Pourquoi les meilleurs chefs lisent-ils de la poésie ?
Dans cet échange rare, le vice-amiral Loïc Finaz (ancien directeur de l’École de guerre) partage une vision radicale du leadership :
– pourquoi la culture est plus importante que les méthodes de management
– pourquoi la “culture du zéro erreur” est une impasse
– et ce que les entreprises peuvent apprendre de l’esprit d’équipage
Un regard à contre-courant sur le commandement, l’incertitude et la manière de diriger aujourd’hui.
🎙️ Intervenants :
Vice-Amiral Loïc Finaz, co-directeur du centre Géopolitique, Défense & Leadership de l’ESSEC, ancien directeur de l’Ecole de Guerre
Modérateur : Clément Machecourt, journaliste au Point
#Guerre #Défense #Marine #Armée #Militaire #Géopolitique #Leadership #Management #Performance #LePoint
Dans cet échange rare, le vice-amiral Loïc Finaz (ancien directeur de l’École de guerre) partage une vision radicale du leadership :
– pourquoi la culture est plus importante que les méthodes de management
– pourquoi la “culture du zéro erreur” est une impasse
– et ce que les entreprises peuvent apprendre de l’esprit d’équipage
Un regard à contre-courant sur le commandement, l’incertitude et la manière de diriger aujourd’hui.
🎙️ Intervenants :
Vice-Amiral Loïc Finaz, co-directeur du centre Géopolitique, Défense & Leadership de l’ESSEC, ancien directeur de l’Ecole de Guerre
Modérateur : Clément Machecourt, journaliste au Point
#Guerre #Défense #Marine #Armée #Militaire #Géopolitique #Leadership #Management #Performance #LePoint
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00:01...
00:12Merci d'être avec nous et pour cette cinquième saison du Forum Gare et Paix,
00:16je vous propose une petite formation accélérée en leadership.
00:20Notre prochain invité va vous livrer quelques-uns de ses conseils
00:23pour gérer une équipe et valoriser ce qu'il appelle l'esprit d'équipage,
00:27un subtil mélange d'exigence et de bienveillance,
00:29un équilibre entre autonomie et solidarité.
00:32Le détail, c'est lui qui va vous l'expliquer.
00:34Merci d'accueillir le co-directeur du Centre Géopolitique, Défense et Leadership de l'ESSEC
00:38et ancien directeur de l'École de guerre, le vice-amiral Loïc Finaz.
00:45Merci d'être avec nous et à vos côtés pour mener cet échange,
00:48Clément Marchecourt, journaliste au point.
00:51Clément, c'est à vous.
00:53Merci beaucoup d'être là, merci beaucoup d'être avec nous, amiral.
00:58Comme vous êtes un ancien marin, je me permets de poser quand même une petite question d'actualité.
01:02On a vu que la flotte française a été envoyée en grande partie en Méditerranée orientale.
01:09Comment les équipages, on passe de l'entraînement à la possibilité d'être attaqués ?
01:16Donc là, dans ce cas-là, les drones ou des missiles, comment ça se passe, ce switch ?
01:21D'abord, un premier commentaire. Je crois, j'ai lu, et je pense que c'est vrai, en tout cas
01:25ça doit en être proche,
01:26que 80% de la flotte était actuellement en mer.
01:29Je voulais souligner à quel point c'est exceptionnel.
01:31La seule marine au monde capable de faire ça aujourd'hui, c'est la marine française.
01:35Alors, combien ça lui coûte ? Combien de temps pourra-t-elle le faire ? J'en sais rien.
01:38Mais qu'une marine puisse mettre 80% de ses bateaux à la mer, c'est exceptionnel.
01:43Et aucune autre marine même ne s'approche d'un tel pourcentage.
01:47Et ce n'est pas par hasard, c'est tout un écosystème qui part de nos industriels à nos marins
01:52en bout de ligne sur leur bateau.
01:55Comment on passe de la situation, du temps de paix, d'exercice au combat ?
02:00En fait, ça n'est pas une ligne, ce n'est pas une frontière qu'on a le sentiment de
02:04traverser,
02:04parce qu'à la mer, rien n'est virtuel.
02:08La vie en mer, et déjà le combat contre la mer, qui n'est parfois pas très indulgente avec les
02:16marins,
02:17c'est quelque chose de toujours réel.
02:19Quand on appareille, ce n'est jamais pour exercice.
02:22Quand on est en mer, ce n'est jamais pour exercice.
02:25C'est la vie réelle.
02:27Alors, c'est vrai que la notion de mort que vous portez, que vous pouvez recevoir,
02:32est une notion qui vient se rajouter.
02:34Mais elle ne change pas votre quotidien.
02:36Et donc, un équipage, et en plus, les équipages de la marine sont préparés pour cela,
02:41un équipage est toujours prêt au combat, puisque c'est la vraie vie, quoi qu'il arrive, dès son appareillage.
02:47Vous avez été directeur de l'école de guerre,
02:49donc c'est l'école qui forme les futurs amiraux, généraux de l'armée.
02:55Comment on peut apprendre à décider, commander dans l'incertitude,
02:59aujourd'hui dans un monde où ça va de plus en plus vite,
03:01on a de moins en moins le temps pour se poser, et ça change vraiment très rapidement d'une journée
03:07à l'autre.
03:08Alors, je vais vous faire part d'un regret, mais qui est bien une réponse à votre question.
03:13J'ai effectivement, lorsque je commandais l'école de guerre,
03:16eu la chance de pouvoir conduire une réforme très profonde de cette école,
03:19et en particulier d'en faire l'école des grands chefs de demain.
03:23Il se trouve, et j'ai pu le faire en particulier, parce que j'avais le soutien à l'époque
03:27du chef d'état-major des armées de l'époque,
03:31le général Lecointe, qui sera là tout à l'heure, et du major général des armées, l'amiral Casabianca.
03:36Malheureusement, dès mon départ, cette école est redevenue une école d'état-major et de planification.
03:42Je pense que c'est une erreur, parce que la planification, contrairement à ce qu'on pourrait croire,
03:48n'est pas une préparation à l'incertitude. La planification, c'est pour vous aider à gérer votre engagement,
03:53pas à lire le monde. Et on lit le monde, justement, lorsqu'on se prépare autrement.
04:00Et je crois qu'on reviendra, parce que vous allez me reposer une question sur la culture générale,
04:04mais on lit le monde autrement, et on lit le monde, et on se positionne en face de l'incertitude,
04:10pas en se préparant à planifier. Vous savez, la planification, vous passez 90% de votre temps
04:16à planifier ce qui n'arrivera jamais, et il vous reste juste 10% du temps
04:19pour essayer de gérer ce que vous n'aviez pas prévu.
04:21En revanche, la posture par rapport à l'incertitude, elle est différente.
04:24D'abord, elle est quasi ontologique, philosophique.
04:27Je veux dire, l'incertitude, à titre personnel, à titre individuel,
04:30sans incertitude, on est dans un monde où on dit toujours
04:33le problème du monde, c'est l'incertitude au secours, au secours,
04:36c'est épouvantable, tout est incertain.
04:38Je veux dire, sans incertitude, il n'y a pas d'aventure.
04:41Sans aventure, il n'y a pas de liberté. Donc déjà, à titre individuel et personnel,
04:44vive l'incertitude, c'est ce qui vous permet l'aventure et la liberté.
04:48Pour le militaire que je suis, il y a les grands principes stratégiques
04:53des armées françaises, ce sont ceux de Foch.
04:55Le premier, il y en a trois, le premier, c'est la liberté d'action.
04:59Je veux dire, c'est l'incertitude qui vous permet justement
05:01d'avoir la liberté d'action.
05:03L'amiral Labouéry, qui est un penseur aussi très intéressant,
05:06lui, il résume ça de manière encore plus synthétique,
05:08il dit qu'il y a deux principes de la guerre,
05:09ce sont l'incertitude et la foudroyance.
05:13Évidemment, l'incertitude, c'est celle à laquelle vous êtes confrontés,
05:15mais c'est surtout celle que vous allez faire peser
05:17sur votre ennemi.
05:19Donc, pour un militaire, vive l'incertitude.
05:22Et puis, ce n'est pas le sujet du jour,
05:24mais à un titre, à mon avis, plus intéressant encore
05:27qui est spirituel, et quels que soient les crédeaux
05:29qui nous structurent les uns et les autres,
05:32sans doute, il n'y a pas de foi.
05:34Donc, là aussi, vive l'incertitude.
05:37Vous avez parlé de lecture,
05:39il y a aussi l'écriture.
05:42En quoi on a besoin, pour un futur amiral,
05:45un futur général, de lire de la polésie,
05:47de la philosophie ?
05:49Ça aide à mieux commander les troupes ?
05:53C'est indispensable pour au moins deux raisons.
05:57D'abord, avec la philosophie,
05:59et à mon avis, plus encore que la philosophie,
06:00la littérature,
06:01c'est ce qui vous permet de mieux comprendre le monde,
06:04on est donc de le lire.
06:08Lisez l'usage du monde,
06:11lisez Guerre et Paix,
06:12lisez Les Enfants Jéromines,
06:14lisez Bouvier pour comprendre le monde,
06:17lisez Tolstoy pour comprendre la paix,
06:19et lisez Vichert pour comprendre l'humanité.
06:22Ça sera beaucoup plus utile
06:24que d'écouter tous ces commentateurs
06:26qui, tous les soirs, à longueur de bavasserie télévisée,
06:29essayent de nous expliquer ce qui se passe
06:30dans un monde qu'en fait, ils ne comprennent pas du tout.
06:34Et puis,
06:37bon, je sais, la critique est un peu facile,
06:39mais je crois profondément ce que je viens de vous dire,
06:42non pas sur Bavasserie,
06:42mais sur l'intérêt
06:44de lire Vichert, Tolstoy ou Bouvier
06:46bien plus que d'ouvrir la presse.
06:49Pas le point, évidemment, quand même.
06:52Et puis la poésie.
06:54Alors la poésie,
06:55je vais partager avec vous un crédo
06:57dont je suis absolument convaincu
07:00et la seule chose qui m'étonne,
07:01c'est qu'en fait, on n'en parle jamais.
07:03On ne le lit jamais.
07:06Il n'y a pas d'approche du monde
07:09plus intuitive et donc plus performante
07:11que la poésie.
07:12Alors qu'il faut lire,
07:13il ne faut pas balayer un poème en disant
07:14je ne comprends rien, ça ne m'intéresse pas.
07:15Mais quand on se plonge dans la poésie,
07:17quand on s'ouvre à la poésie,
07:19en fait, on découvre
07:21une intuition fulgurante du monde.
07:25Et donc si vous êtes prêt,
07:27grâce à la poésie,
07:28à avoir ces intuitions du monde,
07:32vous favorisez votre capacité
07:34à avoir une intuition de l'action
07:36en général et du combat en particulier.
07:40Et donc je pense que
07:42une vraie lecture de la poésie
07:44est assurément l'une des façons
07:47les plus intéressantes et les plus fortes
07:50pour un chef militaire,
07:51pour un chef en général,
07:53quelles que soient ses responsabilités
07:54et l'action qu'il a à mener
07:56pour se préparer à l'action
07:58et à forcer au combat.
08:00Donc oui, la poésie,
08:02la philosophie, la littérature,
08:04ce sont des constituants indispensables
08:06du chef.
08:07Et d'ailleurs, De Gaulle le disait très bien,
08:08là aussi, au lieu de lire
08:09des traités de management
08:10qui n'ont aucun intérêt
08:11et qui encombrent les rayons de la librairie,
08:13lisez De Gaulle,
08:14le fil de l'épée
08:15ou vers l'armée de métiers.
08:16Et De Gaulle disait bien,
08:17la culture,
08:18c'est la véritable école du commandement.
08:21Justement, on va parler des chefs.
08:22Alors, il y a les chefs militaires,
08:23il y a les chefs civils aussi,
08:26un patron d'entreprise du CAC 40,
08:28un maire aussi.
08:29Qu'est-ce qu'ils peuvent prendre,
08:32piocher comme conseil
08:33d'un commandant de navire,
08:34d'un pacha qui est seul
08:36à la barre de son navire
08:37avec son équipage ?
08:39Alors, il n'est pas seul
08:40puisqu'il avait son équipage.
08:41Je crois que tous les patrons,
08:45que ce soit des PDG du CAC 40,
08:48de TI ou de PME,
08:50ou nos maires,
08:51tous ceux qui viennent d'être élus,
08:53peuvent s'inspirer
08:54de ce que les marins en particulier,
08:56mais les militaires en général,
08:58appellent l'esprit d'équipage.
08:59D'abord, parce qu'il y a au cœur
09:02de cet esprit d'équipage
09:03la compréhension que le leadership
09:05propose sur des points cardinaux.
09:07Et ces points cardinaux,
09:08ils sont très simples.
09:09D'abord, il y a la mission.
09:11On est chef parce qu'on a une mission.
09:13S'il n'y a pas de mission,
09:14on n'a pas besoin de chef.
09:15Alors, on est dans une culture
09:17qui fait que c'est bien
09:19d'avoir un chef,
09:19ça flatte les égaux,
09:20que quand on a un organigramme
09:21et notre esprit cartésien
09:22nous impose d'avoir un organigramme,
09:24il faut mettre quelqu'un
09:24à la tête de l'organigramme.
09:25Mais non, tout ça,
09:26c'est des couillonnades.
09:27On est chef parce qu'on a une mission.
09:30Ensuite, le deuxième point cardinal,
09:31c'est le sens.
09:34Cette mission,
09:35c'est la responsabilité du chef,
09:36elle doit avoir un sens.
09:37Et soit,
09:38elle lui est donnée.
09:39Moi, je viens d'un monde
09:40où le sens était très fort.
09:42En fonction de ce que vous produisez,
09:43de ce que vous vendez,
09:44le sens peut être plus difficile
09:46à trouver.
09:47Mais il doit être trouvé.
09:49Et il doit être dit.
09:51S'il n'y a pas de sens,
09:53tout est vain.
09:55Et s'il n'y a pas de sens,
09:56après l'avoir cherché avec honnêteté,
09:58la mission,
09:58vous devez même la refuser.
10:00Vous savez, on dit aujourd'hui,
10:01notre monde a un problème d'autorité.
10:03Mais pas du tout.
10:04N'importe quoi.
10:06Notre monde a un problème de sens.
10:07Quand le sens est là,
10:09il n'y a pas de problème d'autorité.
10:10Ce n'est pas vrai.
10:11Troisième point cardinal,
10:12ce sont les circonstances.
10:14Là aussi,
10:15De Gaulle nous rappelle sans cesse,
10:16dans ses écrits,
10:16que Napoléon était obsédé par les circonstances.
10:20Et il était obsédé par les circonstances,
10:22non pas parce qu'il en était le jouet,
10:23mais justement,
10:25pour pouvoir les contrôler à son profit,
10:27et ne pas en être le jouet.
10:29Tout est circonstance.
10:31Tout doit s'inscrire dans les circonstances
10:34pour justement les dominer et les utiliser
10:36à notre profit,
10:37et quand on ne peut pas en minimiser les effets.
10:40C'est ce que aujourd'hui,
10:41ceux que nous avons élus à l'Assemblée nationale
10:43ont tant de mal à comprendre.
10:45Au lieu de se battre,
10:46il ferait mieux d'essayer de comprendre le monde
10:47et de répondre aux circonstances du monde.
10:49C'est ce qu'ils nient.
10:51Ils en sont la négation permanente.
10:52Et c'est un drame.
10:53Et puis enfin,
10:54le dernier point cardinal,
10:55c'est le dernier que j'évoque,
10:56mais c'est évidemment le plus important,
10:57ce sont les hommes,
10:58ça veut dire quoi ces hommes ?
10:59Ces hommes,
11:00ce sont ces hommes et ces femmes
11:01qu'on vous a confiés lorsque vous êtes chef.
11:03Être chef,
11:04c'est avoir des hommes et des femmes
11:04qu'on vous a confiés.
11:06Être chef,
11:07être dirigeant,
11:08ce n'est pas la seule façon,
11:09mais c'est l'une des plus belles façons
11:11de servir les autres.
11:12Et donc ce qu'il y a le plus important,
11:14c'est de le comprendre.
11:15Et ces hommes et ces femmes
11:16qu'on vous a confiés,
11:17là il y a une seule règle
11:17pour être un bon chef,
11:18il faut les aimer.
11:20Il faut les aimer.
11:21Tout le reste n'est que discours.
11:23Et là,
11:23en plus de ces points cardinaux,
11:25pour revenir,
11:26puisque le sujet de notre échange
11:28est sur l'esprit d'équipage,
11:29il y a cet esprit.
11:32On ne peut pas être chef
11:33si on n'a pas une lecture du monde.
11:35C'est en fait ce qu'on abordait
11:36quand on parlait justement
11:37de cette culture nécessaire
11:38et de la poésie.
11:39On ne peut pas être chef
11:40sans avoir ensuite un esprit
11:41qui nous structure
11:42et une géographie personnelle.
11:44Donc la lecture du monde
11:45et la géographie personnelle,
11:46on vient de les évoquer rapidement
11:46parce qu'on n'a pas beaucoup de temps.
11:48Et puis au milieu,
11:49il y a cet esprit
11:49qui nous permet d'agir.
11:51Et donc à nouveau,
11:52c'est ce que les marins
11:53appellent l'esprit d'équipage.
11:55C'est un nombre d'associations.
11:56Alors, on n'a pas assez de temps
11:57aujourd'hui pour que je les évoque toutes,
11:58mais je voudrais faire un commentaire
12:00sur au moins trois d'entre elles.
12:02La première, d'ailleurs,
12:03ça a été évoqué en introduction.
12:06La première, c'est l'autonomie
12:07et la solidarité.
12:08D'abord parce que ce sont
12:09les premières vertus
12:10des hommes et des femmes d'équipage.
12:12Et l'autonomie et la solidarité,
12:13c'est ce qui permet
12:16à une équipe ou un équipage.
12:18Je ne peux pas faire encore
12:19le mot d'équipage
12:19parce qu'un équipage,
12:21ça s'inscrit plus encore
12:22qu'une équipe dans la durée.
12:23Je veux dire, une équipe de foot,
12:25après son match ou après l'entraînement,
12:27on rentre chez soi.
12:29Ou une équipe dans une entreprise,
12:30quelle qu'elle soit,
12:31le soir, on rentre chez soi.
12:32Un équipage, le soir,
12:33on ne rentre pas chez soi.
12:34On continue.
12:34On reste ensemble.
12:36Et puis un équipage,
12:36il y a une autre notion
12:37que je trouve très belle,
12:37c'est qu'un équipage,
12:38c'est un groupe d'hommes et de femmes
12:40qui vont quelque part ensemble.
12:43Et ça, je trouve ça
12:43très beau et très intéressant.
12:45Et donc la première association
12:49qui structure les hommes et femmes
12:50d'équipage,
12:51c'est l'autonomie et la solidarité.
12:52Vous voyez combien dans notre monde
12:53de plus en plus individualiste
12:54et assisté, c'est important.
12:56Et en plus,
12:57ces notions d'autonomie et de solidarité,
12:59en leur sein, en leur cœur,
13:01il y a les affaires d'initiative
13:02et d'organisation.
13:03Et ça, c'est ce que les PDG
13:04ou les maires doivent comprendre.
13:06Je veux dire,
13:08il ne peut y avoir d'initiative
13:09si un chef ne la provoque pas,
13:12en particulier en disant
13:13qu'il accepte que les gens
13:15qui sont avec lui puissent se tromper.
13:17La culture du zéro erreur
13:18est une culture mortifère.
13:20Et le chef doit dire,
13:21prenez des initiatives.
13:23Et je fais le pari,
13:24toujours gagnant,
13:25que sur 10 initiatives,
13:27il y en aura 9 qui seront gagnantes.
13:30Et la dixième,
13:31ce n'est pas grave.
13:32On s'en rendra compte
13:34si elle ne marche pas.
13:35Et ensemble, on corrigera.
13:36Et en plus,
13:37il se trouve qu'avec celle-là,
13:39on en prendra beaucoup plus
13:40que celle où ça a marché,
13:41où on aura un peu trop vite
13:43tendance à attribuer ça
13:44à nos succès ou à nos talents,
13:45alors que ce n'est pas forcément le cas.
13:46Alors que là,
13:47on va essayer de comprendre
13:47ce qui se passe
13:47et on progressera.
13:49Et puis, toujours au cœur
13:50de cette notion d'autonomie
13:51et de solidarité,
13:52il y a cette question
13:54sur nos organisations
13:55qui, là aussi,
13:56n'est jamais posée.
13:57Ça sert à quoi,
13:58une organisation ?
13:59À quoi ça sert ?
14:00Ça sert à au moins trois choses.
14:02Toutes simples,
14:03mais fondamentales.
14:04La première,
14:04c'est qu'une organisation,
14:06ça offre une place
14:08à chacun.
14:10À chaque fois qu'on bâtit
14:11une organisation,
14:12à chaque fois qu'on prend
14:13la responsabilité
14:14d'une organisation,
14:15la première question
14:16que je dois se poser,
14:17c'est est-ce que mon organisation,
14:19celle que je suis en train de créer
14:20ou celle dont je prends
14:21la responsabilité,
14:22est-ce qu'elle offre
14:23une place à chacun ?
14:25C'est ça, ensuite,
14:26qui nous structure,
14:27nous corsette,
14:28nous fait tenir
14:29lorsque les épreuves arrivent.
14:30Je ne connais pas
14:31d'un avis du acquis
14:32où on est véritablement
14:32offert une place
14:33qui ne soit pas,
14:34la plupart du temps,
14:35au rendez-vous des enjeux
14:36auxquels il est confronté.
14:37Vous voyez bien
14:38qu'au-delà des entreprises,
14:40au-delà des bateaux de guerre,
14:41si la société comprenait ça,
14:43elle marcherait mieux.
14:43La deuxième raison,
14:46le deuxième rôle
14:48d'une organisation,
14:48c'est de permettre
14:49la délégation
14:50et la subsidiarité.
14:51Nous sommes dans un monde
14:52très complexe,
14:54vous l'avez évoqué
14:55dans votre question,
14:56il n'y a pas de traitement
14:57d'une situation complexe
14:59sans délégation.
15:01Parce que c'est la seule chose
15:02qui vous permet
15:03de réagir rapidement.
15:04Aujourd'hui,
15:04on n'est pas dans un monde
15:05où c'est les gros
15:06qui tuent les petits,
15:07on est dans un monde
15:08où c'est les rapides
15:09qui tuent les lents.
15:10Et sans délégation,
15:11il n'y a pas de rapidité
15:12de réaction.
15:12Et puis la subsidiarité,
15:14c'est ce qui permet
15:14au chef d'être
15:15à sa vraie place,
15:16qui n'est pas celle
15:17de faire à la place
15:17des autres,
15:18qui d'ailleurs la plupart
15:19du temps savent bien mieux
15:20faire leur tâche
15:21que le chef lui-même,
15:22mais qui est justement
15:23de continuer à regarder
15:24vers l'horizon,
15:25à lever les yeux
15:26pour préparer
15:27les coûts suivants,
15:28que ce soit des coûts
15:28que vous donnez
15:29ou que vous allez recevoir.
15:30puis enfin,
15:32dernier rôle
15:32d'une organisation,
15:33c'est que lorsque
15:34la mission,
15:35j'évoquais l'importance
15:36de la mission,
15:37n'est pas claire,
15:38lorsque le sens
15:39n'est pas là,
15:40ou lorsque les chefs
15:41sont des défenses
15:41qui malheureusement
15:42arrivent,
15:43l'organisation,
15:43c'est ce qui permet
15:44de tenir,
15:44c'est ce qui offre
15:45la résistance.
15:47Trouver sa place,
15:48s'inscrire dans
15:49une organisation,
15:51on parle souvent
15:52de la jeune génération
15:55qui n'arrive pas
16:00à s'inscrire
16:00dans la société,
16:02qui pense un peu
16:02trop à elle,
16:04ça déjà,
16:04est-ce que c'est à tort,
16:05à raison qu'on a
16:06ce cliché-là,
16:07et surtout,
16:08comment elle peut
16:09trouver sa place
16:09dans ce monde
16:10au sein de l'équipage
16:11de la société ?
16:14Alors,
16:14si votre question
16:15est-ce que l'équipage,
16:16est-ce que les armées
16:16sont le dernier refuge,
16:18je voudrais d'abord
16:18dire que,
16:20on peut le penser,
16:22j'étais,
16:23la semaine dernière,
16:24j'ai passé deux jours
16:25avec la 13e DB
16:27dans le Larzac,
16:28dans ce Larzac
16:29où, il y a 20 ou 30 ans,
16:31on disait que les militaires
16:32étaient des affreux jojo
16:33qu'il ne fallait pas voir,
16:34et aujourd'hui,
16:34la 13e DB s'est installée
16:35dans le Larzac,
16:37et j'ai passé deux jours,
16:39et quand j'en suis revenu,
16:40et je vais donner
16:41l'un des exemples,
16:42je peux en choisir d'autres
16:43qui m'ont fait penser ça,
16:44je me suis effectivement dit,
16:45en fait,
16:46la Légion étrangère,
16:47aujourd'hui,
16:48est la gardienne
16:49de notre dernier royaume.
16:51Le colonel Brunet
16:52qui m'avait invité
16:53pour que je vienne
16:53parler à ces hommes
16:54et en même temps
16:56aux entrepreneurs
16:57de l'Aveyron,
16:57c'est assez rigolo,
16:58d'une assemblée
16:59où il y avait un mélange
17:00d'officiers de Légion
17:00et d'entrepreneurs
17:01de l'Aveyron,
17:02m'a fait visiter,
17:03avant que je reparte,
17:03une ferme
17:04dans le village
17:05de Tournemire,
17:06c'est un village
17:07dans une petite vallée
17:07qui est au pied
17:08des grandes falaises
17:08de Rochefort,
17:09Rochefort est de l'autre côté,
17:11et cette ferme
17:12qui est un très beau bâtiment,
17:13ancien, en nue,
17:14la Légion l'a racheté
17:15et en fait un lieu
17:17qui a quatre objectifs.
17:20Le premier,
17:21c'est de permettre
17:21aux lieutenants
17:22de la 13e DB
17:23de passer avec leur section,
17:25c'est-à-dire une quarantaine
17:25d'hommes,
17:26une semaine ou dix jours,
17:28tout seuls,
17:29en autonomie,
17:30loin de leur chef,
17:31du colonel
17:31qui supervise
17:32et qui surveille
17:32ce qu'ils font.
17:33Et déjà,
17:33je trouve cette idée géniale
17:34d'offrir à des garçons
17:35qui ont 25 ans
17:37à peine d'être seuls
17:39avec les 40 hommes
17:40qu'on leur a confiés.
17:41La deuxième raison
17:42et la deuxième chose
17:45qui justifie
17:47la réfection
17:48de cette très jolie ferme,
17:49c'est un grand bâtiment
17:51tout en pierre
17:52avec des grandes salvoûtés.
17:53La deuxième raison,
17:54c'est qu'ils y font
17:54un mémorial pour
17:55il y a au sein
17:57de la 13e DB,
17:58en fait,
17:58dans les compagnons
17:59de la Libération,
18:00dont je vous rappelle,
18:00c'est un millier de personnes,
18:02il y a 100 soldats
18:03de la 13e DB.
18:04Et aujourd'hui,
18:05il n'y a pas de lieu
18:05en leur mémoire.
18:06Et donc,
18:06cette ferme va servir à ça.
18:08La troisième raison,
18:09et ils ont installé
18:10dans une des grandes salvoûtés
18:12qui fait toute une aile
18:13de cette ferme,
18:14ils ont installé
18:15tout ce qu'il y a
18:16de plus moderne
18:17pour de fitness
18:18et de réparation
18:20pour qu'on fasse du sport.
18:21Et c'est pour les légionnaires
18:22blessés
18:23qui, quittant l'hôpital,
18:25ne sont plus
18:26sous la surveillance
18:27des médecins,
18:27mais sont encore très loin
18:28d'être capables
18:30d'avoir la condition physique
18:31pour de nouveau
18:32rejoindre leurs camarades
18:33dans leur section.
18:33Et donc,
18:34ils peuvent faire
18:34des longs séjours-là
18:35pour se retaper.
18:36Et la quatrième raison
18:38de cette ferme,
18:39c'est qu'ils ont fait
18:40des appartements
18:40pour que les légionnaires
18:43qui souvent peuvent être
18:45des pères célibataires
18:46ou qui n'ont plus
18:47leurs femmes
18:47compte tenu des vies
18:48qu'ils ont menées
18:48puissent venir ici
18:49en vacances
18:49avec leurs enfants.
18:52Oui,
18:53la légion,
18:54on pourrait le penser,
18:55est la gardienne
18:56de notre dernier royaume.
18:59Néanmoins,
19:00néanmoins,
19:02je ne crois pas
19:03un seul instant
19:05que des garçons
19:06et des filles
19:07à qui on explique
19:08que diriger,
19:11c'est l'une des plus belles
19:12façons de servir,
19:13à qui on explique
19:14que dans la vie,
19:16il est important
19:16d'avoir ces points cardinaux
19:17que sont la mission,
19:19le sens,
19:20les circonstances
19:20et ces hommes
19:21qu'il faut aimer,
19:23ces garçons
19:25et ces filles
19:25à qui on essaye
19:27de donner
19:28une lecture
19:29du monde.
19:32Sincèrement,
19:33sincèrement,
19:34je ne crois pas
19:34qu'ils soient désespérants.
19:36Et donc,
19:37je n'achète pas
19:39un instant
19:40ce discours
19:41sur les générations
19:42X, Y ou Z
19:44qui seraient désespérantes
19:46et s'il y a
19:47un procès à faire,
19:50c'est le procès
19:51de ceux
19:51qui sont censés
19:53les aider
19:53à comprendre le monde.
19:54Alors,
19:54est-ce qu'on leur raconte
19:55des couillonnades ?
19:56Oui.
19:59Mais est-ce que
20:00ce sont eux
20:00qui sont désespérants ?
20:02Non,
20:03je ne crois pas.
20:05Merci beaucoup,
20:06Amiral.
20:06Alors,
20:06on est deux sur scène
20:07mais il y a
20:08tout un équipage
20:09dans la salle
20:09qui veut...
20:10On est pas mal,
20:10on est à 10 secondes
20:11du temps qu'il fallait
20:11commencer.
20:11On a bien respecté
20:12le timing
20:13et donc on a 5 minutes
20:14pour des questions.
20:15Vous êtes parfait.
20:17Y a-t-il des questions
20:18dans la salle
20:19pour le vice-amiracle
20:19Loïc Finaz ?
20:25L'heure du déjeuner approche,
20:26il n'y a pas de questions.
20:27Tout a été dit apparemment.
20:29Est-ce que vous aviez
20:29quelque chose
20:30à rajouter messieurs
20:31ou bien on rend l'antenne
20:32comme on dit maintenant ?
20:33Je vais rajouter une dernière question,
20:35Amiral,
20:35justement pour rester
20:36sur cette jeune génération
20:37qui peut paraître
20:39des fois un peu déboussolée
20:40quand elle arrive
20:41dans ce monde.
20:44Quelle boussole
20:44elle doit avoir
20:45pour justement avancer
20:47et trouver sa place
20:48dans la société,
20:50dans le monde ?
20:51Il faut qu'on les aide
20:51à comprendre,
20:52à lire le monde,
20:53à être corseté
20:54par cet esprit
20:55et avoir une géographie personnelle.
20:56Mais j'en profite
20:57parce que puisqu'effectivement
20:58il nous reste 4 minutes 24,
21:00vous avez,
21:00pour respecter le temps
21:01qui nous était imparti,
21:02mon cher Clément,
21:03vous avez sauté
21:03une des questions
21:04que vous vouliez me poser
21:04en me disant
21:05avec ce qui se passe,
21:06est-ce que ce qui se passe
21:08sur mer,
21:08la flotte française
21:09qui est à 80%
21:13près des zones de conflit,
21:14est-ce que la mer redevient ?
21:16Vous pouvez lire
21:17exactement votre question ?
21:19Non, non,
21:20mais c'est important
21:20que vous la formulez comme ça
21:21pour que je puisse.
21:22Est-ce que cette mobilisation
21:24exceptionnelle de la marine
21:25est le signe
21:26que la mer est redevenue
21:27le premier front
21:28de notre sécurité nationale,
21:30européenne ?
21:31Merci Clément.
21:32Alors,
21:33je ne vais pas tomber
21:35dans ce travers
21:35de tous les gens
21:36qui vous racontent
21:37systématiquement
21:38que ce qu'ils font
21:39est évidemment
21:39le truc le plus important.
21:42Donc non,
21:43la mer n'est pas
21:44notre premier front
21:46pour plusieurs raisons.
21:47D'abord parce que
21:51la guerre,
21:52ça se conduit
21:52sur terre,
21:53sur air
21:54et sur mer.
21:55Et ne pas l'avoir compris,
21:56c'est s'empêcher
21:57de pouvoir conduire la guerre.
21:59ensuite parce que
22:01très honnêtement,
22:02et c'est le marin
22:02que je suis
22:02qui vous le dit,
22:03où vivons-nous ?
22:05Nous vivons sur terre.
22:08Donc,
22:08la mer n'est pas
22:09le premier front.
22:10En revanche,
22:11en revanche,
22:13effectivement,
22:14bien souvent,
22:16c'est en mer
22:17que le sort
22:18des conflits
22:19se joue.
22:20Regardez,
22:20on est en train
22:21de le découvrir
22:21pour la bataille
22:23d'Asting.
22:25des découvertes
22:26historiques récentes
22:27viennent de nous dire
22:28« Ah non,
22:28en fait,
22:28la bataille d'Asting,
22:29ça s'est joué
22:32en mer
22:32par une bataille
22:33navale juste avant. »
22:34C'est complètement vrai.
22:35Il a fallu
22:36mille ans
22:37pour le comprendre.
22:39La Deuxième Guerre mondiale,
22:41le sort
22:42de la Deuxième Guerre mondiale,
22:44s'est joué
22:45dans l'Atlantique Nord
22:46et dans le Pacifique.
22:48Et la Première Guerre mondiale,
22:50c'est la même chose.
22:50Regardez,
22:52Hannibal,
22:53je vais terminer
22:53avec Hannibal.
22:55Tout le monde,
22:56j'ai une minute 26
22:57pour vous parler d'Hannibal,
22:58tout le monde connaît
22:59cette histoire d'Hannibal
22:59avec ses éléphants
23:00dans les Alpes.
23:01Très honnêtement.
23:02Vous croyez que c'est pratique
23:03de se balader
23:04avec des éléphants
23:04dans les Alpes ?
23:06Je vous rappelle en plus
23:06qu'un éléphant,
23:07ça ne sait pas gravir
23:08des marches.
23:10Pourquoi Hannibal est-il
23:11avec des éléphants
23:12dans les Alpes ?
23:12Parce qu'il ne tient
23:13pas la mer.
23:15C'est au cours
23:16de la Deuxième Guerre punique.
23:18Il va passer
23:19un certain temps
23:19avec des victoires
23:21exceptionnels.
23:22S'il y a un génie
23:23tactique de la guerre,
23:24c'est bien Hannibal.
23:25La bataille de Cannes,
23:26par exemple,
23:27mais aussi celle
23:27du lac Trasimène,
23:28c'est exceptionnel.
23:29Mais ça ne sert à rien
23:31parce qu'il ne tient
23:32pas la mer.
23:33Parce qu'à la fin
23:33de la Première Guerre punique,
23:35la marine romaine
23:37détruit la marine
23:38de Carthage.
23:39Et donc,
23:39pour exister,
23:40pour essayer
23:41d'être un acteur,
23:42Hannibal va se balader
23:43avec ses éléphants.
23:44Et d'ailleurs,
23:45les commandateurs diront
23:45« Ouais, Hannibal,
23:46c'était un génie guerrier,
23:47mais il n'a pas su
23:48exploiter ses victoires. »
23:50C'est complètement faux.
23:51Il n'a pas pu,
23:52ça ne servait à rien.
23:53Et ça se terminera
23:54avec la Troisième Guerre punique
23:55peu de temps après.
23:56Et cette phrase
23:57de Tacite,
23:58exceptionnelle,
23:58je m'arrêterai là,
24:00Tacite dit
24:00« Les Romains
24:02firent de Carthage
24:03un désert
24:04et ils appellèrent cela
24:06la paix. »
24:08Si nous ne voulons pas
24:09que notre paix
24:10soit à fait un désert,
24:11il faut effectivement
24:12avoir compris
24:13les problématiques maritimes.
24:15Merci beaucoup.
24:18Merci,
24:19vice-amiral.
24:19J'ai vu qu'une main
24:20s'est levée pour une question.
24:21Je vous invite à poursuivre
24:22la discussion éventuellement
24:23dans le hall.
24:23Merci beaucoup à tous les deux.
24:25On marque une courte pause
24:26et on se retrouve dans un instant
24:27pour la suite du forum
24:28Guerre et paix
24:28et on va parler de la guerre
24:29au Moyen-Orient
24:30avec la ministre déléguée
24:31aux armées.
24:32A tout de suite.
24:43Sous-titrage Société Radio-Canada
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