00:008h17 sur Sud Radio et on va se poser cette question et avec un témoignage notamment,
00:04est-ce que les agriculteurs eux aussi sont victimes de ce qui se passe du côté du Moyen-Orient
00:08avec le fameux détroit d'Ormouz notamment ? Bonjour Patrick Legras.
00:12Bonjour, j'espère que vous m'entendez bien et nous il y a un brouillard du diable.
00:15Eh bien écoutez, il y a peut-être un brouillard du diable, vous êtes sur votre tracteur
00:18mais nous on vous entend absolument parfaitement comme si on était sur le tracteur avec vous.
00:22Est-ce que vous, vous nous entendez impeccablement ?
00:24Très bien.
00:24Eh bien parfait. Patrick Legras, vous êtes président de la Coordination Rurale des Hauts-de-France
00:28et producteur de betteraves. Simplement, aujourd'hui, on a du mal à imaginer
00:32que ce qui se passe du côté du tétoil d'Ormouz se retrouve directement avec des conséquences
00:36dans nos champs, dans nos campagnes, dans nos terroirs et pourtant c'est le cas. Comment ?
00:41Je vais essayer d'être simple. En fait, une voiture aujourd'hui, elle consomme 5, 7, 8 litres au 100
00:47kilomètres.
00:48Allez, on va dire pendant 1h, 1h30. Nous, notre tracteur, il consomme à peu près 25, 30, 40 litres à
00:53l'heure.
00:54Donc, l'occupation aujourd'hui a été tenue volontairement par nos politiques sur la consommation des voitures,
01:02enfin de l'éthanol et du diesel. On n'a pas ce maintien au niveau du GNR, ce qui s
01:06'appelle un gasoil non routier.
01:08C'est-à-dire que nous, notre gasoil non routier, il est passé de 0,70 à 1,40. Il
01:13a doublé.
01:14Donc, quand vous faites des consommations, vous avez 2 ou 3 tracteurs et vous consommez à peu près 70, 80,
01:1990 litres à l'heure sur des chantiers,
01:21je ne vous fais pas de dessin, c'est 6, peut-être 800 litres par jour.
01:26Donc, c'est 4, 5, 600 euros de plus rien que pour la consommation pour des travails journaliers.
01:31Donc, vous, par exemple, Patrick Legras, si on prend des exemples très concrets et on le comprend avec les quelques
01:35chiffres
01:35que vous nous esquissez ce matin, typiquement, vous, après 3 semaines de conflit, c'est combien de centaines,
01:40peut-être déjà de milliers d'euros en plus pour remplir uniquement le tracteur ?
01:45Eh bien, vous aviez 3,500 pour 5,000 litres. On a consommé à peu près ça.
01:49On est un petit tiers, même pas un quart de nos activités au printemps.
01:52On est passé de 3,500, 4,000 euros à à peu près 8,000, 8,500 de GNR.
01:57Alors, ça, c'est le premier problème. Mais le deuxième problème, déjà, on ne peut pas discuter le prix
02:01est parce qu'en fait, on a une rareté. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, l'État ne veut
02:05pas débloquer ses stockages
02:07qui lui permettent de bien vivre au niveau de chacun d'entre nous pendant 90 jours.
02:12C'est-à-dire qu'on n'a pas un déblocage, donc on a une rareté.
02:14C'est-à-dire que, par exemple, si moi, vendredi, je voulais 10,000 litres pour les deux semaines qui
02:18viennent,
02:19je n'ai eu que 3,000 litres. Voilà.
02:21Donc, non seulement vous avez pas les volumes, mais vous n'avez pas les volumes.
02:25Mais ça veut dire aussi, j'imagine, pour essayer de vous adapter avec les contraintes financières
02:29que vous expliquez et que tout le monde comprend, ça veut dire aussi que forcément,
02:32derrière, votre activité, j'imagine, va ralentir pour peut-être consommer un peu moins
02:37et tout simplement se contenter de ce que vous avez en stock niveau carburant.
02:42Non, alors ça, c'est pas possible. On n'est pas une voiture, on n'est pas un particulier.
02:45Nous, un particulier peut dire, je prends un autre moyen.
02:47Nous, notre acteur, si, par exemple, d'une année sur l'autre,
02:51on fait, allez, sur 50 ou 60 000 litres, on va faire 3, 4 000 litres de moins, pas plus.
02:56C'est-à-dire que tous les travaux devraient la même distance, le même nombre d'heures.
03:00Et on ne peut pas dire, on consomme moins, c'est pas possible.
03:03D'ailleurs, vu le prix, déjà, on essaie de ne pas consommer trop, mais ce n'est pas possible.
03:06Mais moi, aujourd'hui, ce qui m'interpelle, c'est qu'aujourd'hui, on a la possibilité,
03:10par rapport à ce qui se fait, parce qu'on nous dit, ça augmente énormément.
03:13Il faut savoir que tout ce qui est consommation ou achat de la France,
03:17c'est très peu dans le détroit d'Hormuz.
03:19Ça, c'est le premier point.
03:20Et après, on a une force, justement, l'agriculture,
03:22qui est l'éthanol, qui peut être le biodiesel.
03:24Et ça, aujourd'hui, on n'en parle pas.
03:26Et on ne veut pas en parler parce que c'est fiscal.
03:28C'est Bercy qui ne veut pas, en fait, se mettre à l'abri d'une crise.
03:32Parce qu'aujourd'hui, on a des outils avec la culture de la betterave,
03:35avec des distilleries, avec demain, une usine qui coûterait quelques centaines de millions d'euros.
03:41Je vais prendre l'exemple.
03:42On a construit une usine à rien de 800 millions d'euros pour les insectes.
03:45Demain, on fait la même usine.
03:47On peut être quasiment indépendant au niveau du biodiesel.
03:50Donc, vous, vous dites ce matin au gouvernement et à Bercy,
03:52pour résoudre ce problème de fiscalité sur le carburant,
03:55cette dépendance aussi par rapport aux conflits internationaux,
03:57vous dites, nous, on pourrait, par exemple, se mettre au bioéthanol
04:01ou, en tout cas, au carburant fait différemment avec nos produits.
04:03Et en plus, ça ferait bosser les agriculteurs français.
04:06Non seulement on peut, mais ça serait beaucoup plus rentable que les alimentaires.
04:10Et aujourd'hui, quand on parle de bilan carbone,
04:14tout ce qui est amené du détroit d'Ormousse ou bien de n'importe où,
04:17comme le Mercosur, comme l'alimentaire,
04:20c'est complètement débile.
04:21Il n'y a pas d'autre nom.
04:22Et aujourd'hui, avec la crise, on aurait un prix de l'éthanol et du biodiesel
04:26qui serait beaucoup plus rentable que l'alimentaire.
04:28Donc, aujourd'hui, même les stocks que l'on a,
04:30pourquoi on ne les utilise pas ?
04:31Parce que si on les utilise, on peut aujourd'hui, là encore,
04:34puisqu'on sème les betteraves, on peut encore être performant
04:36et les produire pour les avoir en septembre-octobre.
04:39Mais il faut qu'on vit nos réserves.
04:40Donc, c'est bien une volonté politique
04:42d'être dans une merde générale énergétique.
04:45Je regrette, c'est bien une volonté.
04:47Parce qu'on a des solutions qu'on ne nous propose pas.
04:49Et Patrick Legras, dernière question.
04:51Est-ce que vous faites partie des agriculteurs,
04:52en tout cas des personnalités du monde du travail
04:55qui demandent au bout d'un moment à l'État
04:56d'avoir des aides concrètes ?
04:58On a eu ça du côté des routiers,
04:59on a eu ça du côté des entrepreneurs de certaines entreprises.
05:02Est-ce que vous aussi, Patrick Legras, ce matin, vous dites
05:04« Oui, l'État doit développer une petite ligne de budget quelque part
05:07pour venir en aide aux agriculteurs ? »
05:10Il faut savoir aujourd'hui que 30 euros ou 40 euros de plus,
05:13par jour, c'est 50 millions de recettes en plus pour l'État.
05:16Donc, ces 20 derniers jours, ça a été un milliard.
05:18Donc, on ne demande pas l'aumône.
05:19On demande seulement ce que peuvent faire d'autres pays
05:22comme l'Italie, par exemple, pour les consommateurs.
05:26Mais ce n'est pas ça.
05:27C'est qu'aujourd'hui, on va être clair, nous, l'agriculture.
05:30Vous nous donnez les moyens, aujourd'hui, l'agriculture,
05:32de nous mettre des autorisations de construire des usines
05:35pour du biodiesel.
05:36En deux ans, on vous la construit.
05:37Vous voyez, on ne dit pas, on ne compte plus maintenant sur les autres.
05:39On veut le faire.
05:40Par contre, voilà.
05:42Est-ce qu'on sait, aujourd'hui, de façon contractuelle,
05:46sortir ou ne plus être dans une dépendance énergétique ?
05:49C'est uniquement...
05:49C'est une question, en réalité, de volonté politique.
05:52Et on l'a entendu, votre volonté, ce matin,
05:54mon cher Patrick Legras,
05:54président de la Coordination Rurale des Hauts-de-France
05:56et producteur de Bétrave.
05:57On a également entendu votre parler vrai ce matin.
05:59Merci beaucoup d'avoir passé une tête dans le studio de Sud Radio.
06:02Il est 8h24.