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Le président de la Fédération française de rugby a été condamné en première instance, le 13 décembre dernier, à 2 ans de prison avec sursis pour corruption et trafic d’influence. Pour Code source, Clément Dossin et Romain Baheux, journalistes au service des sports du Parisien, reviennent sur cette affaire à tiroirs qui secoue le rugby français.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Emma Jacob et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : RTL, FranceTV.

#rugby #corruption

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12A 58 ans, Bernard Laporte est l'une des personnalités les plus connues du rugby en France.
00:17Ancien sélectionneur de l'équipe de France, ancien secrétaire d'État au sport,
00:21devenu président de la Fédération française de rugby.
00:24Il a été condamné le 13 décembre à deux ans de prison avec sursis
00:28et 75 000 euros d'amende pour corruption et trafic d'influence.
00:32Décision du tribunal correctionnel de Paris dont il a fait appel.
00:37Qu'est-ce qui est reproché à Bernard Laporte ?
00:39Pourquoi a-t-il été condamné en première instance ?
00:42Élément de réponse aujourd'hui dans Codesource avec deux journalistes du service des sports du Parisien,
00:46Romain Baeux et Clément Dossin.
00:58Le mardi 13 décembre, Bernard Laporte est condamné par le tribunal correctionnel de Paris
01:03à deux ans de prison avec sursis, notamment pour corruption.
01:07La Fédération française secouait son patron.
01:11Bernard Laporte a été condamné à deux ans de prison avec sursis
01:14et 75 000 euros d'amende pour corruption et trafic d'influence.
01:18Dans cet épisode de Codesource, on va voir comment on en est arrivé là,
01:21pourquoi précisément Bernard Laporte a été condamné et comment il a réagi ensuite.
01:26Mais d'abord, on va rappeler qui il est, Bernard Laporte, à 58 ans, marié, il a trois enfants.
01:31Il est né dans l'Aveyron, à Rodez, le 1er juillet 1964.
01:35Romain Baeux, dans quel milieu est-ce qu'il grandit ?
01:38Il grandit dans un milieu modeste.
01:40Son père est agent EDF, sa mère fait des ménages.
01:44Ses parents sont engagés à gauche.
01:45Se félicitent de l'élection de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981.
01:51Il baigne dans ce milieu-là, populaire, à Gaillac, dans le Tarn.
01:55Passionné de rugby, Bernard Laporte joue dans le club de Gaillac.
01:59Mais en juillet 1985, quand il a 21 ans, il est victime d'un accident de la route.
02:03Sa voiture percute un platane.
02:05Il reste plusieurs jours dans le coma.
02:07Il a peur de ne plus jamais pouvoir jouer au rugby.
02:10Pendant sa convalescence, il dévore des livres sur la théorie du jeu,
02:14le coaching et la psychologie.
02:16Il se dit qu'au pire, il deviendra entraîneur.
02:18Mais il peut rejouer, finalement, Clément Dossain.
02:21Et son équipe de Bègle, en Gironde, devient redoutable.
02:25Oui, il quitte Gaillac en 1984 pour rejoindre Bègle.
02:28Il rejoint son ami d'enfance, Vincent Mosquiatot,
02:30qui joue talonneur dans le club là-bas.
02:32Et deux autres joueurs redoutables de première ligne,
02:34Serge Simon et Philippe Gimbert.
02:36On les surnomme les Raptous, en référence à ces malfrats dans les épisodes de Picsou.
02:40Pourquoi ? Parce qu'ils sont des joueurs virils, limite brutaux.
02:44Et à l'inverse, lui, Bernard Laporte, c'est un demi-de-mêlée chétif, presque malingre.
02:49Mais il se révèle être un formidable meneur d'hommes.
02:51Et puis, sous son impulsion, le club progresse.
02:54Il se révèle être un formidable stratège.
02:56Et le club de Bègle-Bordeaux décroche le titre de champion de France en 1991,
03:01en battant Toulouse en finale.
03:02Je suis près de Bernard Laporte.
03:04Inutile de vous dire qu'il est un peu plus heureux.
03:07C'est la concrétisation d'un rêve d'enfance, Serge.
03:09Exactement, je crois que vous l'avez bien dit.
03:11C'est la concrétisation d'un rêve de tout joueur de rugby.
03:14Je dirais que ce groupe mérite amplement.
03:16Car, comme je l'ai dit, dans les vidéos olympiques,
03:18que personne ne pourrait nous arrêter.
03:19C'était sûrement pas par irrespect du stade Toulousey.
03:22Et je crois que le groupe était très très fort.
03:24On aurait même pu l'Himalaya, je crois.
03:25Tellement on était soulés, vraiment décidés.
03:28Il fait ensuite une carrière d'entraîneur à partir de 1993 à Bordeaux,
03:32puis à Paris au stade français de 1995 à 1999.
03:37Il décroche notamment un titre de chanton de France en tant qu'entraîneur.
03:40En 1999, à 34 ans, Bernard Laporte est nommé sélectionneur de l'équipe de France.
03:46Et à partir de là, il se fait remarquer notamment par ses coups de gueule dans le vestiaire
03:51quand le 15 de France n'est pas à la hauteur selon lui.
03:53Le grand public découvre alors cet homme chauve, avec ses petites lunettes cerclées,
03:58sa faconde, son accent du sud-ouest.
04:00Et effectivement, il y a cette colère restée célèbre dans les vestiaires du stade de France.
04:04On est à la mi-temps d'un match France-Italie en 2002.
04:07Et Bernard Laporte s'emporte face à des joueurs qui ont l'air d'être des petits enfants,
04:10qui regardent leur soulier gêné.
04:13Rien ! Pas une passe !
04:14On leur a tous les touches au point, ils ne sont pas faits, ils le passent !
04:17Pas une !
04:19Vous voulez qu'on parle au point ?
04:20Deux mois du tout, je ne sais pas moi !
04:21On n'a rien fait !
04:23C'est pas comme ça que je sois un peu du monde !
04:24C'est pas comme ça !
04:26A l'époque, ça fait le régal des guignots de l'info,
04:28qui font de lui une marionnette.
04:29C'est une rareté dans le milieu du rugby à ce moment-là.
04:32Ça fait aussi le régal des publicitaires.
04:34Une célèbre marque de pâtes s'empare de cet épisode
04:36et rejoue avec Bernard Laporte à l'écran la scène de la mi-temps du France-Italie.
04:40On a motion de les négociariens !
04:41On le sait qu'on va être bon !
04:43On le sait qu'on va être bon !
04:44Faites-le !
04:45Allez, Tony, allez, allez !
04:46Allez, mec, allez, allez !
04:47Les pâtes Luce du Cru moulent à l'ancienne.
04:50Vous, au moins, vous êtes les meilleurs.
04:52Luce du Cru !
04:53Exigez Luce du Cru !
04:56Proche de Nicolas Sarkozy, en octobre 2007,
04:58il entre dans le gouvernement de François Fillon à 43 ans
05:01comme secrétaire d'État au sport,
05:03mais il ne parvient pas à s'imposer dans ce rôle.
05:06Sa nomination est contestée dès le début
05:08parce qu'il est déjà lié à ce moment-là des affaires,
05:11notamment sur des histoires de rachats de casinos dans le bassin d'Arcachon.
05:13Donc l'opposition s'empare de ça pour dénoncer sa nomination.
05:17Et avec Roselyne Bachelot comme ministre de tutelle,
05:19Laporte reste finalement moins de deux ans au gouvernement
05:21puisqu'il est remercié lors d'un remaniement ministériel en juin 2009.
05:24Il n'a laissé aucune trace notable de son passage au secrétariat d'État au sport,
05:28pas de projet de loi majeur.
05:30Et on peut supposer qu'il a atteint là son plafond de verre,
05:33qu'il n'était pas prêt pour le poste.
05:34De 2011 à 2016, Bernard Laporte entraîne Toulon
05:37et il amène ce club vers la victoire,
05:39un titre de champion de France et trois Coupes d'Europe consécutives
05:42en 2013, 2014 et 2015.
05:46Clément Dossin, cette année-là justement,
05:48Bernard Laporte veut se faire élire président de la Fédération française de rugby
05:51et il va faire campagne en se présentant comme le candidat des petits clubs amateurs.
05:56Oui, parallèlement à son poste d'entraîneur à Toulon,
05:58il sillonne la France à la rencontre des clubs amateurs,
06:01épaulé par son ami Serge Simon, qu'on retrouve,
06:03et qu'il désigne directeur de campagne.
06:05Et symboliquement, il choisit le fief de Gaillac pour prononcer son premier discours.
06:08On est plus d'un an avant l'élection de décembre 2016.
06:11Un discours dans lequel il s'en prend à la gouvernance de la Fédération française de rugby,
06:15incarnée à l'époque par Feu Pierre Camus.
06:18Il prononce notamment ces mots,
06:19« C'est ici que je suis devenu un homme de rugby.
06:21Ce rugby, le rugby de clocher, je le connais par cœur.
06:24La Fédération, c'est vous.
06:25Or, aujourd'hui, ce n'est plus vous. »
06:27En fait, la thématique de sa campagne, elle est simple, voire simpliste.
06:30C'est de rendre au club un pouvoir supposément confisqué par la Fédération.
06:34Il parle même de la Fédération comme étant la Corée du Nord du rugby.
06:39Et puis, il va choisir un autre axe majeur,
06:41c'est de s'en prendre au projet de grand stade.
06:43La Fédération, à l'époque, veut construire un stade de rugby au sud de Paris,
06:46un projet à 600 millions d'euros.
06:48Pour lui, c'est le symbole de l'argent confisqué au club,
06:52de l'argent qui va être dilapidé,
06:53qui va causer la faillite de la Fédération
06:55et peut-être la ruine des petits clubs.
06:57Je n'ai rien contre personne.
06:58Moi, Pierre Camus, c'est quelqu'un que j'aime particulièrement.
07:01Mais je trouve le système démodé et par moments malsain,
07:05notamment sur l'histoire du grand stade,
07:07où on dit « on va construire à 600 millions d'euros »
07:09sans consulter les véritables pièces maîtresses de notre sport,
07:12c'est-à-dire les présidents de clubs, de tous les clubs,
07:15pas nécessairement des clubs professionnels.
07:16Ce n'est pas très sérieux, c'est même très amateur comme processus.
07:20Il sature l'espace médiatique parce que c'est un homme de médias.
07:23A l'inverse, la gouvernance sortante ne fait pas campagne
07:25ou est très très très peu présente.
07:27Et finalement, il se fait élire avec plus de 50% des voix en décembre 2016.
07:30Bernard Laporte est élu avec 52,6% des voix.
07:34Beaucoup d'émotion et un grand merci à tous
07:37parce que ce n'est pas un homme qui gagne,
07:39c'est des clubs qui décident de leur avenir.
07:41Le premier victoire est là, 95% de vos temps.
07:44C'est eux qui se sont exprimés.
07:46En 2017, Bernard Laporte se lance dans une nouvelle campagne,
07:50cette fois donc en tant que président de la Fédération française de rugby,
07:53pour décrocher l'organisation en France du Mondial de Rugby 2023.
07:58Au départ, le dossier français n'est pas favori.
08:01Oui, la France part avec plusieurs trains de retard sur les deux autres candidats,
08:03que sont l'Irlande et surtout l'Afrique du Sud,
08:05qui est l'immense favorite à la désignation de ce Mondial 2023.
08:08À ce moment-là, un rapport d'experts montre d'ailleurs que le dossier sud-africain
08:12est en avance sur le dossier français,
08:14notamment au niveau du budget, de la sécurité et des stades.
08:17À ce moment-là, Bernard Laporte est devenu proche d'un milliardaire,
08:20propriétaire du club de rugby de Montpellier,
08:22qui avait essayé de le recruter comme entraîneur quelques années plus tôt.
08:25Cet homme s'appelle Moued Altrad, Romain Baeux,
08:28et il a un parcours atypique.
08:30Il est né dans une tribu de Bédouins, en Syrie.
08:32On ne connaît pas ni sa date, ni son lieu de naissance.
08:35Il est arrivé en France pour ses études.
08:37Et après, il a fait fortune en montant sa boîte de bâtiments et travaux publics.
08:43Et donc, il est devenu proche de Bernard Laporte.
08:45Oui, il a pris en 2011 la direction du club de Montpellier.
08:48Ils ne vont pas se croiser tout de suite,
08:50mais quelques années plus tard, ils vont se rencontrer.
08:52Et rapidement, il y a un lien qui va se créer entre ces deux personnes.
08:56Toujours en 2017, Bernard Laporte fait de l'entreprise de Moued Altrad
08:59le sponsor de l'équipe de France de rugby,
09:01alors que le maillot du 15 de France n'en avait pas jusqu'à présent.
09:05Clément Dossin, quelles sont les conditions de ce contrat ?
09:08Le partenariat est signé en mars 2017
09:10entre la Fédération française de rugby et le groupe Altrad
09:13pour que le nom de l'entreprise s'affiche sur le maillot des bleus
09:15avec le hashtag France 2023.
09:17L'idée est de soutenir la candidature de la France
09:20à l'Organisation du Mondial en 2023.
09:22Il s'agit donc d'un contrat de 1,5 million d'euros
09:25pour 8 matchs en 2017.
09:26Le 13 août 2017, le journal du dimanche, le JDD,
09:30fait plusieurs révélations.
09:32D'abord, que Bernard Laporte aurait cherché à faire pression
09:35sur la commission d'appel de la Fédération
09:38en espérant obtenir un allègement de sanctions
09:42pour le club de Moued Altrad Montpellier.
09:44Oui, c'est une affaire où le club a été condamné
09:46pour des banderoles déployées par ses supporters
09:48à l'encontre de la Ligue nationale de rugby.
09:50Ils ont écopé de 70 000 euros d'amende et d'un match de suspension
09:54de leur stade en première instance.
09:57Et le verdict en seconde instance est beaucoup plus clément
10:00puisqu'on tombe à 20 000 euros et plus de matchs de suspension.
10:03Sauf que le JDD affirme que Bernard Laporte a fait pression
10:06sur le président de cette commission d'appel
10:08pour obtenir une peine plus légère.
10:10Le journal du dimanche révèle aussi que Bernard Laporte
10:13a signé un contrat via son entreprise personnelle
10:16BL Communication, un contrat de partenariat
10:20avec l'homme d'affaires Moued Altrad.
10:22Le JDD dénonce en résumé à ce moment-là un conflit d'intérêts.
10:26De quoi on parle précisément Clément Dossin ?
10:28En février 2017, deux mois seulement après son élection
10:31à la tête de la Fédération française de rugby,
10:33Bernard Laporte signe un contrat avec l'entreprise de Moued Altrad
10:36pour un montant de 180 000 euros TTC.
10:38Il doit en échange de ce contrat assurer plusieurs conférences
10:42pour l'entreprise de Moued Altrad.
10:44Ce contrat pose de grosses questions
10:46notamment sur l'indépendance du président de la Fédération
10:48vis-à-vis d'un président de club professionnel
10:51même si les championnats professionnels sont gérés
10:53par la Ligue nationale de rugby
10:54et non pas par la Fédération française de rugby.
10:56Pendant 15 jours, les deux hommes nient l'existence de ce contrat
10:59mais le 28 août, finalement, Bernard Laporte annonce l'avoir résilié.
11:04Oui, dans un communiqué, il dit renoncer à ce contrat
11:06dont il reconnaît finalement l'existence.
11:09Il précise que la prestation, les conférences ne sera pas réalisée
11:13et qu'il n'en tirera aucun avantage pécunier.
11:15On apprendra bien plus tard qu'en réalité, il a mis des années
11:18à rembourser cette somme à Moued Altrad.
11:23Le 31 octobre 2017, un rapport de l'instance mondiale du rugby, World Rugby,
11:29recommandait d'attribuer la Coupe du Monde à l'Afrique du Sud.
11:33Finalement, deux semaines plus tard, le 15 novembre,
11:35la France remporte l'organisation de l'événement,
11:39résultat du vote des fédérations internationales.
11:42En France, suite aux révélations du journal du dimanche,
11:45le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire
11:49pour trafic d'influence et corruption.
11:52Clément Dossin, à ce moment-là,
11:53est-ce que l'attribution du Mondial 2023 de rugby à la France
11:56est jugée suspecte ?
11:58Est-ce que les enquêteurs travaillent sur la piste
12:00d'une victoire achetée, en clair, par de la corruption ?
12:03Oui, ça fait partie des éléments que les enquêteurs jugent suspect
12:06auxquels ils vont s'intéresser.
12:07Des perquisitions ont lieu en janvier 2018
12:09au siège de la Fédération française de rugby à Marcoussi,
12:12mais aussi au domicile de Bernard Laporte et de Moued Altrad.
12:15L'enquête est confiée aux policiers de la brigade de répression
12:17de la délinquance économique,
12:19mais au final, ils vont davantage s'intéresser
12:21à la relation entre Bernard Laporte et Moued Altrad.
12:26En 2020, le 22 septembre,
12:28dans le cadre de l'enquête préliminaire
12:29du parquet national financier Romain Baeux,
12:32Bernard Laporte est placé en garde à vue.
12:34Oui, dans les locaux de la brigade de répression
12:37de la délinquance économique à Paris
12:38pour s'expliquer sur ce fameux contrat
12:40et ses liens avec le groupe Altrad.
12:42D'un mot, Clément Dossin,
12:43Bernard Laporte n'est pas le seul placé en garde à vue.
12:46Non, il y a aussi Moued Altrad, le président de Montpellier,
12:48Serge Simon, le vice-président de la Fédération française de rugby
12:50et Claude Hatché, le grand organisateur
12:52de la Coupe du Monde 2023 en France.
12:53Ces gardes à vue interviennent dix jours
12:56avant l'élection à la présidence
12:57de la Fédération française de rugby.
12:59Bernard Laporte est candidat à sa réélection
13:01et après trente heures de garde à vue,
13:03à sa sortie, devant les caméras,
13:05il affiche son émotion.
13:06Moi, quand je suis parti de Toulon,
13:07j'ai un club qui m'a proposé
13:09un million d'euros par an,
13:10pendant cinq ans, c'est tout.
13:14Moi, j'ai dit non à cinq millions d'euros.
13:18Ils vont me donner, eux, des leçons.
13:21Je ne sais pas plus de leçons.
13:22Moi, qui n'est la chérie de la tête ?
13:24Je ne sais pas plus.
13:26Le 3 octobre, Bernard Laporte sera réélu
13:29à la tête de la Fédération.
13:30En janvier 2022, on apprend que Bernard Laporte
13:33et le milliardaire Mohed Altrade
13:35vont être jugés en septembre 2022 à Paris
13:38en correctionnel.
13:39Le procès va se tenir du 7 au 22 septembre
13:42devant le tribunal correctionnel de Paris.
13:44Bernard Laporte est jugé notamment
13:45pour trafic d'influence et corruption.
13:48Il y a cinq prévenus au total,
13:50son bras droit à la Fédération,
13:52Serge Simon,
13:52ou encore l'homme d'affaires,
13:54Mohed Altrade.
13:55Romain Baeux, décrivez-nous l'ambiance,
13:57l'atmosphère au début de ce procès.
13:59Les prévenus se connaissent,
14:00donc ils discutent,
14:01ils échangent entre eux,
14:02ils prennent des nouvelles.
14:03Mais en même temps, c'est assez tendu.
14:05Il y a une épée de Damoclès judiciaire
14:06assez forte.
14:07Lors des premières minutes du procès,
14:08je revois Bernard Laporte
14:09avec sa jambe qui s'agite nerveusement,
14:11assis sur le banc des prévenus.
14:12Comment se comporte Bernard Laporte
14:14à l'audience ?
14:15Sa défense n'est pas très convaincante.
14:17Il avoue par exemple
14:18qu'il n'a pas lu
14:18la propre charte déontologique
14:20de sa fédération.
14:22Il est tel qu'il est,
14:23c'est-à-dire grande gueule
14:25et en même temps paraît très naïf.
14:29Lui, il ne voit pas le problème
14:30sur certains points
14:31qui sont reprochés.
14:32Pour lui, c'est un arrangement entre amis,
14:34c'est quelque chose
14:35qui avait été convenu
14:36un peu sur un coin de table
14:38sans trop penser aux conséquences.
14:40Voilà, il essaie de résumer ça
14:41en disant
14:41bon, peut-être qu'on a été maladroit
14:42mais il n'y avait pas forcément
14:44de mauvaise intention derrière.
14:45On a compris
14:45qu'il ne pensait pas à mal
14:47en résumé.
14:47Au-delà de ça,
14:48que disent ces avocats ?
14:49Ces avocats disent
14:50que toute l'enquête
14:51ne tient pas la route.
14:53C'est-à-dire,
14:53ils nous expliquent
14:54que les policiers
14:55sont partis de la conclusion
14:56en disant
14:57Bernard Laporte
14:58est coupable
14:59et à partir de là,
15:00ont retricoté
15:01tous ces faits et gestes
15:02en lien avec Moed Altrad
15:03en disant
15:04regardez, il a fait ça
15:05parce que si,
15:05il lui a donné ça
15:06parce qu'il y avait le contrat.
15:08Sauf qu'ils disent
15:08ça ne tient pas la route.
15:09Si on prend tout
15:10sous ce prisme-là,
15:11évidemment qu'il est coupable
15:12mais si on prend les faits
15:13indépendamment
15:14les uns des autres,
15:15ça ne tient pas.
15:15Que demande l'accusation
15:16en résumé
15:17le 20 septembre
15:18dans ses réquisitions ?
15:20Les réquisitions
15:20sont lourdes.
15:22Le procureur lui-même
15:23le reconnaît.
15:24Il demande des peines
15:25de prison ferme
15:25pour l'ensemble des prévenus,
15:27des lourdes amendes
15:27et également
15:28des interdictions
15:29d'exercer
15:30dans le milieu du rugby
15:31en tant que bénévole.
15:33Interdictions
15:33qui plus est
15:34qui sont assorties
15:35d'une demande
15:36d'exécution provisoire,
15:37c'est-à-dire
15:37même en cas d'appel,
15:38les personnes
15:39ne pourraient pas
15:40exercer dans le milieu
15:41du rugby.
15:46La décision
15:47qui a été mise
15:47en délibéré
15:48est rendue
15:49le mardi 13 décembre
15:50peu après 14h20.
15:52Bernard Laporte
15:53est reconnu
15:53coupable
15:54de corruption
15:55et trafic d'influence.
15:56Il est condamné
15:57à deux ans
15:57de prison avec sursis,
15:5975 000 euros d'amende
16:00et a une interdiction
16:01d'exercer toute fonction
16:02dans le rugby
16:03pendant deux ans.
16:04Clément Dossin,
16:05comment il réagit ?
16:06A la lecture des motivations
16:07du tribunal
16:08par la présidente,
16:09Bernard Laporte
16:10se décompose
16:11peu à peu.
16:11La scène est assez frappante
16:12d'ailleurs parce que
16:13Bernard Laporte
16:14est assis sur un strapontin
16:15comme un écolier
16:16et il devient rouge tomate
16:17et on sent qu'à l'énoncé
16:18du jugement,
16:19il prend un véritable
16:19uppercut.
16:20Il y a une petite phase
16:21qui dure quelques minutes
16:22de flou
16:23parce qu'on ne sait pas
16:24à ce moment-là
16:24si l'exécution provisoire
16:26sur l'interdiction
16:26de gestion de deux ans
16:27a été retenue ou pas
16:29par le tribunal.
16:30Finalement, non.
16:32Son avocat,
16:33Maître Versigny,
16:34annonce qu'il fait appel
16:34les cinq minutes plus tard
16:35ce qui permet techniquement
16:37à Bernard Laporte
16:37de rester président
16:38de la Fédération Française de Rugby.
16:40Une fois sorti
16:40de la salle d'audience,
16:42il parle au journaliste ?
16:43Non, il quitte le tribunal
16:44sans dire un mot
16:45ce qui ne lui ressemble
16:45pas vraiment
16:46et il évite les micros.
16:47Le jour même,
16:48Bernard Laporte
16:49annonce démissionner
16:50du poste de vice-président
16:51de World Rugby,
16:52l'instance mondiale du rugby
16:54mais il fait donc appel
16:55et il tient à rester
16:56président de la Fédération
16:58Française de Rugby.
16:59D'abord, il faut comprendre
17:00que pour World Rugby,
17:02la condamnation,
17:03même si elle fait l'objet
17:04d'un appel est une ligne rouge.
17:05Ils ont des règles
17:06au niveau éthique
17:07qui ne sont pas les mêmes
17:08que celles de la Fédération
17:08Française de Rugby.
17:10En France, c'est différent.
17:11Les statuts de la Fédération
17:12ne prévoient pas
17:13le cas d'une condamnation
17:14d'un président en exercice
17:15et donc Bernard Laporte
17:16argue du fait
17:17que l'appel suspend
17:18la condamnation
17:19et donc lui permet
17:20de rester en poste.
17:21La ministre des Sports,
17:22Amélie Oudéa-Castera,
17:23n'apprécie pas
17:24la réaction de Bernard Laporte
17:25et elle le fait savoir
17:26le même jour,
17:27dans l'après-midi
17:28du 13 décembre,
17:29par un communiqué.
17:30Oui, c'est un communiqué
17:31qu'on pourrait qualifier
17:32d'offensif
17:33qui n'est pas du tout
17:34dans la demi-mesure.
17:35Elle aurait pu se contenter
17:35de simplement prendre
17:36acte de la condamnation.
17:38Elle va plus loin que ça.
17:39Elle réclame
17:40la mise en retrait
17:41de Bernard Laporte
17:41et la tenue de nouvelles élections
17:43pour repartir
17:44sur des bases saines.
17:45Après plusieurs jours
17:46de bras de fer,
17:47le lundi 19 décembre,
17:48Romain Baeux,
17:49Bernard Laporte,
17:50annonce qu'il se met
17:51en retrait
17:51de la présidence
17:52de la Fédération.
17:53Oui, c'est une décision inédite.
17:55C'est-à-dire,
17:55concrètement,
17:56il garde son poste,
18:01il n'a plus le droit
18:02de signer quoi que ce soit
18:03au nom de la Fédération,
18:04de représenter la Fédération
18:06dans des apparitions publiques.
18:07Bref,
18:08il a le titre de président
18:09mais il n'a plus
18:09la fonction de président.
18:10Et la question de savoir
18:11qui va prendre ses fonctions
18:12est renvoyée à plus tard.
18:14Clément Dossin,
18:15Bernard Laporte
18:16est considérablement affaibli
18:17à l'approche
18:18du Mondial 2023 de rugby.
18:20L'automne prochain en France,
18:21ça ne se passe pas
18:22comme il espérait.
18:23Non, Bernard Laporte
18:24rêvait sans doute
18:25de cette Coupe du Monde de rugby
18:26comme une apothéose
18:27après avoir obtenu l'organisation.
18:29Il ne sera pas
18:30sur les photos officielles
18:31de cet événement majeur
18:32en France.
18:32Et puis,
18:33il faut aussi rappeler
18:34que Bernard Laporte
18:34ambitionné de devenir
18:35président de World Rugby,
18:36la Fédération internationale,
18:38c'est un autre rêve
18:39qui s'envole pour lui.
18:49Merci à Romain Baeux
18:51et Clément Dossin.
18:52On rappelle que Bernard Laporte
18:53a fait appel
18:54de sa condamnation.
18:55Il est donc présumé innocent.
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