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  • il y a 1 jour
Diane de Bourguesdon est consultante en stratégie et en communication, et développe en parallèle une réflexion critique sur les fractures sociales contemporaines. Elle écrit régulièrement dans les colonnes du Figaro et du JDD.
Avec "Les Indésirables - Prolophobie", elle signe son premier essai, consacré à un phénomène encore peu nommé mais largement perceptible : le mépris social et culturel envers les classes populaires. À travers une analyse incisive et dérangeante, elle met en lumière les mécanismes qui contribuent à disqualifier une partie du peuple : "La prolophobie est une réalité sociale structurante. Ce n’est pas un phénomène marginal mais central. On construit le peuple des indésirables et des invisibles, voué à l’extinction à bas bruit".
L’auteur s’attache à montrer que ce mépris n’est pas toujours explicite, mais qu’il s’exprime souvent de manière diffuse, à travers le langage, les représentations et les normes sociales dominantes et soumises au wokisme. L’ouvrage interroge ainsi la place accordée aujourd’hui aux classes populaires dans le débat public et dans l’imaginaire collectif.
En donnant à voir cette fracture, Diane de Bourguesdon propose une lecture à la fois sociale et politique de la société française contemporaine, bloquée entre des élites déconnectées et les promoteurs et autres collabos de la "Nouvelle France".

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Transcription
00:00– Consultante en stratégie et communication,
00:08elle écrit régulièrement des tribunes pour le Figaro ou encore le JDD,
00:12mais elle présente surtout son premier essai intitulé
00:15« Les indésirables ou la prolophobie ».
00:18C'est aux éditions Fayard, c'est en vente sur le site tvl.fr dès maintenant.
00:23Et je vous propose de retrouver Diane de Bourguedon.
00:26Bonjour madame.
00:27– Bonjour monsieur.
00:27– À partir de deux cas judiciaires précis que vous évoquez dans le livre,
00:33vous mettez en place une grille d'appréciation, souvent on y est d'ailleurs,
00:37il y a des bons et des mauvais coupables, des bonnes et des mauvaises victimes
00:42au nom d'une idéologie, le wokisme.
00:45– Oui absolument, en fait je me suis rendu compte en analysant
00:49les décisions de justice et en regardant tout ce qui se passait comme affaire
00:53qu'en réalité il y avait une géométrie variable qui se reproduisait
00:58quasiment à chaque affaire.
00:59On parle souvent de laxisme judiciaire, mais en réalité le laxisme il est toujours
01:03pour les mêmes profils et jamais pour d'autres.
01:06Et depuis la harangue de Baudot qu'on connaît bien des années 70,
01:11il y a une emprise de l'extrême gauche au niveau de la magistrature,
01:15notamment dans le syndicat de la magistrature mais pas que,
01:17qui a conduit à l'application d'une grille de lecture d'extrême gauche
01:22qui a dérivé, à l'instar d'ailleurs de tous les mouvements politiques
01:25d'extrême gauche, vers le wokisme.
01:27Et aujourd'hui il m'apparaît que c'est cette grille d'appréciation-là
01:31qui en fait est utilisée et en tout cas pratiquée,
01:35même si ce n'est pas dit, par un grand nombre de magistrats
01:38et c'est aujourd'hui la réelle.
01:39– Vous fournissez d'ailleurs deux cas très précis, très réels,
01:42que vous avez suivis avec des bifurcations incroyables.
01:46– Exactement, c'est-à-dire que ce que je montre dans le livre,
01:50ça heurte vraiment le bon sens.
01:51On a le cas d'une part d'une affaire d'un certain Lionel
01:55qui a brûlé un livre, un Coran devant une mosquée.
02:00Il se trouve que cette personne avait été diagnostiquée
02:02de longue date schizophrène, était sous tutelle.
02:05Enfin, il n'y a pas vraiment de doute sur l'existence d'un trouble mental.
02:09Et lui, il ne bénéficie pas de l'irresponsabilité pénale,
02:13il est puni en fait à une peine fixe.
02:16Et dans quelques mois plus tôt, le jugement avait été rendu
02:20pour l'affaire Alban-Gervaise, où rappelons-le en fait,
02:23un père de famille avait été égorgé dans sa voiture
02:26sous les yeux de son enfant qui venait de chercher à l'école.
02:28Et dans son cas, lui, le coupable,
02:33qui n'avait pas d'antécédents psychiatriques reconnus, etc.,
02:36lui, on lui a accordé l'irresponsabilité pénale.
02:40Quand on compare la gravité des deux affaires,
02:42celui-là, dans un cas, vous avez un…
02:44certes, c'est un livre simple, enfin ça reste un objet,
02:46dans l'autre cas, c'est une vie qui a été supprimée
02:48et en plus dans des conditions affreuses.
02:50Eh bien, dans un cas, l'irresponsabilité pénale n'est pas reconnue
02:53et dans l'autre cas, elle l'est en dépit du bon sens.
02:56– Vous considérez que les juges, vous y consacrez de nombreuses pages,
03:00sont les premiers et peut-être les plus ailés
03:03à se conformer à la doxa wokiste que vous évoquez
03:06et à appliquer la différence, la préférence diversitaire.
03:12Et pour cela, vous l'avez soulevé, il dispose quand même de toutes sortes de moyens,
03:16comme la carte, et on le dit plus souvent, de l'irresponsabilité pénale,
03:20et là, vous donnez des chiffres qui sont absolument effarants.
03:23– Écoutez, j'ai été moi-même, puisque évidemment, en écrivant ce livre,
03:26j'ai cherché à en savoir plus sur les intuitions que j'avais
03:28et puis les perceptions.
03:29C'est absolument effarant, en fait, quand on regarde le recours
03:32à l'irresponsabilité pénale entre 2019 et 2023,
03:36on se rend compte qu'il a augmenté de 60%.
03:38C'est-à-dire que c'est absolument considérable.
03:41On a l'impression que lorsque la torsion du discours
03:46ou les différents éléments des affaires ne permettent pas de disculper
03:51ou en tout cas d'alléger les peines lorsque le coupable est issu de la diversité,
03:56eh bien, les magistrats vont piocher dans leur besace
04:00tout ce qu'elles peuvent trouver pour conduire justement
04:02à annuler ou fortement réduire la peine.
04:05Alors, l'irresponsabilité pénale, c'est assez flagrant,
04:07ce qu'on voit dans les chiffres, mais il n'y a pas que ça.
04:09Par exemple, lorsqu'il y a eu des émeutes au lendemain de la victoire
04:13de la Ligue des champions, en dépit de discours tonitruants
04:16le lendemain du chef de l'État, eh bien, très peu de peines ont été appliquées
04:20parce qu'on a trouvé des arguments de méconnaissance par la police
04:25ou expression des regrets.
04:27Donc ça, l'expression des regrets, dire, ah bah oui, finalement,
04:30je ne voulais pas envoyer un tir de mortier à la tête d'un policier,
04:34ah bah, ça passe et les peines sont considérablement allégées,
04:38voire complètement inappliquées.
04:39– On rajoute l'excuse de minorité.
04:40– L'excuse de minorité, bien sûr, bien sûr, exactement.
04:43– Il n'y a pas qu'en matière de justice,
04:45qu'une iniquité de traitement finalement peut être constatée.
04:48Il y a un autre exemple que vous donnez, celui de la police.
04:51Quand je dis la police, vous faites bien la distinction avec les policiers.
04:54la police comme structure.
04:56– Exactement.
04:57Mais écoutez, je trouve que c'est assez frappant, si vous voulez,
05:00en termes de représentation symbolique.
05:02Lorsque vous comparez la façon dont se comportent les forces de l'ordre,
05:06obéissant évidemment aux instructions,
05:08quand elles sont confrontées soit à des Black Blocs
05:10ou des militants d'extrême-gauche,
05:12ou encore des voyous de banlieue,
05:15alors on a l'impression qu'elles se protègent derrière leurs boucliers,
05:18elles reçoivent les colibés et puis les jets de projectiles sans mouffetés.
05:23Et puis, à contrario, quand elles sont confrontées aux Gilets jaunes,
05:27quand elles sont confrontées aux agriculteurs,
05:29et notamment, je pense, à tout l'abattage du bétail,
05:34où on voit des gendarmes qui avancent en renserré,
05:37en tapant la cadence,
05:38enfin, une démonstration de force en tout cas,
05:40et puis quelque chose d'assez agressif.
05:42Il y a vraiment un différentiel de traitement qui est frappant.
05:45Et puis, je rappellerai qu'à l'époque des Gilets jaunes,
05:47il y a eu des tirs de LBD qui ont conduit à des blessures extrêmement graves.
05:51On a l'impression qu'on n'a pas vraiment peur des débordements de la rue
05:55lorsque la répression policière est forte,
05:57mais on est dans la terreur de la rébellion,
06:01notamment de la rue arabe,
06:02en cas de la moindre bavure,
06:04qui conduit à un différentiel de traitement par les forces de l'ordre,
06:08qui me semble quand même assez,
06:10enfin, en tout cas, de plus en plus flagrant.
06:11– Vous le dites aussi, lors de la crise du Covid,
06:13être exemple, que vous évoquez.
06:14– Exactement, il y a eu des situations absolument ubuesques
06:18où on a été traqués, enfin, tout le monde s'en souvient,
06:20je pense, des familles ont été traquées,
06:22il y avait des rondes d'hélicoptère pour aller voir des familles
06:25ou un promeneur seul dans les montagnes
06:27et aller lui coller une amende,
06:29ou alors une famille sur la plage qui faisait un peu,
06:31qui se détendait sur le sable toute seule.
06:34Et à contrario, ça on le sait peut-être un peu moins,
06:36mais il y a eu beaucoup de reportages faits sur ce sujet,
06:38les règles ont été allégées dans certains territoires,
06:42et notamment en Seine-Saint-Denis,
06:43où on a demandé aux forces de l'ordre
06:45de ne pas être trop regardants
06:47sur l'application des mesures sanitaires, en fait, de l'époque.
06:51– Et vous mettez aussi en accusation la classe politique ou médiatique,
06:54ça c'est plus simple, j'allais vous dire,
06:55c'est même un peu facile,
06:57et les annonceurs avec la publicité,
06:59qui est l'arme favorite du soft power,
07:02est-ce que ce n'est pas un peu facile
07:03de s'en prendre toujours à la classe politique et médiatique ?
07:05– Écoutez, non mais en fait,
07:07ce qui est assez intéressant,
07:08c'est que quand j'ai commencé à écrire ce livre,
07:10je regardais d'abord ce qui se passait sur la justice,
07:12et puis je me suis dit,
07:13non, il n'y a pas de laxisme judiciaire,
07:15il y a finalement une géométrie variable.
07:17Et puis après, je me suis dit,
07:19ah mais c'est amusant,
07:19finalement, on s'indigne pour l'affaire Naël,
07:24et puis précédemment, d'ailleurs à l'époque de François Hollande,
07:26on s'est indigné pour l'affaire Léonarda,
07:29mais on est un petit peu moins réactif
07:31lorsqu'une Lola est assassinée
07:32ou une Philippine est assassinée.
07:34Et donc finalement, je me suis dit,
07:35l'indignation, tiens, c'est amusant,
07:38apparemment, elle est aussi à géométrie variable.
07:40Et puis après, dans le traitement fait par les publicitaires,
07:45où finalement, on peut se moquer,
07:48le blanc est toujours le personnage un petit peu ridicule,
07:50et puis au contraire,
07:51la personne de la diversité doit être mise en valeur,
07:54et d'ailleurs, il y a un rapport de l'Arcom
07:55qui conclut aussi à ça,
07:57et je me suis dit,
07:59mais en fait, la géométrie variable et l'iniquité,
08:01en fait, elle est généralisée,
08:04elle est partout,
08:06elle n'est pas dans un secteur du régalien ou dans l'autre,
08:09on la retrouve en fait de manière complètement généralisée
08:11et quasi systémique en fait.
08:14– Vous évoquez une publicité d'un secteur
08:17qui travaille sur les alarmes
08:19et dont le voleur pourrait être Gérard Juniot,
08:22Gérard Juniot en gros.
08:23– Oui, c'est complètement grotesque là aussi,
08:26donc pour ne pas stigmatiser un certain type de population,
08:32cette entreprise de sécurité met en scène un voleur
08:36qui ressemble effectivement à Gérard Juniot
08:38ou à votre boucher, si vous voulez,
08:40il est légèrement bedonnant,
08:41on sent bien qu'il ne va pas réussir à partir en courant
08:44si les forces de l'ordre arrivent,
08:46et en plus, on voit bien,
08:48enfin, il cible bien sur son visage
08:49pour montrer peut-être le profil type du voleur,
08:52mais évidemment, personne n'est dupe
08:55et on sait très bien qu'aujourd'hui,
08:57la délinquance, ce n'est pas Gérard le boucher
08:59qui la représente,
09:00mais on tombe dans un contre-discours à la réalité
09:05qui est complètement grotesque en fait.
09:07– Voilà, et le gentil a un peu la tête du maire de Saint-Denis.
09:11Ce qui est particulièrement intéressant dans votre combat,
09:13c'est que vous arrivez à la conclusion
09:14que c'est le pouvoir régalien dans son ensemble finalement
09:17qui a adopté cette attitude
09:19qui est en fait le mépris des élites
09:21ou des élites autoproclamées
09:23contre les classes populaires,
09:25les classes moyennes, vous me le direz,
09:27c'est ce que vous appelez la prolophobie.
09:29Et là, vous dites, la prolophobie,
09:31j'ai inventé ce mot parce que c'est un racisme systémique.
09:34– Exactement, c'est lorsque je me suis aperçue
09:36qu'en effet, c'était finalement tous les pans du régalien,
09:41mais également toute l'industrie culturelle,
09:44l'industrie du divertissement,
09:45et je pense notamment à l'invention du personnage du beauf
09:49par Cabu dans les années 70,
09:51qui après a eu des produits dérivés, si j'ose dire,
09:54avec les bidochons, les tuches, etc.
09:56Je me suis aperçue qu'en fait, c'était systématique
10:00et qu'on peut finalement, à loisir,
10:05railler, se moquer, mépriser
10:08ceux qui n'ont pas l'heure d'appartenir aux classes dominantes,
10:12sur eux, on peut taper sans limitation, sans retenue.
10:16Et pour répondre à votre question,
10:19j'inclus en fait ce que j'appelle,
10:22la prolophobie vise aussi bien les couches populaires
10:25que les couches moyennes,
10:26parce qu'en fait, c'est finalement les élites
10:28qui, de leur point de vue, considèrent le reste du monde.
10:32C'est-à-dire qu'elles, elles savent qui elles sont,
10:33c'est la bourgeoisie cosmopolite des grandes villes,
10:38et en réalité, elles méprisent tous ceux qui ne sont pas elles.
10:43Donc évidemment, c'est une énorme partie des Français,
10:45probablement 60%, qu'elles dédaignent
10:49et auxquelles elles sont assez indifférentes.
10:51– Mais vous dites qu'en fait,
10:52que cette prolophobie, elle est dans le domaine culturel.
10:55Vous évoquiez le beauf de Cabu
10:57qui a été la singularisation, si j'ose dire,
11:01de cette prolophobie.
11:02Mais à l'argument culturel s'ajoute aussi le rejet social.
11:09Et ça aussi, c'est une réalité structurante,
11:12ce n'est pas un phénomène marginal,
11:13mais un phénomène central.
11:14On construit le peuple des indésirables dans votre esprit.
11:18– Écoutez, je suis quand même très intéressée
11:22par les analyses faites par Christophe Guilloui,
11:24qui a montré la fracture qu'il y avait
11:26entre la population des grandes métropoles,
11:30donc il appelait Metropolia,
11:32et puis les personnes qui habitent dans la France périphérique,
11:35telle qu'il a conceptualisée, qu'il appelle Peripheria.
11:37Et c'est vrai que, outre le mépris dans le langage,
11:43dans les représentations symboliques,
11:44on parle donc du cinéma, de la publicité, des séries télévisées,
11:48il y a un mouvement également de refoulement en périphérie,
11:52de refoulement géographique,
11:53qui fait qu'on éloigne mécaniquement,
11:56pour des raisons d'accès au logement,
11:58on éloigne toutes ces personnes représentant la classe moyenne
12:03et populaire française,
12:04on les éloigne des cœurs des grandes métropoles,
12:07et elles se retrouvent assignées à résidence
12:10dans des zones où, malheureusement,
12:12l'activité économique est en déclin.
12:15Donc il y a quand même un phénomène d'exclusion
12:19de la machine économique du pays,
12:22et qui est lié aussi, point quand même assez important,
12:25à la tertiarisation croissante de l'économie
12:27depuis les années 80.
12:28Donc les phénomènes convergent, en fait,
12:30pour aboutir à une situation de fracture, en fait,
12:36y compris géographique,
12:38entre les occupants des grandes agglomérations
12:40et le reste des Français.
12:42– Les îtes, ces pseudo-élites,
12:44est-ce qu'elles méprisent consciemment le peuple,
12:47ou est-ce qu'elles sont tout simplement enfermées
12:49dans leur propre monde par aveuglement social ?
12:52Emmanuel Grégoire, mon bobo, est la traversée de Paris en vélo,
12:55en vélib, un isolement, un entre-soi,
13:00un aveuglement social, pardon,
13:02ou même aussi, d'ailleurs, un peu peut-être la couwardise ?
13:04– Écoutez, moi, je suis tout à fait de cet avis-là,
13:07je pense que c'est plutôt inconscient.
13:09C'est-à-dire qu'il y a des phénomènes de…
13:12les personnes vivant entre elles ne fréquentent que les gens comme elles.
13:16Petit à petit, on accepte de plus en plus
13:18l'expression publique de son mépris de classe.
13:21Ça devient acceptable de dire d'abord les sondants,
13:25et puis après on a dit ceux qui ne sont rien,
13:28les illettrés, les gaulois réfractaires.
13:30Ça passe dans la parole publique, en fait.
13:32Ça devient toléré d'avoir un discours ouvertement méprisant.
13:35Et après, j'ai envie de dire,
13:37le conformisme social fait la suite du travail.
13:39Si vous ne fréquentez que des gens qui trouvent ça normal
13:41de parler mal de ceux qui ne sont pas comme eux,
13:44eh bien, tout le monde se met à parler comme ça
13:46sans vraiment s'en rendre compte.
13:47Je ne pense pas vraiment qu'il y ait de volonté,
13:51quelque chose de l'ordre du conscient qui parle dans les élites.
13:55– Est-ce que vous iriez jusqu'à dire, par exemple,
13:56j'évoquais Emmanuel Grégoire,
13:58jusqu'à dire que Paris reste jusqu'à nouvel ordre
14:01la capitale de la France, l'attruisme,
14:03mais qu'elle n'est plus vraiment la France,
14:05parce qu'on est un autre,
14:06dans l'entre-soi des élites autoproclamées.
14:09– Est-ce que ça, c'est vraiment une vie que vous avez
14:11ou est-ce que c'est une vision un petit peu simpliste que j'évoque ?
14:14– Non, je partage tout à fait ça.
14:16Alors, il faut aller…
14:16Évidemment, Paris, c'est le point le plus flagrant,
14:20mais en réalité, toutes les grandes métropoles,
14:23que ce soit Marseille, Bordeaux, Lille, Lyon,
14:27ont cette même population qu'on appelle aussi gentrifiée,
14:30qui sont des personnes qui vivent entre elles.
14:33Alors, ce qu'elles acceptent de côtoyer
14:35parce que ça renvoie une image valorisante d'elles-mêmes,
14:38ce sont les populations issues de l'immigration.
14:41Ces couches populaires-là particulières,
14:43elles acceptent de les côtoyer,
14:44et également pour la raison que les personnes issues de l'immigration
14:48assurent une économie de service dans les grandes villes
14:52sur lesquelles elles reposent, dont elles ont besoin.
14:53– C'est vrai que c'est un peu simplifié,
14:55ils servent les Uber, Eat, etc.
14:57C'est pour ça qu'on les emploie.
14:58C'est pas un petit peu simple ça, Diane de Bourguet ?
15:00– Je pense que c'est quand même la réalité.
15:01Aujourd'hui, par exemple, la principale voie d'obtention
15:04des papiers des femmes issues d'Afrique subsaharienne,
15:07c'est par le mécanisme des nounous et des gardes d'enfants.
15:11Donc vous avez quand même les métiers de la restauration,
15:14les métiers, vous avez dit, de la livraison, des taxis,
15:16les gardes d'enfants qui sont aujourd'hui très majoritairement
15:19occupées par des personnes issues de l'immigration
15:21et ça permet, c'est le mécanisme du marché,
15:24mais ça permet de tirer les salaires vers la baisse
15:26et également des statuts professionnels,
15:29Uber par exemple, on a un exemple,
15:31plus précaire que ce qu'autorise normalement
15:32le droit du travail français.
15:33– On va revenir à nos prolos.
15:34La prolophobie, ça utilise le terme prolo.
15:37Le terme prolo, ce n'est pas un terme majoratif.
15:40– Non, mais alors dans le milieu bourgeois,
15:43c'est un terme, effectivement, on utilise,
15:47on dit les beaufs par exemple, de manière assez condescendante,
15:50on utilise, on dit aussi les ploucs et les prolos aussi,
15:53c'est un mot qui peut être utilisé.
15:57Évidemment, je déplore l'emploi de ces mots-là,
16:00mais aujourd'hui, ça dit quelque chose de la représentation
16:03que cette bourgeoisie des villes a finalement du reste des Français.
16:08– Les proles aussi.
16:10– Les proles.
16:10– Vers une extinction à bas bruit,
16:12votre essai démontre aussi une forme d'effacement,
16:16on va voir sur les termes, d'invisibilisation des classes populaires,
16:21des classes moyennes.
16:22Vous évoquez le peuple des invisibles, des inutiles, des indésirables,
16:27ce sont vos termes, ils sont très durs.
16:30– Oui, alors je me place en fait du point de vue du discours dominant
16:35aujourd'hui dans les élites, et en particulier la bourgeoisie d'affaires,
16:41la bourgeoisie de droite, dirons-nous,
16:44qui réfléchit beaucoup quand même en termes économiques,
16:47considère qu'aujourd'hui, le reste de la France,
16:50la France périphérique, ne contribue pas, ou très peu,
16:53en tout cas à la création de valeurs, et à un discours assez accusateur
16:57sur la protection sociale, l'État-providence,
17:00qui bénéficierait toujours au même type de population,
17:04qui elle-même ne contribue pas à la création de richesses.
17:06– Trop d'assistés.
17:07– Trop d'assistés.
17:07Il y a vraiment un discours, je trouve, assez dur, d'accusation,
17:11et d'absence totale d'ailleurs de compassion,
17:13et d'attention portée aux doléances des personnes
17:17qui ne font pas partie des élites.
17:18Il y a vraiment quelque chose d'assez dur,
17:21et quand je dis les inutiles et les indésirables,
17:24peut-être que les élites ne se le formulent pas comme ça,
17:28mais en tout cas, c'est le sentiment qui ressort
17:29des discours qui sont tenus dans ces cercles-là, je trouve.
17:31– C'est pourtant notre peuple.
17:33Ce peuple-là, il est bloqué entre des élites déconnectées,
17:36c'est ce que vous évoquez dans l'ouvrage,
17:38mais aussi des masses que M. Mélenchon évoque
17:41comme étant la Nouvelle-France.
17:43Les peuples des indésirables, ils rejambent quand même.
17:46– Ça, c'est peut-être pas clair dans l'ouvrage,
17:48il réagit à l'injustice ou à l'humiliation, au déclassement.
17:52Il y a eu les bonnets rouges, les gilets jaunes,
17:54il y a eu la liberté sanitaire qui a mené des gens
17:58à des combats remarquables et courageux.
18:00Il y a eu des options comme c'est Nicolas qui paie,
18:03des sursauts électoraux aussi, des réappropriations identitaires,
18:07enfin tout ça, ça existe.
18:08Est-ce que ça existe dans votre ouvrage ?
18:10– Alors effectivement, je n'en parle pas,
18:14en tout cas je les évoque, mais pas en termes de mouvements
18:19salvateurs en tout cas pour le peuple.
18:22Ce que je remarque, c'est que souvent ces mouvements
18:27génèrent beaucoup d'espoir, on en attend beaucoup
18:30et notamment on en attend une traduction politique.
18:34Et en réalité, que ce soit parce que la classe médiatico-politique
18:39en a décidé ainsi ou parce que pour différentes raisons
18:42les mouvements s'essoufflent, il n'y a pas vraiment eu
18:44de concrétisation au niveau politique de ces mouvements
18:48que bien évidemment je salue puisque ça montre
18:50que le peuple est encore en vie et tolère moyennement
18:54le fait d'être constamment humilié et baïonné.
18:58– Mon idée c'est qu'en fait, si je me dis qu'il continue de vivre,
19:01c'est simplement qu'il est peut-être hors du regard dominant.
19:04Mais il est là, il est présent, il est numériquement encore central,
19:07il développe ses propres cultures, ses propres circuits,
19:11par exemple les médias alternatifs, voilà bien un circuit
19:13que vous évoquez aussi d'ailleurs, qui est la preuve
19:16que ce peuple-là, il existe à bas bruit, mais qu'il existe,
19:20et qu'il peut faire du bruit.
19:21– Écoutez, oui, bien sûr, je l'espère d'ailleurs.
19:25Simplement, on a un peu l'impression que plusieurs combats
19:30sont menés parallèlement et qu'il faudrait une convergence des luttes
19:34pour reprendre un vocabulaire de gauche qui permettrait
19:39à toutes ces revendications de s'installer un peu plus dans le paysage…
19:44– Il y a des partis politiques pour le faire,
19:45et il n'y en a pas qui conviennent à cela ?
19:48– Alors, ce qui est sûr, c'est que pour les dernières élections,
19:53les dernières élections que ce soit, alors je ne parle pas des municipales,
19:56mais en tout cas les législatives de 2024 et puis les présidentielles de 2022,
19:59à chaque fois, vous avez des mouvements qui apparaissent au premier tour
20:03et puis l'arc républicain ou le front républicain,
20:07à chaque fois la diabolisation, notamment du Rassemblement national,
20:12conduit à ce que les résultats qui avaient été exprimés au premier tour
20:16ne se traduisent pas forcément au deuxième tour.
20:19Donc moi, j'ai quand même le sentiment d'un baillonnement démocratique.
20:22Après, j'espère que les doléances et les revendications
20:26de beaucoup de Français obtiendront un gain de cause
20:30dans les prochains scrutins.
20:32– Ma dernière question, c'est est-ce qu'on ne confond pas finalement
20:34l'invisibilité avec la disparition ?
20:37Vous annoncez la disparition, j'ai plutôt tendance à penser
20:41à l'invisibilisation réelle, mais d'un phénomène qui n'est pas mort.
20:46– Alors oui, moi j'ai tendance à avoir l'impression
20:52qu'il y a une incitation, ou en tout cas une injonction
20:55qui n'est évidemment pas formulée telle qu'elle
20:57puisqu'elle serait complètement inacceptable,
20:59mais une injonction qui est faite de la part des élites au peuple
21:03à finalement se faire de plus en plus petit.
21:06Et cette injonction pourrait aller jusqu'à dire
21:11finalement vous ne nous êtes utiles en rien,
21:14vos revendications ne sont pas légitimes,
21:17à la limite arrêter, disparaisser et à promouvoir l'extinction
21:22même si ce n'est pas vraiment dit tel quel.
21:24Et en tout cas je sens le sursaut dans le peuple
21:30et ce rejet, en tout cas ce refus d'être amené vers l'extinction
21:35et j'espère que cet élan vital continuera à animer le peuple.
21:40– Et comment ça se traduit ?
21:42Est-ce que ça peut se traduire un jour par une notion de guerre civile ?
21:46– Alors moi évidemment personne n'espère ça,
21:49mais quand on voit en tout cas l'importance aujourd'hui des fractures,
21:54le mépris qui est continuellement opposé aux revendications
21:59des gilets jaunes puis des agriculteurs, pour ne citer qu'eux,
22:03la façon dont vous avez parlé tout à l'heure du Covid,
22:05la façon dont étaient traités toute une partie des Français
22:08qui refusaient de se faire vacciner,
22:11forcément ça crée une énorme frustration et une grosse colère.
22:14et on est bien placé en France pour savoir que quand il y a trop de tensions,
22:20ça se traduit par des mouvements insurrectionnels.
22:22– Emmanuel Macron est responsable de tout ça, cette prolophobie,
22:25il porte une part de responsabilité personnelle ?
22:27– Alors c'est pas lui qui a d'une certaine manière inventé le concept,
22:31mais je dirais qu'il le porte de manière décomplexée et ostentatoire.
22:38– Et volontaire ?
22:39– Je pense, oui, je pense que lui n'est pas du tout gêné,
22:44ça ne le gêne pas, et c'est pas pour rien,
22:45d'ailleurs on dit toujours les petites sorties d'Emmanuel Macron,
22:48c'est pas un homme qui laisse son discours au hasard,
22:53c'est pas de la spontanéité, il sait très bien ce qu'il dit
22:56et il assume complètement de dire, je l'ai cité tout à l'heure,
22:59mais les gens qui ne sont rien, les gaulois, les fractures, les illettrés,
23:03il affiche lui son mépris de classe de manière assez transparente.
23:06– S'il n'aime pas son peuple, il n'aime pas la France ?
23:09– J'ai l'impression qu'il n'est pas, en tout cas je ne vois pas beaucoup
23:11l'âme de la France vibrer en lui, je ne demande que ça,
23:16mais je peine à trouver des traces de cet amour.
23:19– La prolophobie, donc un racisme systémique,
23:22vous retrouvez l'ensemble de ces éléments importants,
23:24parce que c'est un sujet essentiel à mes yeux et à nos yeux bien évidemment,
23:28c'est la place de tout le peuple français dans le cadre de la nation,
23:32et non pas à part, non pas seulement sur les ronds-points,
23:34les indésirables, la prolophobie, c'est aux éditions Fayardé,
23:38c'est en vente, je vous l'ai dit, sur le site tvl.fr,
23:40dans la boutique de TVL.
23:41Merci Diane de Bourguedon.
23:43– Merci à vous.
23:43– Sous-titrage Société Radio-Canada
23:45– Sous-titrage Société Radio-Canada
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