- il y a 2 jours
(Suite et fin) Le 10 janvier 1993, la famille Romand est secourue par les pompiers dans sa ferme de Prévessins (Ain). Quand ces derniers arrivent sur place, il est déjà trop tard pour la mère, Florence, et les enfants, Antoine et Caroline, âgés de 5 et 8 ans. Le père, Jean-Claude, médecin-chercheur pour l’Organisation mondiale de la santé à Genève (Suisse) est en vie, et transporté à l’hôpital.
Quelques heures plus tard, les corps des parents de Jean-Claude Romand sont retrouvés à leur domicile, et les enquêteurs découvrent que Florence et les enfants du couple ont été tués avant le début de l’incendie. Alors qu’il est toujours dans le coma, la police apprend que Jean-Claude Romand n’est pas inscrit dans les registres de l’OMS, ni à l’Ordre des médecins.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA.
Quelques heures plus tard, les corps des parents de Jean-Claude Romand sont retrouvés à leur domicile, et les enquêteurs découvrent que Florence et les enfants du couple ont été tués avant le début de l’incendie. Alors qu’il est toujours dans le coma, la police apprend que Jean-Claude Romand n’est pas inscrit dans les registres de l’OMS, ni à l’Ordre des médecins.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
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00:01Vous écoutez Crime Story, l'affaire Jean-Claude Romand, deuxième et dernier épisode.
00:09En 1993, les gendarmes enquêtent sur Jean-Claude Romand.
00:13Ils sont de plus en plus persuadés que cet homme de 38 ans, retrouvé inconscient dans l'incendie de sa
00:19maison,
00:20avait tué au préalable ses parents, sa femme Florence, et leurs deux enfants de 5 et 8 ans.
00:26L'enquête montre aussi que Jean-Claude Romand s'était inventé une vie depuis plus de 20 ans.
00:32Sa famille et ses amis, et même sa maîtresse, le croyaient médecin à l'OMS, alors qu'il n'a
00:36jamais travaillé.
00:38Dans ce parcours monté de toutes pièces, les enquêteurs sont notamment intrigués par deux événements.
00:43Deux accidents mortels, survenus dans l'entourage du faux médecin.
00:48Des accidents qui n'en sont peut-être pas.
00:53Tout d'abord, il y a celui de Pierre Crolet, le père de sa femme Florence.
00:58Il est mort en 1988, d'une hémorragie cérébrale après une chute,
01:03alors qu'il était seul avec Jean-Claude Romand en Haute-Savoie, dans son chalet de Sévrier.
01:08Après son décès, Florence hérite seule, au détriment de ses deux frères.
01:13Soit 1 300 000 francs pour elle et son mari.
01:17L'un des frères en question, Emmanuel Crolet, s'exprime après la mort de Florence.
01:22Pour nous, il n'y avait rien de suspect dans les faits, dit-il.
01:25Mais nous collaborerons avec la gendarmerie si les enquêteurs ont le moindre doute sur l'accident.
01:30Nous avons vécu pendant des années sur une façade que nous donnait notre beau-frère.
01:35Maintenant, nous nous interrogeons.
01:38L'autre accident est plus récent.
01:40Il s'est déroulé juste à côté de la ferme rénovée où habitait la famille Romand.
01:44Le propriétaire de la bâtisse est mort en juillet 1992,
01:48dans l'incendie de la caravane qu'il avait installée dans le jardin des Romands.
01:52Pour ce décès aussi, les enquêteurs se posent des questions.
01:57Jean-Claude Romand, dont l'État s'améliore de jour en jour,
02:00est transféré dans un hôpital en France, de l'autre côté de la frontière, à Saint-Julien-en-Genevoix.
02:05Mais il ne peut pas encore être entendu.
02:07Les enquêteurs n'ont pas d'autre choix que de formuler des hypothèses pour patienter,
02:12en attendant de pouvoir interroger le premier concerné.
02:15Selon eux, Jean-Claude Romand était pris à la gorge,
02:18incapable de rembourser les sommes qu'on lui avait remises,
02:21après avoir vécu dessus pendant des années.
02:24Finalement, la piste d'un manipulateur lié au crime organisé
02:28s'évanouit au profit de celle d'un mythomane
02:31qui a agi seul et a préféré anéantir son monde
02:34lorsqu'il s'est retrouvé prisonnier de son personnage
02:37plutôt que de faire face à la vérité.
02:42Damien Delsenis, dès le week-end suivant,
02:45huit jours après l'incendie,
02:46Jean-Claude Romand, sorti du coma,
02:48est en état d'être entendu par les enquêteurs.
02:51Il est interrogé dans le secteur pénitentiaire
02:53de l'hôpital Jules-Courmont à Lyon
02:55et il commence par nier avoir tué sa famille.
02:58Oui, au début, il va, en répondant aux questions,
03:01dire que c'est quelqu'un d'autre qui a tué sa femme,
03:04ses deux enfants et ses parents.
03:05Il va d'ailleurs écrire au frère de sa femme
03:08pour dire que sa famille a été massacrée par un homme en noir
03:11et que lui est totalement innocent.
03:13Il va dire aussi, on ne tue pas son père et sa mère,
03:15d'abord en tant que chrétien, puis en tant qu'être humain.
03:17C'est le deuxième commandement de Dieu, explique-t-il.
03:21Mais en fait, l'avocat de Jean-Claude Romand
03:23va expliquer cette version en disant
03:25que cet autre homme, cet homme soi-disant en noir,
03:28en fait, c'est lui, c'est Jean-Claude Romand,
03:30mais qu'il ne l'assume pas encore à ce moment-là.
03:32Le samedi 23 janvier, 15 jours après l'incendie,
03:36il passe aux aveux.
03:37Je suis un monstre, titrait aujourd'hui
03:39Le progrès de Lyon.
03:41C'est ainsi désormais que Jean-Claude Romand
03:43se définit.
03:44Transféré lundi dernier à Lyon
03:45dans l'unité cellulaire de l'hôpital Jules Courmont.
03:48Le faux médecin, à peine sorti du coma,
03:50a été interrogé vendredi pendant 7 heures
03:52par un juge d'instruction.
03:54Jean-Claude Romand a reconnu avoir défoncé
03:56le crâne de son épouse
03:57avec un rouleau à pâtiterie
03:59et assassiné ses enfants
04:00après les avoir longuement embrassés.
04:03La pire des sanctions, c'est que je sois encore en vie.
04:05Je regrette que la peine de mort soit abolie.
04:08A-t-il confié à son avocat ?
04:10À ce moment-là, il est interrogé pendant 7 heures
04:13et il donne des détails.
04:14Oui, parce que les enquêteurs, les gendarmes,
04:16ils ont quand même envie d'avoir autre chose que des aveux.
04:18Ils veulent comprendre un petit peu l'enchaînement des faits.
04:20Donc, il va reconnaître avoir tué sa femme Florence
04:23en la frappant avec un rouleau à pâtisserie.
04:26Puis ses enfants, avec la carabine 22 long rifles,
04:29à l'étage de la maison.
04:30Il va même préciser dans ses aveux
04:33qu'avant de les abattre,
04:34il leur a dit adieu en les serrant dans ses bras.
04:37Il explique que ses trois premiers meurtres,
04:39celui de sa femme et de ses enfants,
04:41n'étaient pas prémédités.
04:43Oui, il serait, selon lui, né d'une dispute
04:45et qu'après avoir, en quelque sorte,
04:48soldé cette dispute en tuant sa femme et ses enfants,
04:50il a pris la route pour tuer son père et sa mère dans le Jura.
04:54Petite précision, il dit qu'il a déjeuné avec eux avant.
04:57Et autre détail assez glaçant de l'enquête,
05:00c'est que sa mère a été tuée alors qu'elle était de face.
05:03Elle a été touchée alors qu'elle était de face.
05:05Donc, on peut imaginer qu'elle a vu
05:07que c'était son fils qui lui tirait dessus
05:09et qui allait la tuer.
05:10Donc, l'enquête, elle est en réalité terminée
05:13puisqu'elle est relativement simple
05:14à partir du moment où les constatations,
05:16les aveux de Jean-Claude Romand
05:18corroborent les premiers éléments de l'enquête.
05:20Donc, le dossier va être renvoyé
05:22devant les assises, devant un jury de cour d'assises.
05:28Le mardi 25 juin 1996,
05:30trois ans et demi après les crimes,
05:32le procès de Jean-Claude Romand s'ouvre à Bourg-en-Bresse,
05:35devant les assises de Lain.
05:36Il a 42 ans.
05:37Bonjour à tous, les assises de Lain
05:39jugent à partir d'aujourd'hui l'une des affaires
05:42les plus incroyables de ces dernières années.
05:44Un mythomane qui se faisait passer pour médecin
05:47depuis plus de 20 ans.
05:4815 membres de sa belle famille sont présents
05:50en tant que partie civile.
05:52Jean-Claude Romand a le droit d'interdire
05:55la présence de photographes à l'ouverture de l'audience.
05:57Il les autorise.
05:59Sur les clichés, on peut voir qu'il a la peau sireuse,
06:02les cheveux gras et grisonnants,
06:04le crâne des garnis et des lunettes cerclées de doré.
06:07Il est vêtu d'un costume sombre,
06:09à le visage blême.
06:11Au moment de prendre la parole,
06:13Jean-Claude Romand baisse les yeux.
06:14Il attrape le micro de ses mains fines et blanches
06:17et s'excuse devant les jurés.
06:19« C'est difficile de faire la biographie
06:21de ce qu'on a tué », dit-il.
06:23Il semble déjà s'infliger une forme de pénitence.
06:27Jean-Claude Romand ne se mure pas du tout dans le silence.
06:30Il s'explique même.
06:32« Oui, j'ai trompé ma femme et mes parents
06:33sur l'homme que j'étais », dit-il.
06:35« J'ai su masquer mon déséquilibre
06:37en une apparence d'équilibre qui a trompé tout le monde.
06:40Je finissais par me voir comme tel
06:42dans le regard des autres. »
06:44Il dit qu'en éliminant les siens,
06:45« Il a brisé d'un coup tous ses miroirs.
06:48J'ai tué tout ce que j'aime,
06:50mais je suis enfin moi. »
06:52Interrogé sur son enfance,
06:54le faux médecin reconnaît
06:55n'avoir jamais manqué de rien.
06:57Il a grandi avec des parents aimants,
06:59dans une famille heureuse.
07:00Il rêvait de reconnaissance et de vie facile.
07:03Au début des années 70,
07:05il échoue dans ses études
07:07pour devenir ingénieur
07:08à l'Office national des forêts.
07:10Pour effacer ce revers,
07:12Jean-Claude Romand décide
07:13de commencer des études de médecine.
07:15Un rêve de notoriété
07:16qui force l'admiration de ses proches.
07:18Ses parents règlent toutes ses dépenses
07:20et lui achètent un appartement à Lyon,
07:22où il est inscrit à la fac.
07:24Mais Jean-Claude Romand peine
07:25et ne dépassera jamais la deuxième année.
07:28Pour ne pas se présenter
07:29à l'examen de passage en troisième année,
07:31il prétexte une panne de réveil.
07:33« C'est là que l'imposture a commencé » dit-il.
07:35On est alors en 1974.
07:48À partir de 1975,
07:50il fête tous les ans
07:51des réussites fictives aux examens.
07:53Il s'invente une maladie,
07:55une tumeur cancéreuse,
07:56un lymphome qui l'empêche
07:57de se présenter à certains examens.
07:59Et au début des années 1980,
08:02il s'installe avec sa femme
08:03à Préves Saint.
08:04Oui, alors là, elle,
08:05elle va enchaîner les remplacements
08:07dans des pharmacies des environs.
08:09Lui, il ne souhaite pas ouvrir de cabinet,
08:10ce qu'on comprend un peu mieux aujourd'hui.
08:12Mais il se fait faire un tampon de praticien.
08:15Il va aussi s'inscrire
08:16à l'Automobile Club Médical.
08:18Il s'abonne à des revues spécialisées
08:20et explique à son épouse
08:22qu'il a été recruté au siège de l'OMS,
08:24l'Organisation Mondiale de la Santé,
08:26comme une sorte de chercheur itinérant
08:29responsable d'un programme de radiologie.
08:32Leurs deux enfants naissent,
08:33donc c'est une vie de famille qui commence,
08:34mais une vie de famille,
08:35ça coûte de l'argent.
08:36Et Jean-Claude Romand,
08:37en réalité, il ne travaille pas.
08:38Donc il va un peu apprendre à vivre
08:41en dépouillant finalement les siens,
08:43notamment sa propre famille,
08:45sa belle famille.
08:46Eux, ils font une confiance
08:48totalement aveugle
08:49à ce chercheur assez brillant
08:50et en même temps assez discret
08:52qui n'étale pas sa science,
08:54mais qui a l'air d'occuper
08:55un poste important
08:57et qui est donc à même
08:58de placer leur argent
08:59dans ces discrètes banques suisses
09:01auxquelles lui a accès
09:03de par son métier.
09:04Et en fait, il va faire
09:05ce que font souvent les escrocs
09:06qui sont dans des schémas financiers
09:08comme ça,
09:09c'est qu'ils remboursent les uns
09:11avec l'argent qu'il a pris aux autres.
09:14En même temps, il faut quand même
09:15vivre et assurer la vie
09:17de sa famille avec ce pactole.
09:20Il faut donner aussi
09:21quelques signes extérieurs,
09:22donc il va louer cette BMW
09:25qui va présenter à toute sa famille
09:27comme une voiture de fonction
09:28et il va aussi financer les vacances,
09:31les voyages du couple et de la famille
09:33et également l'école privée
09:35de ses deux enfants.
09:36C'est sa maîtresse Chantal
09:37qui va jouer le rôle
09:39de détonateur en quelque sorte ?
09:41Oui, parce que Chantal,
09:42ça va être le grain de sable
09:43dans cette mécanique-là.
09:45Il la rencontre en 1990,
09:46elle devient sa maîtresse
09:47et elle va elle aussi
09:49rentrer dans le système romand
09:51en lui demandant
09:52de placer une somme d'argent en Suisse.
09:54Sauf qu'à la fin de l'année 92,
09:56elle souhaite récupérer cet argent.
09:58C'est là où plus rien ne va
10:00puisque Jean-Claude Roubant,
10:01cet argent, il ne l'a plus
10:02puisqu'il l'a utilisé
10:04pour financer sa vie
10:05et celle de sa famille.
10:07Et là, il comprend
10:07qu'il est dans un espèce
10:09de cul-de-sac
10:10et qu'il va devoir dire
10:12à tout le monde,
10:12à toute sa famille,
10:13à ses amis
10:14qu'il leur remand depuis 20 ans
10:15qu'il n'a plus d'argent,
10:17que leur argent à eux,
10:18il a été dilapidé.
10:19Et donc,
10:20au moment des fêtes de Noël,
10:22entre Noël et le jour de l'an,
10:23il va brûler un certain nombre
10:24de papiers dans la cheminée.
10:26Et en quelque sorte,
10:27c'est les actes un peu préparatoires
10:29de la suppression
10:31de toute cette vie d'illusion
10:33qu'il a montée depuis des années.
10:34Il dira d'ailleurs de ça,
10:36parfois,
10:37on peut dire un mensonge
10:38pour faire plaisir,
10:39pour voir la joie
10:40dans les yeux de l'autre.
10:41C'est ce mensonge
10:42qui est à l'origine
10:43des cinq morts.
10:43Au troisième jour
10:45de son procès,
10:46le jeudi 27 juin 1996,
10:48devant la cour d'assises,
10:50il raconte la fameuse nuit
10:51où il a tué
10:52les membres de sa famille.
10:54C'est évidemment
10:54les moments clés
10:55des moments clés
10:56de ce procès.
10:57Alors,
10:57il a commencé à raconter
10:59que les enfants
10:59sont venus le chercher
11:00dans la salle de bain,
11:01qu'il est allé avec eux
11:03regarder une cassette
11:04dans le salon,
11:04une cassette de Walt Disney
11:05à la télé.
11:06Ils se sont d'ailleurs
11:07mis sur le canapé,
11:08ils se sont fait un câlin,
11:09enfin,
11:09il décrit une soirée familiale
11:11plutôt normale.
11:11Puis,
11:12il a dit à Caroline,
11:13l'aîné,
11:14de monter dans la chambre
11:16avec son frère.
11:17Et au moment où
11:18il fait le récit
11:19de cet acte terrible,
11:20il est dans le box
11:21et là,
11:21il va se mettre
11:22à chanceler un peu,
11:23à tituber,
11:24à suffoquer.
11:25Il va se prendre
11:25la tête dans les mains.
11:26Il va continuer en disant
11:28« C'est à ce moment-là,
11:29je vais chercher la carabine »
11:30et là,
11:30il se met à hurler
11:31dans le box.
11:31C'est une scène
11:32qui, évidemment,
11:33est très impressionnante
11:34pour les jurés,
11:34pour le public.
11:35Et il va d'ailleurs
11:37finir par être évacué,
11:38presque inconscient
11:39et on va suspendre
11:42quand Jean-Claude Romand
11:43revient après son malaise.
11:45Il raconte
11:46qu'il a d'abord
11:46tué sa femme
11:47dans la nuit
11:47du vendredi 8
11:48au samedi 9 janvier 93
11:50puis qu'il a tué
11:51les enfants
11:52le samedi matin
11:53avant d'aller déjeuner
11:54chez ses parents
11:55et de les tuer aussi.
11:57Mais il ne se souvient
11:58pas très bien.
11:59Oui,
11:59il n'est pas toujours
11:59très précis
12:00dans la chronologie.
12:01Il dit
12:01« Bon, je sais bien
12:02que c'est moi
12:03mais ça me semble impossible.
12:05C'est une violence
12:05qui me dépasse. »
12:07En fait,
12:07il semble presque réaliser
12:09ce qu'il fait
12:10au moment
12:10où il est obligé
12:11de décrire
12:12avec précision
12:13l'enchaînement
12:14de ses meurtres.
12:15Il va ajouter
12:16d'ailleurs
12:17à un moment donné
12:18pour souligner
12:19que voilà
12:19l'espèce de déséquilibre
12:20dans lequel il est
12:21il va dire
12:21qu'il a tué sa fille
12:23Caroline
12:23mais qu'en même temps
12:24il dit
12:24« Quand elle est née
12:25ça a été le plus beau jour
12:26de ma vie
12:27et c'est moi
12:28qui l'ai tué
12:28c'est moi qui ai tiré
12:29c'est moi qui l'ai tué. »
12:31L'avocat général
12:32semble considérer
12:33qu'il joue un peu la comédie.
12:35En tout cas,
12:35l'avocat général
12:36il va lui souligner
12:38plutôt l'image
12:39de Jean-Claude Romand
12:40qui est la sienne
12:41qui est celle plutôt
12:42d'un meurtrier
12:42assez méthodique
12:43assez froid
12:44qui va quand même
12:46aller acheter
12:46les journaux
12:47et relever
12:47la boîte aux lettres
12:48alors qu'il a déjà
12:49massacré sa femme
12:50et ses enfants
12:51qui va quand même
12:52ensuite prendre sa voiture
12:53rouler une heure et demie
12:54pour aller tuer ses parents
12:55aussi froidement
12:57dans le Jura
12:58et finalement
12:59l'avocat général
13:00il va aussi inciter
13:01sur un autre point
13:02lui il ne croit pas du tout
13:03à la tentative de suicide
13:05de Jean-Claude Romand
13:06après tout ça
13:06quand il s'asperche d'essence
13:07et qu'il se laisse
13:08en quelque sorte
13:10enfermer dans la maison
13:11en flamme
13:11il va même imaginer
13:12que ça peut être
13:13une espèce de mise en scène
13:15supplémentaire
13:15de la part de Romand
13:18exceptionnellement placée
13:19à la fin des débats
13:21les analyses des experts psychiatres
13:23très attendues
13:24interviennent le lundi 1er juillet
13:26et elles sont décevantes
13:28ou à minima peu éclairantes
13:29les trois collèges d'experts
13:31voient chacun
13:32une personnalité narcissique
13:33le docteur Pierre Lamotte
13:35parle d'un fonctionnement pervers
13:37en ajoutant que
13:38Jean-Claude Romand
13:39n'est pas un pervers
13:40parce qu'il ne tire
13:41aucune satisfaction
13:42de ses actes
13:42il ajoute
13:44qu'il ne faut pas tenter systématiquement
13:46de placer une logique
13:47sur un comportement irrationnel
13:49un autre psychiatre
13:51donne une analyse
13:52à peine plus sommaire
13:53que celle de son confrère
13:54la tricherie allait éclater
13:56perdre la face
13:57c'est perdre tout
13:58les meurtres
13:59ou le suicide
14:00quelque part
14:01ça revient au même
14:03le mardi 2 juillet
14:05en début de soirée
14:06les jurés se retirent
14:08Jean-Claude Romand
14:09demande pardon à la famille
14:10tout en affirmant savoir
14:12que ce pardon
14:12ne viendra peut-être
14:14qu'après sa mort
14:15il déclare
14:16je comprends que mes paroles
14:18comme ma survie
14:19rajoutent au scandale
14:20de l'horreur de mes actes
14:234 heures plus tard
14:24les jurés reviennent
14:25dans la salle d'audience
14:26de Bourg-en-Bresse
14:26Jean-Claude Romand
14:28est condamné
14:28à la réclusion criminelle
14:30à perpétuité
14:30assorti d'une peine de sûreté
14:32de 22 ans
14:33celui en qui
14:34les experts psychiatres
14:35ont vu une rage narcissique
14:36qu'un invraisemblable aveuglement
14:38ou une monstrueuse dynamique
14:39de succès
14:40Jean-Claude Romand
14:41a été condamné mardi soir
14:42par la cour d'assises de Lens
14:43à la réclusion criminelle
14:45à perpétuité
14:45assorti d'une période
14:46de sûreté
14:47de 22 ans
14:48on l'envoie purger sa peine
14:49à la maison centrale
14:50de Saint-Maur
14:51dans l'Indre
14:52à côté de Châteauroux
14:53c'est un détenu discret
14:55poli
14:55plutôt effacé
14:57au tout début
14:58il ne sort jamais
14:59de sa cellule
15:00à la centrale de Saint-Maur
15:02Jean-Claude Romand
15:03est studieux
15:04il apprend le japonais
15:05étudie la philosophie
15:06décroche un diplôme
15:08en informatique
15:09niveau Bac plus 4
15:10dans la journée
15:12il travaille à l'atelier
15:13du son de la prison
15:14où il restaure
15:15des archives de l'INA
15:15et forme les nouveaux arrivants
15:18déjà catholique
15:19il se plonge dans la religion
15:20des images pieuses
15:22couvrent les murs
15:22de sa cellule
15:23chaque dimanche matin
15:25sa télévision diffuse
15:26le jour du seigneur
15:28il téléphone rarement
15:30n'a que 4 numéros
15:31son avocat
15:32deux amis
15:33et le conservatoire national
15:34des arts et métiers
15:35avec lequel il a passé
15:36ses diplômes
15:37entre 2005 et 2013
15:40il bénéficie de seulement
15:4211 rencontres au parloir
15:44principalement
15:45de visiteuses catholiques
15:46sa période de sûreté
15:48s'achève en 2015
15:49le 8 février 2019
15:52le tribunal d'application
15:54des peines de Châteauroux
15:54refuse la demande de libération
15:57formulée par Jean-Claude Romand
15:59le jeudi 25 avril
16:01de la même année
16:01la cour d'appel de Bourges
16:03l'accepte
16:05après 26 ans
16:06derrière les barreaux
16:07il va retrouver la liberté
16:10la demande de libération
16:11conditionnelle
16:12de Jean-Claude Romand
16:13vient d'être acceptée
16:14par la cour d'appel de Bourges
16:15elle lui avait été refusée
16:17en première instance
16:18et aujourd'hui
16:18son avocat estime
16:20que la justice
16:20a fait son travail
16:22pas de triomphalisme
16:23et je peux vous dire
16:24que le sentiment
16:25que j'exprime à cet instant
16:26c'est le sentiment
16:27également de Jean-Claude Romand
16:28Jean-Claude Romand
16:29est bouleversé
16:30il n'est pas heureux
16:31il est malheureux
16:33il est bouleversé
16:34c'est une souffrance
16:35à l'état pur
16:36alors je sais que
16:36les victimes souffrent aussi
16:38je sais qu'elles désapprouvent
16:39cette décision
16:41Damien
16:42quand on est condamné
16:43à la perpétuité
16:44ça ne veut pas dire
16:45qu'on va forcément
16:46passer toute sa vie
16:47en prison
16:47non
16:47et le parcours carcéral
16:49de Jean-Claude Romand
16:50finalement
16:50il est dans la norme
16:51il a été condamné
16:52vous l'avez dit
16:53à perpétuité
16:54avec 22 ans de sûreté
16:55alors qu'est-ce que ça signifie
16:56c'est qu'en fait
16:57quand on a 22 ans de sûreté
16:59on commence à bénéficier
17:00de remises de peine
17:01à partir de 22 ans
17:03de détention
17:03donc on fait à coup sûr
17:0422 ans de détention
17:05et ensuite
17:06s'enclenche un processus
17:08où on commence
17:09à pouvoir bénéficier
17:10d'un certain nombre
17:10de remises de peine
17:11et ça c'est au magistrat
17:12de l'application des peines
17:13aux psy aussi
17:14les psychologues
17:15et les psychiatres
17:16qui suivent en prison
17:17Jean-Claude Romand
17:18d'évaluer
17:19s'il est encore dangereux
17:21pour la société
17:22donc s'il peut sortir
17:24s'il peut retrouver
17:24la liberté
17:25et pour retrouver
17:26la liberté
17:27souvent
17:27mais c'est même obligatoire
17:28il faut un projet
17:29à la sortie
17:30un projet à la fois
17:31professionnel
17:32mais aussi
17:32une résidence
17:33quelque part
17:34où on puisse vivre
17:35Est-ce qu'on sait
17:36quels sont les projets
17:37de Jean-Claude Romand
17:37quand il demande
17:38à sortir de prison ?
17:39Dans un premier temps
17:40il avait envisagé
17:41de travailler
17:42pour la communauté
17:43Emmaüs
17:43de Déolse
17:44à quelques kilomètres
17:45d'ailleurs
17:46de la prison
17:46où il était incarcéré
17:48mais comme la nouvelle
17:49s'est ébrutée
17:50et comme c'est un lieu
17:51ouvert au public
17:52on craignait
17:54que ça devienne
17:54une sorte d'attraction
17:55que des gens viennent
17:56dans cette communauté
17:57Emmaüs
17:57simplement pour voir
17:58la créature
17:59Jean-Claude Romand
18:00donc ce projet
18:01a été abandonné
18:02et finalement
18:03il a monté
18:04un autre projet
18:05qui était un projet
18:06d'être hébergé
18:07dans l'abbaye
18:08bénédictine
18:09de Fongombeau
18:10cette abbaye
18:11elle est située
18:11dans le parc régional
18:13de la Brenne
18:14toujours dans l'Indre
18:14et une partie du monastère
18:16est fermée au public
18:18Oui c'est ça
18:18c'est un monastère
18:19qui à la fois
18:20accueille du public
18:21pour des retraites
18:22ou pour des visites
18:23mais effectivement
18:23toute une partie
18:24du bâtiment
18:25est réservée
18:26à une cinquantaine
18:27de moines
18:27de la congrégation
18:28de Solem
18:29qui vivent là
18:30en quasi autarcie
18:31qui ont leur propre
18:33culture
18:34etc
18:34c'est des moines
18:35assez traditionnalistes
18:36qui portent encore
18:37la robe noire
18:38et qui chantent
18:38la messe en latin
18:39et lui
18:40il va passer
18:41ses deux premières années
18:42d'homme libre
18:43là-bas
18:43sous surveillance électronique
18:45En 2021
18:46il est entendu
18:47dans le cadre
18:47d'une toute autre affaire
18:49totalement hors norme
18:50elle aussi
18:51Il va recevoir
18:52la visite
18:52de policiers
18:53de la police judiciaire
18:54de la direction
18:55de la police judiciaire
18:56qui travaille sur l'enquête
18:57sur Xavier Dupont
18:58de Ligonnès
18:59Alors pourquoi ?
19:00C'est parce qu'en réalité
19:00les policiers
19:01ils travaillent
19:02dans la traque
19:03de XDDL
19:04sur un certain nombre
19:05d'abbayes en France
19:06où ils estiment
19:07que potentiellement
19:08s'il est toujours en vie
19:10Xavier Dupont de Ligonnès
19:11pourrait avoir trouvé refuge
19:12pourrait s'y être caché
19:13et l'abbaye de Fongombeau
19:15elle fait partie
19:16de ces abbayes
19:17que surveille
19:18ou en tout cas
19:18sur lesquelles
19:19les policiers
19:19en charge de l'enquête
19:20XDDL
19:21travaillent
19:21et ils vont
19:22se rapprocher
19:24de Jean-Claude Romand
19:24puisqu'il a vécu
19:25deux ans
19:26dans cette abbaye
19:26et surtout parce que
19:28quand le sujet
19:28a été évoqué
19:30avant que les policiers
19:31viennent par d'autres personnes
19:32avec Jean-Claude Romand
19:33il avait eu
19:33soi-disant
19:34un comportement
19:35un peu étrange
19:35donc les policiers
19:36vont aller le voir
19:37vont l'interroger
19:37de manière très officielle
19:38pour dire
19:38voilà
19:39est-ce que vous avez entendu
19:40parler du passage
19:41de XDDL
19:42dans cette abbaye
19:43est-ce que vous-même
19:44vous avez pu le croiser
19:45pourquoi pas parmi les moines
19:46c'est une audition
19:47qui est très courte
19:47parce que Jean-Claude Romand
19:48va dire
19:48moi j'ai jamais
19:49ni entendu parler de lui
19:50comme étant un pensionnaire
19:52ou étant passé à l'abbaye
19:53et évidemment
19:53je ne l'ai jamais rencontré
19:55Depuis cet épisode
19:56il a quitté l'abbaye
19:58de Fongombo
19:59est-ce qu'on sait
19:59où il est
20:00et ce qu'il fait ?
20:01Il vit dans l'Indre
20:02on ne sait pas précisément
20:03où
20:04parce que
20:04voilà
20:05c'est une partie
20:05d'une forme de protection
20:06de tranquillité
20:07qu'on lui laisse
20:08on sait qu'il est à la retraite
20:09qu'il gagne environ
20:10800 euros par mois
20:12c'est un aménagement de peine
20:14qui se déroule
20:14assez normalement
20:15les rares proches
20:17ou les rares personnes
20:18qui sont encore
20:19en contact avec lui
20:20précisent
20:21qu'il vit reclus
20:22et qu'en gros
20:23il ne demande pas autre chose
20:24qu'on lui fiche la paix
20:27d'après un ami
20:28qui avait rencontré
20:28notre consoeur
20:29du Parisien
20:30Ariane Rioux
20:31l'année dernière
20:32en gros
20:33il ne demande qu'une chose
20:34il veut finir sa vie tranquille
20:36il vit avec le poids
20:37de ce qu'il a fait
20:38et quand on lui pose
20:39la question à cet homme
20:40de savoir
20:40s'il s'est fait des amis
20:41il s'agace un peu
20:42il dit
20:42mais est-ce que vous
20:43vous deviendriez amis
20:44avec quelqu'un comme lui
20:45et d'après ceux
20:47qui le voient
20:47il passe une grosse partie
20:49de ses journées
20:49en fait enfermé chez lui
20:51où il lit
20:52où il prie
20:53puisqu'on sait qu'il s'est
20:54beaucoup tourné vers la religion
20:55notamment pendant sa détention
20:56et la seule sortie
20:58qu'il s'accorde
20:59c'est de faire
21:00le tour du pâté de maison
21:02dans un sens
21:02puis dans l'autre
21:04ses voisins
21:04ou ceux qui le voient
21:05de temps en temps
21:06disent bah sa vie
21:07en fait elle n'a pas
21:08vraiment d'intérêt
21:09c'est un peu solitude
21:10et silence
21:11il se cache
21:12et en réalité
21:13il se cachera sans doute
21:13comme cela
21:14jusqu'à sa mort
21:17Pendant 9 ans
21:18Jean-Claude Romand
21:19doit répondre
21:20aux convocations
21:20du juge d'application
21:21des peines de Châteauroux
21:22il doit prévenir
21:24de ses changements
21:24de résidence
21:25ou de ses déplacements
21:26de plus de 15 jours
21:27il doit encore payer
21:29ses dettes aussi
21:31557 064 euros
21:32qu'il rembourse
21:33depuis 2009
21:34à hauteur de 60 euros
21:35par mois
21:36il n'a pas le droit
21:37d'entrer en contact
21:38avec les proches
21:39des victimes
21:39de communiquer
21:41dans les médias
21:41sur les actes
21:42pour lesquels
21:42il a été condamné
21:43ou de se rendre
21:44en Ile-de-France
21:45en Bourgogne-Franche-Comté
21:47et en Auvergne-Rhône-Alpes
21:59Vous venez d'écouter
22:00Crime Story
22:01le podcast fait divers
22:02du Parisien
22:03avec à la production
22:04Emma Jacob
22:05et Thibaut Lambert
22:06à la réalisation
22:07Julien Moncouquiole
22:09et à la rédaction
22:10en chef
22:10Jules Lavi
22:11Si vous avez aimé
22:12cet épisode
22:13vous pouvez nous le dire
22:14avec des petites étoiles
22:15ou en nous laissant
22:16des commentaires
22:17Vous pouvez également
22:18vous rendre sur notre site
22:20si vous voulez connaître
22:21les références
22:21qui nous ont permis
22:22d'écrire cet épisode
22:23Crime Story
22:24est un podcast raconté
22:26avec Damien Delsenis
22:27et à retrouver
22:28chaque samedi
22:29sur leparisien.fr
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22:32et sur toutes
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