00:00D'abord, voici Lisa Delmoitier, d'avance, bravo !
00:04Lisa, vous n'auriez pas fait un film comme ça, vous, sur une femme mariée malheureuse ?
00:09Non, vous avez compris le concept de ma chronique, non !
00:13Il était temps ?
00:14Être la femme de quelle angoisse ?
00:16Moi, sachez-le, je suis la femme de personne.
00:20Par résistance contre le patriarcat, officiellement.
00:24Par flemme de me laver les cheveux et faire des photos Tinder à jour.
00:28Mais la lutte, la lutte, retenons la lutte.
00:30Votre personnage, Mélanie, est enfermée, on l'a dit, dans un mariage bourgeois,
00:33mais qu'on se le dise, la soumission de la femme concerne tous les milieux.
00:36Milieux ouvriers, classe moyenne, bourgeoisie, super-riches.
00:40Comme quoi, on peut dire ce qu'on veut de la misogynie, mais elle ne discrimine pas.
00:44Toutes les femmes y passent, c'est ça que je veux dire.
00:46Ce que votre personnage a en commun avec beaucoup de femmes, c'est un manque d'horizon, déjà,
00:50qui empêche d'envisager un autre possible, c'est surtout une dépendance matérielle à son mari.
00:54L'argent, c'est la liberté, littéralement.
00:56Comment croyez-vous que j'ai payé l'hélico pour m'évader de prison ?
01:00C'était rien de sérieux, ça.
01:01Normal entendu avec mon ex qui était par hasard chez moi le soir où je nettoyais mon lance-flammes.
01:06Accident ménagé.
01:07Je vous disais, moi je suis femme de personne.
01:11Cela dit, attention, je crois en l'amour.
01:13J'aimerais bien un jour, moi aussi, rencontrer l'amour.
01:16J'en ai marre de m'endormir tous les soirs en pleurant seule.
01:20Quand je vois mes copines en couple, je me dis, mais moi aussi j'ai le droit de m'endormir
01:23tous les soirs en pleurant à cause d'un mec.
01:27Non, vraiment, je crois en l'amour.
01:28Je crois en l'amour, mais qu'on se le dise, la seule raison pour laquelle je travaille, c'est
01:31pour être indépendante financièrement d'un mec que je n'ai pas encore.
01:35Moi, je fais le vaccin contre la rage avant d'adopter mon hinge.
01:38On ne sait jamais.
01:39C'est ça, être une femme.
01:41C'est espérer le meilleur, mais prévoir le pire.
01:43Pour toutes les femmes, c'est pareil.
01:44C'est sortir en boîte, mais surveiller son verre.
01:46C'est rentrer chez soi seule, mais avec les clés entre les doigts.
01:49C'est faire des filtres d'amour avec le sang de ses règles.
01:51Pas vrai les filles, on fait tout ça, non ?
01:54La jeune !
01:56Le personnage est si enfermé, Mélanie.
01:58C'est la femme d'eux, c'est la belle-fille d'eux, c'est la belle-sœur d'eux.
02:01C'est que des rôles cadres et aucune place pour l'envie, aucune place pour la joie, aucune place pour
02:04le jeu coincé.
02:06Et que ça sert de leçon aux femmes.
02:07Comme je le dis toujours, moi je rentre dans un mariage comme je rentre dans un stade de foot.
02:11J'y vais pour m'amuser, mais je vérifie les sorties de secours.
02:13Je ne sais jamais que ça picole et que ça s'énerve.
02:16Et puis pardon, mais le film confirme ma théorie.
02:18S'il y a bien une chose pire qu'un beau-parent, c'est un beau-parent qui meurt.
02:22Parce que maintenant, il va falloir s'occuper de l'autre vieux resté en vie.
02:25Et s'occuper d'une personne âgée, c'est un métier.
02:27Vous savez pourquoi c'est un métier ? Parce que c'est chiant à crever.
02:31Vraiment, toute ma reconnaissance aux personnes qui s'occupent des personnes âgées.
02:34Mais arrêtons avec la culpabilisation de ceux qui laissent le soin de leurs parents et de leurs beaux-parents aux
02:39professionnels.
02:39Oui, mais au Japon, ils habitent avec leurs aînés.
02:41Oh ta gueule !
02:42Au Japon, ils baissent des robots, ils suicident en forêt.
02:46Et là, Mélanie, mais quel fardeau !
02:48Votre pari, et c'est de vous que je parle depuis le début Eric, mais je ne suis pas pas
02:51fier,
02:53vous la laissez galérer à pousser votre père en chaise roulant dans les graviers.
02:57Mais qu'est-ce que c'est que cette punition mythologique là ?
03:00La chaise roulant dans les graviers, c'est une nouvelle épreuve aux JO paralympiques ?
03:03C'est quoi le truc ?
03:04C'est vraiment tout ce qu'il est très faire à la femme, ces bourgeois.
03:06Par peut-être le curling, au moins elle frotte le sol.
03:09Écoutez, tout ce que ça prouve, c'est qu'au-delà des conséquences les plus violentes et choquantes du patriarcat,
03:13il faut aussi parler de ces effets plus subtils, plus pernicieux,
03:16de comment ils s'immiscent dans les familles et rongent la liberté des femmes peu à peu.
03:19Et moi, je resterai toujours indépendante de mon mari.
03:21Il ne reste plus qu'à le trouver.
03:23Yes, merci !