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Cela fait déjà plusieurs mois que #SaccageParis prend de l’ampleur sur internet pour déplorer la dégradation de la ville de Paris. Face aux rassemblements des militants, Anne Hidalgo est obligée de riposter. Récit.

Dans ce podcast : Le 16 novembre le Parisien a consacré une enquête à #saccageParis ce hashtag lancé sur twitter au printemps agrège des milliers de messages de parisienne de parisiens mécontents de la gestion de la ville notamment concernant la propreté. La maire Anne Hidalgo a d'abord fustigé un mouvement venu de l'extrême droite selon elle avant d'essayer d'y répondre concrètement en modifiant sa politique. Comment le hashtag #saccageParis est devenu un mouvement influent.
Tout commence au printemps 2021 un an après le début de la crise du covid. Il y a eu beaucoup de changements dans les rues avec les coronapistes, ces fameuses pistes cyclables qui ont été faites à la va vite pour permettre aux gens de ne pas reprendre les transports en commun ou la voiture pour se déplacer. Ce sont des pistes qui sont séparées par des plots jaunes par des énormes bornes en béton qui ne sont pas forcément très esthétiques. Il y a aussi eu la possibilité donnée aux bars et cafés parisiens d'installer des terrasses à l'extérieur…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : BFM TV, Russia Today, RTL.

#saccageParis #annehidalgo #militants

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 16 novembre, le Parisien a consacré une enquête à Saccage Paris.
00:16Ce hashtag, lancé sur Twitter au printemps, agrège des milliers de messages de Parisiennes et de Parisiens mécontents de la
00:22gestion de la ville,
00:24notamment concernant la propreté.
00:26La maire Anne Hidalgo a d'abord fustigé un mouvement venu de l'extrême droite, selon elle,
00:31avant d'essayer d'y répondre concrètement en modifiant sa politique.
00:35Comment le hashtag Saccage Paris est devenu un mouvement influent ?
00:39Cet épisode de Codesources est raconté par les deux journalistes qui ont signé l'enquête du 16 novembre,
00:44Marianne Guéraud de l'édition de Paris et Charles de Saint-Sauveur de la Cellule Récit.
00:59Charles de Saint-Sauveur, vous êtes journaliste à la Cellule Récit du Parisien.
01:03Pour un article, vous avez cherché à rencontrer plusieurs animateurs de Saccage Paris sur Internet.
01:09Vous allez nous raconter ça à la fin de cet épisode.
01:12Mais d'abord, Marianne Guéraud, rappelez-nous le contexte.
01:15Tout commence au printemps 2021, un an après le début de la crise du Covid.
01:19Qu'est-ce que cette crise change pour Paris ?
01:22Il y a eu beaucoup de changements dans les rues avec les coronapistes,
01:26donc ces fameuses pistes cyclables qui ont été un peu faites à la va-vide
01:30pour permettre aux gens de ne pas reprendre les transports au commun ou la voiture pour se déplacer.
01:34Donc ce sont des pistes qui sont séparées par des plots jaunes,
01:36par des énormes bornes en béton qui ne sont pas forcément très esthétiques.
01:40Et puis il y a aussi eu la possibilité donnée aux bars et cafés parisiens d'installer des terrasses à
01:47l'extérieur.
01:48C'est une décision qui a été prise assez rapidement et certains les ont fabriquées un peu à la va
01:52-vite.
01:53C'est souvent fait de palettes en bois et ce n'est pas toujours très joli esthétiquement.
01:57Marie-Anne, il y a un autre problème à cause de l'épidémie de Covid.
02:01Beaucoup d'agents de la mairie sont arrêtés.
02:03C'est un service qui connaît un taux d'absentéisme de 13%, ce qui est quand même énorme pour un
02:08service.
02:09Et là, avec le Covid, comme tout le monde, entre les cas contacts et puis les agents malades,
02:14il y a en plus 10% d'agents qui sont en moyenne chaque jour absents et qui ne balayent
02:18pas les rues.
02:23Charles de Saint-Sauveur, celui qui va être à l'origine de sa cage Paris, est un certain Paname propre
02:29sur Twitter.
02:30Qui est-il ?
02:30C'est un Parisien depuis une vingtaine d'années.
02:33Il a 53 ou 54 ans.
02:36C'est un cadre dans le privé.
02:38Il voyage beaucoup et politiquement, il se situe un peu nulle part.
02:41C'est-à-dire qu'il a flirté avec l'UDF, mais il ne se réclame vraiment d'aucun parti.
02:44Qu'est-ce qu'il se dit en février dernier ?
02:46En fait, il a beaucoup marché dans Paris parce qu'il voyageait moins.
02:50Lui qui voyage beaucoup pour son travail.
02:51Donc, comme il dit, il a joué un peu le touriste dans Paris.
02:54Et là, il y a une évidence qui lui a sauté aux yeux.
02:56Il dit Paris est dégueulasse, Paris est sale.
02:58Ça a été pour lui un déclic, ce confinement.
03:00Et là, il décide qu'il veut rendre public son ras-le-bol.
03:03Il en a assez de ronchonner dans son coin.
03:04Et il veut dénoncer ça sur Internet.
03:06Il lance un hashtag sur Internet, un mot dièse en français, un mot clé qui permet de retrouver facilement tous
03:13les messages sur un même sujet.
03:14Quel est ce hashtag ?
03:16Je veux Paris propre.
03:17Donc, hashtag je veux Paris propre.
03:19Il y a pas mal de comptes qui, effectivement, le rejoignent.
03:21Mais ça ne décolle pas vraiment.
03:23On ne peut pas dire que ça explose.
03:25À la fin du mois de mars, il essaie de faire la même chose, mais avec un autre mot.
03:29Il entend parler, en fait, via un message Twitter, d'une dame qui s'est rendue au Parc Monceau et
03:35qui parle de saccage.
03:36C'est exactement ce qu'il pense de la maire de Paris.
03:38C'est quelqu'un qui est cultivé.
03:39Il sait que la mise à sac, c'était l'œuvre des barbares dans l'Antiquité, sous Rome.
03:44Et ensuite, par exemple, des Vikings.
03:46Donc, c'est un mot qui est très connoté, très fort, même politiquement.
03:48Et donc, il décide de le prendre à son compte le 19 mars, une première fois dans un message.
03:52Et puis ensuite, il crée le 21 mars le hashtag « Saccage Paris », qui combine d'ailleurs avec «
03:58Je veux Paris propre » pendant quelques jours,
03:59avant que le saccage Paris prenne le relais très efficacement.
04:03Et beaucoup de gens, donc, se mettent à tweeter avec ce hashtag « Saccage Paris ».
04:07De plus en plus entre le 21 mars et le 1er avril.
04:11Et là, ça décolle vraiment à partir de ce moment-là.
04:15Marianne Guéraud, quel type de photos envoient celles et ceux qui postent sur Twitter des messages avec le hashtag «
04:21Saccage Paris » ?
04:22Il y a des photos qui dénoncent la malpropreté des rues, avec des amas d'encombrants, des matelas, des vieux
04:28meubles cassés.
04:29Il y a évidemment des photos de poubelles pleines à craquer qui débordent de partout.
04:35Ils montrent des mobiliers urbains nouveaux, ceux qui ont été notamment installés place du Panthéon en bois, en pierre,
04:41qui dénotent quand même un peu avec le site lui-même.
04:44C'est vrai que ça peut heurter un peu l'œil quand on approche de cette place historique et si
04:50symbolique.
04:50Et à cette période, le 18 mars, à Montmartre, dans le 18e arrondissement,
04:55des agents travaillant pour la ville ont fait quelque chose qui a été très mal perçu.
04:59Devant la brasserie Le Plumeau, qui est très fréquentée, un petit lieu un peu historique et assez charmant,
05:08une glycine qui était centenaire a été rasée.
05:11Des barres métalliques, c'est tout ce qu'il reste de la tonnelle de chez Plumeau.
05:15Là où il y a quelques jours encore, une gigantesque glycine centenaire la recouvrait.
05:20Très vite, les riverains et les habitués du quartier s'émeuvent de cette disparition.
05:25Je trouve ça absolument monstrueux.
05:27C'était vraiment une curiosité locale que les gens appréciaient vraiment beaucoup.
05:30Et accusent les jardiniers de la ville de Paris d'avoir tué un arbre qui était en bonne forme.
05:38D'après la mairie, cette glycine était en train de mourir.
05:42Montré du doigt également par ce mot-clé « saccage Paris »,
05:46certains choix de mobilier urbain comme des nouveaux bancs installés par la mairie.
05:50C'est des grandes planches de bois qui sont posées les unes sur les autres.
05:54Quand on discute avec les gens de la ville, ils disent qu'au départ, ils avaient imaginé ces nouveaux bancs
05:58en bois
05:58comme des espèces de pare-feu pour empêcher les intrusions de voitures béliers sur les quais de Seine ou sur
06:06les places publiques.
06:07Il s'avère qu'avec le temps, le bois, ça vieillit mal et ça prend franchement une tournure assez dégradée.
06:13Beaucoup d'internautes qui sont derrière le mot-clé « saccage Paris »
06:16préféraient les anciens bancs, les bancs traditionnels à Paris, ce qu'on appelle les bancs d'Aviou.
06:21Les bancs d'Aviou sont des bancs qui ont été dessinés sous le Second Empire par Gabriel Davou, l'architecte,
06:27qui avait été désigné par Haussmann pour justement imaginer toute une panoplie de mobilier urbain pour la ville à l
06:35'époque.
06:35Ce sont des bancs historiques, en fonte, avec du bois très joli, auxquels les Parisiens sont très attachés.
06:40Il y avait déjà eu un premier mouvement en 2016 quand la ville de Paris avait changé les kiosques parisiens.
06:45Ça avait soulevé un vent de tempête avec aussi beaucoup de pétitions qui allaient partout dans le monde
06:50et qui voyageaient jusqu'au Japon et aux Etats-Unis.
06:54Charles de Saint-Sauveur, à la date du samedi 3 avril, il y a déjà des milliers de tweets qui
06:58reprennent ce hashtag.
06:59Le 3 avril, c'est la tendance numéro un sur le réseau social.
07:02En fin d'après-midi, les internautes s'en donnent à cœur joie.
07:05C'est vraiment pendant ce week-end-là qu'effectivement ça explose.
07:08Le dimanche, Marianne Guéraud, la mairie de Paris, contre-attaque.
07:11Comme le mouvement monte, ils sont obligés de répondre.
07:13Et en l'occurrence, la première réponse, c'est de dire qu'on est conscient qu'il y a un
07:17problème de propreté.
07:18Mais ça, ce mouvement, c'est un truc téléguidé par la droite.
07:21Donc ils essayent un peu de minimiser le mouvement en pensant que ça va passer,
07:25en se disant que c'est les opposants habituels qui nous critiquent et il n'y a pas de quoi
07:29en faire autant.
07:30Dans le même temps, la démarche commence malgré tout à porter ses fruits.
07:33Oui, parce qu'on voit bien que suite à un article du Parisien sur le bassin de la Villette,
07:38où il y avait une tonne de détritus qui jonchaient le bassin,
07:41ce papier-là va être énormément retweeté par tous les adeptes du hashtag Sa Cache Paris.
07:47Le papier va provoquer une action de la ville de Paris qui va vite se rendre sur place pour nettoyer
07:52le bassin,
07:53alors que ça faisait quand même plusieurs semaines que les détritus jonchaient l'eau.
07:57Mais sur RTL, le mardi 6 avril, le premier adjoint d'Anne Hidalgo, la maire de Paris,
08:01Emmanuel Grégoire, critique le bien fondé du hashtag Sa Cache Paris.
08:05Qu'il y ait ponctuellement, comme dans toutes les grandes villes du monde, des problèmes de propreté, c'est exact.
08:09Mais d'en faire un tropisme, d'en faire un angle de vision et de contestation politique est pour moi
08:15dommageable à deux niveaux.
08:16La première, c'est que ça ne traduit pas la réalité.
08:19Et deuxièmement, c'est une attaque politique et donc nous voulons aussi la dénoncer pour défendre les agents du service
08:25public.
08:25C'est la parade que la ville commence à prendre en disant que c'est un mouvement qui est téléguidé
08:30par leurs opposants
08:31et qu'il ne faut surtout pas tomber dans cette manipulation.
08:35Il fait un peu de provoque, Emmanuel Grégoire, parce qu'il va dire aux Parisiens qui prennent toutes ces photos
08:39de poubelles percées,
08:41« Regardez plutôt le ciel plutôt que de regarder le bitume, ça vous fera du bien. »
08:45Il y a deux façons de voir le monde.
08:47Soit de regarder le ciel et en se disant qu'il est plutôt joli,
08:50soit de regarder obstinément la poubelle, de la photographier et de considérer que c'est l'avenir du monde.
08:56Charles Saint-Sauveur, quelques jours plus tard, le 8 avril, c'est au tour de la mer, Anne Hidalgo,
09:01d'être interrogée sur le sujet.
09:02Plus encore que du dénigrement, elle parle de trumpisation de la vie politique.
09:06Elle dit même qu'elle a fait sa petite enquête et qu'elle est remontée jusqu'à la source de
09:09ce hashtag
09:09et qu'elle y a découvert des liens avec l'extrême droite.
09:12Elle jette en pâture un élu qui est un opposant assez farouche depuis longtemps, qui s'appelle Pierre Lissiat.
09:17« Quand on remonte, on retrouve quand même toujours une personne qui s'appelle Pierre Lissiat,
09:22qui est en train de faire la promo de son bouquin et qui est derrière beaucoup de ces sites-là.
09:28»
09:28qui dénonce la dégradation du nord-est de Paris depuis plusieurs années à coups de vidéo assez efficaces.
09:34Pierre Lissiat n'est pas d'extrême droite, c'est le porte-parole de la campagne de Valérie Pécresse.
09:40Ce qui est vrai en revanche, c'est que la présidente du Rassemblement national a assez vite relayé sa cage
09:45Paris.
09:45Oui, Marine Le Pen très rapidement voit le phénomène monter sur Twitter, comme d'autres élus.
09:49D'ailleurs, Rachida Dati, beaucoup d'autres, elle le relaie.
09:52Elle dit effectivement qu'il y a une dégradation de Paris et la mairie et les alliés évidemment s'en
09:57emparent pour dire que c'est l'extrême droite qui est derrière.
10:00Marianne Guéraud, à ce moment-là, quelques internautes qui sont derrière le hashtag « ça cache Paris » parlent de
10:05façon anonyme aux Parisiens.
10:07Qu'est-ce qu'ils répondent à ces accusations ?
10:08Ils n'apprécient pas du tout d'être associés à la fachosphère parce que clairement, eux, ils n'appartiennent à
10:13aucun parti politique et ne veulent surtout pas être récupérés par un parti politique et encore moins par un parti
10:19d'extrême droite ou même d'extrême gauche.
10:21Donc, ils sont un peu énervés que d'emblée, la ville ouvre cette espèce de parapluie pour contre-attaquer leur
10:27mouvement, alors que leur mouvement, c'est un mouvement de citoyens qui s'énerve de la dégradation de leur ville
10:31qu'ils aiment tant.
10:32Le mardi 25 mai, une centaine de militants de « ça cache Paris » viennent devant l'hôtel de ville
10:37de Paris pour faire un étrange cadeau au premier adjoint Emmanuel Grégoire.
10:42C'est un banc d'avieux qu'ils ont acheté lors d'une vente aux enchères organisée à Drouot.
10:47Et en l'occurrence, à cette vente-là, il y avait un fameux banc du Second Empire.
10:51Et ils se sont dit, ben voilà, on va marquer le coup, on va acheter le banc et on ira
10:55l'offrir à la mairie de Paris pour l'inciter à vraiment conserver, préserver, protéger et entretenir ce mobilier qui
11:02nous plaît tant.
11:03Ils ont lancé une cagnotte qui a tout de suite marché, puisqu'il y a quand même eu 5 000
11:08euros de récoltés, alors que finalement, le banc ne leur a coûté que 2 000 euros.
11:12Et il y avait quand même 250 personnes derrière ça pour donner de l'argent pour acheter ce banc et
11:18l'offrir symboliquement à la ville de Paris.
11:19Emmanuel Grégoire l'a accepté.
11:21Oui, bien sûr. De toute façon, politiquement, il ne pouvait pas claquer la porte au nez de sa cage Paris.
11:26Donc, il l'a accepté et a dit qu'il irait l'installer devant l'atelier parisien d'urbanisme, qui
11:31est un lieu qui parle de l'esthétique, de l'urbanisme dans Paris.
11:35Au début de l'été, le lundi 5 juillet, l'adjoint Emmanuel Grégoire fait plusieurs annonces sur le mobilier urbain
11:41et sur les coronapistes, ces fameuses pistes cyclables mises en place pendant la crise du coronavirus.
11:47Il essaie de calmer justement un peu la colère contre ces aménagements provisoires en annonçant que les coronapistes vont bien
11:55évidemment être matérialisés autrement que par des plots en plastique et des énormes plots de béton.
12:02Elles vont être pérennisées avec un matériel urbain beaucoup plus esthétique.
12:06Et puis, il annonce aussi le retrait de certains mobiliers urbains qui avaient été testés par la ville comme des
12:12tabourets champignons qui n'étaient pas forcément plus très confortables.
12:17Ou les fameux bancs en bois mi-cadeau qui se dégradent et qui ont été pointés du doigt par sa
12:22cage Paris.
12:24Sur internet, le mouvement sa cage Paris continue.
12:26Et dès le lendemain, le 6 juillet, une manifestation est organisée devant l'hôtel de ville.
12:36C'est une façon pour les gens de ce mouvement de montrer qu'ils ne sont pas dupes et qu
12:43'ils attendent autre chose que les annonces faites la veille.
12:48Et qu'ils vont maintenir une pression sur l'hôtel de ville et les élus pour que leur demande soit
12:53entendue.
12:55Marianne Guéraud, le dimanche 12 septembre, Anne Hidalgo se déclare candidate à la présidentielle de 2022.
13:01Elle le fait à Rouen, en Seine-Maritime.
13:04Et le même jour, sa cage Paris lance son site internet.
13:08C'est un site internet où en fait, ils vont aller plus loin que les simples photos.
13:12Là, ils détaillent un peu justement en étant plus complets sur leurs critiques,
13:17en faisant des avant-après sur ce qui a été fait depuis la prise en main de l'hôtel de
13:21ville par Anne Hidalgo.
13:22On voit que derrière leurs photos, il y a une vraie pensée.
13:27Ce sont vraiment des amoureux de la capitale qui ont fait des recherches
13:30et qui veulent vraiment préserver la ville dans laquelle ils vivent.
13:33Le fait de lancer le site le même jour que la candidature d'Anne Hidalgo, c'est un hasard ou
13:37pas ?
13:38Eux, ils ne veulent surtout pas interférer avec la campagne présidentielle d'Anne Hidalgo.
13:42Ce n'est pas leur propos.
13:43Eux, ils sont concentrés sur Paris.
13:45Mais bon, ils se sont dit que ce serait une façon amusante de faire coucou à Anne Hidalgo,
13:50qui est à Rouen, alors qu'ils sont à Paris et défendent leur ville.
13:53Ce jour-là, à Rouen, il y a une dizaine de manifestants anti-Anne Hidalgo,
13:57des militants du mouvement d'extrême droite royaliste Action Française,
14:01qui déroulent une banderole.
14:02Sur laquelle ils ont écrit Paris aujourd'hui, demain la France halte au saccage.
14:06Donc on voit bien qu'ils ont senti que le mot saccage faisait mouche au sein de la population.
14:10Ils ont repris ce terme de saccage Paris.
14:12Mais tout de suite, les membres de saccage Paris se désolidarisent de ce mouvement
14:16en disant qu'ils n'appartiennent à aucun mouvement politique
14:18et surtout pas à un mouvement d'extrême, quel qu'il soit.
14:21Un mois plus tard, le dimanche 10 octobre,
14:24nouvelle manifestation de saccage Paris devant l'hôtel de ville.
14:28Ils ont fait un petit coup politique, parce que le jour même, dans le JDD,
14:31l'Union parisienne, qui elle, est une association qui apparaît pour le coup plus politisée,
14:36plus proche de la droite, a fait financer un sondage
14:39sur le ressenti des Parisiens sur leur ville.
14:42Et 84% disent qu'ils sont mécontents et qu'ils trouvent que leur ville est sale.
14:47Suite à ce sondage-là, il y a ce mouvement-là qui se réunit sous les fenêtres de l'hôtel
14:51de ville,
14:52qui agrège différentes questions propres à Paris.
14:55Il y a évidemment l'esthétique, la propreté,
14:57mais il y a aussi à ce moment-là la crise dans le nord-est parisien,
15:00autour du krach, où les riverains n'en peuvent plus.
15:02Ils sont vraiment au bord de la crise de nerfs,
15:05puisque pendant tout l'été, toute cette crise-là a perduré.
15:07Donc ça agrège toutes ces colères-là.
15:10Et au sein même de la majorité d'Anne Hidalgo,
15:13on commence un petit peu à s'inquiéter,
15:15parce que que différents mouvements comme ça finissent par se réunir,
15:18c'est jamais très bon pour une majorité municipale.
15:22Le 3 novembre, Marianne Guéraud,
15:24vous publiez une interview de l'adjointe d'Anne Hidalgo chargée de la propreté,
15:28Colomb-Brossel, que vous avez rencontrée.
15:30D'abord, est-ce qu'elle estime elle-même qu'il y a un problème de propreté à Paris ?
15:34La propreté, de toute façon, c'est un sujet
15:35qui colle à la chaussure d'Anne Hidalgo depuis le début.
15:38La droite, même sous Delanoé, critiquait la malpropreté de la ville.
15:42Anne Hidalgo a fait quatre plans durant sa première mandature
15:44pour essayer d'améliorer la situation.
15:46Donc ils savent que c'est un sujet qui va leur coller à la peau.
15:49Donc, elle admet qu'il y a un problème,
15:51qu'il y a eu cet absentéisme lié forcément à la crise sanitaire,
15:54qui fait que beaucoup d'éboires n'étaient pas sur le terrain.
15:57Elle dit aussi qu'elle va essayer de décentraliser les pouvoirs
16:00auprès des maires d'arrondissement,
16:01qui eux connaissent au plus près les difficultés
16:03et les lieux où les interventions sont nécessaires.
16:05Mais on sent bien quand même qu'il y a aussi une nécessité d'agir rapidement,
16:11parce qu'il y a ce mouvement sur Twitter qui les oblige à être plus réactifs.
16:15Elle rappelle aussi tout ce qui est fait par la mairie de Paris sur cette question.
16:19Il y a quand même 5 000 agents qui sont chargés de nettoyer les rues.
16:24Il y a 30 000 corbeilles qui sont disséminées un peu partout dans la ville.
16:28Et puis, surtout, et ça c'était une annonce d'Anne Hidalgo pendant sa campagne,
16:32ils ont annoncé aussi qu'ils allaient encore augmenter les moyens dédiés à cette question,
16:36en passant de 500 millions d'euros par an à 1 milliard.
16:39Donc doubler un budget, c'est quand même colossal.
16:42Charles de Saint-Sauveur, le samedi 13 novembre,
16:44vous publiez dans Le Parisien une interview de l'animateur Stéphane Berne,
16:49également à la tête d'une mission de sauvegarde du patrimoine
16:52que lui a confié le chef de l'État Emmanuel Macron.
16:55Stéphane Berne vous annonce qu'il quitte Paris.
16:58Pourquoi il a pris cette décision ?
17:00Parce qu'il trouve la ville, sur ses mots, dégueulasse, sale.
17:03Il dit qu'il est plus heureux, ça fait quasiment 50 ans qu'il y vit.
17:06Et il va quitter son appartement de Pigalle.
17:09On sent bien qu'il critique très fortement la gouvernance d'Anne Hidalgo
17:12et surtout de ses alliés écologistes.
17:15Venant de Monsieur Patrimoine, puisque c'est un peu sa fonction,
17:17ça fait très mal et en plus il est très populaire.
17:19Qu'est-ce qu'il dit sur Sa Cache Paris ? Il les soutient ?
17:21Il les a retweetés quelques fois.
17:24Effectivement, il les soutient, il les applaudit.
17:26Il parle même de lanceurs d'alerte et il ne supporte pas la diabolisation dont ils ont fait l'objet.
17:32À ce moment-là, vous travaillez sur le hashtag Sa Cache Paris
17:35et vous cherchez à rencontrer physiquement plusieurs de ses animateurs.
17:39Comment ça se passe ?
17:40Ça a été un peu compliqué parce qu'ils n'avaient encore jamais rencontré physiquement,
17:43collectivement, j'entends, de journalistes.
17:44Il a fallu deux semaines en gros avant d'obtenir un rendez-vous
17:47et ils étaient quatre quand je les ai rencontrés ce jour-là.
17:50Racontez-nous cette rencontre.
17:51Alors c'est un café du 15e arrondissement, tout à fait lambda.
17:54Donc on s'est donné rendez-vous en fin de journée parce que ce sont des gens qui travaillent.
17:57Ce sont des vengeurs masqués mais ils ressemblent à Monsieur Tout-le-Monde ou Madame Tout-le-Monde.
18:01Donc ils étaient quatre ce jour-là parce que d'autres avaient des obligations professionnelles ou personnelles.
18:05C'est vraiment un panel assez représentatif de ce que peut être la population parisienne.
18:09Plutôt des cadres ou employés, ingénieurs, la trentaine, quarantaine et puis le quinca, donc pas d'âme propre.
18:14Vous avez rencontré un autre membre de sa cage Paris, un certain Jacques, qui vous a marqué ?
18:19Oui, il est libraire dans le 18e, plus particulièrement dans la Goutte d'Or.
18:21C'était un homme de gauche qui militait dans son quartier de la Goutte d'Or, qui a beaucoup de
18:25difficultés.
18:26Et puis il avait épuisé toutes les voix possibles, pétitions, réunions de quartier, comité.
18:30Il s'est beaucoup battu et puis il se met sur Twitter et là il s'aperçoit que ces messages,
18:34ils ont une audience autrement plus importante que tout ce qu'il a pu faire jusqu'à présent.
18:39Tous ces messages, notamment ces fameux avant-après, sont devenus vraiment une des locomotives du mouvement sa cage Paris.
18:46Certains de ses tweets les plus efficaces sont repris jusqu'à 6 millions de fois.
18:51Votre enquête sur sa cage Paris est publiée le mardi 16 novembre dans Le Parisien et dans le même dossier,
18:57Marianne Guéraud, vous révélez que la mairie de Paris organise chaque semaine des réunions de crise pour répondre à ce
19:04mouvement.
19:04La posture de la ville de Paris, c'était de prendre le mouvement un peu de haut.
19:07Très vite, ils se sont quand même aperçus qu'il fallait qu'ils agissent.
19:10Et donc dorénavant, il y a chaque semaine une réunion en lien avec le secrétariat général de la ville de
19:16Paris, où les cabinets des adjoints des sujets soulevés,
19:19donc ça va de l'espace public à la propreté aux espaces verts, se réunissent pour balayer un peu les
19:26critiques les plus récurrentes et voir comment ils ont agi ou comment ils doivent agir pour répondre justement à tous
19:32ces tweets.
19:33Charles de Saint-Sauveur, celles et ceux qui sont très actifs dans ce mouvement et que vous avez rencontrés, ils
19:39ont l'impression de compter aujourd'hui ?
19:41Ils sont très fiers de leur coup parce qu'ils ont réussi selon eux à se faire entendre, à peser
19:47sur le débat public, même à peser lourdement,
19:48alors qu'ils disent eux-mêmes qu'ils ne sont rien que des individualités derrière un hashtag.
19:53Ils ont une certaine fierté d'avoir inversé ce rapport de force.
19:57C'est une force qui compte aujourd'hui dans le débat, qui est même parfois plus audible que ce que
20:00peut relayer l'opposition.
20:01C'est un mouvement politique puisqu'il pèse sur le débat public.
20:05Après, effectivement, c'est un mouvement politique sans pour l'instant de suite.
20:08Ils sont dans le présent.
20:09Donc l'avenir, l'élection est très lointaine.
20:12C'est en 2026 et d'ici là, effectivement, ils ne savent absolument pas ce que va devenir leur mouvement.
20:23Merci à Charles de Saint-Sauveur et Marianne Guéraud.
20:26Le Parisien, c'est 400 journalistes mobilisés pour vous informer avec des bureaux dans tous les départements d'Île-de
20:32-France et l'Oise,
20:33à retrouver sur leparisien.fr.
20:36Et Code Source, le podcast d'actualité du Parisien, est disponible sur toutes les plateformes audio.
20:41Cet épisode a été produit par Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amourou et Sarah Amny.
20:47Réalisation, Julien Moncouquiole.
20:49Si vous aimez Code Source, n'oubliez pas de vous abonner, de nous laisser des petites étoiles ou un commentaire
20:54sur votre application préférée.
20:56Et puis, vous pouvez aussi nous écrire directement pour nous faire vos retours.
21:00Code Source at leparisien.fr
21:03Et puis, vous allez découvrir les autres questions.
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21:05selbst-kanal.
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