- il y a 9 heures
Sur 272 000 victimes de violences conjugales enregistrées en 2024 par le ministère de l’Intérieur, 84 % d’entre elles sont des femmes. L’association Léa Solidarité Femme lance l’ouverture d’une maison dans l’Essonne pour accueillir une partie d’entre elles. Pour ça elle reçoit le soutien de la plateforme de solidarité Dift.
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00:04Smart Cause, c'est notre rubrique mensuelle en partenariat avec Dift, la plateforme de générosité qui collecte des dons via
00:12le mécénat d'entreprise et le grand public, l'association du mois, c'est Léa Solidarité Femme.
00:18Bonjour Amel Toudrissin, bienvenue. Vous êtes la co-ordinatrice de Léa Solidarité Femme qui est affiliée à la Fédération Nationale
00:25Solidarité Femme.
00:26Je veux bien que vous nous présentiez votre association en quelques mots pour commencer.
00:29C'est une association qui est née en 2009, créée par Patricia Roof, avec un parcours de vie un petit
00:38peu particulier et qui a un jour décidé elle aussi de pouvoir tendre la main aux femmes et enfants victimes
00:43de violences conjugales et violences intrafamiliales.
00:46Donc depuis 2009, on est implanté dans 1991 et on accompagne ces personnes, ça fait à peu près, sur une
00:54année, à peu près 800 femmes et enfants que l'on accompagne,
00:58tant de la mise à l'abri d'urgence qu'un accompagnement pour pouvoir préparer la sortie des violences dans
01:05les meilleures conditions.
01:06Et vous êtes combien pour les accompagner et peut-être aussi avec quelles compétences, quels métiers qu'il faut associer
01:15finalement pour prendre en charge ces femmes, ces familles ?
01:17Aujourd'hui, on est 13 salariés. Parmi les 13 salariés, on a des éducateurs spécialisés, on a des assistantes sociales,
01:25on a des conseillères en économie sociale et familiale,
01:27on a un psychologue et puis on a aussi la chance d'être affiliés à la Fédération Solidarité Femmes qui
01:32nous permet de pouvoir apporter tous les compléments juridiques, médicaux et autres
01:38pour nous permettre une meilleure prise en charge.
01:41Alors cette Fédération Solidarité Femmes, elle publie chaque année un rapport d'activité. Donc là, le dernier rapport, c'est
01:47le rapport d'activité 2024.
01:49Quels sont les principaux enseignements de ce rapport ? Qu'est-ce qu'on peut en dire ?
01:53Malheureusement, on est donc en 2026 en termes de violence. Bien que ce soit un débat et qu'on en
02:00parle continuellement, malheureusement, on a toujours cette même problématique.
02:04On est toujours en recherche d'adaptation par rapport aux auteurs de violences. On est toujours en recherche de solutions
02:11de prise en charge et d'accompagnement.
02:14On est de plus en plus nombreuses, certes, à porter le fardeau et le combat. On ne s'arrête pas.
02:22On n'a pas l'intention de s'arrêter. Mais bon, le travail est encore long.
02:28Avec ce chiffre que donne le rapport d'activité 2024, 272 400 victimes des violences conjugales enregistrées, 84% de
02:38femmes. En voyant le chiffre, je me suis dit qu'il était forcément sous-estimé.
02:42Parce qu'il y a beaucoup de gens qui n'osent pas ou qui, tout simplement, peut-être aussi ne
02:47pensent pas à aller signaler des violences.
02:51Complètement. Et puis, c'est encore, pour certaines, un tabou. Donc, c'est très compliqué de pousser la porte d
02:56'une association pour dénoncer, effectivement, des violences.
02:59C'est très compliqué d'accepter une aide parce que tout se passe dans l'intimité et c'est humiliant,
03:05rabaissant.
03:06Donc, effectivement, il y a un grand nombre de femmes qui restent encore dans l'ombre.
03:10Nous, dans notre travail, c'est justement de pouvoir semer un maximum de graines, tant autant de professionnels que d
03:14'autres personnes, en espérant que, quelque part, elle germera.
03:18Ça prendra le temps que ça prendra. Et quand la personne, elle est prête, qu'elle puisse pousser la bonne
03:24porte et qu'on puisse l'aider, l'accompagner comme il faut.
03:27Est-ce qu'il y a quand même, vous disiez que votre association existe depuis 2009. Est-ce que vous
03:32voyez quand même une forme de libération de la parole qui s'exerce ?
03:36Ou est-ce que, finalement, c'est un peu la même chape de plomb qui demeure ?
03:41La libération de la parole, oui, on l'a. Donc, on a effectivement de plus en plus de femmes qui
03:45vont dénoncer.
03:47Et elles dénoncent auprès des associations. Là où ça devient un petit peu plus compliqué, c'est lorsqu'il faut
03:51passer, peut-être, sur un aspect juridique,
03:52où il faut aller au niveau de la plainte, où ça reste encore compliqué.
03:57Parce que, dans beaucoup d'histoires, c'est des histoires d'amour, à la base.
04:00Donc, c'est très, très compliqué d'aller dénoncer le père de son enfant, l'homme qu'on a, le
04:05premier amour, peut-être.
04:06Et donc, elles y vont avec des freins. Donc, c'est, oui, je veux bien dénoncer, mais c'est, qu
04:11'est-ce que vous allez vous mettre en place
04:13pour pouvoir m'accompagner et m'aider sans, pour autant, quand même, trop nuire à monsieur ?
04:18Sans aller jusqu'à la plainte, ça, c'est un frein qui existe encore beaucoup.
04:22Ça reste encore.
04:23Mais est-ce que les policiers, pardon, est-ce que les policiers et les gendarmes sont quand même mieux formés
04:27à recevoir, justement, ces plaintes, ces femmes victimes de violences ?
04:32Oui, on a, effectivement, des professionnels qui sont mieux formés, qui savent mettre en confiance.
04:38On va adapter le collègue qui va recevoir, hommes, femmes, femmes, hommes, vraiment s'adapter à la victime,
04:46de manière à vraiment la mettre en sécurité et la plus à l'aise possible pour pouvoir en parler.
04:51Et puis, on nous laisse aussi, nous, en tant qu'association, de plus en plus de place,
04:54de pouvoir aussi être présentes sur ces moments-là pour être vraiment un soutien pour les victimes.
05:00Alors, c'est pas encore complètement parfait, mais il y a vraiment du mieux et c'est vraiment bien pour
05:08elles.
05:08Il y a ce numéro, le 3919, Violence Femmes Info, numéro national d'écoute d'orientation
05:14à destination des femmes victimes de toutes les violences.
05:17D'ailleurs, c'est Solidarité Femmes, la Fédération Nationale, qui est à l'origine de ce numéro gratuit.
05:23Est-ce qu'il fonctionne bien ? Vous qui, finalement, vous rendez compte, via votre association, via Léa Solidarité Femmes,
05:31au quotidien, j'imagine, est-ce qu'il fonctionne bien ce 39e ou est-ce qu'il manque de moyens
05:36?
05:36Alors, il fonctionne bien, dans le sens où, effectivement, toute femme qui va appeler, elle va pouvoir être prise en
05:41charge.
05:42L'avantage de cette plateforme, c'est que, peu importe où on se trouve en France, quand on fait le
05:453919
05:46et qu'on n'a pas connaissance d'une structure ou d'une association dans le secteur,
05:49le 3919 va pouvoir nous orienter vers ces structures.
05:53Si, par contre, le souhait, c'est pas d'être tout de suite orienté vers une structure,
05:57mais d'avoir une écoute pour pouvoir ensuite prendre une décision,
06:02c'est quelque chose qui est également proposé.
06:04C'est ce qui permet, en même temps, à distance, de pouvoir aller au rythme de la victime.
06:10Donc, oui, c'est un numéro qui fonctionne plutôt bien.
06:15Qu'est-ce que vous attendez, vous, du gouvernement, des pouvoirs publics au niveau étatique
06:21ou même des collectivités locales, d'ailleurs ?
06:22Qu'est-ce qui vous manque, aujourd'hui ?
06:24Eh bien, on en vient toujours au nerf de la guerre.
06:26L'argent.
06:27L'argent.
06:28Les associations, eh bien, on a de plus en plus de difficultés à avoir, effectivement,
06:33de l'argent qui nous permette de pouvoir mettre des professionnels en face,
06:37de pouvoir ouvrir des places d'hébergement supplémentaires.
06:40De pouvoir couvrir un territoire un petit peu plus important.
06:43Comme je vous ai dit, aujourd'hui, nous, on est dans le 91.
06:46On récupère, donc, on est plus dans le nord.
06:49On récupère toute la ruralité essénienne.
06:51Et on a besoin de pouvoir installer des locaux sur place,
06:54de pouvoir avoir des professionnels qui soient sur place,
06:56de pouvoir avoir des véhicules qui nous permettent de nous déplacer
06:59d'un point A à un point B.
07:01Donc, je pense que pour toutes les associations,
07:03la difficulté est malheureusement la même.
07:06C'est le nerf de la guerre, l'argent.
07:08Mais est-ce que vous avez le senti ?
07:09On donne souvent l'exemple de l'Espagne, par exemple,
07:12qui est un pays qui est confronté encore aujourd'hui,
07:15mais qui l'était particulièrement à ces violences faites aux femmes
07:19et aux violences conjugales.
07:20Et qu'il y a eu un certain nombre de décès particulièrement frappants,
07:25mais il y en a eu aussi en France,
07:26qui ont ému l'opinion.
07:28Et il y a eu quand même un changement de paradigme.
07:31Est-ce que vous vous dites qu'on n'y arrive pas malgré tout
07:33à inverser la tendance ?
07:37Oui, on n'y arrive pas malgré tout.
07:38Et après, c'est ce qu'on disait,
07:40c'est qu'il faut qu'il y ait un événement
07:43pour qu'on se décide à faire quelque chose.
07:45Donc, tant qu'il n'y a pas de gros...
07:46Mais il y en a eu des événements, malheureusement.
07:49Et pour autant, c'est-à-dire qu'il va y avoir un événement,
07:52on va avoir un effet un petit peu ponctuel,
07:54donc on va avoir quelque chose.
07:55Et puis ensuite, bouf !
07:57On se dit, ça y est, c'est bon, c'est réglé,
07:59on n'en parle plus,
08:00on va essayer de noyer plus ou moins le poisson.
08:03Et puis, on n'avance pas plus, quoi.
08:06Et puis, c'est compliqué de faire changer les lois,
08:08c'est compliqué de faire changer la position des hommes,
08:12le patriarcat et tout ça.
08:15Le travail est encore long.
08:17Oui, ça, on est bien d'accord,
08:18il y a des siècles, des millénaires de patriarcat derrière nous.
08:21Il y a ce film, je voudrais qu'on parle,
08:22le très beau film, La maison des femmes, réalisé par Mélissa Godet,
08:26avec Karine Viard dans le rôle de Gada Atem Ganser,
08:29qui est la fondatrice de la vraie maison des femmes.
08:32Alors, vous avez vu, j'imagine, ce film.
08:35Oui.
08:36Ce lieu, La maison des femmes, qui peut-être ressemble à ce que vous faites dans votre association,
08:41est-ce que c'est un lieu qui est inspirant pour quelqu'un comme vous ?
08:45Et ce combat ?
08:46Alors, oui, bien sûr, bien sûr, c'est inspirant,
08:49puis c'est le combat que l'on mène au quotidien.
08:52Parce que le lieu a failli fermer,
08:54c'est en résonance avec ce qu'on vient de dire,
08:56elle s'est battue, elle a réussi à le maintenir,
08:58et finalement, La maison des femmes a essaimé,
08:59il y en a quelques dizaines en France,
09:02donc elle a réussi, en mobilisant les médias, l'opinion,
09:06à faire en sorte que les pouvoirs publics s'en occupent.
09:10Le hasard fait que l'association Léa Solidarité Femmes,
09:12comme je l'ai dit, a été créée en 2009,
09:14et il y a maintenant un peu moins de trois ans,
09:19elle a été confrontée à des difficultés plus ou moins similaires.
09:22Il y a eu une grande vague de licenciements,
09:25mais parce qu'il n'y avait pas non plus les fonds,
09:27on a dû fermer un certain nombre de places d'hébergement,
09:30et donc du coup, après, derrière, c'est comment on fait,
09:32qu'est-ce qu'on fait pour pouvoir permettre de maintenir,
09:35se maintenir à flot, maintenir les accompagnements que l'on fait,
09:39et tout ça.
09:40Donc, le film, c'est effectivement le combat de tous les jours
09:43de ces associations qui luttent pour, d'une part,
09:46rester en surface, et d'autre part,
09:48maintenir l'accompagnement que l'on propose aux femmes
09:51sans leur faire ressentir toutes les difficultés que l'on rencontre.
09:55Donc, ça fait vraiment une double charge,
09:57et pour les salariés, pour les travailleurs sociaux qui accompagnent,
10:01c'est une double charge, une double peine,
10:03on doit les accompagner, et en même temps,
10:04il faut qu'on oeuvre de trouver des solutions
10:06pour pouvoir garder la tête hors de l'eau.
10:08– Oui, avec aussi ce qui s'est passé au moment du Covid,
10:13du confinement, je ne sais pas si vous,
10:15vous l'avez vécu dans votre association,
10:17c'est-à-dire des femmes que vous suiviez,
10:18qui d'un seul coup sont reparties dans le huis clos familial,
10:22qui pouvaient être, évidemment, mortifères, quoi.
10:27Est-ce que ça a été dur de réenclencher derrière le lien,
10:31de faire revenir certaines femmes qui,
10:33par la force des choses, ne pouvaient plus venir
10:35chez Léa, le Solidarité Femmes, le confinement ?
10:38– Oui, forcément.
10:39Donc, le confinement, ça a été,
10:40c'est encore plus la cage dorée,
10:43où elles sont enfermées avec hauteur de violences,
10:47et puis cette fois-ci, plus la possibilité,
10:49ne serait-ce que de faire le 39-19, devient compliquée,
10:51puisqu'en fait, on est dans un même lieu,
10:53dans une même pièce,
10:54donc de pouvoir dénoncer un certain nombre de choses,
10:56ça devient très, très compliqué.
10:57Et la libération, elle va se faire aussi crescendo,
11:01puisque sur ce temps enfermé,
11:03pendant la période de Covid,
11:05il y a encore plus d'emprises,
11:06il y a encore plus de contrôles coercitifs,
11:07et donc c'est comment elles vont réussir,
11:10petit à petit, à, effectivement, s'en sortir,
11:14sortir de là, pouvoir de nouveau pousser la première porte,
11:17rétablir aussi une situation de confiance,
11:20parce que le Covid a tout cassé, a tout coupé.
11:22Donc, refaire confiance aux personnes,
11:24réaccepter d'être aidées, accompagnées,
11:26ben, ça se travaille, ça se travaille dans le temps.
11:29Allez, on termine avec ce partenariat,
11:31avec DIFT, qui a pu flécher vers votre association
11:36un certain nombre de dons, c'est ça ?
11:37Qu'est-ce que ça vous apporte ?
11:39Qu'est-ce que ça change pour vous ?
11:40Eh bien, c'est ça.
11:41Donc, comme je vous ai dit,
11:42on se lance dans l'ouverture d'une maison
11:44Solidarité Femmes en ruralité essonienne,
11:46le nerf de la guerre,
11:48pouvoir avoir des finances pour cela,
11:50et avec la plateforme DIFT,
11:52on a pu lancer cette collecte solidaire
11:55en ligne.
11:56C'est une mise en compétition de différentes personnes,
12:00mais du coup, c'est du challenge,
12:01et les personnes, elles ont vraiment pris plaisir
12:03à essayer de contacter un maximum de personnes
12:06pour pouvoir collecter un maximum d'argent.
12:08Donc, on est vraiment très, très contentes
12:10de cette collecte.
12:12On a collecté un peu plus de 13 000 euros
12:15aujourd'hui,
12:16et donc, ça continue.
12:18Donc, on croise les doigts pour pouvoir aller...
12:20Vous pouvez aller sur le site DIFT
12:22et aider, Léa.
12:24Solidarité Femmes,
12:25merci beaucoup, Amel Toudrissin,
12:28d'avoir participé à notre émission,
12:31et je rappelle ce numéro,
12:32le 3919,
12:33violences, femmes,
12:35info.
12:35À bientôt sur Bsmart4Change.
12:37J'en parle des grandes écoles tout de suite.
12:38– Sous-titrage ST' 501
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