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  • il y a 21 heures


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Transcription
00:00Monsieur le Président, Madame la Ministre, Monsieur le Président des Affaires Sociales, mes chers collègues,
00:06nous sommes réunis aujourd'hui pour délibérer, en quelques heures à peine,
00:10d'un texte qui transformera durablement le visage de notre médecine et le sens même du mot soigner.
00:17Le gouvernement indénier nous concédait un temps restreint pour examiner la proposition de loi d'Olivier Falorni,
00:25légalisant la mort administrée.
00:27Comme si la chambre du temps long, de la délibération réfléchie, de la prudence républicaine,
00:33devait s'effacer devant le calendrier d'un quinquennat finissant.
00:38J'entends ici l'objection, nous aurions déjà débattu, mais que l'on ne s'y trompe pas,
00:43aucune des questions essentielles soulevées en première lecture n'a trouvé de réponse satisfaisante dans la navette.
00:50Si la question de la fin de vie a pris une place croissante dans les médias depuis ces derniers temps,
00:56est-ce vraiment la priorité actuelle des Français ?
00:59Je ne le pense pas, d'autant plus que les priorités, le plan santé mentale érigé en grande cause nationale,
01:07la désertification médicale, la crise de l'hôpital public, l'épuisement des soignants,
01:12ont tous été renvoyés à plus tard, faute de temps parlementaire.
01:15Mais pour organiser les conditions de la mort administrée, on trouve le temps, toujours,
01:21comme si notre République savait mieux légiférer pour mourir que pour vivre.
01:26Mes chers collègues, j'y vois un renversement éthique d'une gravité considérable.
01:30Et je ne suis pas la seule.
01:32Le Comité consultatif national d'éthique, dans son avis 139, a posé une exigence claire, presque solennelle.
01:40Aucune évolution législative ne serait éthiquement recevable sans que les soins palliatifs
01:46ne seraient pas effectivement garantis sur l'ensemble du territoire.
01:51Cette exigence n'a pas été entendue.
01:54Proposer l'administration de la mort comme solution permettant de répondre à la carence de la prise en charge
02:00par insuffisance notable de la culture palliative, par la punerie des soignants,
02:05par le manque de formation et indigence des budgets alloués, est une mauvaise solution apportée à un vrai problème.
02:12Le débat sur la fin de vie intervient au sein d'une société fragmentée, individualiste,
02:18séduite par le culte du jeunisme et terrifiée par l'idée de la mort.
02:22Ce débat intervient, il faut le rappeler, au moment même où le projet de loi sur le grand âge est
02:27remisé au placard.
02:29Mes chers collègues, le texte issu de l'Assemblée nationale est à mes yeux inacceptable.
02:34Inacceptable dans ses critères, inacceptable dans sa philosophie qui le sous-tend,
02:40où l'on confond compassion et geste létal, où l'on présente la suppression du souffrant comme une réponse à
02:46la souffrance,
02:47inacceptable dans son aveuglement au glissement observé partout ailleurs, aux Pays-Bas, en Belgique, au Canada,
02:54dans les digues posées au moment du vote, elles ont toutes cédé, toutes.
02:58Alors, mes chers collègues, vient la question difficile.
03:00Que faire ? Refuser ce texte en bloc pour opposer une fin de non-recevoir absolu ?
03:06Je l'ai longuement envisagé.
03:08Et croyez bien que mes convictions personnelles m'y portaient.
03:12Mais j'ai dû, en responsabilité, regarder la réalité parlementaire telle qu'elle est.
03:17Si le Sénat se retire du débat, c'est la version de l'Assemblée nationale qui s'imposera,
03:23la plus large, la plus fou, la plus dangereuse.
03:26Notre abstention de principe deviendrait par défaut un consentement à ce que nous combattons.
03:32C'est pourquoi la Commission des Affaires sociales a fait un autre choix,
03:36un choix douloureux, ingrat, sans gloire, celui d'amender ce texte pour le contenir,
03:41pour en restreindre la portée aux seules situations où le pronostic vital est engagé à court terme,
03:47pour exiger un volontariat explicite des soignants,
03:50et non une participation présumée qui ferait peser sur eux une violence morale insupportable,
03:56pour préserver la liberté des établissements dont l'identité et le projet
04:01ne sauraient être piétinés par une injonction administrative.
04:05Mes chers collègues, c'est précisément parce que ce texte est d'une telle gravité
04:09que je veux ici lancer un appel.
04:11Un appel à la mobilisation, un appel à la présence.
04:15Nous avons plusieurs centaines d'amendements à examiner.
04:17Ce ne sont pas des amendements bavards, ce ne sont pas des amendements de posture.
04:22Chacun d'entre eux, ou presque, soulève une question concrète.
04:25Concrète, technique, parfois redroutable,
04:28dont la réponse engagera demain la vie ou la mort de personnes réelles.
04:32Chacun de ces amendements mérite d'être examiné, débattu,
04:36tranché par le Sénat dans son entier.
04:40Lorsque le législateur touche à la mort, il n'a le droit ni à la légèreté,
04:44ni à l'enthousiasme, ni à la facilité.
04:46Il n'a que le devoir de la gravité, celui de la prudence.
04:49C'est dans cet esprit, et seulement dans cet esprit,
04:53que je vous invite à prendre toute votre part au débat qui s'ouvre.
04:57Je vous remercie.
04:58Merci, chers collègues.
04:59Et dans la suite de la discussion,
05:00sur le Sénat dans son entier.
05:00Sous-titrage Société Radio-Canada
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