00:00Au total, effectivement, il aura fallu une heure et demie aux forces françaises pour venir vous chercher.
00:04On imagine que depuis 48 heures, vous pensez à ce soldat qui est peut-être toujours, effectivement,
00:10en train de se cacher pour essayer d'échapper aux gardiens de la Révolution.
00:14On pense à quoi, à ce moment-là ? À quoi on se rattache, finalement, pour survivre ?
00:22On est dans une situation où l'esprit est en éveil constant, finalement.
00:27On ne voit plus le temps passer. On ne sent plus les sensations comme la chaleur, la faim.
00:31Et ça peut être piégeux parce qu'on peut aussi se déshydrater très rapidement sans s'en rendre compte.
00:35Donc on est en éveil constant aux abois, on est aux aguets. On vérifie constamment les alentours.
00:41Donc on ne voit pas vraiment le temps passer. On essaie surtout d'anticiper tout ce qui pourrait se passer.
00:46On est toujours dans la planification du cas le plus défavorable qui pourrait survenir
00:51pour essayer de s'en extraire le plus tôt possible si jamais on détecte une telle situation.
00:56Ensuite, on pense à ce qui nous attend chez nous si on rentre parce qu'on a besoin de se
00:59réconforter tout de même.
01:01Donc on pense au nôtre et on se projette.
01:05On a une projection mentale positive de la suite de manière à rester positif, motivé et surtout aux aguets.
01:16Est-ce que justement vous dites qu'on essaie de rester positif parce qu'à l'armée, on vous a
01:20dit finalement qu'on viendra vous chercher ?
01:23Ou est-ce qu'il y a des moments donnés où on doute ? Finalement, où est-ce qu'on
01:26est sûr que ces frères d'armes vont venir ?
01:30Alors non, on ne doute pas. On ne doute pas. D'autant plus, vous avez dit que les forces françaises
01:34étaient venues me récupérer.
01:35Moi, j'ai été récupéré par un hélicoptère américain, par des forces américaines, dont c'est le job en fait.
01:40Ce sont des PGI, des Parajumpers qui sont dédiés à cette mission.
01:44Ils s'entraînent constamment pour aller en territoire hostile, récupérer des gens qui soient blessés ou valides et les extraire
01:51vers une zone plus sûre.
01:53Donc on sait qu'on va venir nous chercher. En tout cas, tout sera mis en œuvre pour cela.
01:58Donc on ne doute pas. On s'entraîne pour ces procédures. On est formé dès notre début de progression professionnelle
02:04en tant que pilote à ces procédures.
02:05Elles sont communes à tous les pays de l'OTAN, parce qu'on peut être secouru par n'importe quelle
02:11autre nation, finalement,
02:12qui serait amenée à opérer au voisinage de nos opérations à nous.
02:17Donc on a cette notion qui est profondément ancrée en nous. On sait que si on a un problème, on
02:22viendra nous chercher
02:23et on se prépare à faire face à ce genre de situation pour que le jour où ça arrive, on
02:27a des capacités cognitives qui sont extrêmement réduites
02:30de par le stress et la violence des événements. Mais malgré cela, on se raccroche à ce qu'on sait
02:35faire.
02:36On est mécanisé et on fait en sorte que tout se passera bien quand on va venir nous chercher.
02:39Sous-titrage Société Radio-Canada
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