00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast faits divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu. L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:27Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui dans Crime Story, l'histoire de Patrick Salamé.
00:43Oui, après un premier séjour en prison, il était devenu artiste peintre, mais son génie s'est surtout exprimé dans
00:50le crime.
00:54Vendredi 7 novembre 2008, dans le 10e arrondissement de Marseille, en fin d'après-midi, Zineb Chebout se prépare à
01:00sortir de chez elle.
01:01Elle embrasse sa mère, venue lui rendre visite pour quelques jours, puis claque la porte de son appartement.
01:06Il est environ 17h.
01:09Cette prostituée algérienne de 28 ans a l'habitude de remonter le boulevard de la Libération, ou le boulevard Longchamp,
01:15jusqu'à la gare Saint-Charles, à la recherche de clients.
01:18Vers 20h30, elle passe un appel à une amie.
01:21Elle lui explique qu'elle est dans la voiture d'un client, un pigeon, dit-elle, qui lui a proposé
01:26900 euros pour passer la nuit avec elle.
01:28Après ça, elle ne décrochera plus jamais.
01:31Et plus personne ne la reverra.
01:36Quelque chose de très grave lui est forcément arrivé, confie cette amie au journal La Provence.
01:42Comment serait-elle partie, en laissant sa mère, alors qu'elle ne s'était pas vue depuis si longtemps ?
01:47Quand les proches de Zineb Chebout signalent la disparition de la jeune femme au commissariat,
01:51les policiers remarquent que sur les dernières semaines, deux autres prostituées ont déjà été portées disparues dans la cité phocéenne.
01:58Le mercredi 22 octobre, un peu plus de deux semaines avant, c'est cette fois-ci Christina Bauléa, une prostituée
02:05roumaine de 23 ans,
02:07qui s'est volatilisée sans laisser de traces.
02:09Un mois plus tôt, Irina Sitnik, elle aussi prostituée, de nationalité ukrainienne et âgée de 42 ans,
02:16a disparu dans la soirée du dimanche 5 octobre, après s'être rendue sur le boulevard Sakakini, au lieu de
02:22la prostitution à Marseille.
02:24Et s'il y avait un lien entre ces femmes ?
02:27Les investigations sont confiées à la police judiciaire de Marseille, et les enquêteurs décident de creuser une piste.
02:33Celle d'un agresseur unique, qui enlèverait, tuerait et ferait disparaître des femmes ayant le même profil,
02:40des prostituées, de nationalités étrangères.
02:42Des femmes dans des situations précaires, qui vivent souvent seules, et dont ils devinent qu'on ne les cherchera pas
02:48tout de suite.
02:49Mais les policiers n'ont ni indice, ni potentiel suspect.
02:53Ils commencent par réaliser une enquête de voisinage.
02:56Dans le quartier où ont disparu les trois femmes, ils interrogent les passants, les autres prostituées, de potentiels clients,
03:02et en quelques heures, ils remontent jusqu'à Soumia, une Marocaine de 24 ans, qui leur livre un témoignage saisissant.
03:13Damien, que raconte cette femme aux enquêteurs ?
03:16Alors Soumia, elle va raconter que le soir du samedi 4 octobre,
03:19un client est venu la voir et lui a proposé 200 euros pour qu'elle le suive chez lui.
03:24Elle a refusé, parce que c'est pas tellement l'habitude, et ce client, il est revenu le lendemain,
03:29donc le dimanche 5 octobre, et cette fois-ci, il lui a proposé le double.
03:34À ce moment-là, elle accepte, elle ne le sent pas trop au début,
03:37mais elle dit qu'elle a besoin d'envoyer de l'argent à sa famille.
03:40Oui, parce que Soumia, c'est un profil un peu particulier de prostituée,
03:44c'est une femme qui a un petit garçon de 2 ans,
03:46et elle raconte au policier qu'elle se prostitue par intermittence pour subvenir à ses besoins,
03:51c'est ce qu'on appelle une prostituée occasionnelle,
03:53et qu'elle fait ça parce qu'après avoir quitté son mari, qui lui-même l'a forcé à se
03:57prostituer,
03:58elle s'est retrouvée seule avec son enfant,
03:59donc elle est dans une situation de précarité, de fragilité, elle est vraiment dans le besoin.
04:03Donc ce client qui lui propose d'abord 200 euros, puis 400 euros,
04:08comme elle a besoin d'argent, elle se voit mal en fait refuser cette deuxième proposition.
04:12Et elle dit qu'il a plutôt l'air gentil au départ.
04:14Elle dit qu'il se comporte plutôt bien avec elle, qu'il lui inspire même confiance.
04:18Donc elle accepte finalement de le suivre chez lui,
04:20quand ils arrivent chez lui, en revanche, elle raconte qu'il change complètement de comportement,
04:25il la prend par les cheveux, il la traîne et il la tire, elle le racontera comme un sac poubelle.
04:32Soumya décrit ensuite au policier une agression d'une grande violence.
04:36Elle dit que l'homme la traite de pute, la frappe, y compris au visage.
04:40Puis il la traîne dans la salle de bain.
04:43Là, elle aperçoit une femme inerte dans la baignoire.
04:47Soumya est sûre que cette femme est morte.
04:50Elle a les yeux ouverts qui fixent le plafond, des mèches de cheveux qui lui tombent sur le visage.
04:55J'ai compris que c'était la fin, dit-elle.
04:57L'angoisse est montée, ce n'était pas un mec normal.
05:00J'ai essayé d'être douce, il m'a dit « Toi, tu es gentille. »
05:04Puis « Si tu tentes quelque chose, je te tuerai. Si tu cries, je te tuerai. »
05:09Soumya se retrouve agenouillée sur le sol de la salle de bain, les mains entravées par une corde dans le
05:14dos.
05:15« Je vais te faire comme elle, » lui dit l'homme.
05:17« Elle n'a pas voulu m'écouter. Si tu fais la mariole comme elle, je te tuerai. »
05:23Soumya essaie de raisonner l'agresseur.
05:24Elle lui fait des compliments, tente de l'amadouer.
05:27Elle est terrorisée, mais fait tout pour sauver sa peau.
05:31Le client lui parle de la femme dans la baignoire.
05:33Il précise « C'est pas la première, c'est pas la deuxième, il y a plein de femmes en
05:38bas. »
05:45Soumya détaille comment, après avoir vu le cadavre de la femme,
05:48elle se plie, par ruse, au désir sexuel de son tortionnaire, jusqu'au petit matin.
05:54Avant de la libérer, il la paye, comme convenu, et la prévient.
05:59« Si tu en parles à quelqu'un et le dis à la police, je te retrouverai, je te tuerai.
06:04»
06:05Quelques jours plus tard, l'homme recontacte Soumya et lui fait une proposition à 900 euros.
06:10Sur les conseils de sa sœur, la jeune femme prend rendez-vous avec lui.
06:14Elle compte ainsi le piéger, en envoyant quelqu'un d'autre à sa place.
06:18Un de ses amis s'y rend pour elle.
06:20Mais au lieu et à l'heure dite du rendez-vous, personne.
06:24Après cet épisode, Soumya n'a plus de nouvelles de ce client.
06:32Damien, à l'époque des faits, les prostituées majeures ne peuvent pas être poursuivies en justice pour leur activité,
06:38sauf si elles sont prises en situation de racolage.
06:40Donc la première question qu'on se pose, c'est pourquoi Soumya n'est-elle pas allée porter plainte au
06:46commissariat directement après l'agression ?
06:48Ces prostituées, elles sont toujours dans une situation aux franges de la légalité.
06:52Donc pousser la porte d'un commissariat, c'est pas évident.
06:55Et c'est surtout se reconnaître en tant que prostituée.
06:57Donc elles se disent sans doute que c'est plus d'ennui qu'autre chose.
07:01Donc souvent, les prostituées qui sont agressées comme ça,
07:03elles se taisent et elles changent parfois de quartier.
07:05Elles s'arrêtent pendant un moment et elles reviennent.
07:07Mais c'est de toute façon toujours des femmes fragiles,
07:09parce qu'elles cumulent deux formes de clandestinité.
07:12Dans le cas des victimes marseillaises, celles d'être étrangères,
07:15parfois même d'ailleurs sans document d'identité valable,
07:18et en plus d'exercer une profession aux franges de la légalité.
07:21En plus, Soumya, elle l'a dit elle-même, c'est une prostituée occasionnelle,
07:25qui a un enfant, donc c'est encore plus difficile sans doute pour elle
07:28d'admettre ça et d'aller déposer plainte et quelque part de se présenter comme tel dans un commissariat.
07:33Donc c'est même déjà assez surprenant qu'elle ait osé raconter tout ça aux policiers
07:38lorsqu'elle a été entendue.
07:39Grâce à ce témoignage, les policiers remontent la piste d'un homme.
07:42Les policiers, ils n'ont pas trop de mal à le retrouver puisque Soumya, elle est allée chez lui,
07:46donc elle est capable de dire aux policiers où il vit exactement.
07:49Donc la police va se rendre là-bas et elle va interpeller cet homme le mercredi 12 novembre.
07:54Ils vont tout de suite organiser une confrontation avec Soumya et elle est formelle,
07:59elle le reconnaît, c'est bien l'homme qui l'a agressé et violé un mois plus tôt.
08:06Dans l'appartement du suspect, les policiers ne trouvent pas de traces d'un cadavre.
08:10Mais il y a des bijoux, des sous-vêtements féminins et d'autres objets qui pourraient appartenir aux disparus.
08:16Les enquêteurs présentent ces objets aux proches des trois femmes qui les reconnaissent formellement.
08:21Le meurtrier présumé, lui, nie avoir fréquenté Irina Sitnik, Christina Baouléa et Zineb Shébout.
08:29Mais les analyses ADN le confondent.
08:31Les empreintes génétiques des trois femmes sont bien présentes chez lui.
08:35Le suspect finit par reconnaître avoir eu de simples relations sexuelles avec elle.
08:39Rien de plus, dit-il.
08:41Mais plusieurs passants identifient ce même homme.
08:44Il raconte que, moyennant quelques euros, il leur a emprunté leur téléphone portable quelques minutes.
08:51A chaque fois, il a profité de ce moment pour y glisser la carte SIM du téléphone de ses victimes.
08:56Un moyen de laisser penser que les femmes sont vivantes, libres de leurs mouvements et continuent leurs activités comme avant.
09:06Damien, à ce moment-là, les enquêteurs espèrent retrouver les trois femmes en vie.
09:11Oui, alors en tout cas, c'est ce que déclare le procureur de la République à l'époque.
09:15Il pense peut-être que ces femmes ont été effectivement violentées, mais que, terrorisées par cette agression, elles ont disparu.
09:23Elles sont parties soit dans une autre ville, dans une autre région, ce qui est possible.
09:26D'autant que ce sont des prostituées qui étaient toutes d'origine étrangère.
09:30Il y a une marocaine, une ukrainienne et une roumaine.
09:33Néanmoins, ce suspect, il est quand même mis en examen le vendredi 14 novembre, à l'issue de sa garde
09:38à vue,
09:38pour enlèvement et séquestration sur les trois femmes qui ont disparu,
09:42et viol et violence volontaire avec arme sur Soumya.
09:46Quand on apprend ici, au journal Le Parisien, qui est cet homme, c'est la stupéfaction.
09:51Oui, parce qu'à partir du moment où on va apprendre le nom de cet homme, le nom complet,
09:54c'est-à-dire Patrick Salamé, on va faire quelques recherches et on va découvrir que ce n'est pas
09:59du tout un inconnu.
10:00Et bizarrement, quand on fouille dans nos archives, on retrouve sa trace, et même sa photo,
10:05pour un article qui lui est dédié en 2005, c'est-à-dire trois ans auparavant.
10:10Et il exposait à ce moment-là des toiles, inspirées de son passé carcéral, puisqu'il a passé 16 ans
10:16en prison.
10:17L'enquête sur la disparition des prostituées à Marseille se poursuit.
10:22Des fouilles ont été entreprises aujourd'hui sur un terrain de Patrick Salamé dans le département du Var
10:28et à proximité de sa maison à Marseille.
10:31Patrick Salamé, 51 ans, était présent et c'est le principal suspect dans cette affaire.
10:41Vous venez d'écouter le premier épisode de notre podcast consacré à Patrick Salamé.
10:46Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode, déjà disponible sur leparisien.fr
10:51et sur toutes les plateformes d'écoute.
10:54Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
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