00:00On va parler de la politique en France, tous les matins, la politique avec vous, Paul Sugy, bonjour Paul.
00:05Bonjour Romain.
00:05Sébastien Lecornu a pris des mesures hier pour tenter de calmer la colère des Français face à la flambée des
00:11prix à la pompe.
00:12C'est l'un des, si ce n'est le sujet numéro un du moment, le prix à la pompe.
00:17Il faut écouter ce que tout le monde dit.
00:21La petite musique que l'on entend monter un peu, c'est que l'État profite de la crise en
00:25raison des taxes qu'il perçoit sur les hydrocarbures.
00:28Alors, le prix de l'essence monte, plus les prix qui montent, les taxes qui montent, le gain pour l
00:34'État qui monte.
00:34Voilà, et ça agace évidemment beaucoup les Français qui disent, mais en définitive, est-ce que vraiment c'est à
00:39moi, finalement, par toutes ces taxes,
00:41d'engraisser l'État à la faveur d'une crise qui, bien sûr, n'est de la faute de personne.
00:46Ce n'est ni l'État, ni encore moins les Français qui ne l'ont provoqué, mais enfin qui, en
00:50définitive, remplit les caisses de l'État.
00:51C'est rigoureusement exact de le dire, ce n'est pas complotiste.
00:54Il ne s'agit pas de faire croire que le gouvernement se frotte les mains.
00:56Et d'ailleurs, la crise lui coûte certainement beaucoup plus par ailleurs.
00:59Et de toute façon, ces gains ne sont pas des gains politiques.
01:01Mais enfin, quand le prix à la pompe grimpe, les recettes fiscales de l'État grimpent mécaniquement.
01:06La demande de carburant, en plus, est assez peu élastique.
01:09Donc, elle ne diminue pas ou pas beaucoup lorsque le prix à la pompe monte.
01:12En gros, quand vous faites le plein, c'est 60% de taxes, 20% de TVA et 40%
01:17à peu près,
01:17qui correspondent à la répercussion directe des taxes que payent les producteurs,
01:21ceux qui gèrent la production, l'importation, les stockages de pétrole,
01:23et qui payent aussi de très lourdes taxes sur le carburant.
01:26Alors, Sébastien Lecornu propose d'utiliser cet argent pour financer la transition énergétique.
01:31Oui, voilà. L'idée, c'est de ne pas apparaître comme un profiteur de la crise énergétique.
01:35Et donc, il a donné hier, en réunion avec les autres ministres qui étaient présents autour de lui,
01:41une instruction, celle donc d'identifier ce qu'il appelle des actions prioritaires
01:45pour électrifier l'économie et moindre dépendre des hydrocarbures.
01:49Donc, évidemment, c'est une trajectoire qui semble bonne pour la souveraineté française sur le long terme.
01:52Et d'ailleurs, des investissements de l'État étaient déjà en cours.
01:55Et l'idée, ce serait de les financer avec le surplus de recettes fiscales
01:58générées par la taxation sur les carburants.
02:00Le problème, c'est qu'on peut remarquer d'abord plusieurs choses.
02:03D'une part, il y avait une discussion ces derniers jours sur savoir quel était le montant de ce surplus
02:06fiscal.
02:07Laurent Wauquiez disait que c'est 2 ou 3 milliards.
02:09Maude Bréjean, la porte-parole du gouvernement, lui a répondu en disant
02:11« C'est beaucoup moins, c'est moins d'un milliard ».
02:13Et elle le conteste en disant qu'en fait, cette hausse des recettes fiscales,
02:17elle est atténuée par des pertes pour l'État du fait de la baisse de la consommation,
02:21de la baisse de la croissance.
02:22Donc, s'il n'y a pas beaucoup d'argent en plus,
02:23c'est bizarre de dire qu'on va utiliser la caisse pour financer autre chose.
02:26Il faudrait savoir.
02:27D'autre part, tout laisse penser que c'est un jeu d'écriture comptable.
02:31On va affecter des recettes à un budget,
02:32mais si on n'augmente pas l'investissement porté par ce budget,
02:35en réalité, on prend juste les gens pour des imbéciles.
02:37Le plus simple et le plus compréhensible pour les consommateurs de carburant
02:41serait toujours de toute manière de baisser les taxes sur les prix à la pompe.
02:45Les Français comprennent bien l'argent public lorsqu'il reste dans leur poche.
02:48Là, c'est certain que c'est plus limpide.
02:50Alors que plutôt que de le faire transiter par 36 caisses de l'État
02:53avant de leur revenir sous une forme détournée
02:55et souvent avec des pertes dans la tuyauterie,
02:56là, on perd tout le monde.
02:57Et garder l'argent, que l'État garde l'argent
03:00et rembourse une petite partie de la dette.
03:02C'est quand j'entends l'État s'enrichit,
03:05s'enrichit sans dette un petit peu moins.
03:07Il faut pouvoir s'enrichir, oui.
03:09Vous pensez que le Premier ministre a pris la mesure de la crise ?
03:12Il est possible que non, quand on voit cette réaction.
03:15Il ne mesure sans doute pas que c'est une crise politique à part entière.
03:17C'est souvent le cas quand on parle, pas seulement du prix à la pompe,
03:20parce que ce serait prendre les gens simplement pour des animaux
03:23qui pensent uniquement à leur portefeuille.
03:24Mais en réalité, ce que ça interroge derrière,
03:26c'est une vision de l'État dans la place,
03:30dans l'utilité qu'il joue dans le quotidien des gens.
03:32C'est vrai que les consommateurs de carburant
03:36se rendent compte très bien du rôle que va jouer l'État
03:38pour effectivement taxer, taxer, taxer,
03:41mais voient parfois assez mal en quoi derrière,
03:43est-ce que cela peut leur profiter ?
03:44Et c'est vrai que ne pas mesurer l'ampleur de cette crise
03:48et y répondre, encore une fois,
03:49par des solutions de tuyauterie assez difficiles à comprendre,
03:52parce qu'on a le sentiment que Sébastien Lecornu
03:54essaye de jouer au plus malin,
03:55et bien c'est peut-être effectivement s'exposer
03:57à une aggravation de la crise politique en cours.
03:59C'est ce qui avait déjà coûté cher à Édouard Philippe
04:01qui avait en partie déclenché le mouvement des Gilets jaunes
04:04à cause de ses taxes sur le carburant et les hydrocarbures.
04:08Là, de nouveau, il y a un risque d'inflammation du corps social.
04:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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