- il y a 2 heures
Le 29 janvier, 192 habitants de la Vallée de la chimie au sud de Lyon, ont assigné devant le tribunal judicaire de Lyon Arkema et Daikin Chemical, les deux groupes industriels suspectés de la plus importante pollution aux PFAS identifiée à ce jour en France et où résident plus de 200 000 personnes.
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00:06Musique
00:18Aujourd'hui Pifas, le procès des polluants éternels raconté par
00:21Claudie Grisard, membre fondatrice du collectif citoyen Pifas Contre Terre
00:27et Louise Chance, avocate et fondatrice du cabinet Kaizen Avocat
00:41On les appelle les polluants éternels, pas par métaphore, pas par excès rhétorique
00:46mais parce que c'est littéralement ce qu'ils sont, les Pifas, donc ces substances qui ne se dégradent pas
00:51dans la nature
00:52elles s'accumulent au contraire dans les sols, dans les eaux, dans les poissons des fleuves et des rivières
00:56dans les oeufs des poules, dans le sang des enfants et dans le lait maternel
01:00et une fois là, elles restent ces substances
01:02Dans la vallée de la chimie au sud de Lyon, cette réalité n'est plus abstraite depuis le printemps 2022
01:07les usines Arkema et Daikin y déversent les Pifas depuis les années 60
01:1260 ans de contamination silencieuse
01:15et selon les investigations journalistiques qui ont éclaté au grand jour
01:18les industriels savaient, ils savaient et ils n'ont rien dit
01:21Aujourd'hui, la facture commence à s'écrire en chiffres
01:232 milliards d'euros, c'est ce que coûterait, selon l'association Notre Affaire à Tous
01:27la seule dépollution des sols et des eaux rejetées sur la plateforme de Pierre Bénit
01:3133 hectares parmi les plus contaminés d'Europe
01:34une estimation que ces auteurs eux-mêmes qualifient de largement sous-estimés
01:39et pendant ce temps, 200 habitants de ce territoire, des adultes, enfants et voisins de ces usines
01:44viennent de franchir un pas inédit, ils assignent en justice les deux industriels
01:48l'un des plus grands procès civils jamais intentés en Europe contre les Pifas
01:52pas pour l'histoire, mais pour que le principe pollueur-payeur cesse d'être un vœu pieux
01:57c'est cette histoire édifiante que nous allons vous raconter
02:07Dans la région lyonnaise, une usine contaminerait l'environnement avec des polluants éternels
02:13des composants chimiques invisibles et persistants qui cochent quasiment toutes les cases de la toxicité
02:19J'ai quand même en face de moi une, deux, voire trois fois par an le directeur de l'usine
02:24qui bien endroit dans ses bottes nous affirme qu'il n'y a aucun rejet dans l'atmosphère
02:30Extrait de l'émission Vert de Rage de Martin Boudot, c'était en 2022
02:34Claudie Grisard et Louise Chens, bonjour à toutes les deux
02:37Merci beaucoup d'être à ce micro, Claudie Grisard, vous qui habitez à Oulain-Pierre-Bénit depuis maintenant 43 ans
02:45environ 700 mètres d'une plateforme qui rassemble les usines d'Aikine Chemical France et Arkema
02:51et vous faites partie des 192 riverains qui ont assigné en justice ces deux groupes industriels
02:57le 29 janvier dernier devant le tribunal judiciaire de Lyon
03:00Louise Chens, d'abord un petit mot de votre cabinet d'avocats
03:04vous traitez beaucoup de dossiers en lien avec l'écologie ?
03:07Oui tout à fait, Kaizen Avocat est un cabinet qui est spécialisé dans les affaires environnementales
03:12et donc on intervient sur tous les sujets déchets, eau et pollution et polluants éternels
03:19Claudie Grisard, les PFAS donc c'est polluants éternels
03:22est-ce que c'est quelque chose dont vous aviez entendu parler avant les révélations de 2022 ?
03:28Jamais, jamais et c'était même quand même un grand mystère ce que fabriquait Arkema
03:37moi j'habite sur le territoire depuis 43 ans et on savait eux qui fabriquaient des produits chimiques
03:44voilà mais sans savoir précisément ce que c'était
03:46des gaz fluorés on le savait puisqu'il y a eu quelques incidents avec ces gaz fluorés
03:54quand ma fille était petite, qu'elle avait 7 ans, donc il y a 35 ans
04:01ils les laissaient enfermer à l'école, ils ne devaient pas sortir parce qu'il y avait des gaz qui
04:06passaient
04:07voilà
04:09mais en fait non, on n'a jamais du tout imaginé qu'il y avait...
04:15on a pu imaginer des choses assez tragiques quand on habite dans la vallée de la chimie
04:22cette vallée que beaucoup de gens doivent connaître parce que c'est au sud de Lyon
04:26on la traverse
04:27quand on est sous l'autoroute, on voit toutes ces usines
04:30on voit toutes ces usines
04:31et évidemment quand on habite ici, on imagine bien qu'un jour il peut se passer quelque chose
04:39mais certainement pas une pollution comme ça
04:41une explosion, oui, ça ne veut pas dire que c'est mieux
04:44mais le jour où on a appris ces polluants éternels
04:49c'est un choc parce qu'en fait c'est invisible
04:52c'est inodore, c'est incolore
04:56et ça fait des années que ça s'insinue
04:58on a même du mal à le croire
05:01mal à comprendre comment ça s'accumule, pourquoi ça ne s'en va pas en fait
05:06et en fait c'est que la nature a l'incapacité de le métaboliser
05:10ce qui est extrêmement rare
05:11et donc 2022, qu'est-ce qui se passe à ce moment-là vraiment que vous en entendez parler ?
05:14c'est à ce moment-là
05:15dans quelles circonstances exactement ?
05:17en regardant l'émission Vert de Rage
05:19donc merci les émissions lanceuses d'alerte comme celle-là
05:24ça a vraiment été
05:26et puis il y a eu beaucoup d'incrédulité quand même
05:28pendant 2-3 mois
05:29alors c'est ça, comment est reçu justement ce reportage ?
05:32vous en souvenez à l'époque ?
05:34oui alors moi je n'étais pas parmi ceux qui ont été vraiment dans le reportage
05:39moi j'étais plus à l'extérieur
05:40donc on s'attendait à qu'ils voient la télé comme ça le soir
05:51et en discutant autour de moi
05:53il y a quand même eu beaucoup beaucoup de réactions en disant
05:56bon non, c'est une mauvaise information
06:00c'est une fake news
06:01le Covid était passé par là
06:04c'est pas possible
06:06et d'ailleurs le scientifique qui a fait les prélèvements
06:10il n'a jamais publié
06:12donc c'est très probablement des sornettes
06:16et en fait
06:18on est un certain nombre à cette dit
06:20non, c'est pas possible
06:22on a senti que c'était vrai
06:23et c'est à ce moment-là aussi
06:25où quand même il y avait eu le film Dark Water
06:29qui raconte l'histoire des Etats-Unis
06:31avec les polluants éternels
06:33et du coup là on se dit
06:35bah oui c'est vrai
06:36on est peut-être concerné
06:37on est complètement concerné
06:39au premier chef
06:39Louis Stenz
06:40à quel moment est-ce que vous
06:41vous avez commencé à travailler
06:42sur la vallée de la chimie
06:43alors à ces problèmes de contamination ?
06:45donc moi j'ai commencé
06:46à travailler sur la vallée de la chimie
06:48à partir de 2021
06:49en fait on a commencé
06:51à faire des recherches
06:51parce qu'on s'était rendu compte
06:53que la vallée de la chimie
06:54ça représentait 26%
06:56des émissions de gaz à effet de serre
06:57de la métropole
06:58et on s'est dit
06:59il faut regarder ce qui se passe
07:00et donc avec notre affaire à tous
07:01c'est la clinique de droit
07:02de Sciences Po Paris
07:03on s'est intéressé
07:04aux 14 ICPE
07:05donc les sites industriels
07:07au sud de Lyon
07:08et on s'est aperçu
07:09que même si c'était
07:11des sites Cveso
07:12donc les pires sites
07:13les plus dangereux
07:15en France
07:16et bien en fait
07:16il y avait beaucoup
07:17de problèmes
07:18beaucoup de négligence
07:19beaucoup de manquements
07:19et on avait préparé
07:21des référés
07:22contre Arkema
07:24et contre Elkem Silicon
07:25et en fait
07:27on a été invité
07:28à la réunion
07:29par Martin Boudot
07:30à la réunion
07:30de lancement
07:31de Vers de Rage
07:33le documentaire
07:34donc sur TransTV
07:34le documentaire
07:36et en fait
07:37à ce moment-là
07:37on s'est rendu compte
07:38qu'il y avait aussi
07:39les polluants éternels
07:40et en fait
07:41on a retravaillé
07:42le référé pénal environnemental
07:43pour le déposer
07:44fin mai
07:45et en intégrant
07:45la problématique
07:46des pifaces
07:47vous pouvez nous rappeler
07:48ce que sont quand même
07:48peut-être les pifaces
07:49en quelques mots
07:50même si maintenant
07:51on est quand même
07:51de plus en plus nombreux
07:52à en avoir parlé
07:53pourquoi ces molécules
07:54sont si particulières
07:55et si dangereuses ?
07:57en fait c'est des molécules
07:58qui sont fabriquées
07:59par l'homme
08:00qui sont des atomes
08:01de fluor et de carbone
08:02et qui sont
08:03vraiment extrêmement persistantes
08:05en fait c'est des molécules
08:07qui n'existent pas
08:08du tout dans la nature
08:09et qui peuvent avoir
08:10des chaînes longues
08:11ou des chaînes courtes
08:12mais dans tous les cas
08:13qui sont très très persistantes
08:15et qui s'accumulent
08:16partout où elles sont
08:17donc effectivement
08:18vous l'avez dit
08:19dans le sang
08:20dans le lait maternel
08:22dans les sols
08:23dans l'eau
08:23dans les sédiments
08:24beaucoup
08:25et après dans toutes les eaux
08:27les eaux souterraines
08:28les eaux potables
08:28Claudie Grisard
08:30donc on l'a dit
08:30vous vivez vraiment
08:31très très près
08:32de ce complexe industriel
08:34dans une ancienne
08:34ferme maraîchère
08:35la présence de ces pifas
08:37en fait
08:38elle s'est concrétisée
08:39comment
08:39dans votre environnement
08:40immédiat à vous ?
08:43Elle s'est concrétisée
08:46par
08:47dans cette ferme
08:48j'ai une treille
08:49une ancienne treille
08:50donc aussi vieille
08:51que la maison
08:52qui doit avoir
08:52une centaine d'années
08:53et j'ai fait analyser
08:55le jus de raisin
08:57et mon jus de raisin
08:58a 130 fois
08:59la dose
09:00autorisée
09:01sachant que
09:02les doses
09:02on n'en a pas vraiment
09:03en France
09:04on s'applique
09:05nous on s'applique
09:07là sur les normes
09:08américaines
09:09puisque
09:11en Europe
09:11ils n'arrivent pas
09:12encore à mettre
09:13voilà
09:13donc j'ai 130 fois
09:15la dose
09:15autant dire
09:16que c'est du
09:17concentré de pifas
09:18donc vous avez commencé
09:19par la vigne
09:20en fait c'est ça ?
09:21c'était les premières
09:21analyses que vous avez
09:22effectuées ?
09:23la première ça a été
09:24la terre
09:26que nous avons fait
09:27avec un autre collectif
09:28au Zonlocène
09:31où là on a fait la terre
09:33mais la terre
09:34avait effectivement
09:36ma terre
09:36a 10 fois la dose
09:38mais jamais une dose
09:40comme ça
09:40comme le jus de raisin
09:42pourquoi il y a une telle
09:43concentration d'ailleurs
09:44en particulier
09:44dans le jus de raisin ?
09:47telle est la question
09:49c'est à dire qu'aujourd'hui
09:50probablement la nappe
09:51fréatique
09:52puisque le raisin
09:53va chercher
09:53plonger très très loin
09:54pour puiser son eau
09:58mais c'est assez peu
09:59documenté en fait
10:00l'épifas
10:01on ne sait pas tellement
10:02comment ça migre
10:04ça migre aussi par l'air
10:06c'est évident que
10:08mais
10:11donc ça a été des analyses
10:12dans votre jardin
10:13pour commencer ?
10:14dans mon jardin
10:15et ensuite ?
10:16moi j'ai fait des analyses
10:18de sang
10:18qu'est-ce que ça a donné ?
10:20donc moi j'ai 8 fois la dose
10:23voilà
10:24et puis
10:26à l'occasion
10:27je n'allais pas du tout
10:29je devais faire
10:30un scanner des poumons
10:31ils ont vu
10:33ils ont aperçu
10:34un bout de foie
10:36et ils ont souhaité
10:37explorer de ce côté-là
10:39et ils se sont aperçus
10:40que j'avais une stéanose
10:42c'est-à-dire le foie gras
10:46humain
10:46et ça c'est typiquement
10:49une des maladies
10:49d'épifas
10:50pourquoi ?
10:52parce que l'épifas
10:53on sait aujourd'hui
10:55qu'il y a un certain
10:58nombre de maladies
10:59qui sont avérées
11:01donc c'est
11:01les maladies du foie
11:03c'est le cancer du rein
11:04le cancer du sein
11:05le cancer des testicules
11:07et puis des faibles poids
11:09à la naissance
11:11des bébés
11:12et ça
11:12aujourd'hui
11:13c'est avéré
11:14c'est vraiment
11:14les maladies
11:15liées au péfas
11:16Louise Chance
11:17par quel mécanisme
11:18ces polluants
11:19se retrouvent
11:19dans des jardins
11:21dans des aliments
11:21parfois quand même
11:22à des dizaines de kilomètres
11:24des sites concernés
11:25par la pollution
11:27là il y a plusieurs
11:28pollutions
11:29on peut parler
11:31de matrice
11:31environnementale
11:32c'est à dire
11:32qu'il y a des rejets
11:33qui sont dans l'eau
11:34il y a des rejets
11:35effectivement par l'air
11:37et en fait
11:37tout ça
11:39se complète
11:40et c'est pour ça
11:41qu'en fait
11:42vu qu'il y a des
11:42champs captants
11:44d'eau potable
11:44qui sont au sud
11:45de Lyon
11:46qui sont alimentés
11:47par le Rhône
11:48et que la pollution
11:49a été rejetée
11:50dans le Rhône
11:51et ça on le voit
11:51très bien
11:52dans le reportage
11:52de Verderage
11:53et bien
11:54il y a beaucoup
11:55de personnes
11:56qui sont concernées
11:57par une pollution
11:58de l'eau potable
11:59et après il y a
12:00d'autres personnes
12:00qui sont concernées
12:01plus par une pollution
12:02des sols
12:02par une pollution
12:03des oeufs
12:03et ça c'est des personnes
12:04qui sont plus proches
12:06des usines directement
12:07et les usines
12:08elles sont là
12:08depuis combien de temps
12:09d'ailleurs ?
12:10Arkema est là
12:11depuis très longtemps
12:11ils ont commencé
12:12par contre
12:13après il y avait
12:14plusieurs
12:14il y a plusieurs
12:15successions
12:16avant c'était
12:17Elf
12:17Atoshem
12:18Atofina
12:18c'est la même
12:19c'est la même
12:21c'est 1949
12:22c'est ça
12:22c'est fin des années
12:2340
12:24début des années 50
12:25voilà
12:25la production
12:26de Pifas
12:27après je pense
12:27qu'ils étaient là
12:28depuis plus longtemps
12:28mais avant
12:30je pense qu'ils étaient
12:31là déjà avant
12:31Arkema
12:32donc c'est une présence
12:33quand même
12:34qui est là
12:34depuis très longtemps
12:35sur cette zone
12:36en particulier
12:37et Claude Grisard
12:39qu'est-ce qui vous a donné
12:40envie du coup
12:40de fonder ce collectif
12:42Pifas contre terre
12:43donc c'était en 2023
12:44c'est ça ?
12:44il y a trois ans maintenant ?
12:47oui
12:482024
12:49vous avez réussi
12:50à réunir
12:51donc des gens du quartier ?
12:52oui
12:52il y avait
12:57c'est ce qui nous a poussé
12:59à monter
13:00Pifas contre terre
13:01c'est pas possible
13:03de rester inactif
13:04face à un scandale
13:06comme ça
13:06j'aurais préféré
13:07passer ma retraite
13:08à faire autre chose
13:09j'imagine
13:09oui
13:09mais c'est pas possible
13:12on peut pas
13:12pour les générations futures
13:14et puis pour
13:16même pour
13:18pour notre société
13:19on peut pas
13:20continuer à envisager
13:21qu'une entreprise
13:22produise en polluant
13:24il faut quand même savoir
13:25que quand le scandale
13:26a été découvert
13:30Arkema
13:32rejetait
13:32218 kilos
13:34de Pifas
13:34dans le Rhône
13:35après nos actions
13:36aujourd'hui
13:37ils sont plus
13:38qu'à 2,8 kilos
13:39donc ça
13:40ils pouvaient le faire avant
13:41enfin
13:41c'est pas possible
13:44donc c'est dire
13:44que votre mobilisation
13:45a déjà payé
13:47quand même
13:47d'une certaine manière
13:48oui
13:48oui on peut le dire
13:49mais c'est aussi
13:51ce qui nous a
13:51ce qui nous conduit
13:53à agir
13:55c'est que
13:55on ne peut pas laisser
13:58comme ça
13:59être pollué
14:00être produire
14:01pour polluer
14:02enfin voilà
14:03est-ce que vous avez imaginé
14:04un jour
14:04quitter votre maison
14:05quitter ses usines
14:07pour aller vivre ailleurs
14:09ou est-ce qu'au contraire
14:09vous avez souhaité
14:11rester là
14:11pour continuer la bataille
14:14c'est toujours
14:15très ambivalent
14:16mais j'ai souhaité
14:17rester là
14:18mais aussi parce que
14:18j'ai des endroits
14:19pour me ressourcer
14:21parce qu'autrement
14:23c'est compliqué
14:23oui oui c'est compliqué
14:25Louis Schenz
14:26on va voir dans un instant
14:27le travail que vous venez
14:28avec votre cabinet d'avocats
14:29puisque vous avez lancé
14:30ce qui pourrait devenir
14:31un procès historique
14:32contre les PFAS
14:33on va en parler dans un instant
14:34et puis vous répondrez
14:35également aux messages
14:36aux questions
14:36et aux témoignages
14:37qui arrivent certainement
14:38déjà nombreux pour vous
14:40sur la page de la Terre au Carré
14:41de nos réseaux sociaux
14:42et pour vous entendre
14:43directement à l'application
14:43Radio France
14:44Musique
14:45Musique
17:45À quelques encablures de la plateforme d'Arkema et d'Aikine, une salle pleine à craquer.
17:50Il aurait fallu louer un zénith d'itain habitant.
17:53Dans le public, beaucoup de nouveaux visages, intéressés par le lancement d'une plainte collective contre les industriels.
17:59Il faut briser le récit du pot de terre contre le pot de fer.
18:03L'inertie n'a que trop duré pour continuer de sacrifier habitants, habitantes sur l'hôtel des intérêts industriels.
18:10Ce qui m'a motivée de venir, c'est que j'ai été une ancienne salariée et que j'ai
18:13été touchée.
18:14Je vis à Brignet, j'ai tout le cocktail qui m'a motivée pour venir ici.
18:18Reportage d'ici, édition Rôles, le 4 février 2025 avec cette réunion publique à Oulin.
18:24Première action en Europe.
18:26Claudie Grisard, vous qui êtes membre fondatrice de ce collectif citoyen Pifas contre terre.
18:31Et Louise Chance, avocate et cofondatrice du cabinet Kaizen Avocat.
18:35C'est donc votre groupe cabinet qui demande réparation aux industriels d'Arkema et d'Aikin pour cette pollution massive
18:44et durable au Pifas dans cette vallée de la chimie au sud de Lyon.
18:48Quand on entend le nombre de gens qui se sont mobilisés en 2025 en février, Claude Grisard, ça doit faire
18:53plaisir quand même.
18:54Parce que s'il faut un zénith maintenant pour que les réunions puissent se faire.
18:57Oui, ça fait plaisir.
18:58Ça veut dire que les lignes ont quand même beaucoup bougé là ?
19:03Oui, les lignes ont beaucoup bougé, oui.
19:05Mais on a quand même beaucoup mobilisé, on a informé.
19:09Par rapport aux doutes dont vous parliez tout à l'heure, en tout cas on voit que ça a changé.
19:11Voilà, oui, par rapport aux doutes effectivement.
19:14Mais on a énormément informé et on a effectivement réussi à rassembler énormément de personnes.
19:21Donc ça veut dire aussi, Louise Chance, beaucoup de personnes concernées par cette pollution.
19:25C'est ça que ça veut dire ? Beaucoup de personnes inquiètes ?
19:27Oui, oui, tout à fait.
19:29Plus de 200 000 personnes seraient concernées par cette pollution, ce qui est extrêmement important.
19:34Ce qui montre aussi qu'on est face à une contamination qui est massive, qui est extrêmement grave.
19:39Et qui, comme l'a dit Claudie, qui est insidieuse, qui est invisible.
19:42Et donc c'est vrai qu'on a du mal à prendre conscience de la gravité, de quelque chose qu
19:45'on ne voit pas.
19:46Mais là maintenant, on a quand même énormément d'investigations par rapport à 2022.
19:50Là on a eu beaucoup, beaucoup d'études.
19:52Et maintenant on sait, on connaît la gravité de la situation.
19:54Ce qui amène maintenant aujourd'hui toutes ces personnes à participer à l'action.
19:58Donc la science a confirmé finalement toutes les premières analyses qui avaient été réalisées.
20:02Et ce qui vous donne aujourd'hui aussi un solide appui pour présenter le dossier ?
20:07Oui, oui, oui. On a beaucoup, beaucoup, beaucoup de preuves pour attaquer en justice.
20:13Pourquoi vous avez choisi d'ailleurs une action civile plutôt qu'une procédure pénale ?
20:18En quoi justement ces deux voies sont différentes pour les victimes ?
20:22La procédure pénale, l'objectif principal, c'est de condamner les personnes qui ont commis des infractions.
20:28Alors que la procédure au civil, l'objectif principal, c'est de réparer les préjudices qui sont subis par les
20:33victimes.
20:34Et là, nous, on avait vraiment envie de dire, en fait, il y a une procédure pénale qui existe par
20:38ailleurs,
20:39dans laquelle on représente aussi des partis civils.
20:42Mais là, cette procédure civile, l'objectif, c'était vraiment de dire, il y a une contamination extrêmement grave
20:49et on veut que toutes les personnes qui la subissent aient réparation de leurs préjudices.
20:53Et soit au centre de la procédure.
20:54Et soit le centre de la procédure.
20:55Claudie Grisard, c'était important que quelque chose démarre aussi en justice pour vous ?
21:00Oui, c'est quand même un levier extrêmement puissant, la justice, à laquelle on ne pense pas souvent quand on
21:11est sur des actions comme ça.
21:13Alors bon, évidemment, ça oblige à monter des dossiers.
21:16Mais c'est un levier puissant parce qu'on a en face de nous quand même des entreprises qui sont
21:20puissantes et féroces.
21:23Pourquoi féroces ?
21:25Oui, parce que tous les moyens sont bons et on a déjà attaqué Daikin sur une extension.
21:32Nous, on paye des petits avocats, enfin petits, c'est pas de jugement de valeur, mais on se retrouve face
21:39à eux.
21:39Avec vos moyens aussi ?
21:40Avec nos moyens.
21:40Qui ne sont pas les mêmes qu'un grand groupe industriel.
21:42Et on se retrouve face à trois avocats avec beaucoup de mauvaise foi quand même.
21:46Louis-Chien, justement, il faut aussi parler de votre travail, vous, au sein de votre cabinet d'avocats,
21:51parce que c'est un travail hors normes, de compilation aussi des données environnementales.
21:55Des pièces apportées par chacun des participants, parce qu'il en fallait des données médicales,
21:59des analyses sanguines, des analyses de l'eau, des sols, des expertises scientifiques.
22:04Donc tout ça, ça vous a demandé un travail colossal.
22:06Et c'était vraiment en amont de l'action judiciaire.
22:10Oui, oui, tout à fait.
22:11C'est une action.
22:12En fait, contrairement au pénal ou au pénal, on peut amener tout ça à la fin.
22:16Au civil, c'est la base de la demande, vu que les personnes demanderaient, ce sont bien elles qui sont
22:23au centre.
22:24Donc en fait, il faut qu'on montre tous les préjudices qui sont subis et toute leur exposition à la
22:29pollution dès le débarque.
22:30Et effectivement, ça nous a demandé un travail colossal.
22:33Combien de pièces vous avez réunies ?
22:36464 pièces.
22:37Et c'est que le début.
22:38Et c'est que le début.
22:38Et c'est un petit dossier qui fait combien de pages ?
22:41Un petit dossier qui fait environ 350 pages pour l'instant.
22:45Mais qui va bien sûr grandir.
22:47Parce qu'en fait, il y a aussi beaucoup de preuves qu'on va pouvoir ajouter au fil de l
22:51'eau.
22:51Parce qu'il y a encore beaucoup d'études qui vont arriver.
22:55Quels sont les préjudices que vous faites valoir dans cette assignation ?
22:58Donc on a le préjudice d'anxiété, le préjudice moral, le préjudice de jouissance,
23:04le préjudice lié à l'atteinte à l'intégrité physique.
23:08Et le préjudice matériel, on va dire, global.
23:14Claudie Grisard, parmi tous ces préjudices listés dans l'assignation,
23:18est-ce qu'il y en a un qui vous touche vous particulièrement ou pas ?
23:20Oui, c'est le préjudice moral.
23:22Oui.
23:24Parce qu'effectivement, moi, ma vie a été bouleversée.
23:28Ce que je disais, j'avais pas du tout prévu.
23:30J'avais des activités très intéressantes pour ma retraite.
23:35Je veux pas dire que c'est pas intéressant le militantisme.
23:38C'est intéressant.
23:40Et puis, je jouis plus du tout de mon jardin comme j'en jouissais.
23:44Je mange plus du tout mes fruits.
23:47J'avais beaucoup de fruits.
23:49Et puis, vous êtes dans un environnement pollué.
23:52Moi, j'ai deux filles qui ont été élevées sur le territoire, deux petits-enfants.
23:56Donc forcément, on est très inquiets.
23:58Donc il y a aussi le préjudice d'anxiété.
24:00C'est une réalité permanente, ça aussi, pour vous ?
24:03Oui, maintenant, oui.
24:04Oui, oui.
24:05On pense à ça.
24:07C'est quoi l'angoisse, d'ailleurs ?
24:08C'est de développer des maladies ?
24:09C'est ça.
24:10C'est ça, d'abord ?
24:11C'est ça.
24:11Pour vous, pour vos proches ?
24:13Pour moi et pour mes proches.
24:14Oui.
24:15Et c'est vraiment ça.
24:17C'est-à-dire que je ne suis pas particulièrement anxieuse, a priori, sur les maladies.
24:22Mais maintenant, oui, effectivement, je me dis, on va développer des maladies.
24:26On va traîner.
24:29Et puis, vous ne voyez plus votre environnement pareil.
24:32Mon jardin, avant, c'était vraiment un cocon.
24:35Là, maintenant, il a quelque chose d'hostile.
24:38Je ne mange pas le thym, je ne mange pas le romarin.
24:40Enfin, c'est des petites choses.
24:42Mais vous êtes sur un milieu pollué.
24:45Louis Schenz, vous réclamez 190 000 euros par requérant, soit à peu près 36 millions d'euros au total.
24:52Comment on arrive à ce chiffre, en réalité ?
24:55Là, au début, on a vraiment, on va dire, calculé un montant par personne.
25:02On a aussi individualisé les préjudices que vivait chaque personne.
25:07Mais ce sont des montants qui vont évoluer parce que là, on va ajouter des pièces,
25:14ajouter des préjudices.
25:15Donc, je pense que ce montant va augmenter.
25:17Et quelles sont alors les fautes qui sont imputées précisément aux deux industries, donc Arkema et Daikin ?
25:22Eh bien, il y a une faute qui est très importante, qui est la dissimulation.
25:27C'est-à-dire qu'en fait, ce sont des entreprises qui savaient très bien,
25:30qui participaient au niveau international à des groupes, de lobbies,
25:34et qui connaissaient la dangerosité des substances.
25:38Donc, on est en pleine fabrique du doute.
25:40On connaît bien maintenant cette notion.
25:42On est en pleine fabrique du doute.
25:42C'est une nouvelle illustration.
25:44Et en dehors de ça, Arkema notamment a vraiment détruit des ouvrages
25:50pour empêcher l'ANSES de venir faire des prélèvements.
25:55Ils ont aussi mis en place, enfin, ils ont étudié à partir de 2013
26:00des techniques de filtration des PIFAS.
26:02Donc, ils savaient tout prévu techniquement pour empêcher cette pollution,
26:05mais ils ne l'ont pas mise.
26:06Et ça, le rapporteur spécial de l'ONU dit que c'est une faute aux droits humains,
26:10parce qu'en fait, ils connaissaient tout à fait la technique pour empêcher la pollution,
26:14et ils ne l'ont pas mise en place.
26:15Et ils ont attendu que le scandale arrive,
26:17et ils ont attendu que les arrêtés préfectoraux soient pris pour enfin agir,
26:21alors que ça faisait dix ans qu'ils avaient les moyens.
26:22– Claudie Grisard, ça j'imagine que c'est quelque chose qui est particulièrement révoltant,
26:26quand on sait qu'on a en plus vraiment techniquement de quoi amoindrir,
26:31en tout cas, les effets de la pollution ?
26:32– Oui, oui, oui, oui, ça les s'envoie, enfin, moi, je ne sais même pas quoi dire.
26:42Enfin, ce qui est quand même très satisfaisant, c'est qu'on va arriver à le prouver, si vous voulez.
26:48Parce que c'est tellement des choses, quand on milite comme ça, on le sait, on le sent,
26:54et là, on va avoir les preuves, et on va enfin pouvoir démontrer des choses.
27:00Alors que, enfin, c'est des entreprises, et c'est une fabrication à très haute valeur ajoutée.
27:07Qu'est-ce que ça peut leur faire, et moi, c'est ce que j'aimerais qu'ils entendent,
27:11qu'est-ce que ça peut leur faire de mettre un peu d'argent pour que la production soit une
27:16production propre ?
27:17Ce n'est pas une guerre contre, impérativement, des industriels.
27:22La question, elle n'est pas là.
27:23C'est tous ces mensonges, c'est effectivement qu'ils savaient.
27:27On le sait, depuis 1960, Dupont et Nemours et Trois-M aux Etats-Unis,
27:33tout est documenté sur le PFOA.
27:36– C'est ça.
27:36C'est qu'il y a des précédents, en plus, à l'étranger.
27:38Louis Schoen, c'est peut-être aussi intéressant d'en parler un petit moment,
27:42parce qu'ils vous ont aidé aussi pour vous guider dans votre stratégie pour porter plainte.
27:47– Oui, tout à fait.
27:48C'est vrai que Robert Bilotte, aux Etats-Unis, lui, on a eu des réunions avec lui.
27:52Il nous a conseillé d'aller au civil.
27:53– Qui est-il ?
27:54– Robert Bilotte, c'est l'avocat dont l'histoire est racontée dans le film d'Arc-Paterge.
28:00Et donc, qui maintenant est spécialisé dans l'épiface au niveau international
28:03et qui aide les avocats dont tous les pays sont concernés,
28:07parce que c'est une pollution qui est mondiale.
28:09– Comment on réagit justement, Arkema et Daikin, face à cette assignation ?
28:13Est-ce qu'ils vous ont déjà formulé des réponses ou pas ?
28:17– Pas encore.
28:18– Rien du tout ?
28:18– Pas encore.
28:19– Il n'y a eu aucune réaction ?
28:20– Après, on rentre vraiment dans une procédure judiciaire classique.
28:25Là, nous, on a envoyé une assignation.
28:27Maintenant, c'est Arkema et Daikin qui vont répondre
28:28ou qui vont demander un renvoi en juin.
28:31Et puis après, on va avoir des mises en état.
28:35Et puis après, à la fin, on aura une audience de plaidoiries.
28:38– Donc pour l'instant, ils ne commandent pas une procédure en cours.
28:41Ça, c'est leur propos.
28:42Et ils défendront leur intérêt dans le cadre de cette procédure.
28:45C'est également ce qu'ils vous ont dit.
28:46Claudie Grisard, combien il y a de riverains, de riveraines autour de vous,
28:49là maintenant, justement, pour aller en justice ?
28:54Combien de personnes sont réunies ?
28:56– 150.
29:01Alors, il y a l'action en justice et puis il y a les autres actions collectives.
29:05Où tout le monde n'est pas parti en justice parce que ça a un coût.
29:10Et nous, on arrive à avoir des mobilisations.
29:14On mobilise 400 personnes si on fait des manifestations.
29:21Uniquement nous.
29:22– Mais là, pour précisément Louis Chance, votre dossier,
29:25il y a 192 personnes représentées.
29:28C'est des personnes physiques ?
29:29– Il y a 188 personnes physiques, dont 25 mineurs et 4 associations.
29:34– Ça pourrait prendre combien de temps maintenant, ce procès ?
29:37– Avant un jugement final, parce qu'évidemment, ça va prendre beaucoup de temps.
29:41Vous allez réunir des pièces, vous en avez déjà beaucoup,
29:43mais la justice aussi a besoin de temps.
29:44– Tout à fait, la justice a besoin de temps.
29:46– Ça vous emmène sur combien d'années ?
29:47– Alors, pour une décision définitive, c'est difficile à dire.
29:49Je pense que pour un jugement de première instance,
29:52je vais dire 3-4 ans, et après l'appel, le même délai.
29:57Et après, on verra si on va jusqu'à la cour de cassation.
30:00– Mais on est sur une petite dizaine d'années quand même, a priori.
30:03– À peu près.
30:03– Claudie Grisard, c'est compliqué de vivre avec cette idée
30:06de devoir attendre une dizaine d'années avant un jugement final ?
30:12– C'est-à-dire que c'est des luttes, il faut qu'il y ait plusieurs actions.
30:18Il y en a une à 10 ans, c'est bien.
30:19Ça veut dire qu'on n'oubliera pas, même si on se fatigue sur d'autres actions.
30:24Celle-là, elle restera et voilà, je pense que…
30:27– Donc vous avez des années qui vont être bien occupées là, en tout cas.
30:31– Allez, on va voir dans un instant quels sont les grands enjeux aussi
30:34qui vont se poser pour la suite, pour sortir évidemment de la contamination piface,
30:37parce que parallèlement au procès, il y a quand même cette question qui est tout à fait centrale.
30:40Et puis vous allez répondre au message, aux questions qui arrivent déjà nombreuses
30:44sur le site de la Terre au Carré.
30:46– A tout de suite.
30:47– Comment sais-tu qu'il fait nuit dehors ?
30:59Je suis perdu et je m'endors.
31:04Comment fais-tu pour trouver le nord ?
31:08Je n'en peux plus, mais je t'adore.
31:13J'irai là où tu veux, j'irai
31:32Sous la pluie dans l'orage
31:36J'irai là où tu veux
31:39Dans les bois, les nuages
31:44Sans jamais se dire adieu
31:52Comment sais-tu qu'il fait nuit dehors ?
31:56Je suis perdu et je m'endors
32:01Comment fais-tu pour trouver le nord ?
32:05Je n'en peux plus, mais je t'adore
32:09Ah, j'irai là où tu veux, j'irai
32:14Ah, j'irai là où tu veux, j'irai
32:28Sous la pluie dans l'orage
32:33J'irai là où tu veux
32:35Dans les bois, les nuages
32:39Sans jamais se dire adieu
32:55Là où tu veux, c'était Ézéchiel Payès
33:00France Inter
33:03La terre au carré
33:08Mathieu Vidard
33:09Il savait la dangerosité
33:10C'est sciemment qu'ils nous ont empoisonnés
33:12C'est vraiment comme si les vies humaines ne valaient rien
33:14Le fait de polluer comme ça
33:16Surtout avec des entreprises qui le savaient depuis longtemps
33:18Qui ont dissimulé la vérité
33:19Document BFM, c'était le 11 février dernier
33:22Claudie Grisard, membre fondatrice
33:24Donc de ce collectif Pifas Contre Terre
33:26C'est un très bon titre d'ailleurs
33:27Et Louise Chance, avocate, fondatrice du cabinet
33:29Kaizen Avocat
33:30On va évoquer maintenant avec vous la perspective pour la suite
33:33C'est-à-dire la loi, la dépollution, la recherche scientifique
33:36L'avenir d'un combat qui dépasse aujourd'hui
33:38Tous ces polluants éternels
33:40Qui dépasse surtout la vallée de la chimie
33:41Parce qu'on peut dire que le monde entier est concerné par cette problématique
33:45Pour vous, Louise Chance, aujourd'hui, c'est quoi le grand enjeu ?
33:47C'est aussi d'inciter les pratiques des industriels à changer drastiquement aujourd'hui ?
33:53Oui, nous on veut que cette action, en fait, ce soit un vrai levier
33:57Et que ce soit un catalyseur de transformation des pratiques industrielles
34:00C'est-à-dire qu'aujourd'hui, c'est plus possible
34:02Et comme l'a dit Claudie
34:03En fait, on veut des industries propres
34:04Et c'est plus possible de continuer
34:07Ça, c'est un vœu pieux quand même
34:08Une industrie propre
34:10Est-ce que c'est un vœu pieux ?
34:11En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'ils peuvent réduire au maximum leur pollution
34:14Et ça, c'est sûr que ça, c'est possible
34:17Et ça, c'est l'application du principe pollueur-payeur
34:20C'est-à-dire qu'il faut prévenir, réduire et dépolluer quand après ça existe
34:24Et le problème aujourd'hui, c'est que non seulement
34:27Alors, c'est une industrie très mal propre, on va dire
34:29Parce que, clairement, c'est une industrie qui a pollué allègrement
34:33Alors même qu'elle connaissait à la fois la dangerosité de la pollution
34:35Et elle savait même que ça allait toucher l'eau potable
34:39C'est-à-dire qu'il y a certains documents qui montrent
34:40Qu'ils se sont dit, mais en fait, là, avec la directive eau
34:43Qui va entrer en vigueur en 2026
34:45On ne pourra plus boire l'eau potable du captage de Tarnay
34:48Donc ils savaient exactement le périmètre et la gravité qu'ils étaient en train de causer
34:52On parlait de l'exemple américain, de précédent aux Etats-Unis
34:56Est-ce que pour autant, ça a changé précisément les pratiques industrielles là-bas ?
34:59Est-ce que l'industrie américaine est plus propre que l'industrie européenne ?
35:02C'est une bonne question, je ne sais pas, je ne sais pas
35:04On peut en douter quand même
35:05On peut en douter
35:06Malheureusement
35:07C'est quoi pour vous, Claudie Grisard, l'enjeu justement aujourd'hui autour des PIFAS ?
35:12L'enjeu, en tout cas pour notre territoire et pour les gens que je représente
35:17C'est quand même d'arriver à vivre dans un environnement sain
35:21Et pour ça, il faut absolument que les zones soient décontaminées
35:27Et surtout qu'il y ait un état des lieux et un suivi sur les impacts sanitaires qu'il y
35:33a sur la population
35:34Parce qu'aujourd'hui, on a très très peu de visibilité sur comment la population est atteinte
35:40Et sur ce qu'il faudrait faire
35:43Dès qu'on dépasse un certain dosage, les suivis particuliers qu'il faudrait faire
35:48Louise Chance, la facture de la dépollution
35:51Elle a été estimée à près de 2 milliards d'euros sur 20 ans
35:54C'est un chiffre évidemment très très important
35:58Ça, c'est vraiment l'ampleur réelle aussi de la facture selon vous ?
36:03L'ampleur minime de la facture
36:04Parce que ça pourrait être bien plus
36:06Ça pourrait être bien plus et surtout, il y a une question de faisabilité
36:10Est-ce qu'on peut le faire ? Qui peut le faire ?
36:13En fait, les bureaux d'études font beaucoup de recherches et de développement
36:16Mais ce n'est pas du tout abouti aujourd'hui
36:19On va écouter, puisqu'au-delà de la vallée de la chimie
36:22Il y a d'autres cas, même en France
36:23Qui sont évidemment intéressants à suivre
36:25Autour de cette contamination opiface d'autres régions
36:28Exemple par exemple dans les Ardennes
36:30A chaque fois qu'elle fait ses courses
36:32Cette habitante de Vili achète plus de packs d'eau que d'habitude
36:36Car l'eau du robinet est polluée
36:38Pour la santé de mes enfants, je préfère utiliser de l'eau en bouteille
36:40Dans les Ardennes, 13 communes ont été officiellement reconnues
36:44Comme affectées par une pollution au piface
36:46Possiblement en lien avec l'épandage de boue
36:49Issue d'une papeterie
36:50Aujourd'hui, 6 d'entre elles ont déposé plainte contre X
36:53Voilà, c'était hier sur France 2
36:56Dans les Ardennes, 6 communes qui annoncent porter plainte
36:59Une enquête de France 3 Champagne Ardennes et Disclose
37:02Publiée en février, qui a mis en évidence justement
37:05Un lien entre cette pollution au piface et l'épandage de boue
37:08Issue d'une papeterie, la papeterie Stenet dans la Meuse
37:12Ce qui veut dire, Louis Stenz, que les dossiers risquent de se multiplier
37:16Aussi au-delà même de la région de Lyon et de Houlin
37:18Oui, oui, oui, tout à fait
37:20C'est vraiment, je pense qu'on en est au début
37:23D'un grand raout juridique
37:28Parce qu'il y aura beaucoup, beaucoup d'affaires
37:30Et après, c'est à chaque fois complexe
37:32Parce qu'il faut prouver le lien de causalité
37:34Entre les pollutions et les préjudices à chaque fois
37:37Et ça, c'est pas complexe
37:38Claudie Grisard, est-ce que vous pensez que d'autres collectifs vont se mobiliser
37:41Comme vous l'avez fait, vous, dans la région de Lyon
37:44Oui
37:44Sur d'autres zones polluées en France
37:46Oui, parce que les Ardennes ont déjà pris contact avec nous
37:49Pour voir un peu ce qu'on avait fait
37:52Et comment est-ce qu'on était documentés
37:54Et on est en lien avec Salindre aussi
37:57Qui a été un des gros scandales
37:59Juste après la vallée du Rhône
38:01Quel message vous souhaitez adresser aujourd'hui ?
38:04D'abord peut-être aux 200 000 personnes qui vivent dans cette vallée de la chimie
38:06Qui nous écoutent peut-être cet après-midi
38:08Mais plus largement à tous les auditeurs et les auditrices
38:13Je souhaite leur adresser le message
38:15Que je pense qu'il ne faut quand même pas mettre la tête dans le sable
38:19Il faut quand même regarder où on vit
38:21Comment on vit, même si on ne souhaite pas un engagement absolument à 100%
38:26Il faut quand même protéger notre environnement
38:31Quel qu'il soit
38:32Et donc soutenir, même si minime soit-elle
38:35Soutenir les actions
38:39Éviter d'être dans le déni
38:40Parce que je pense que c'est grave
38:43Et que c'est comme ça qu'on s'en sortira
38:45C'est quand on arrivera à être soudés ensemble
38:48Même si minime soit-elle
38:51Voilà
38:51Toutes les actions, toutes les mobilisations sont importantes dans ces moments-là
38:55Allez on va passer aux questions des auditeurs et auditrices
39:02On va commencer avec ce message de Rachel étudiante en sciences à la faculté de Lyon en 1989
39:07Les enseignants-chercheurs faisaient dit-elle déjà des prélèvements à la sortie des usines de chimie les dimanches
39:12Parce que les laboratoires mandatés par les gouvernements ne travaillent pas ce jour-là
39:16Avec des pollutions réelles
39:18Qui protégeait ces pollueurs
39:20Pour autant d'années d'impunité
39:22Merci à l'association Notre Affaire à tous
39:25Dit Rachel dans ce message
39:27Est-ce que vous voulez rebondir là-dessus
39:28Louise Chens
39:31Oui merci à l'association Notre Affaire à tous
39:33Pour son travail
39:33Moi je suis d'accord avec Rachel
39:35Mais sur ces prélèvements qui existaient déjà
39:37Donc ça fait un moment
39:38Mais après prélèvements de quoi ?
39:40C'est ce qu'elle nous dit
39:40Usines chimiques partout
39:42Oui mais prélèvements de sang
39:45De sang mais est-ce qu'ils analysaient les pifaces à cette époque-là ?
39:49Karim de Lyon nous envoie ce message à l'heure
39:51Où la vallée de la chimie devient la vallée de la chimio
39:53Les industries qui ont produit ces pifaces
39:56Seront-elles mises à contribution pour assumer leurs responsabilités ?
39:59C'est tout l'enjeu
40:00C'est tout l'enjeu
40:02Et puis après pour l'instant il y a quand même pas mal de procédures
40:04Parce qu'il y a une procédure pénale
40:06Il y a une procédure qui est menée par la métropole de Lyon au civil
40:09Et là nous c'est une nouvelle procédure au civil
40:12Il y a quand même aussi la loi
40:16Puisqu'on a quand même réussi à faire passer une loi
40:19On l'a dit tout à l'heure
40:20En février
40:20Et même si c'est très très minime
40:23Mais je pense qu'il faut insister
40:25Aujourd'hui les entreprises doivent verser 100 euros
40:30Pour 100 grammes de rejet à queue
40:32Alors c'est minime
40:33Mais c'est déjà un pas dans la porte du pollueur-payeur
40:37Florence demande
40:38Madame Grisard
40:39Comment avez-vous fait pour vous faire tester ?
40:41J'aimerais savoir à quel niveau je suis contaminé
40:43Entre mon enfance à Lyon
40:44Et ma consommation de produits cuits dans des poils téfales abîmés
40:47Comment on procède ?
40:48Oui effectivement concrètement
40:49On va dans un laboratoire
40:52Un laboratoire de quartier
40:55Et on leur demande
40:58J'aimerais connaître mon taux de PFAS
41:00Dans le sang
41:00Voilà
41:01Et on le fait maintenant
41:02On le fait
41:02C'est soit les 7 PFAS
41:04Soit les 30
41:05Les 7 sont suffisants
41:06Vous n'avez pas besoin d'ordonnances de médecins
41:08Et ça vous en coûtera 90 euros
41:11Merci beaucoup pour ces renseignements
41:13Emric demande
41:14Est-ce qu'on peut intenter un recours collectif
41:16Contre l'Etat pour inaction
41:17Ou non-respect du principe de précaution
41:19Louise Chance ?
41:20Oui tout à fait
41:21C'est envisagé d'ailleurs
41:22Il y aura une action de ce type
41:24Qui va être reportée en mai 2026
41:27On va écouter un message vocal
41:28Qui vient d'arriver sur l'application Radio France pour vous
41:30Bonjour je m'appelle Nina
41:32Je suis installée à Charlie
41:33Juste à côté de Pierre Bénit
41:34On a emménagé il y a 3 ans avec mon mari
41:36Et notre petite fille
41:37On se pose vraiment des questions
41:39Sur quelles sont les communes
41:41Qui sont concernées en fonction
41:43Des endroits où on est situé
41:44Dans la métropole de Lyon
41:45On a demandé à avoir des analyses
41:47De la part de l'eau du Grand Lyon
41:48Qui nous disent que l'eau n'est pas du tout
41:50Contaminée
41:50Donc on ne sait plus trop qui croire
41:52Où peut-on trouver des vraies informations
41:54Puisque la mairie ne sait pas comment nous répondre
41:57Merci
41:57Merci pour votre appel
41:59Louise Chance
41:59Vous lui répondez à cette auditrice ?
42:01Oui alors
42:02Du coup nous
42:03Sur notre site internet
42:04On a un onglet
42:05Action Pifas
42:06Où il y a pas mal d'informations
42:07Sur la cartographie de la pollution
42:10Par rapport à l'eau
42:11Après c'est vrai qu'il peut y avoir aussi
42:14Il y a plein d'informations
42:15Sur le site de la région
42:16Le site de l'Adréal
42:18Il faut vraiment aller sur le site de l'Adréal
42:20Et vous aurez toutes les informations
42:22Est-ce qu'il y a un enjeu d'informer les mairies elles-mêmes d'ailleurs ?
42:25Il y a un enjeu d'informer les mairies elles-mêmes
42:28Et la population
42:28Sur l'ampleur du problème aujourd'hui ?
42:30Mais rassurez-vous Charlie
42:32Effectivement
42:32Vous n'êtes pas sur le champ
42:34Qu'à temps de terner
42:35Donc votre eau potable
42:36Est pas polluée
42:38Gilles nous dit
42:39Face à un service du Comte en Su
42:40Qui va tenter de ralentir la procédure
42:42Comment éviter justement
42:43L'enlisement juridique ?
42:45Louise Chens
42:46Vous avez déjà anticipé des choses j'imagine ?
42:48Oui oui oui
42:49Après
42:50C'est sûr que de toute façon
42:52Ils vont essayer de ralentir la procédure
42:54Et de faire en sorte que
42:55Ce soit le plus compliqué possible
42:57Mais on
42:58On a
42:59Nous aussi des atouts dans nos manches
43:01Est-ce qu'on a le temps pour un dernier message ?
43:03Oui
43:03Me dit Jérôme Boulay
43:04Bonjour
43:05Je voulais savoir s'il était possible
43:07De pouvoir tester les sols de son jardin
43:09Quand on veut faire un potager
43:11Ça paraît un peu drôle comme ça
43:13Mais entre le cadmium
43:15L'épiphase et autres
43:16On a envie effectivement
43:18De pouvoir faire un petit potager chez soi
43:19Si on peut
43:20Voilà
43:21Merci beaucoup votre émission
43:22Merci beaucoup pour votre message
43:24Donc après effectivement
43:25Les analyses de sang
43:27Est-ce qu'on peut faire les analyses du sol
43:29Louise Chens ?
43:30Oui oui tout à fait
43:31Il y a des analyses de sol qu'on peut faire
43:32Il y a des analyses assez simples
43:34Qu'on peut faire
43:34Qui s'appellent des études LEV
43:36Pour des levées de doutes
43:37Et il faut contacter des bureaux d'études
43:39Spécialisés dans les cités-sols pollués
43:41Qui ont la certification LNE
43:42Merci beaucoup en tout cas
43:44A toutes les deux
43:45Merci d'être venus au micro de la Terre au Carré
43:47Depuis donc Lyon et Oulin en particulier
43:50Bon courage pour la suite
43:52Parce que c'est une longue
43:53Longue longue bataille qui commence
43:55Mais elles méritent en tout cas
43:57D'être lancées
43:58Merci Louise Chens et Claudie Grisard
44:01D'être venus à ce micro aujourd'hui
44:03Merci à Joël Levers qui a préparé ce dossier
44:04Renaud Maillet à la technique
44:06Jérôme Boulet qui réalisait cette émission
44:08Lucie Saphati pour la programmation
44:09On se quitte avec le fil de l'histoire
44:11Stéphanie Duncan
44:12C'est un peu qui fait
44:13Merci à Joël Levers
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