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  • il y a 4 minutes
Depuis de longues années, la France a vu le prix de son électricité augmenter et atteindre des records. Arnaud Montebourg, ancien ministre de l'Économie, et Henri Proglio, ancien directeur général d'EDF, cherchent des pistes et des solutions à ce problème. 

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Transcription
00:00Dans ce contexte effectivement où les raffineries du Qatar brûlent aujourd'hui, où le marché du gaz s'envole,
00:07est-ce que là aussi il faudrait sortir du marché électrique européen ?
00:11Est-ce que oui ou non, il faut claquer la porte ? Est-ce que la France doit devenir autonome
00:15?
00:16Là aussi, je vais me rendre encore particulièrement, mais je le dis depuis des années.
00:23Le fait d'avoir indexé les prix de l'électricité sur le gaz, c'est très bien, très bien, pourquoi
00:26pas ?
00:27Puisque les Européens qui nous entourent, à commencer par les Allemands d'ailleurs,
00:32utilisent beaucoup de gaz pour fabriquer de l'électricité.
00:35Initialement, si on regarde la situation de la fin de la Deuxième Guerre mondiale,
00:41au fond, au départ, la France n'avait pratiquement pas de ressources d'énergie,
00:46c'est-à-dire pas de pétrole, pratiquement pas de gaz et très peu de charbon par rapport à ses
00:50voisins.
00:51Il y avait des pays qui regorgeaient de charbon, c'était les Allemands, en particulier les Polonais,
00:56et qui ont donc orienté toute leur stratégie énergétique sur le charbon et la limite, à l'époque.
01:02Et puis, peu à peu, ils se sont rendus compte qu'effectivement, la pollution qui était liée à cette ressource
01:09-là était considérable,
01:10et donc ils se sont réorientés vers quoi ? Le gaz, le gaz russe, puisqu'il était à leur portée.
01:15Je me souviens d'avoir, personnellement, initié un rapprochement avec les Russes pour créer un gazoduc qui devait aller vers
01:24le sud de l'Europe,
01:25qui s'appelait South Stream, et on a été l'objet d'une hystérie des Allemands et des Américains contre
01:31nous,
01:31parce que les Allemands voulaient absolument que tout arrive chez eux,
01:34et ça a été à l'origine de la construction de North Stream 2 plutôt que de South Stream 1.
01:38– Pour appuyer ce que vous dites, quand Mme Merkel, après Fukushima, a fermé 11 centrales nucléaires en Allemagne,
01:43elle a ouvert 12 centrales à charbon et à gaz.
01:46– À gaz, à gaz, bisous.
01:47– Voilà, c'est tout.
01:48Et donc, les énergies renouvelables ne peuvent pas fonctionner,
01:51parce que quand il n'y a pas de vent, quand il n'y a pas de soleil au sud,
01:54pas de vent au nord,
01:55il faut qu'il y ait quelque chose qui fasse tourner l'industrie allemande
01:57et qui mette de la lumière chez les Allemands.
02:00Donc pour ça, on a des centrales à gaz et à charbon.
02:02Et donc, on a accepté d'importer ce modèle à toute l'Europe,
02:07et aujourd'hui, le nucléaire est en difficulté à cause de ça.
02:11Donc, est-ce que la question posée est la bonne ?
02:14Est-ce qu'on va continuer longtemps comme ça ?
02:15D'abord, j'observe que la France a le pivot technique du réseau électrique européen.
02:22Sans la France, il n'y a pas de marché européen.
02:24Mais elle est la perdante économique des décisions européennes.
02:27Donc, le pivot technique, il doit s'échanger contre la fin de la défaite économique de la France.
02:34Et donc ça, c'est une négociation.
02:36Et pour défendre le Made in France, pardonnez-moi, M. le Président,
02:39vous le savez mieux que d'autres, il faut un tout petit peu de courage.
02:42Donc, j'espère que ce sera dans les programmes l'année prochaine de tous les partis politiques.
02:47Parce que ça fait partie de ce qu'il nous faut maintenant défendre.
02:51Alors, bien entendu, c'est facile de le dire aujourd'hui, maintenant,
02:54non, mais il faut se souvenir du choc qu'a été quand même Fukushima au Japon.
02:59À l'époque, effectivement, les Français se demandaient, il y avait une forme de psychose.
03:03On se disait quand même qu'effectivement, il y avait une dangerosité,
03:06qu'il fallait qu'on se sorte du nucléaire.
03:08C'était de quoi ? De la panique ? De la démagogie à l'époque ?
03:11C'est une erreur de jugement, tout simplement,
03:13d'avoir eu indexé l'analyse de ce qu'est cette énergie.
03:17Toutes les énergies comportent des risques.
03:18Les barrages peuvent céder et il y a eu des barrages qui ont cédé,
03:21qui ont fait beaucoup plus de morts que l'accident nucléaire de Fukushima.
03:27D'ailleurs, ce qui a fait le plus de morts, c'est le tsunami en soi.
03:30Donc, on peut considérer que le risque fait partie de, finalement, l'organisation de la société.
03:36Tous les jours, quand on prend sa voiture, l'avion, le train,
03:39tous les jours, on vit avec le risque.
03:41Donc, le sujet, c'est est-ce qu'on le maîtrise ?
03:43Est-ce que la science est au rendez-vous ?
03:45Est-ce que les process de décision nous permettent de le maîtriser ?
03:47La réponse est oui, grâce à une grande entreprise comme EDF,
03:51au système de l'autorité de sûreté nucléaire,
03:55qui est indépendante, d'ailleurs, de toute pression,
03:57et qui organise, j'allais dire, la sécurité et protège les Français.
04:03Donc, ça, c'est une erreur.
04:04Le jugement qui est sorti, le jugement politique,
04:08que Mme Merkel, d'ailleurs, a imposé à son propre pays,
04:10tout le monde s'en mord les doigts en Allemagne.
04:13Beaucoup de pays l'applaudissaient dès demain.
04:15Et on voit aujourd'hui, effectivement,
04:16comment l'Italie essaye de retourner au nucléaire
04:19et veut retourner à l'atome.
04:21Alors, je vous pose la question à tous les deux.
04:22Est-ce que ces 30 ans de tergiversation,
04:25est-ce que c'est réparable ?
04:27Est-ce qu'on peut retrouver, effectivement,
04:28notre souveraineté pour, en temps de guerre,
04:31justement, dans les pays du Golfe, dans le Moyen-Orient,
04:34pour ne pas, finalement, être des victimes collatérales ?
04:37Toujours, M. Progliaud ?
04:40Alors, il est difficile de répondre par où ou pendant à la question.
04:43Au fond, on a encore une grande compétence en France
04:48dans le domaine du nucléaire.
04:49On a beaucoup perdu au cours des 20 dernières années,
04:52à la fois par la fermeture de certains réacteurs,
04:56par la fermeture de certains réacteurs expérimentaux,
04:59donc réacteurs neutrons rapides,
05:02par la démobilisation du pays vis-à-vis du nucléaire,
05:05le mot d'ordre qui était « le nucléaire, c'est sale,
05:08il faut arrêter, il faut baisser,
05:10il faut passer à 50% et encore, il doit mouiller ».
05:13Et on disait à nos ingénieurs,
05:16« Pourquoi est-ce que vous allez aller dans une entreprise nationale,
05:20vous êtes mal payé,
05:21vous allez aller dans un métier qui n'a pas d'avenir,
05:24et donc vous pourriez avoir honte ? »
05:27Évidemment, la machine à recrutement ne s'est pas emballée,
05:30et entre-temps, on perdait, du fait de la période des âges,
05:36toute la génération de ceux qui avaient construit le parc nucléaire français
05:39et qui sont partis à la retraite au cours de ces années-là.
05:42Est-ce qu'on s'est affaibli ?
05:43Oui, considérablement.
05:45Est-ce qu'on s'est affaibli définitivement ?
05:47J'espère que non.
05:49– Est-ce que c'est rémédiable ?
05:50– Oui, mais pas tout de suite.
05:53On n'a aujourd'hui pas de réacteurs susceptibles d'être construits et compétitifs.
05:57On a des difficultés à vaincre.
06:00Oui, la France s'en relèvera,
06:01mais il faut, pour ça, mobiliser toutes les énergies
06:07et puis participer à l'aventure du nouveau nucléaire
06:09là où il se construit, c'est-à-dire essentiellement à l'international
06:11et notamment dans les pays asiatiques et dans les pays du Golfe.
06:14– Sous-titrage ST' 501
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