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Dans la matinée du 13 octobre, Mohammed Mogouchkov, 20 ans, tue de plusieurs coups de couteaux Dominique Bernard, un professeur de français du lycée Gambetta, à Arras. Cette attaque a lieu quasiment trois ans jour pour jour après l’assassinat du professeur d’histoire-géographie, Samuel Paty, à Conflans Saint Honorine.

Pour Code Source, Thomas Poupeau, journaliste éducation au sein du service société du Parisien, et Damien Delseny, chef du service police-justice, reviennent sur ce nouvel attentat visant des professeurs.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France 24, TF1, France TV

#attentat #dominiquebernard #crime

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Les obsèques de Dominique Bernard ont été célébrés le jeudi 19 octobre dans la cathédrale d'Arras, dans le Pas
00:17-de-Calais.
00:18Le professeur de français de 57 ans a été tué le 13 octobre par un ancien élève radicalisé,
00:24un jeune homme de 20 ans de nationalité russe qui venait de faire allégeance à Daesh, l'État islamique.
00:30Un attentat commis près de 3 ans après l'assassinat du professeur d'histoire-géographie Samuel Paty,
00:36près de son collège à Conflans-Saint-Honorin dans les Yvelines.
00:39Retour sur ce nouvel attentat qui a visé les enseignants, avec deux journalistes du Parisien,
00:44Thomas Coupeau, spécialiste éducation au sein du service Société, et Damien Delseny, chef du service Police-Justice.
00:59Thomas Coupeau, le lundi 16 octobre à 14h, une minute de silence est observée dans tous les établissements scolaires de
01:05France,
01:05à l'exception des écoles maternelles, en hommage au professeur de français Dominique Bernard.
01:10Oui, dans les classes, en cours, sous les préaux, dans les cours de récréation, tout s'arrête.
01:16Pendant une minute, 10 millions d'élèves, donc de l'élémentaire jusqu'au lycée, font une minute de silence,
01:21en hommage au professeur assassiné trois jours plus tôt.
01:25Jamais la barbarie ne l'emportera face au savoir.
01:30Jamais la République ne pliera face au terrorisme.
01:34En ce jour de deuil et de recueillement,
01:38je vous propose d'observer une minute de silence.
01:42Alors, on va voir dans ce podcast qui était Dominique Bernard,
01:45le déroulé de l'attentat dont il a été victime et dans lequel trois autres personnes ont été blessées.
01:50Et on va faire un point sur l'enquête.
01:52D'abord, Thomas Coupeau, présentez-nous son établissement, le collège lycée Gambetta-Carnot, à Arras, dans le Pas-de-Calais.
01:59C'est une énorme cité scolaire de 2000 élèves avec plusieurs formations.
02:04Donc ça va évidemment du collège au lycée général, lycée technologique et aussi des classes préparatoires aux grandes écoles.
02:09C'est deux grands bâtiments dont l'un est en arc de cercle et c'est en plein centre-ville
02:13d'Arras.
02:15Damien Delsenis, le vendredi 13 octobre, vers 11h, un individu se présente devant le lycée.
02:21C'est un ancien élève, il est armé.
02:23Oui, effectivement, il est armé d'un couteau et il va quasi immédiatement poignarder Dominique Bernard,
02:30qui est un des premiers enseignants ou personnes qu'il va croiser devant l'établissement.
02:35Ensuite, il pénètre dans l'enceinte de l'établissement.
02:37Oui, quasi immédiatement, David, un professeur de sport, essaie de s'interposer.
02:42Il est lui aussi blessé au visage.
02:45Le tueur se dirige ensuite dans la cour de l'établissement.
02:48Là, il fait face à plusieurs personnes.
02:50Donc il y a un espèce de corps à corps qui s'engage avec un agent d'entretien et le
02:54chef cuisinier,
02:56qui s'appelle Jacques, qui essaie de se défendre avec une chaise, qui essaie de l'empêcher.
02:59On voit aussi d'autres personnes, d'autres enseignants qui sont autour, qui parlent au tueur.
03:04Mais un professeur qui était là dans la cour de l'établissement nous dira qu'il a croisé le regard
03:09déterminé de l'assaillant.
03:11Et tout ça dure de très longues minutes.
03:13Deux policiers arrivent un peu plus tard, Damien Delceani.
03:16Effectivement, une alerte qui est donnée très très vite.
03:18Il faudra un tout petit peu moins de 7 minutes environ pour que les policiers arrivent.
03:22Et ce sont eux qui vont arriver à maîtriser le tueur.
03:26Thomas Poupot, certains élèves ont tout vu de leur salle de classe.
03:30Oui, il y a le plan de confinement qui est déclenché immédiatement.
03:33Donc ils sont tous dans leur classe fermée, sous les tables.
03:36Mais il y a certaines classes qui donnent sur la cour.
03:38Et là, des élèves sortent leur téléphone portable et filment, notamment de la classe 111,
03:42où les vidéos de l'attaque sont immédiatement mises en ligne par les élèves.
03:45Ils rentrent dans le bâtre là.
03:47Il y a des élèves.
03:48Ça se bat, il y a une chaise, ils ont des couteaux.
03:50Il y a un couteau les gars, il y a un couteau.
03:52Il y a le provisoire adjoint.
03:55Vous arrivez sur place pour le Parisien à Arras vers 14h.
03:59Vous parlez avec des élèves, des parents d'élèves sous le choc.
04:02Et l'un des collègues de Dominique Bernard accepte de témoigner.
04:05Oui, c'est Mathieu, le professeur de philosophie.
04:07Donc il fait partie de ceux qui étaient dans la cour quand l'assaillant est arrivé.
04:10Il a d'abord essayé de s'interposer verbalement quand il a vu l'assaillant sur le chef cuisinier.
04:14Il se rend bien compte, le prof de philo, qu'il est impossible de raisonner l'assaillant.
04:18Donc il part avec d'autres personnes se réfugier derrière une porte vitrée.
04:21D'ailleurs l'assaillant essaie d'ouvrir cette porte vitrée.
04:23Donc les gens à l'intérieur se cramponnent à la poignée.
04:26L'assaillant repart.
04:28À peu près au même moment, le professeur de sport qui est gravement blessé au visage
04:32crie aux quelques élèves qui sont encore dans la cour de se réfugier.
04:34Il a la bouche en sang.
04:36Ça c'est des choses que nous ont raconté les élèves.
04:37Et il leur supplie de se mettre à l'abri.
04:39Les élèves, qu'est-ce qu'ils vous disent Thomas Poupon ?
04:42Ils sont sidérés.
04:43Ils ont vu des images qu'ils n'oublieront jamais.
04:45Voilà, d'un professeur à terre, baignant dans une mare de sang.
04:49Pour certains c'est leur professeur, pour d'autres c'est leur ancien professeur.
04:52Les policiers, l'agitation, les cris.
04:55Et puis deux heures de confinement.
04:57Tout ça, ces émotions, les ont particulièrement ébranlés.
05:01En fait on a affaire à des élèves qui sont sonnés.
05:17Thomas Poupon, qui était Dominique Bernard, le professeur de français qui a été tué ?
05:21Qu'est-ce que l'on sait de son parcours ?
05:22C'est un enseignant qui était qualifié d'érudit par tous ceux qu'on a croisés ce jour-là.
05:26Donc il a fait une classe préparatoire littéraire à Lille.
05:29Lille, c'était aussi un amateur de littérature, auteur préféré Julien Gracq.
05:35Un amateur de cinéma, grand amateur des films de Wells, de Téchiné.
05:39Et puis aussi inscrit pendant 30 ans dans une compagnie théâtrale de Lille.
05:44Une petite compagnie amateur où tout le monde se souvenait de lui.
05:48Il avait créé aussi l'Université populaire de Lille qui a fermé en 2012.
05:53Mais c'était quelqu'un de très engagé dans sa vie d'enseignant.
05:56Il avait quelle personnalité ?
05:58Alors là, élèves, enseignants, parents d'élèves, tous le décrivent comme quelqu'un d'aimable, de souriant, de drôle aussi.
06:04Voilà, on nous a parlé de sa façon de faire aimer les livres, de sa façon de faire aimer la
06:08littérature.
06:09Même à ceux qui n'appréciaient pas ça à l'origine.
06:11Dominique Bernard était visiblement très apprécié des élèves.
06:14Oui, on a même croisé des élèves qui ne l'avaient pas comme professeur, mais qui, je cite,
06:18auraient rêvé de l'avoir parce qu'il était détendu, il rendait les élèves sereins.
06:23C'est aussi un enseignant qui faisait attention à tous les élèves, même à ceux qui étaient moins bons dans
06:27sa matière.
06:29Damien Delceni, on l'a dit, l'agresseur a été interpellé et très vite, la justice décide d'enquêter pour
06:33des faits de terrorisme.
06:34Il n'y a pas de doute là-dessus, contrairement à certaines affaires où c'est moins clair.
06:38Il y a d'abord un contexte, on est exactement, quasiment jour pour jour, trois ans après l'attentat, l
06:44'assassinat de Samuel Paty.
06:45C'est des faits qui se déroulent devant une école, l'agresseur est armé d'un couteau.
06:49C'est malheureusement un scénario qu'on a déjà vu, des attaques contre des professeurs, contre des écoles, l'utilisation
06:54d'un couteau.
06:55Donc tout ça déjà plaide quand même pour quelque chose qui ressemble à une attaque terroriste
06:59et va venir se greffer sur ce climat, ce contexte, des propos qui ont été tenus par l'agresseur, par
07:05le tueur
07:05pendant qu'il commettait ces agressions et pendant qu'il déambulait dans la cour de l'école.
07:09Le frère cadet du tueur, âgé de 16 ans, est interpellé lui aussi devant un autre établissement.
07:14Oui, ce qui est assez surprenant parce qu'à l'heure où son frère commet cet attentat devant le collège
07:20lycée,
07:21effectivement son plus jeune frère qui a 16 ans, lui, se trouve, pareil, devant un autre établissement de la ville
07:26et donc quelque part par prévention, alors qu'il n'est pas armé, les policiers vont l'interpeller.
07:31Le tueur s'appelle Mohamed Mogouchkov, il est jeune, 20 ans, il porte des lunettes,
07:35il est brun avec une fine moustache et une barbichette, qui est-il en quelques mots ?
07:40C'est un ancien élève de ce collège lycée, depuis qu'il a quitté le lycée, il ne travaille pas
07:45vraiment,
07:46il habite à Arras dans une résidence HLM, il ne fait pas grand chose de ses journées,
07:51tout ce qu'on sait de lui assez vite, c'est qu'à part sa pratique assez intensive du sport,
07:57les voisins le voient un peu déambuler dans le quartier toute la journée,
07:59mais voilà, il n'a pas vraiment de travail ni d'activité étudiante ou scolaire.
08:03Et il est de nationalité russe ?
08:05Alors, effectivement, sa nationalité c'est russe, mais c'est une famille qui est originaire d'Ingouchi,
08:10c'est tout à côté de la Tchétchénie, voilà, mais effectivement sa nationalité c'est russe.
08:15Damien Delsoni, Mohamed Mogouchkov était surveillé par le renseignement français depuis le mois de juillet.
08:20Oui, et ça c'est quelque chose qu'on apprend très très vite en fait après l'attentat,
08:23ce qui n'est pas toujours le cas, on apprend que depuis le mois de juillet,
08:27la DGSI, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure,
08:31a un petit peu densifié sa surveillance autour de lui, pourquoi ?
08:34Parce qu'ils se sont rendus compte, sans doute par des éléments techniques, téléphoniques,
08:38qu'il était en lien avec des personnes que la DGSI suivait déjà
08:42dans le cadre du suivi des personnes radicalisées ou des personnes à risque,
08:45et donc ils l'ont fait entrer quelque part dans le champ de leur recherche et de leur surveillance
08:49parce qu'ils trouvaient que le fait d'être en contact avec ces gens-là
08:52pouvait le rendre potentiellement dangereux.
08:54Il fait l'objet d'une fiche S, S comme surveillance,
08:58et il est même contrôlé la veille des faits, le jeudi 12 octobre.
09:03Effectivement, il y a un contrôle, une sorte de contrôle préventif
09:05qui est réalisé par la DGSI la veille,
09:07où on va évidemment contrôler son identité,
09:10vérifier qu'il n'est pas armé, qu'il n'y a pas des choses,
09:12on regarde un petit peu ce qu'il y a dans son téléphone,
09:14ça veut dire que quand même, à ce moment-là,
09:16compte tenu du contexte du conflit en Israël,
09:19on resserre un petit peu sur certaines cibles,
09:21donc lui fait quand même partie certainement de gens assez sensibles
09:23parce qu'on va directement le contrôler pour essayer de voir,
09:26sauf qu'il n'est pas armé,
09:28il n'y a pas de choses évidentes qui apparaissent sur son téléphone à ce moment-là,
09:31et les policiers ne peuvent rien faire d'autre que de le relâcher.
09:36Dans les heures qui suivent l'attentat,
09:37l'antiterrorisme français procède à un coup de filet
09:40dans l'entourage de Mohamed Mogouchkov,
09:4213 personnes interpellées qui sont placées en garde à vue,
09:45parmi elles, l'un des grands frères de Mohamed Mogouchkov
09:48qui était déjà en prison.
09:50Oui, alors ce grand frère, il a 22 ans,
09:51il a deux ans de plus que Mohamed,
09:53alors non seulement il est déjà en prison,
09:54mais il est en prison pour des faits qualifiés de terroriste
09:57puisqu'il a été impliqué dans un projet d'attentat,
10:02donc il est détenu à la prison de la santé à Paris,
10:04ça donne une connotation terroriste supplémentaire au dossier.
10:07Ce grand frère s'appelle Movzar Mogouchkov,
10:10que dit-il pendant sa garde à vue ?
10:12Il va se désolidariser de l'acte de son frère,
10:16il va dire que voilà,
10:17d'abord il n'est pas à l'origine ni l'inspirateur de cet attentat,
10:21il va même, d'après ce qu'on en sait,
10:24pleurer quand il va découvrir un certain nombre de clichés,
10:27un certain nombre d'images de l'attentat,
10:30et surtout, voilà, on sait qu'il a été en contact
10:32avec son frère assez régulièrement via des parloirs,
10:34mais lui en tout cas se désolidarise de cet acte-là.
10:36Un autre gardé à vue qui intéresse beaucoup les enquêteurs,
10:39ce prénomme Maxime, Maxime C, il a 32 ans,
10:42il était lui aussi en prison, qui est-il ?
10:44Maxime, c'est un profil encore plus inquiétant que le frère de Mohamed,
10:48lui c'est un jeune homme qui s'est radicalisé,
10:52il y a quelques années déjà, quand il était à l'adolescence,
10:55à peu près d'ailleurs au moment des attentats de 2015,
10:57il est à l'époque connu pour des faits de droit commun,
10:59il est du côté de Perpignan, dans le sud de la France,
11:01il est incarcéré pour des faits de stupes et de vols avec violences,
11:04et là il se radicalise, mais de manière extrêmement forte.
11:07En cellule, bon, il a accès comme beaucoup de détenus,
11:10même si c'est interdit à des téléphones,
11:11et sur ces téléphones, bon, il télécharge beaucoup d'images,
11:14de décapitations, des images qui sont fournies
11:16par la propagande de Daesh et des autres organisations terroristes,
11:19et il ne se contente pas de les consommer lui,
11:21il les diffuse au maximum à ses co-détenus,
11:24il inspire même ses co-détenus pour des projets d'attentats
11:26à l'intérieur de la prison,
11:28en visant notamment des surveillants pour les tuer,
11:30soit dans la prison, soit à l'extérieur de la prison,
11:32donc c'est quelqu'un qui est plus que radicalisé,
11:35il est radicalisé et il est très actif
11:36dans les projets qu'il peut avoir.
11:38Mohamed Mogouchkov et Maxime C.,
11:39est-ce qu'ils ont été en contact dans les semaines
11:41ou les jours qui ont précédé l'attentat ?
11:43Alors, en contact, c'est un peu difficile à dire comme ça,
11:46il y a eu un contact indirect.
11:47L'enquête progresse sur ce thème-là, sur cette piste-là,
11:50ce qu'on sait, c'est qu'il y a eu, en tout cas,
11:52des contacts déjà entre le frère de Mohamed Mosvar
11:55et Maxime de prison à prison,
11:58et ensuite, il y a eu un système presque de correspondance,
12:02c'est-à-dire qu'il y avait une personne intermédiaire
12:03qui était au contact de Mohamed,
12:05qui venait quelque part de la part de ce Maxime.
12:09Donc, Maxime et Mohamed, ils ne se sont pas véritablement vus,
12:12pour des raisons qu'on peut imaginer,
12:13Maxime, il est détenu,
12:14voilà, on ne peut pas aller le voir comme ça si facilement,
12:16mais en revanche, il y a eu des messages qui ont pu passer
12:19et tout l'enjeu de l'enquête aussi,
12:21c'est de savoir quel type de message,
12:23est-ce que c'est simplement des messages religieux,
12:25voilà, pour la pratique de l'islam, des conseils,
12:28ou est-ce qu'on est sur des conseils
12:29ou des choses beaucoup plus opérationnelles ?
12:31Mohamed Mogouchkov, comment est-ce qu'il se comporte
12:33pendant sa garde à vue ? Est-ce qu'il parle ?
12:35Alors, d'après ce qu'on sait,
12:36il est mutique pendant sa garde à vue.
12:38Damien Delceni, le père de Mohamed Mogouchkov,
12:40avait été expulsé en 2018,
12:42lui aussi est radicalisé.
12:44Oui, oui, il avait été expulsé en 2018,
12:47comme vous le dites,
12:47il est à l'heure actuelle de ce qu'on sait en Géorgie,
12:50donc il y a des contacts, évidemment, téléphoniques avec sa famille,
12:54mais il ne peut plus mettre un pied en France
12:55depuis quasiment six ans.
12:57Et en 2014, la famille Mogouchkov
12:59avait failli être expulsée
13:00quand elle vivait à la gerge de Bretagne,
13:02près de Rennes, en Ile-et-Vilaine.
13:03Oui, effectivement, il y avait même eu une mobilisation,
13:05d'ailleurs, à l'époque,
13:06pour les faire rester en France,
13:08mobilisation de plusieurs associations scolaires,
13:10des associations habituelles.
13:12Effectivement, il y avait le projet
13:13de faire repartir toute la famille
13:15vers la Tchétchénie ou l'Ingouchie,
13:17et il y avait eu cette mobilisation
13:18qui avait permis, à l'époque,
13:20à la maman et aux enfants
13:21de rester sur le territoire français.
13:23En revanche, le père a été, lui,
13:25expulsé à partir de cette date.
13:29Et on l'a dit,
13:30Mohamed Mogouchkov a été surveillé
13:31depuis le mois de juillet
13:33par le renseignement.
13:34Lui, il était expulsable ou non ?
13:36C'est une question assez compliquée,
13:37techniquement, parce qu'il faisait l'objet,
13:40lui, comme d'autres membres de sa famille,
13:41comme sa mère, notamment,
13:42de mesures d'éloignement
13:44du territoire français.
13:44Mais il se trouve qu'à l'heure actuelle,
13:46la loi permet des exceptions à ces éloignements,
13:50à ces expulsions,
13:51surtout quand, en fait,
13:52vous demeurez sur le sol français,
13:54vous êtes arrivé sur le sol français
13:55avant l'âge de 10 ans,
13:56ce qui était le cas de Mohamed Mogouchkov.
13:58Ça crée des situations très, très
14:01pénibles et très difficiles à régler,
14:02parce que si vous expulsez les parents
14:04et que les enfants mineurs restent sur le sol français,
14:06ça, c'est pas possible.
14:07Vous ne pouvez pas non plus expulser les enfants,
14:09puisqu'ils sont sur le sol français
14:10et qu'ils sont arrivés avant l'âge de 10 ans.
14:12Donc, il y a ce vide juridique,
14:14qui n'est pas un vide d'ailleurs,
14:15mais qui est une exception à la loi
14:18et à la norme,
14:19qui fait que, comme d'autres familles,
14:21on ne peut pas les mettre dehors, en fait.
14:23Damien Delceni, l'enquête révèle
14:24que Mohamed Mogouchkov,
14:25pendant son passage à l'acte,
14:27a exprimé une véritable haine de la France.
14:29Oui, alors, il l'a verbalisé pendant l'attaque.
14:32Quand il est dans la cour de l'établissement,
14:34qu'il a déjà poignardé Dominique Bernard
14:35et qu'il pourchasse d'autres personnes,
14:37il va prononcer deux phrases
14:39qui sont retenues par des témoins.
14:41La première, c'est
14:41« Qui te donne l'air que tu respires ? »
14:43« Qui est le seul Dieu ? »
14:44Et la deuxième, c'est
14:46« Appelle Marianne, appelle ta République ».
14:48Donc, c'est une revendication très claire.
14:50Même s'il n'y a pas,
14:50il sera beaucoup plus muti qu'en garde à vue.
14:52Au moins, ça, il l'a revendiqué sur place.
14:54Le mardi 17 octobre,
14:56on apprend qu'il a enregistré
14:57une vidéo de revendication
14:59avant d'aller attaquer la cité scolaire Gambetta-Carnon.
15:02On apprend d'abord
15:02qu'il a acheté un téléphone très tôt le matin
15:04dans un centre commercial assez proche de chez lui
15:06et que, muni de ce téléphone,
15:08il s'est rendu,
15:09on le voit d'ailleurs sur des caméras de vidéosurveillance,
15:12devant la gare d'Arras.
15:13Et là, il s'arrête quelques instants
15:14et c'est là qu'il tourne cette vidéo
15:16malheureusement assez classique des terroristes
15:18qui, avant de passer à l'attaque,
15:19font allégeance soit à Daesh,
15:21soit à Al-Qaïda,
15:22soit à une autre organisation.
15:23Dans ce discours, dans ce verbiage
15:25qu'on retrouve sur son téléphone,
15:26il exprime sa détestation profonde
15:29de la France et des Français.
15:33Les gardes à vue de Mohamed Mogouchkov
15:35et des autres personnes interpellées
15:36se terminent le mardi 17 octobre dans la soirée.
15:39Lui est mis en examen
15:40notamment pour assassinat
15:42et tentative d'assassinat
15:43en relation avec une entreprise terroriste
15:45ainsi que pour association
15:46de malfaiteurs terroristes criminels.
15:48Son petit frère est lui aussi
15:50mis en examen pour complicité d'assassinat
15:52et de tentative d'assassinat
15:54en relation avec une entreprise terroriste.
15:57Mais, Damien Delceni,
15:58pas Maxime C, le converti prosélite.
16:01On sait pourquoi ?
16:02Parce que pour mettre quelqu'un en examen,
16:04il faut des éléments objectifs
16:05et qu'à l'heure actuelle,
16:07ces éléments objectifs,
16:08il manque.
16:09Les enquêteurs soupçonnent
16:10qu'il y a eu un lien,
16:11quelque chose qui s'est passé
16:12entre ce Maxime
16:13et entre Mohamed
16:14et peut-être le frère de Mohamed
16:15qui était détenu.
16:16mais il n'y a pas d'élément
16:18suffisamment probant
16:19pour qu'on puisse
16:20mettre en examen un Maxime
16:22mais ça ne veut pas dire
16:22que ce ne sera pas le cas
16:23dans quelques jours
16:24ou dans quelques semaines.
16:28Thomas Poupot,
16:29le jeudi 19 octobre,
16:31près d'une semaine
16:31après l'assassinat
16:32dont il a été victime,
16:33le professeur Dominique Bernard
16:35est enterré.
16:36Ses obsèques sont célébrés
16:37le matin dans la cathédrale d'Arras
16:39en présence notamment
16:40du président Emmanuel Macron
16:42et de son épouse.
16:43Oui, il y a énormément de monde
16:44devant la cathédrale
16:46où il y a des écrans géants
16:46qui ont été installés
16:47pour retransmettre en direct
16:49aux gens qui n'ont pas pu
16:49rentrer dans la cathédrale.
16:51C'est l'évêque Olivier Le Borne
16:52qui célèbre la cérémonie.
16:54Ce n'est pas n'importe qui
16:54puisque c'est déjà lui
16:55il y a un an
16:56qui avait célébré
16:57les obsèques déjà à Arras
16:59de la petite Lola
17:00qui avait été assassinée.
17:01C'est aussi l'évêque
17:03qui s'est emparé
17:04du drame des migrants.
17:05Dans cette cathédrale
17:06pour ses obsèques
17:07il y a aussi beaucoup d'enseignants
17:08qui rendent hommage
17:09à leurs collègues disparus
17:11qui le qualifient de martyrs.
17:14de l'homme qu'elle aimait.
17:15Il n'aimait pas la foule
17:18ni les honneurs
17:20les cérémonies
17:21qu'il avait en horreur
17:23sensible
17:24et discret
17:27il n'aimait pas le bruit
17:28et la fureur du monde.
17:30Et ce discours est
17:31extrêmement poignant
17:32extrêmement émouvant
17:33et il est retransmis en direct
17:34sur des écrans géants
17:36dehors
17:36pour les plusieurs centaines
17:38de personnes
17:38qui se sont rassemblées
17:39devant la cathédrale d'Arras.
17:40Il aimait profondément
17:43ses filles
17:44sa mère
17:46et sa sœur
17:50nous nous aimions.
18:01Merci à Thomas Poupot
18:03et Damien Dalseny.
18:04Code Source
18:05est le podcast quotidien
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