L’homme de 52 ans est accusé d’avoir empoisonné plusieurs retraitées dont il avait acheté les appartements en viager. Code source raconte l’itinéraire meurtrier d’Olivier Cappelaere.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
#viagers #proces
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Il est surnommé l'empoisonneur au viagé.
00:15Olivier Capellaire a été jugé aux Assises à Nice du 23 au 27 mai
00:19pour l'empoisonnement en 2014 de Jacqueline Imbert,
00:23une veuve de 92 ans dont il était proche
00:26et qui lui a légué des centaines de milliers d'euros.
00:28Âgé de 52 ans, Olivier Capellaire est un ancien chef d'entreprise
00:32et il a déjà été condamné par le passé en première instance puis en appel
00:37dans une autre affaire d'empoisonnement.
00:39Cet épisode de Codesources est raconté par Louise Colcombé,
00:42journaliste au service police-justice du Parisien.
00:58Elles sont partie civile du procès qui s'est tenu du lundi 23 au vendredi 27 mai
01:03devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes à Nice.
01:06Louise Colcombé, présentez-nous d'un mot, les Sœurs Rancurelles.
01:10Les Sœurs Rancurelles, c'est leur nom de jeune fille.
01:13Il s'agit d'Evelyne et de Marie-Martine.
01:16Elles sont veuves, désormais elles sont retraitées.
01:19Elles vivent toutes les deux sur la côte d'Azur, près de Cannes.
01:22Louise Colcombé, on va débuter ce récit en 2014.
01:25A l'époque, les Sœurs Rancurelles ont une grande tante de cœur
01:28qu'elles aiment beaucoup et qui vit à Cannes dans un appartement, une certaine Jacqueline.
01:32C'est une amie de leur père, très proche amie.
01:36Elle s'est mariée avec Emile, surnommée Milou.
01:38Ils forment un couple fusionnel, ils vivent sur la côte.
01:42Et Emile a monté une entreprise de vente et de réparation d'amortisseurs
01:45dans laquelle Jacqueline participe.
01:48Et en fait, tous les étés, ils reçoivent ces deux petites filles
01:50parce qu'ils n'ont pas eu la chance d'avoir des enfants.
01:52Elles ont à l'époque trois mois de vacances l'été,
01:54donc elles viennent tous les étés de Paris sur la côte
01:57avec ce couple qui est un peu comme des parents de substitution.
02:00Elles racontent, les Sœurs, qu'elles partent en solex
02:02faire les livraisons d'amortisseurs avec Jacqueline.
02:05C'est vraiment leur souvenir de petite fille.
02:07Et donc pas de lien de sang, mais pour les Sœurs Rancurelles,
02:10Jacqueline compte énormément.
02:12Depuis quelques années, Jacqueline Imbert s'est rapprochée
02:15d'un ancien voisin, beaucoup plus jeune qu'elle,
02:18un certain Olivier Capellaire.
02:20Qui est-il à ce moment-là ?
02:21Olivier Capellaire est un homme qui a à l'époque
02:23une petite quarantaine d'années.
02:24C'est un homme qui présente bien, toujours bien habillé,
02:28beaux costumes, montres de luxe.
02:31Il les collectionne, il roule en berline.
02:33C'est un chef d'entreprise qui a du succès,
02:36un beau train de vie.
02:37Il a connu Émile et Jacqueline
02:39parce qu'ils vivaient dans le même immeuble.
02:41Ils ont été ensemble au conseil syndical.
02:43Et à la mort d'Émile, en 2009,
02:46il s'est beaucoup rapproché de Jacqueline
02:47qui était très seule.
02:48En 2014, Olivier est très présent aux côtés de Jacqueline.
02:52Que fait-il pour elle et avec elle ?
02:54Alors déjà, il vient la voir.
02:55Il s'occupe d'elle, il déjeune avec elle deux fois par semaine.
02:57Il l'appelle tous les jours.
02:58Il s'occupe de régler des choses administratives,
03:01simplifier un peu tous ses comptes en banque.
03:04Il l'a même aidé à aller choisir son cercueil
03:07en prévision de son éventuel décès.
03:10Ils vont aussi au restaurant de temps en temps.
03:12Et même, il venait voir au petit matin
03:14en allant travailler si elle dormait,
03:16si elle était bien en vie
03:17et lui faire un baiser sur le front vers 4h du matin.
03:19Le 2 novembre 2014, Jacqueline fait un malaise.
03:23C'est Olivier Capellaire qui la trouve.
03:25Il passe la voir un peu plus tard ce matin-là
03:28et il la trouve dans un état grave.
03:32Elle a de la fièvre,
03:33elle n'arrive plus à articuler,
03:34elle a des râles.
03:36On ne comprend pas ce qu'elle dit.
03:37Elle a des pulsations beaucoup trop fortes.
03:40Donc, il appelle le SAMU.
03:41On a l'enregistrement qui a été diffusé à l'audience.
03:44Et donc, on entend effectivement les râles.
03:46Il lui dit « Je suis là, je suis là ».
03:47Elle essaie de la rassurer.
03:49Et donc, c'est lui qui prévient les secours.
03:51Jacqueline est donc hospitalisée à Cannes.
03:52Que se passe-t-il ensuite ?
03:54Elle va rester deux jours dans le coma.
03:56Et puis, elle va finalement décéder.
03:59À l'époque, on pense à un choc sceptique,
04:00c'est-à-dire une infection,
04:01notamment pulmonaire.
04:03Ce qui est assez frappant à ce moment-là,
04:05c'est qu'Olivier Capellaire
04:06prend les rênes de l'hospitalisation.
04:08Il se présente aux soignants comme son filleule.
04:11Et l'une des sœurs en curelle qui est présente,
04:13elle va être choquée parce qu'elle entend tout de suite
04:14qu'il dit « surtout pas d'acharnement thérapeutique ».
04:17Ce qui l'étonne parce que lui aussi dit
04:19que c'est sa marraine de cœur et qu'il l'adore.
04:21Et la brutalité de ces mots-là
04:22va la faire tiquer à l'époque un petit peu.
04:24Après sa mort le 4 novembre,
04:26les sœurs en curelle découvrent
04:27qu'elles ne vont rien hériter
04:29de leur grande tante de cœur.
04:30Et puis, elles apprennent
04:31qu'Olivier Capellaire a été désigné
04:33légataire universel
04:34via un testament qui avait été enregistré
04:36à l'été 2013,
04:37quelques mois avant la mort de Jacqueline Imbert.
04:39Sur le moment, ça ne les choque pas d'ailleurs
04:42parce qu'il a été présent.
04:44Ils ont eu beaucoup d'échanges par mail.
04:46Il a fait des choses très clairement.
04:48Donc voilà, elles respectent la volonté
04:49de leur grande tante tout simplement.
04:50Olivier Capellaire hérite d'une forte somme.
04:53Il hérite de divers biens.
04:55Donc cet appartement où habitaient Jacqueline,
04:57une maison de vacances surnommée le Mazet
04:59dans l'arrière-pays,
05:00une assurance vie,
05:02de l'or, des bijoux,
05:03des voitures.
05:04Si on retire les 60% d'imposition
05:07de frais de succession,
05:09on arrive quand même à un total
05:10de 350, 370 000 euros.
05:13L'histoire aurait pu s'arrêter là.
05:16Mais les sœurs Rancurel
05:17lisent presque tous les jours
05:18un journal, Nice Matin.
05:20Et le 12 avril 2017,
05:22donc trois ans plus tard,
05:23Evelyne Rancurel
05:24tombe sur un article intéressant.
05:26Oui, en fait, c'est une interview
05:27de l'avocat de l'époque d'Olivier Capellaire
05:29qui explique dans Nice Matin
05:31que son client,
05:33un certain Olivier C,
05:34poursuivi pour trois empoisonnements
05:37sur une vieille dame
05:37nommée Suzanne Bailly,
05:39qui n'est pas décédée,
05:40qui a survécu à ces trois empoisonnements,
05:42est totalement innocent
05:43et qu'on est sur une erreur judiciaire.
05:46Là, Evelyne tique.
05:47Olivier C,
05:49une vieille dame dans le sud
05:51qui meurt subitement,
05:52ça lui rappelle quand même une histoire.
05:54Et donc, elle est prise d'un doute.
05:56Elle appelle immédiatement sa sœur,
05:57elle lui dit Olivier C, etc.
05:59Et elles font le lien,
06:00elles se disent,
06:00bon, c'est forcément Olivier Capellaire
06:02et elles vont voir la police.
06:04Elles tombent sur le directeur d'enquête
06:05de l'affaire Bailly.
06:06Elles leur livrent leurs doutes.
06:08Est-ce que Olivier C,
06:08c'est bien Olivier Capellaire ?
06:10Elles ont immédiatement la confirmation.
06:18Louise Colcombé,
06:19vous allez nous raconter l'histoire
06:20de cette femme
06:21qui habite elle aussi
06:22dans les Alpes-Maritimes,
06:23au Canet,
06:24Suzanne Bailly.
06:25Suzanne a vendu son appartement
06:26en viagé,
06:27c'est-à-dire qu'elle touche
06:28une rente chaque mois
06:29et qu'en échange,
06:30à sa mort,
06:31son appartement reviendra
06:32à son propriétaire,
06:34propriétaire qui s'appelle
06:35Olivier Capellaire.
06:36Oui,
06:37Suzanne Bailly,
06:37c'est une femme de caractère
06:40qui vit seule.
06:41Elle vit entre Belfort
06:42et le Canet
06:43où elle passe
06:44une grande partie de l'année
06:45dès qu'il fait beau.
06:47L'âge avançant,
06:47elle vend son appartement en viagé
06:49à Olivier Capellaire
06:50qui se fait assez discret
06:51les premiers temps
06:52et puis qui,
06:53sur la fin,
06:53va venir la voir
06:54beaucoup plus souvent
06:55et d'ailleurs,
06:56va avoir des problèmes
06:56pour régler.
06:58Elle va expliquer
06:58qu'elle a eu quelques défauts
06:59de paiement sur sa rente
07:01mais enfin bon,
07:01il est plutôt sympathique
07:03et ils ont de bons rapports.
07:04Et donc Olivier vient
07:06très régulièrement
07:06à partir du début
07:07de l'année 2015 ?
07:08Il vient pour diverses raisons
07:11parce qu'il a les clés.
07:12Alors une fois,
07:12il lui dit par exemple
07:13qu'il est venu lui installer
07:14un détecteur de fumée,
07:15une autre fois contrôler
07:16si quelques bricoles
07:18fonctionnaient correctement.
07:19Il a souvent un prétexte
07:21pour être là
07:21ce qui l'étonne un peu
07:23mais pas plus
07:23parce que c'est quelqu'un
07:24avec qui elle s'entend bien
07:25et qui est très courtois.
07:26Le 10 février 2015,
07:27Suzanne fait un malaise.
07:29Elle se met à délirer.
07:30Elle dit qu'elle voit
07:31des bêtes au plafond,
07:32palpitations,
07:33hallucinations
07:35et elle est immédiatement
07:36transférée à l'hôpital.
07:38Elle a déjà quasiment 90 ans,
07:40Suzanne Bailly,
07:41donc ils ne savent pas trop
07:42où ils suspectent un AVC
07:43puisque difficulté d'élocution.
07:45On lui fait une batterie d'examen
07:46et puis on la renvoie
07:47chez elle
07:48sans autre forme de procès.
07:49Le 21 mars,
07:50Suzanne fait un second malaise.
07:52Elle tombe dans le coma.
07:53Elle est hospitalisée en neurologie
07:55pour une autre suspicion d'AVC
07:57et elle sort de l'hôpital
07:59au bout de six jours.
08:01Quelques semaines plus tard,
08:02le 7 avril,
08:03Suzanne fait un troisième malaise
08:05encore plus grave.
08:06Elle ressent exactement
08:07les mêmes symptômes
08:08que la dernière fois.
08:09Donc là,
08:09elle a un réflexe.
08:10Elle appelle en fait
08:12l'un de ses voisins et amis.
08:14Elle lui dit
08:14écoute,
08:15ça recommence,
08:15viens tout de suite.
08:16Et quand il arrive sur place,
08:18elle lui dit
08:19goûte l'eau,
08:20elle est amère.
08:21Il se sert un verre d'eau
08:23sur le moment d'ailleurs
08:23et il ne va pas sentir
08:25spécialement ce goût amer.
08:26Il suit l'ambulance
08:27jusqu'à l'hôpital
08:28pour être sûr
08:29que Suzanne
08:30est bien prise en charge.
08:31Suzanne est prise en charge
08:32mais lui aussi
08:33se sent mal après ça.
08:34Oui, en fait,
08:35il est en train
08:35de rentrer chez lui.
08:36Il se sent très mal,
08:37il arrive à peine
08:38à se garer.
08:39Sa femme va d'ailleurs raconter
08:40qu'elle va le trouver
08:42quasi agonisant
08:42sur le paillasson
08:43de leur appartement.
08:45C'est elle là
08:46qui prévient les secours
08:47et là,
08:47quand il est transporté
08:48à Cannes,
08:49à l'hôpital
08:49avec les mêmes symptômes
08:51que Suzanne Bailly
08:52qui sont quand même étranges,
08:54là,
08:54les soignants vont faire tipte.
08:55L'hôpital prévient
08:56la police immédiatement.
08:58Olivier Capellaire
08:58est interpellé.
09:00Des analyses sont effectuées
09:01sur le contenu
09:03de la bouteille d'eau
09:03de Suzanne.
09:04Et on va retrouver
09:05une molécule
09:06un peu méconnue
09:07qui s'appelle
09:08l'atropine.
09:09L'atropine,
09:10c'est un accélérant cardiaque
09:11qui peut réguler
09:12les battements du cœur
09:13qu'on peut effectivement
09:14utilisé à l'hôpital
09:14et qui s'utilise aussi
09:16dans des collires
09:17pour animaux.
09:18Et on va justement
09:20trouver en perquisition
09:21chez Olivier Capellaire
09:22du collire pour chien
09:24qui contient de l'atropine
09:25qui a été prescrit
09:27pour son bulldog
09:27qui s'appelle Calvin.
09:29Olivier Capellaire
09:30clame son innocence
09:31pendant sa garde à vue.
09:32Oui,
09:33il jure ses grands dieux
09:33qu'il n'y est pour rien,
09:35que s'il a du collire,
09:36c'est pour son chien.
09:37Il va d'ailleurs
09:37fournir les prescriptions
09:38des vétérinaires
09:39qui existent.
09:40Il ne comprend pas.
09:42Pourtant,
09:43les enquêteurs
09:43vont découvrir
09:44plusieurs éléments
09:45à charge contre lui.
09:46Oui,
09:46ils vont notamment
09:47fouiller ses ordinateurs,
09:49ses tablettes
09:49et ils vont trouver
09:51le mot atripine.
09:53Ça ressemble quand même
09:53étrangement à atropine.
09:55Tapé dans les mois
09:56qui ont précédé
09:57les malaises
09:57de Suzanne Bailly,
09:59il y a des consultations
10:00de sites pharmaceutiques
10:02en Belgique,
10:03en Suisse
10:04et en Allemagne.
10:05Et notamment,
10:06il y a une autre recherche
10:07sur le chlorure
10:08de potassium
10:09qui est une autre substance
10:10létale.
10:11Donc,
10:12effectivement,
10:13entre le collire
10:13pour chien
10:14et la tropine
10:14dans les recherches
10:15internet,
10:16ça fait beaucoup.
10:18Et l'enquête révèle
10:19que le matin même
10:20du malaise
10:22du 7 avril
10:22de Suzanne,
10:23il s'est introduit
10:24chez elle.
10:25Alors ça,
10:25c'est une des voisines
10:26qui le raconte
10:26puisque c'est une sorte
10:27de grande colonie
10:28de vacances,
10:29cet immeuble
10:29avec toutes ces vieilles
10:30dames qui sont copines.
10:31Et puis,
10:32ce matin-là,
10:33c'est un mardi,
10:35Suzanne,
10:35le mardi,
10:36elle va chez le coiffeur.
10:37C'est réglé
10:37comme du papier à musique.
10:38Et sa voisine
10:39entend un grand boom
10:41dans la salle de bain.
10:42Donc,
10:42elle s'inquiète,
10:42elle vient,
10:43elle frappe à la porte,
10:44elle lui demande
10:44si tout va bien.
10:45Et là,
10:46elle entend
10:46une sorte de grognement
10:47un peu aigu.
10:49Bon,
10:49ça ne ressemble pas
10:50trop à Suzanne
10:51mais elle pense que c'est elle
10:52et surtout,
10:52son téléphone sonne.
10:53Donc,
10:53elle remonte chez elle
10:55pour décrocher.
10:56Il n'y a personne
10:57au bout du fil.
10:57Et quand elle redescend,
10:59il n'y a plus personne,
11:00l'appartement est vide.
11:02Ce qu'on va apprendre,
11:03c'est que c'est bien
11:03Olivier Capellaire
11:04qui était dans la salle de bain
11:05à ce moment-là.
11:06Le grognement,
11:06c'est lui.
11:07Et qu'en fait,
11:08pour se défaire
11:08de cette voisine
11:09un peu collante
11:10ou trop curieuse,
11:11c'est lui qui compose
11:12son numéro
11:12parce qu'il a le numéro
11:13de tout le monde
11:13dans l'immeuble
11:14pour l'éloigner.
11:15Et en fait,
11:16avec sa téléphonie à lui,
11:17on va réussir à prouver
11:18qu'il a passé ce coup de fil,
11:19qu'il était sur place
11:19et qu'il a profité
11:20du fait que Suzanne
11:22était chez le coiffeur
11:22pour s'introduire
11:23chez elle
11:24et donc on pense
11:24pour mettre l'atropine
11:25dans la bouteille d'eau.
11:26Olivier Capellaire
11:27est jugé début mars 2019
11:29pour les trois empoisonnements
11:31de Suzanne Bailly
11:32auquel elle a survécu
11:33devant la cour d'assises
11:35des Alpes-Maritimes à Nice.
11:37Oui, alors Olivier Capellaire
11:38tient sa ligne,
11:39il dit qu'il est innocent.
11:41Effectivement,
11:41il s'est rendu sur place
11:42ce jour-là
11:43mais il n'a absolument pas
11:44glissé d'atropine
11:45dans cette bouteille d'eau.
11:46Mais il ne convainc personne
11:48puisqu'il va finalement
11:49être condamné
11:50à la peine de 20 ans
11:51de réclusion criminelle.
11:52Il fait appel
11:53et ce procès en appel
11:54se déroule du 25 au 27 février 2020
11:56devant la cour d'assises
11:58des Bouches-du-Rhône
11:58à Aix-en-Provence
11:59et vous êtes sur place
12:00pour le Parisien
12:01Louis Scolcombe.
12:02Olivier Capellaire
12:03change un peu de version.
12:04Il va reconnaître
12:05ce qu'il peut difficilement nier
12:07c'est-à-dire sa présence sur place
12:08lors du troisième empoisonnement,
12:10le dernier
12:11puisqu'il y a la téléphonie,
12:12il y a la voisine,
12:14il y a le coup de fil qui passe.
12:16Là, il est un petit peu obligé
12:17de reconnaître ça
12:17et du coup, il va reconnaître
12:20cet empoisonnement-là.
12:21Il va reconnaître
12:21qu'il a glissé,
12:22c'est son mot,
12:23de l'atropine
12:23dans la bouteille d'eau
12:25de Suzanne Bailly
12:26mais pas pour la tuer, il dit.
12:27Il dit qu'en réalité,
12:28il voulait juste
12:29la rendre malade
12:30non pas la tuer.
12:31Pourquoi ?
12:32Parce qu'en fait,
12:33elle vivait aussi
12:33la moitié de l'année à Belfort.
12:34Il aurait souhaité
12:35qu'elle reste à Belfort
12:36toute l'année
12:36pour que lui puisse revendre
12:38le viager
12:38parce qu'il avait besoin
12:39d'argent à ce moment-là.
12:41Louis Scolcombe,
12:41est-ce qu'au cours
12:42de ces deux procès,
12:43le premier puis celui en appel,
12:45on en apprend plus
12:46sur sa personnalité ?
12:48Oui, alors Olivier Capellaire,
12:49c'est le Benjamin
12:49d'une fratrie de Troyes.
12:50Il a un grand frère,
12:51une petite sœur.
12:53Ses parents sont issus
12:54de la classe moyenne.
12:55Son père est bouché de formation
12:56et il va rentrer
12:56dans une entreprise
12:57de vente de viande en gros.
12:59Et lui-même,
13:00il ne va pas faire d'études.
13:01Il a eu, semble-t-il,
13:02des problèmes de dyslexie.
13:04Alors ce qui est étrange,
13:04c'est qu'il raconte
13:05un peu à tout le monde
13:06et notamment aux enquêteurs
13:07de personnalité
13:07qui sont censés retracer
13:09votre parcours pour la justice
13:10en disant qu'il a le bac.
13:11Alors qu'on sait
13:11qu'il a arrêté en quatrième
13:12et qu'il n'a jamais eu le bac.
13:14Il a une tendance
13:14à embellir les choses,
13:16à raconter des choses fausses.
13:18Et puis,
13:19ce qu'il entreprend
13:20n'est pas toujours une réussite.
13:21Par exemple,
13:21il a travaillé dans la restauration
13:22puis il a repris
13:23deux magasins de vêtements
13:26qui l'a coulé assez rapidement.
13:28Et en fait,
13:28quand il était en difficulté financière,
13:29il s'est servi dans la caisse.
13:30Il a voulu prolonger l'expérience
13:33mais ça a été raté.
13:34Résultat, il a été sanctionné
13:35et il a été condamné
13:36à six mois de prison
13:38pour abus de biens sociaux.
13:39Il a aussi fait
13:40des usurpations d'identité.
13:41Notamment de son frère
13:42pour ouvrir un compte en banque
13:43et même du fils d'un voisin.
13:46On ne sait pas pourquoi
13:47mais ça,
13:48c'est des choses
13:48qui remontent déjà
13:49aux années 90.
13:50Par ailleurs,
13:50il a des problèmes de santé.
13:52Oui,
13:52alors il a fait un infarctus en 2006.
13:55C'est d'ailleurs
13:56une des raisons
13:56qui expliquent selon lui
13:57pourquoi il a investi
13:59dans des viagés.
13:59C'est-à-dire que
14:00pour un investissement normal,
14:01il faut pouvoir
14:02que les banques vous prêtent
14:03mais quand vous avez
14:04des gros problèmes de santé,
14:05ils sont frileux.
14:06On va aussi apprendre
14:07qu'il a contracté le VIH.
14:09Il est séropositif
14:11depuis l'année 1999.
14:13C'est du moins
14:13le moment où il l'a appris.
14:15Là aussi,
14:16c'est quelque chose
14:17qui l'empêche
14:17d'emprunter aux banques.
14:18Et il a transmis le VIH
14:19à son épouse.
14:20Elle le contracte en 2009.
14:22Elle l'apprend par hasard,
14:23vraiment.
14:24Elle, elle dit
14:24qu'elle ne l'a jamais su,
14:25que son mari
14:25ne l'avait jamais informé.
14:27Et pourtant, lui,
14:28à tous les procès,
14:29va à chaque fois redire
14:30bien sûr que si,
14:31elle savait,
14:31elle savait,
14:32elle savait.
14:35Le 25 février,
14:36Olivier Capellaire
14:37est condamné par la cour
14:38d'assises des Bouches-du-Rhône
14:39à 25 ans de prison.
14:41Pendant ces deux procès,
14:42les sœurs rancurelles
14:44étaient dans la salle
14:45d'audience,
14:45dans le public.
14:46Mais elles aussi
14:47ont porté plainte
14:48contre Olivier Capellaire.
14:49Et suite à leur plainte,
14:50le corps de leur
14:52grande tante de cœur,
14:53Jacqueline,
14:54est exhumé.
14:54On va l'exhumer
14:55presque trois ans
14:56après sa mort.
14:57Et pourtant,
14:57on va pouvoir analyser
14:58le foie,
14:59les cheveux
15:00de Jacqueline Imbert.
15:01et on va y retrouver
15:02des quantités importantes
15:03d'atropine.
15:04En réalité,
15:0545 fois la dose thérapeutique.
15:07Le procès d'Olivier Capellaire
15:08pour l'empoisonnement
15:09de Jacqueline Imbert
15:10s'ouvre le lundi 23 mai
15:12à Nice.
15:13Il est comment
15:14quand vous le voyez
15:15dans le box des accusés ?
15:16Il a les cheveux grisonnants,
15:17il a appris du poids,
15:18il est bien vêtu quand même,
15:19toujours une belle apparence
15:21avec un polo de marque.
15:23On sent que c'est quelqu'un
15:24qui a perdu de sa superbe
15:25par rapport aux photos
15:26qu'on pouvait voir.
15:27On était toujours bien habillé
15:28avec ses mondes de luxe
15:29et ce teint toujours bronzé
15:30avec des lunettes de soleil.
15:31Au cours de ces
15:32cinq jours de procès,
15:33on va avoir des précisions
15:35sur ce qu'il s'est passé
15:36en 2014.
15:37La femme de ménage
15:38de la victime
15:39raconte le comportement
15:40ambigu de l'accusé
15:42avec Jacqueline.
15:43Il lui laisse tous les jours
15:44des petits mots
15:44dans sa boîte
15:45en lui disant
15:46je serai là jour et nuit
15:47pour vous Jacqueline,
15:48etc.
15:48Il met des petits cœurs,
15:49des petites fleurs.
15:50Elle trouve ça quand même
15:51très très ambigu.
15:52Elle dit qu'elle a l'air amoureuse.
15:54Tous ces petits mots
15:54sont épinglés dans sa cuisine.
15:56Elle a les yeux qui pétillent
15:57quand il arrive.
15:58Il y a quelque chose
15:59d'un peu étrange.
16:00Olivier Capellaire a vendu
16:01tous les biens de Jacqueline
16:02très vite après sa mort.
16:04Un commissaire-priseur
16:05vient témoigner à la barre.
16:06Il raconte qu'Olivier Capellaire
16:08lui a demandé
16:08de venir faire l'inventaire
16:10de tous les biens
16:10de la vieille dame
16:11en vue de cette vente
16:12et que le rendez-vous
16:13a été pris
16:14avant même son décès.
16:16La question
16:16qui est très importante
16:17puisqu'on parle
16:18d'empoisonnement
16:19avec préméditation,
16:20c'est de savoir
16:21quand ils avaient pris rendez-vous.
16:22Cet homme-là,
16:23il dit que c'était
16:23au moins une semaine à l'avance.
16:25C'est-à-dire que si Olivier Capellaire
16:27prend rendez-vous
16:27pour faire un inventaire
16:29de biens à vendre,
16:30c'est qu'il sait
16:30que Jacqueline,
16:31une semaine plus tard,
16:32ne sera plus là.
16:35Un ami de 50 ans
16:36de Jacqueline
16:37s'étonne aussi
16:37d'un détail.
16:38Oui, parce qu'une
16:39des premières choses
16:40qu'Olivier Capellaire
16:41va faire,
16:41alors que Jacqueline
16:42est encore dans le coma
16:44hospitalisé,
16:44c'est d'aller vider
16:45son réfrigérateur
16:46et de le nettoyer,
16:47le congélateur aussi.
16:49C'est quand même
16:49pas commun.
16:50Et pour cette amie,
16:51pas de doute,
16:52Jacqueline était
16:52sous l'emprise d'Olivier.
16:54Oui, cette amie,
16:55en fait,
16:55c'est le mari
16:55d'une petite cousine
16:56et avec sa femme,
16:58ils étaient en train
16:59de s'installer à Cannes
17:00pour se rapprocher
17:01justement de Jacqueline
17:02pour qu'elle soit moins seule.
17:03Et les temps derniers,
17:04c'était très étrange
17:05parce qu'elle leur avait
17:06fait la tête sans raison,
17:08elle avait un comportement
17:09un peu étrange,
17:10elle ne parlait que d'Olivier.
17:12Ça ne lui a pas semblé
17:14normal, en fait.
17:15Il s'est posé la question, lui.
17:16Et il va même dire
17:16aux soeurs en querelle
17:17« Faites faire une autopsie
17:19parce que tout ça
17:19est très étrange. »
17:23Au-delà de ça,
17:23Louise Colcombet,
17:24on a aussi des précisions
17:26pendant ce procès
17:26sur le mobile potentiel
17:28de l'empoisonnement,
17:29l'argent.
17:30Les finances
17:31d'Olivier Capelaire
17:32étaient dans le rouge.
17:33Oui, alors Olivier Capelaire,
17:34on l'a compris,
17:34ce n'est pas un bon gestionnaire.
17:36Il récupère l'entreprise
17:37de son père
17:38qui est en fait
17:39en déficit.
17:40Elle appartient à un groupe
17:41qui va lui proposer
17:43de racheter 80% des parts.
17:44Mais semble-t-il
17:45que c'est un très mauvais deal
17:46pour lui.
17:47Il l'achète,
17:47il se porte caution
17:48à hauteur personnelle
17:49de 700 000 euros,
17:50ce qui est énorme.
17:51Son salaire est divisé par deux
17:52parce qu'il mène grand train,
17:53il a la belle vie,
17:54il adore les montres de luxe,
17:56il a des belles voitures
17:56avec sa femme,
17:57voyage, etc.
17:59Sauf qu'au début,
18:00il gagne 7 000 euros
18:00et puis l'année d'après,
18:02il ne gagne plus que 3 500.
18:03Il continue à dépenser autant.
18:05Son entreprise,
18:06elle coule.
18:07À un moment,
18:07il va faire tout un montage financier
18:08mais en fait,
18:09il met tous ses biens
18:09dans la balance,
18:10les viagés.
18:11Et à un moment,
18:12il est pris la gorge.
18:13À partir du printemps 2014,
18:15donc 6 mois avant
18:16que Jacqueline Humbert meure,
18:17il n'a plus un sou.
18:19Au terme de ce procès,
18:20le soir du vendredi 27 mai,
18:22peu après 20 heures,
18:23Olivier Capellaire
18:24est condamné
18:25à la peine maximale
18:26qu'il encourait,
18:27la perpétuité
18:28avec une peine de sûreté
18:30de 22 ans.
18:31Louise Colcombet,
18:32que disent de lui
18:33les sœurs en querelle ?
18:34Elles sont écœurées
18:36par un des aspects
18:37qui est le sordide
18:38dans le sordide,
18:39c'est-à-dire que
18:39Olivier Capellaire
18:40retrouve Jacqueline
18:41le 2 au matin agonisante.
18:43Mais ce qu'on pense,
18:44c'est qu'en fait,
18:45c'est le 1er novembre,
18:47donc jour de la Toussaint,
18:48qu'il a sans doute
18:49introduit la tropine
18:50dans sa bouteille
18:51puisqu'elle n'était pas là.
18:52Ce jour-là, en fait,
18:53Jacqueline,
18:53elle est allée fleurir
18:54la tombe de son défunt mari.
18:57Et ce qui leur brise le cœur,
18:58c'est de se dire
18:58que sans doute,
18:59elle était en train
18:59de fleurir la tombe
19:00de son mari,
19:01un jour de Toussaint,
19:03quand en fait,
19:03pendant ce temps-là,
19:04Olivier Capellaire
19:04était en train d'introduire
19:05du poison dans sa bouteille d'eau.
19:09Louise Colcombet,
19:10Olivier Capellaire
19:10avait acheté au total
19:125 appartements en viagé.
19:14Est-ce qu'on sait
19:15s'il a pu faire d'autres victimes ?
19:16Alors la justice
19:17s'est évidemment posé la question.
19:19En regardant son patrimoine,
19:21on a vu qu'il avait
19:22plusieurs appartements en viagé,
19:23dont l'un qu'il avait acheté
19:25au début de ses investissements,
19:27en 2009,
19:28qui appartenait
19:28à une certaine Jeannine.
19:29Et Jeannine est décédée
19:31subitement au bout de 7 mois.
19:33Donc on a demandé
19:35à son seul héritier,
19:37qui était un petit neveu
19:38très éloigné,
19:39s'il donnait son accord
19:40pour une exhumation
19:41et vérifiait
19:42qu'il n'y ait pas
19:42un poison dans son corps,
19:44ce qu'il a refusé.
19:45Donc on ne saura jamais
19:46avec certitude
19:47si cette Jeannine
19:48est morte de sa belle mort
19:50ou si elle a été
19:50elle aussi empoisonnée.
20:21Merci à Louise Colcombé.
20:23Cet épisode de Code Source
20:24a été produit par
20:25Raphaël Pueyo,
20:26Clara Garnier-Amourou
20:27et Sarah Amny.
20:29Réalisation,
20:30Julien Moncouquiol.
20:31Code Source
20:31est le podcast d'actualité
20:33du Parisien.
20:33Un nouvel épisode
20:34chaque soir de la semaine.
20:36Pour n'en rater aucun,
20:37n'oubliez pas de vous abonner
20:38sur votre application audio
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