je note que le professeur Benyaminade,
01:57qui a rendu le rapport à Emmanuel Macron sur ce sujet en 2022,
02:01rappelait aujourd'hui, aujourd'hui même, à cette occasion,
02:05qu'aucun dispositif n'avait été développé depuis la remise de son rapport.
02:10Merci beaucoup Bernard Jaumier, médecin.
02:12Et sénateur, place publique d'avoir pris la parole ce soir sur RTL.
02:15Et nous sommes maintenant en ligne avec le professeur Laurent Carilla,
02:18psychiatre et spécialiste de l'addiction.
02:20Les policiers ont saisi sur le député Andy Carbra,
02:22un gramme d'une drogue de synthèse appelée 3-MMC.
02:26Qu'est-ce que c'est que cette drogue Laurent Carilla ?
02:28La 3-MMC, c'est une nouvelle drogue de synthèse
02:31qui mime les effets des amphétamines et de la cocaïne en gros.
02:35C'est une drogue qui est stimulante.
02:37C'est de la poudre, on l'inale, ça se prend comment ?
02:39A la base, oui, c'est souvent vendu sous forme de poudre.
02:42On peut l'inaler, on peut la gober, on peut se l'injecter.
02:45Il y a différentes façons de la prendre.
02:47Et même si je pense que vous avez commencé à répondre à cette question,
02:50j'ai envie de vous dire qu'elle a-t-elle comme particularité ?
02:52Et par ailleurs, quels sont ses dangers ?
02:54La 3-MMC, c'est une nouvelle drogue de synthèse qui n'est pas si nouvelle que ça.
02:57Ça existe depuis un petit moment.
02:59On les retrouve dans les séances et les séquences de chemsex,
03:03ces comportements de consommation avec de la sexualité.
03:07Elle mime la cocaïne, elle mime les amphétamines.
03:09Donc, c'est des drogues stimulantes à la base.
03:12C'est-à-dire qu'on va rechercher des effets stimulants,
03:14c'est-à-dire de l'euphorie, du bien-être, de la désinhibition,
03:17l'envie de sexualité.
03:19Et je vais dire, les premiers effets indésirables
03:22qui peuvent être un peu graves,
03:24c'est des effets déjà cardiovasculaires.
03:26On peut faire un infarctus rapidement après une prise,
03:28deux prises ou dix prises ou dix mille prises.
03:30Donc, il y a un risque cardiovasculaire.
03:32Il y a un risque cérébral, d'accident vasculaire cérébral.
03:34Il y a un risque en fonction des voies d'administration.
03:37Il y a un risque qu'on ne se protège pas lors de rapports sexuels
03:40parce qu'on est désinhibé, par exemple.
03:42Est-elle aussi répandue qu'on le dit aujourd'hui ?
03:44Clairement, les catinones de synthèse sont présentes sur le marché.
03:47Clairement, le business qu'il y a autour a changé.
03:52C'est-à-dire qu'on n'est plus, on ne va pas forcément
03:54acheter ce produit-là chez le dealer,
03:56même s'ils en ont de plus en plus.
03:58On peut se le procurer par Internet, malheureusement.
04:01Donc, vraiment, il y a un nouveau marché de ces nouvelles drogues.
04:05On prétend qu'elle n'est pas chère, qu'elle serait moitié moins chère, par exemple,
04:07que la cocaïne. C'est une réalité ?
04:09Oui, c'est une réalité. Plus vous en achetez, moins ça coûte cher.
04:12Les dealers, y compris le business,
04:15peuvent vendre cette substance-là,
04:18vendue comme cocaïne,
04:20alors qu'il n'y a pas du tout de cocaïne dans ce qu'ils vendent.
04:22Ça veut dire que vous avez des patients
04:25qui vous ont consulté après avoir pris cette drogue de synthèse ?
04:27Oui, j'en ai de plus en plus.
04:29Le sujet des nouveaux produits de synthèse,
04:31c'est un sujet d'intérêt pour moi
04:33depuis de nombreuses années.
04:35Ça ne date pas de maintenant, les nouvelles drogues de synthèse.
04:38Il y avait une drogue qui s'appelait la Méphedrone en 2010,
04:40qu'on appelait miaou-miaou dans les soirées.
04:42Pourquoi on l'appelait miaou-miaou dans les soirées ?
04:44Cela vous l'a rendu sympathique, même si je sais que ce n'est pas votre projet.
04:47Justement, il y a des noms glamour de ces produits.
04:50C'est ça, le truc. Il y a des noms glamour de ces produits.
04:53L'injection intraveineuse,
04:55qui était vécue comme, je ne sais pas,
04:57le shoot, le fixe dans les années 90,
05:00là, ça s'appelle le slam.
05:02Il y a un nom même glamour de l'injection intraveineuse.
05:04C'est pour vous dire qu'il y a tout un truc qui a changé
05:07autour de ces nouvelles drogues.
05:09La 3-MMC, à un moment, et d'autres produits,
05:11étaient très stigmatisés,
05:13étaient très mis dans le milieu des hommes
05:15qui ont des rapports sexuels avec des hommes.
05:17Or, maintenant, ça a dépassé la communauté HSH.
05:20C'est-à-dire qu'il y a des gens qui prennent à l'apéro la 3-MMC.
05:24La sénatrice écologiste Mélanie Vaugel
05:26regrette que la politique française
05:28soit uniquement focalisée sur la répression
05:30plutôt que sur l'essentiel, le soin.
05:32Est-ce qu'elle a raison, vous qui êtes médecin ?
05:34Moi, je suis professeur de médecine.
05:36Elle a tout à fait raison, bien évidemment.
05:38Et j'ai envie de redire que ce que je dis toujours,
05:40c'est que la prévention en France
05:42contre les addictions, elle est nulle.
05:44Donc, il faut se bouger.
05:46On n'a aucune prévention sanitaire d'ampleur
05:48dans notre pays.
05:49Elle n'est pas bonne.
05:50Il y a des petites campagnes qui coûtent très très cher
05:52qui ne servent à rien.
05:53La 3-MMC est une drogue de l'élite
05:55ou des hapifus, des gens qui ont de l'argent
05:57ou elle touche tous les milieux aujourd'hui ?
05:58Non, ça touche tous les milieux.
06:00C'est fini les drogues 4-7,
06:02comme la cocaïne dans les années 90 ou 2000.
06:04C'est terminé, ça.
06:05Notre député qui s'est engagé
06:07aujourd'hui à suivre des soins,
06:09est-ce qu'il peut s'en sortir ?
06:10Est-ce qu'on peut l'aider ?
06:11Évidemment.
06:12Moi, j'ai envie de dire en tant que médecin
06:14bien sûr qu'on peut s'en sortir.
06:16Après, moi, je ne connais pas cette personne.
06:17Je ne sais pas quel diagnostic il a eu.
06:19Mais bien sûr, dès qu'on a un problème
06:21avec des substances,
06:23il faut se faire aider
06:24parce que c'est très très difficile de stopper ça.
06:26Je peux peut-être vous poser la question à l'envers.
06:28C'est comment on aide des gens dépendants ?
06:30Et puis, ce qu'on appelait avant,
06:31même si ce terme est déplaisant à utiliser,
06:33des drogués.
06:34Moi, je n'aime plus le mot drogué ni toxicomane.
06:36Donc, des gens addicts.
06:37Ah, très bien.
06:38Quelqu'un qui a un diagnostic d'addiction,
06:40on va le faire entrer dans un protocole de soins.
06:42Et le protocole de soins, ça va être quoi ?
06:44Ça va être un suivi médical addictologique.
06:47C'est-à-dire qu'on va travailler sur les substances,
06:49on va travailler sur les comportements de consommation,
06:51comment les gérer, comment essayer d'arrêter.
06:54On va travailler sur la base psychologique.
06:57C'est-à-dire que quand on est addict,
06:59finalement, on n'est pas qu'accroché à une substance.
07:03Il y a des problèmes en dessous,
07:04comme les racines d'un arbre.
07:05Donc, on va aller explorer ces racines
07:07et essayer de dénouer tous les nœuds,
07:11tous les liens pathologiques.
07:13Il va y avoir un accompagnement serré
07:15parce qu'un suivi médical isolé, ça ne suffit pas.
07:18Donc, il faut faire un programme avec psychiatre addictologue
07:21ou médecin addictologue, psychologue
07:23et infirmier en addictologie.
07:25Et puis, si c'est difficile en consultation,
07:27on va prendre la solution d'hospitalisation
07:29pour faire un tremplin, pour aller vers une rémission.
07:32Merci beaucoup Laurent Carilla.
07:33Je rappelle que vous êtes médecin psychiatre,
07:35spécialiste de l'addiction.
07:36Et je renvoie volontiers à votre podcast
07:38Addiction avec un K.
07:39Bonne soirée.
07:41Et dans un instant, le journal de 18h30,
07:43puis direction les États-Unis,
07:44notre correspondant Arnaud Touche,
07:45nous plonge dans le quotidien des Américains
07:47à deux semaines de l'élection présidentielle.
07:49Petite visite de New York ce soir,
07:51ville démocrate,
07:52mais où Donald Trump garde de très nombreux supporters.
07:55Enfin, à 18h45,
07:56nous reviendrons sur cette explosion spectaculaire.
07:58Le nombre d'automobilistes contrôlés et sans assurance
08:01a progressé de 400% en quatre ans.
08:04400%, nous ferons le point avec la générale de gendarmerie,
08:07Florence Guillaume.
08:08A tout de suite.
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