Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 semaines
Dans la vallée de la Sambre, à la frontière Belge, un mystérieux violeur en série a fait des dizaines de victimes entre la fin des années 1980 et 2018. Pendant des décennies, les enquêteurs sont restés impuissants, malgré les témoignages, un portrait robot précis, et l’ADN de l’agresseur. Si l’enquête a été si longue, si difficile, c’est sans doute, parce que sans le savoir, les policiers étaient à la recherche de Monsieur Tout-le-Monde. Récit de Timothée Boutry, du service Police-Justice du Parisien. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Stéphane Geneste - Production : Clara Garnier-Amouroux et Marion Bothorel - Réalisation et mixage : Alexandre ferreira - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : RTL.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:14Dans la vallée de la Sambre, à la frontière belge, entre la fin des années 80 et 2018,
00:20un mystérieux violeur en série a fait des dizaines de victimes.
00:23Pendant des décennies, les enquêteurs sont restés impuissants malgré les témoignages,
00:28un portrait robot précis et l'ADN de l'agresseur.
00:32Si l'enquête a été si longue, si difficile, c'est sans doute parce que les policiers, sans le savoir,
00:37étaient à la recherche de M. Tout-le-Monde, récit de Timothée Boutry du service police-justice du Parisien.
00:46Timothée Boutry, cette affaire commence près de Maubeuge en 1988.
00:51Oui, on va se rendre compte qu'il y a une série de viols et d'agressions sexuelles ou de
00:55tentatives
00:55qui ont lieu autour de Maubeuge et dans la vallée de la Sambre, dans le département du Nord.
00:59Il y a un cas, puis un autre, puis un autre, et voilà, ça commence à inquiéter un petit peu
01:03les enquêteurs.
01:04Les enquêteurs remarquent que l'effet se déroule toujours dans un même secteur.
01:07Oui, en fait, ça suit la vallée de la Sambre, une rivière qui est transfrontalière,
01:12qui traverse le Nord et la Belgique,
01:14et qu'il y a plusieurs villes qui sont le théâtre d'agressions sexuelles et de viol.
01:19À quoi ressemble l'endroit ?
01:20C'est pas la région la plus favorisée du Nord, c'est une région industrielle, historiquement,
01:27et qui a quand même souffert dans les années 60-70 de la désindustrialisation.
01:31C'est un territoire un petit peu en difficulté, mais avec des villes attachantes, Maubeuge,
01:37qui ont quand même pas mal souffert de ce passé.
01:40Il y a des viols donc dans la vallée de la Sambre, il y en a aussi en Belgique.
01:43Oui, il y a aussi des cas en Belgique relativement similaires.
01:47On a l'impression d'un agresseur qui ne connaît pas de frontière,
01:51mais historiquement, la frontière, elle n'existe pas beaucoup,
01:53parce que tout le monde a l'habitude de la traverser, et il n'y a pas vraiment d'obstacle.
01:57Ces viols suivent toujours le même mode opératoire ?
02:00Oui, exactement, et très vite, les enquêteurs vont se rendre compte que l'auteur agit au petit matin,
02:06vraiment autour de 6h du matin, 6-7h, et essentiellement pendant l'hiver, d'octobre à février.
02:12Les actes se commettent toujours de la même manière, c'est-à-dire que l'auteur agit à visage découvert,
02:17mais de dos, il attrape ses victimes par l'arrière, il les étrangle,
02:21soit avec le bras, soit avec une cordelette parfois, parfois il est violente.
02:25Ça s'accompagne soit d'agressions sexuelles, donc d'attouchements,
02:29soit dans plusieurs cas aussi de viols caractérisés.
02:32Mais c'est effectivement toujours de la même manière, toujours à la même heure,
02:35et toujours à la même période de l'année.
02:36J'en ai travaillé comme d'habitude, et puis je suis rentrée dans de la salle,
02:40il m'a sauté dans le dos, il m'a coupé la respiration,
02:42puis il m'a mis le couteau sur la gauche, il m'a dit « si tu parles, je te
02:44tue ».
02:45Il m'a attaché les mains par derrière, les pieds, puis je voulais voir son visage,
02:48il se mettait toujours en retrait, je ne veux pas voir son visage.
02:50Il me disait « tu vas fermer ta gueule », tout ça, il me tapait bien sûr.
02:53Il m'a étranglé carrément, alors quand j'étais sur le dos.
02:56Que fait l'auteur juste après ces agressions sexuelles ou ces viols ?
03:01Après avoir commis ces méfaits, attouchements ou viols,
03:04il arrive que l'auteur demande à ses victimes de fermer les yeux,
03:07de leur demander de compter jusqu'à 30, 40 ou 50, ça dépend.
03:10Et quand elles réouvrent les yeux, leur agresseur a disparu.
03:17Les enquêteurs ont la conviction qu'ils travaillent sur un seul et même agresseur,
03:21ils vont même lui donner un surnom.
03:22Ça va être le violeur de la Sambre, en fait, c'est le nom qu'on lui donne
03:26puisqu'il agit toujours dans la vallée de la Sambre.
03:28Et les enquêteurs belges aussi lui donnent un surnom ?
03:30Oui, en Belgique, on l'appelle le violeur à la corde de l'aide
03:32puisque pour être anglais, ses victimes, il utilise soit son bras, soit un lien.
03:38Est-ce que les victimes ont toutes le même profil ?
03:41Non, c'est ce qui va dérouter aussi les enquêteurs.
03:44On a des mineurs, la plus jeune de ces victimes à 13 ans,
03:48et des femmes plus âgées, 40, 50 ans.
03:51Donc il n'y a vraiment pas de profil type, si ce n'est que c'est que des femmes.
04:01On est au milieu des années 90, les viols et agressions sexuelles continuent
04:05et de l'ADN va être prélevés sur plusieurs victimes.
04:08Oui, les enquêteurs vont disposer assez vite d'une trace ADN,
04:11c'est-à-dire qu'il y a une enquête qui est officiellement ouverte par la justice en 1996
04:15et que des prélèvements sont effectués sur les cas qui vont être recensés à ce moment-là,
04:20sur cinq agressions différentes, c'est le même ADN, donc on sait que c'est le même auteur.
04:24Concrètement, comment on trouve de l'ADN ?
04:25Sur plusieurs scènes de crime, les enquêteurs vont retrouver des traces de sperme
04:28et qu'ils vont recueillir et analyser.
04:32Une information judiciaire est donc ouverte pour réunir tous ces dossiers ?
04:35Effectivement, il y a une enquête qui est ouverte par le parquet d'Aventurelp en 1996
04:40et à ce moment-là, ne sont pris en compte que les faits à partir de 1996.
04:46Et là, il y en a plusieurs, 1996, 1997, 1998,
04:49et la juge d'instruction, c'est la même qui est saisie d'agressions sexuelles
04:54et qui se dit « tiens, je pense que c'est la même chose, donc je le joins à mon
04:57enquête ».
04:57Et parfois, l'ADN confirme, donc là, c'est évident qu'on a le même auteur,
05:01parfois non, mais la juge se dit « bon, le mode opératoire est quand même extrêmement similaire,
05:05donc moi, je considère que ça va être joint à mon enquête ».
05:08Donc c'est pour ça que, petit à petit, il y a plusieurs cas qui s'agrègent
05:11et que l'enquête s'épaissit et le nombre de cas est étoffé.
05:19Quel policier travaille donc sur ce violeur en série ?
05:22C'est la PJ de Lille qui est saisie de ce dossier.
05:24Et historiquement, c'est un dossier qui a beaucoup marqué les enquêteurs
05:28et qui s'est succédé d'enquêteur en enquêteur.
05:30C'est vraiment le service pilote de toute cette enquête.
05:32Après l'ouverture de cette enquête en 1996, un premier portrait robot est diffusé.
05:37Assez rapidement, il y a un portrait robot puisqu'il agit, certes par derrière,
05:41mais à visage découvert.
05:42Donc parfois, les victimes l'aperçoivent.
05:43Et c'est un homme qui a, à l'époque, 35 ans environ,
05:48des garnis, le visage ovale, pas de moustache, pas d'accent particulier,
05:53le nez un peu épaté.
05:55Et les différents portraits robots qui se sont réalisés,
05:58parce qu'il y en a quatre en tout, sont assez similaires.
06:00Donc là encore, ça corrobore l'idée d'un auteur unique.
06:03Et les enquêteurs cherchent une voiture bien précise ?
06:06Oui, parce qu'une des victimes décrit la présence d'une Renault 21 ou Renault 25 de couleur claire.
06:14Il va y avoir un énorme travail d'enquête des policiers pour essayer d'identifier ce véhicule.
06:18On va essayer de recenser tous les détenteurs de Renault 21 dans le département,
06:22les passer au crible, voir si ça correspond à des gens qui sont connus pour des agressions sexuelles.
06:27Donc il y a vraiment un gros, gros travail d'enquête sur cette voiture,
06:30mais qui ne va rien donner finalement.
06:36On arrive au début des années 2000, les viols continuent.
06:38La série est assez aléatoire, mais il n'y a jamais des interruptions très longues.
06:42Donc en fait, en 2002, il y a des cas par exemple, l'auteur continue à sévir dans la région.
06:47Toujours ce même mode opératoire ?
06:49Oui, toujours des femmes, toujours dodo, toujours l'hiver, toujours au petit matin.
06:53Mais en 2003, l'enquête s'arrête ?
06:55Oui, en 2003, faute d'identifier un suspect, l'enquête se clôture par un non-lieu.
07:00En gros, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu l'écart, ça c'est sûr.
07:03Mais la justice, les enquêteurs n'ont pas réussi à identifier leur auteur.
07:07Donc de guerre lasse, la justice clôture l'enquête.
07:10En février 2006, les policiers belges contactent leurs homologues français. Pourquoi ?
07:16Parce que les belges eux aussi se rendent compte qu'ils ont une série d'agressions à la frontière.
07:20Là encore, ils constatent que le mode opératoire est souvent le même, le matin, tôt, par derrière.
07:24Et donc, ils vont alerter leurs homologues français qui se disent
07:27« Bon, là, effectivement, on a sans doute affaire aux mêmes hauteurs. »
07:30Et donc, immédiatement, l'enquête est rouverte.
07:32Donc 2006, nouvelle ouverture de la même information judiciaire.
07:34Donc voilà, il n'y aura pas de problème de prescription,
07:37puisque l'enquête, finalement, a quasiment toujours vécu, hormis cette interruption de trois ans.
07:40Et que se passe-t-il dans les années qui suivent ?
07:42Malheureusement, pas grand-chose, finalement.
07:44Parce qu'il y aura toujours des enquêtes qui sont faites,
07:46des services centraux de la police qui sont saisis
07:49pour essayer de voir s'il y a une ligne forte qui se dessine sur cette série d'agressions sexuelles.
07:54Et effectivement, ça ne leur permet pas d'aboutir à trouver l'auteur.
07:57Même s'ils vont faire des recherches ciblées, par exemple,
08:00comme les fées ont toujours lieu au petit matin.
08:02Ils vont se dire peut-être que c'est quelqu'un qui travaille de nuit
08:04et qui agit à la sortie du travail.
08:06Donc, il y a des recherches, des réquisitions qui sont faites auprès des entreprises de la région
08:09pour avoir des listings du personnel de nuit, par exemple.
08:11Ça, c'est des choses qui vont être faites pendant cette enquête.
08:14Et après 2012, on n'entend plus parler des agissements du violeur de la cendre.
08:18Oui, il n'y a plus de cas qui sont recensés après 2012.
08:20Effectivement, la série semble s'arrêter.
08:22Pas de nouvelles agressions sexuelles ou de viols commis, selon ce mode opératoire, évidemment.
08:30En février 2018, tout bascule.
08:32Grâce, une nouvelle fois, à la Belgique.
08:34Parce que début février 2018, une nouvelle agression sexuelle,
08:38un viol même, est commis à Ercoline, à la frontière belge.
08:41Et il va y avoir un signalement qui va être fait aux policiers français assez vite.
08:45Là encore, cette idée de mode opératoire similaire.
08:49Et les enquêteurs belges ont là un élément qui va s'avérer déterminant, c'est une voiture.
08:54Quelle voiture ?
08:55Alors, c'est une voiture immatriculée en France,
08:57où il apparaît une plaque minéralogique.
09:00Pas en entier, mais c'est suffisant pour que, grâce à cet élément,
09:05les policiers français puissent remonter jusqu'aux propriétaires de cette voiture.
09:08Comment les enquêteurs belges sont arrivés à cette voiture ?
09:10Grâce à de la vidéosurveillance.
09:12En fait, ils se rendent compte que l'agression a eu lieu près de la gare d'Ercoline
09:15et qu'il y a une voiture immatriculée en France
09:17qui pourrait bien être celle de l'auteur de l'agression.
09:20Et ils arrivent à identifier, grâce aux caméras, un morceau de plaque minéralogique.
09:23Ils transmettent l'information à leurs homologues français.
09:26Les français, grâce à ce morceau de plaque, vont réussir à identifier la plaque en entier
09:30et à remonter jusqu'à propriétaires de la voiture.
09:33Que font les policiers français ?
09:34Alors, ils vont chercher, ils vont trouver cette voiture.
09:36Ils vont la trouver garée devant une maison à Pont-sur-Sambre
09:40et ils vont mettre en place un dispositif de surveillance.
09:42Ils vont se rendre compte que la personne qui va monter à bord
09:45est un homme qui ressemble étrangement au portrait robot
09:48qui avait été dressé à la fin des années 90.
09:49C'est-à-dire ?
09:50C'est-à-dire un homme au crâne dégarni, au visage ovale, sans moustache,
09:55on est un petit peu épaté.
09:56Pour les enquêteurs, ils se disent, c'est quand même pas mal
09:59parce qu'on est dans la tranche d'âge qui correspond à peu près
10:02et on est sur vraiment un profil qui ressemble énormément à ce qu'on a pu nous décrire.
10:07Et là, que font les policiers ?
10:09Ils le laissent prendre sa voiture, rouler un petit peu et très vite, ils vont l'interpeller.
10:13L'interpellation se passe de manière extrêmement calme.
10:16Il n'y a pas de rébellion.
10:17Il accepte de monter dans la voiture des enquêteurs
10:20et il est emmené à Lille, au siège de la PJU, il est placé immédiatement en garde à vue.
10:26Sa voiture est fouillée ?
10:27Oui, dans sa voiture, les enquêteurs retrouvent un couteau et une corde
10:31des outils dont se servait l'agresseur pour contraindre ses victimes.
10:43Nous sommes le 26 février 2018.
10:46Cet homme est donc conduit dans les locaux de la police judiciaire de Lille
10:50et il est placé en garde à vue et entendu par les policiers.
10:52Oui, initialement, il donne son identité.
10:55Je m'appelle Dino Scala, je suis père de famille, je suis mécanicien,
10:59je travaille pour l'usine Gemont électrique, mais je ne vous en dirai pas plus.
11:03Il ne souhaite pas s'expliquer.
11:04Qui est cet homme, Dino Scala ?
11:06C'est un homme qui est donc installé dans la région depuis toujours,
11:10qui habite à Pont-sur-Sambre, dans la vallée de la Sambre,
11:12qui travaille comme mécanicien, électromécanicien pour plusieurs entreprises sous-traitantes,
11:17mais au sein de l'usine Gemont électrique.
11:19Donc Gemont, c'est une ville qui se situe toujours sur la vallée de la Sambre,
11:23mais plus près de la frontière belge.
11:24C'est un homme qui est bien connu dans la région,
11:26puisque c'est un bénévole passionné de sport, de cyclisme et de football.
11:30Il a été président d'un club de foot, dirigeant, entraîneur.
11:34Vraiment, c'est un homme très sociable.
11:36Quel portrait ses proches dressent de lui ?
11:38Celui d'un homme jovial, sympathique, très généreux, toujours disponible, prêt à aider.
11:44Ses collègues le décrivent comme un bon collègue, un bon travailleur,
11:48comme un bon bénévole par ailleurs dans le monde du sport.
11:51Sa femme décrit comme un bon mari, qui s'occupe bien de la maison et s'occupe bien des enfants.
11:55Et ses enfants le décrivent comme un bon père, notamment une de ses filles qui dit
11:59« ça n'est jamais pris à nous, je ne comprends absolument pas les soupçons qui pèsent sur lui à
12:03ce moment-là. »
12:04Donc vraiment monsieur tout le monde ?
12:05Monsieur tout le monde, mais monsieur tout le monde sympa.
12:09Au cours de la même garde à vue, nous sommes toujours le 26 février 2018,
12:13à Lille, à la police judiciaire, une heure plus tard, il se dit prêt à parler.
12:17Oui, en fait très vite, Dino Scala se ravise et dit au policier qu'il est prêt à répondre à
12:22leurs questions.
12:23Très vite, il va dire « je suis l'homme que vous recherchez, j'ai commis énormément d'agressions sexuelles,
12:30c'est moi, je savais que j'avais un problème et finalement je suis content d'être arrêté. »
12:35Il dit « voilà, plusieurs fois je suis passé devant l'hôpital psychiatrique de Maubeuge,
12:39je me suis dit qu'il fallait que je rentre parce que ça n'allait pas, je ne l'ai
12:41pas fait.
12:42Et bien là, ça y est, maintenant, je ne comprends pas, je ne comprends pas comment j'ai pu faire
12:46ça,
12:46mais c'est moi et je veux chercher à comprendre et je veux savoir. »
12:50Comment est-ce qu'il explique ces agressions et ces viols ?
12:52Il parle de pulsions, il dit que voilà, ça le prenait et puis il fallait qu'il passe à l
12:57'acte,
12:57qu'il pouvait y avoir des moments où il n'y avait pas du tout de pulsions,
13:01et donc il y a des mois qui se passent sans qu'il y ait des agressions qui soient commises.
13:06Et il s'explique aussi très vite sur le moment où il passe à l'acte,
13:10parce qu'effectivement les enquêteurs avaient constaté qu'il agressait toujours au petit matin,
13:14il dit « bah oui, c'est parce que je partais au travail très tôt,
13:17et l'hiver, oui, parce qu'il faisait nuit au moment où il passait à l'acte. »
13:22Plus tard, dans une autre garde à vue, il expliquera un peu plus ses actes.
13:26Et là, il va décrire un dino-scala un peu plus inquiétant,
13:28puisque dans sa première garde à vue, il parle de pulsions,
13:30il dit « voilà, ça me prenait comme ça, et voilà, je passais à l'acte. »
13:34Et là, il va dire « non, en fait, c'est vrai, il m'est arrivé de faire des repérages,
13:37parce qu'à chaque fois, il a cassé ses victimes dans des lieux isolés,
13:41une entreprise fermée, une cour, un chemin, pour ne pas être surpris.
13:45Là, il dit « ouais, je faisais des repérages. »
13:47Il dit « je suis aussi voyeuriste. »
13:49Ça m'arrive parfois de regarder derrière les fenêtres.
13:52Une fois, j'ai pris une chaise et je me suis assis dans une courrée,
13:54j'ai observé une femme dans sa maison pendant plusieurs minutes.
13:57Voilà, donc, et lui-même se décrit comme un prédateur.
14:00Il dit « je repérais, j'attendais ma proie, prêt à chasser. »
14:03Comment réagissent ses proches après son arrestation et surtout après ses aveux ?
14:07Ses proches sont stupéfaits, effondrés, ébahis dans l'incompréhension absolue.
14:12Et je crois que c'est sa femme ou sa fille qui dit « mais s'il n'avait pas
14:16avoué, on ne le croirait pas. »
14:17Mais tout le monde dit ça.
14:18Il dit « c'est pas possible. »
14:19Pas lui, pas cet homme aussi sympathique, joyeux, toujours prêt à rendre service.
14:24C'est pas possible, ça ne peut pas être lui.
14:31À ce moment-là, on apprend que des années plus tôt,
14:33l'un de ses amis avait cru le reconnaître en voyant un portrait robot.
14:36En fait, c'est un de ses amis qui lui dit « ah mais j'ai vu le portrait robot
14:40du veilleur de l'ensemble, mais c'est toi Dino. »
14:42Et il lui dit « arrête tes conneries. »
14:44Mais en fait, il dit « voilà, ça l'a un peu glacé son vent. »
14:46Il dit « quand même, ça m'a posé question, ça m'a travaillé. »
14:50Et puis finalement, il t'est passé à autre chose.
14:51Parce qu'en fait, c'est ça aussi qui le caractérise.
14:53C'est qu'il a commis autant d'agressions et qu'il a pu finalement vivre avec
14:58de manière extrêmement normale, comme l'homme normal qu'il apparaissait.
15:04Les enquêteurs vont creuser le parcours et l'histoire de Dino Scala.
15:08Et il a eu une première vie.
15:10Oui, en fait, il a grandi dans une famille un peu compliquée de la région.
15:15Et on va se rendre compte que son père n'était pas un homme forcément extrêmement respectable.
15:22Puisqu'il y avait un secret de famille, un peu tabou, qui va vraiment émerger la fereur de l'enquête.
15:27C'est qu'il avait commis des agressions sexuelles sur une de ses filles.
15:31Et alors, cette fille dit qu'elle en a parlé à ses frères, qu'ils disent que non.
15:34Enfin, on sent que ça a été tabou, mais qu'il a grandi dans un foyer avec un père incestueux.
15:38Et il s'était marié une première fois.
15:40Et dans cette première famille, il est soupçonné d'agressions sexuelles.
15:43Oui, en fait, il a eu un premier mariage qui a donné naissance à deux enfants,
15:48mais qui s'est conclu par un divorce.
15:50Un divorce assez houleux, compliqué.
15:52Enfin, mais là, à la faveur de son arrestation, ses anciennes belles-sœurs,
15:56qui étaient mineures à l'époque, on parle du milieu des années 80,
16:00vont le soupçonner d'agressions sexuelles.
16:02Il y en a une qui dit que plusieurs fois, elle a l'impression d'avoir été droguée
16:06quand elle allait chez lui, il lui faisait manger des yaourts,
16:09et qu'une fois, elle s'est réveillée à moitié nue de son lit.
16:11Donc elle dit, c'est bizarre, j'ai l'impression qu'eux.
16:14Et une autre de ses belles-sœurs, qui, une nuit,
16:17va avoir le sentiment que quelqu'un s'introduit dans son lit pour s'allonger à côté d'elle,
16:21et qu'elle va se réveiller, que la personne va prendre la fuite,
16:23et que juste devant la maison, on va retrouver les baskets de Dinoskala.
16:27Donc en fait, dès le lendemain, il y a sa famille qui va voir Dinoskala,
16:30ils disent, mais qu'est-ce qui se passe, c'était toi ?
16:32Et il va nier formellement être la personne qui s'est introduite dans son lit.
16:35Beaucoup plus tard, il va finalement reconnaître que c'était bien lui.
16:39Cette année, en 2019, en octobre, il a été entendu une nouvelle fois
16:42par la juge d'instruction, et là, l'affaire va prendre une autre ampleur.
16:47La justice va réexaminer tous les cas d'agressions sexuelles et de viols
16:52qui ont été commis dans la région.
16:54Pendant un an, la juge va ressortir le dossier, réentendre les victimes,
16:59se rendre compte pour savoir si c'est toujours le même mode opératoire,
17:01est-ce que c'est lui ou pas, est-ce que c'est potentiellement Dinoskala qui est l'auteur,
17:05et finalement, il va être réentendu une journée entière.
17:07C'est une audition extrêmement longue, toute la journée du 10 octobre,
17:10par la juge d'instruction de Valenciennes,
17:12et là, il va être mis en examen pour 39 faits supplémentaires.
17:15Donc, on arrive sur une série de 56 victimes
17:19entre 1988 et 2018.
17:22Sur 30 ans, 56 victimes.
17:24C'est absolument considérable.
17:25Et encore, lui-même le dit à la juge.
17:27Il dit, ça aurait pu être beaucoup plus nombreux
17:30toutes les fois où je pensais pas ça à l'acte,
17:32et finalement, je l'ai pas fait,
17:33parce qu'il y a un événement extérieur qui fait qu'il n'a pas agi.
17:37Dinoskala a été expertisé par des psychiatres.
17:39Il est schizophrène ?
17:41Pas du tout.
17:42Il ne souffre d'aucune pathologie psychiatrique.
17:44Vraiment, les deux experts psychiatres qui l'ont examiné sont absolument formels.
17:48Vraiment, aucune maladie.
17:50Donc, il est totalement responsable de ses actes.
17:52C'est vraiment monsieur tout le monde.
17:54C'est un monsieur tout le monde avec une double personnalité.
17:56Un enquêteur de la PGD, en garde à vue,
17:58il dit, mais est-ce qu'il n'y a pas deux Dinoskala ?
18:00Et lui, il dit, bah oui, c'est vrai.
18:01Il y a Dino 1 et Dino 2.
18:03Et Dino 1 ne ferait jamais ce que fait Dino 2.
18:05Donc, lui-même, il a conscience de ça.
18:07Parce qu'il le dit, il dit, je savais ce que je faisais,
18:08c'était pas bien, mais je ne pouvais pas m'empêcher,
18:10je n'y rêvais pas, mais j'ai quand même réussi à vivre avec ça.
18:13Donc, vraiment, il y a le Dino 1 sympa, serviable, bon père,
18:16et le Dino 2, l'agresseur sexuel en série.
18:25Merci à Timothée Boutry.
18:31Code Source est le podcast quotidien d'Actualité du Parisien,
18:35production Clara Gardia-Mouroux, réalisation Alexandre Ferreira.
18:39Si vous aimez Code Source, n'hésitez pas à en parler à vos proches
18:42ou sur les réseaux sociaux.
18:43Nous sommes disponibles chaque soir à 18h sur leparisien.fr,
18:48toutes les applis de podcast, mais aussi Deezer et Spotify.
18:51Vous pouvez nous écrire codesource.fr.
18:55C'est ce que je veux faire.
19:05Merci à tous.
Commentaires

Recommandations