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Influenceur expulsé, arrestation de l’écrivain Boualem Sensal, Sahara occidental… Ces derniers mois, plusieurs dossiers ravivent les tensions entre Paris et Alger, qui entretiennent des rapports tumultueux depuis l’indépendance de l’Algérie. Explications avec Henri Vernet, journaliste au service politique du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : AFP, TV5 Monde.

#france #algerie #politique

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11On parle souvent, dans l'actualité depuis plusieurs mois, des relations tendues entre la France et l'Algérie.
00:17Interpellation d'influenceurs algériens vivant en France,
00:20arrestation à Alger de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal,
00:25campagne de dénigrement en Algérie contre un autre écrivain binationnel,
00:30le Goncourt 2024 Kamel Daoud.
00:32Tous ces événements font en réalité partie d'une crise diplomatique en cours entre la France et l'Algérie,
00:38crise qui a commencé à la fin de l'été 2024.
00:42Alors pourquoi, quel a été le point de départ et pourquoi cette crise ne fait que s'aggraver ?
00:46Réponse aujourd'hui dans Codesource avec Henri Vernet du service politique du Parisien.
00:51Il couvre notamment les questions de diplomatie.
00:58Henri Vernet, le jeudi 9 janvier, que se passe-t-il à l'aéroport d'Alger, si on résume les
01:03faits ?
01:03Un influenceur algérien dénommé Doualem,
01:06qui vient d'être expulsé du territoire français par le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau,
01:10pour avoir tenu sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok,
01:14des propos appelant à la haine, appelant à la violence,
01:18débarque encadré de deux policiers français pour être renvoyé sur le territoire algérien,
01:24puisque c'est un citoyen algérien.
01:26Seulement, les policiers sont accueillis par les autorités algériennes
01:30qui refusent purement et simplement de le prendre sur leur territoire,
01:33de prendre le dénommé Doualem,
01:35et donc le renvoient par l'avion suivant avec les policiers qui n'ont aucun recours sur le moment.
01:43On va revenir en détail sur cette journée à la fin de ce podcast et sur les réactions qui ont
01:48suivi,
01:48mais pour bien comprendre, on va revenir 63 ans en arrière, au mois de mars 1962,
01:54les accords déviants mettent fin à la guerre d'Algérie,
01:58guerre d'indépendance de cette ancienne colonie française.
02:01Henri Vernet, de quoi la France s'est-elle rendue coupable pendant cette guerre ?
02:05De quel type d'exactions ?
02:07Ça déjà, on le saura bien après, parce qu'il faut se souvenir que pendant longtemps,
02:10et évidemment à l'époque, on ne parlait même pas de guerre d'Algérie,
02:13on parlait des événements,
02:14et a fortiori tout ce qui s'est passé,
02:16les exactions que la France a commises maintenant,
02:19on le sait, s'est établies, n'ont été connues que bien plus tard.
02:21Il y a eu des massacres par armée française de villages entiers,
02:25qui étaient considérés comme tenus par le FLN,
02:27donc la branche militaire de l'indépendance algérienne.
02:29Il y a eu des actes de torture qui ont été reconnus par la France des décennies plus tard.
02:34Il y a eu des bombardements au Napalm.
02:36Il y a eu donc beaucoup d'exactions pendant ces années-là,
02:39qui ont été couvertes par l'armée, couvertes par le pouvoir politique de l'époque,
02:44au motif qu'en face, le FLN algérien perpétrait lui aussi des horreurs,
02:49et aussi parce que les militaires avançaient,
02:51que tous les moyens étaient bons pour éviter la mort
02:54de ce qu'ils appelaient des civils innocents européens.
02:57En 1968, le 27 décembre 1968,
03:01un accord est trouvé entre la France et l'Algérie
03:03concernant la circulation des citoyens entre les deux pays.
03:07Que prévoit-il, encore en résumé ?
03:09L'objectif de cet accord, c'est de bâtir une bonne relation
03:12avec ce pays désormais indépendant qui devient un partenaire qu'est l'Algérie.
03:16Et donc, les citoyens algériens, au nom de ce partenariat,
03:19ont un statut privilégié pour venir en France par rapport à tous les autres étrangers.
03:23C'est-à-dire que ce qui leur est accordé,
03:25c'est une facilité de circulation plus grande.
03:28Les visas, les certificats de résidence sont accordés plus facilement aux Algériens
03:34qu'aux autres nationalités.
03:35Et cela aussi bien pour des motifs privés, familiaux,
03:39des motifs d'emploi, de travail.
03:42Bref, c'est vraiment un statut qui rend plus aisé la circulation
03:45entre les deux rives dans le Méditerranée pour les Algériens.
03:49Et depuis cette époque, entre la France et l'Algérie,
03:52ce passé douloureux est source de tensions, d'incompréhensions.
03:56Depuis le début des années 2020, il y a eu plusieurs tentatives
03:59pour essayer d'apaiser cette mémoire,
04:01avec notamment un rapport demandé à l'historien français
04:04qui a grandi en Algérie, Benjamin Stora,
04:06et aussi une commission mixte, mémorielle,
04:08réunissant des historiens français et algériens.
04:11Et ça, c'est une grande nouveauté,
04:12parce que l'histoire, malgré tout la relation,
04:14a toujours été passionnelle, tumultueuse
04:16entre l'Algérie et la France pendant toutes ces décennies.
04:19Stora, son rapport, lui est commandé par Emmanuel Macron
04:22parce que Macron appartient à une génération nouvelle.
04:24C'est le premier président français qui n'a en réalité aucun rapport
04:28avec cette histoire-là, avec cette période,
04:30et donc qui peut se lancer dans une politique mémorielle
04:34de réconciliation par l'histoire.
04:36Et c'est en cela que Benjamin Stora dresse son rapport,
04:39dans lequel il revient justement sur ce qu'on a vu
04:41sur les non-dits, les horreurs de la guerre,
04:44et donc il recommande une approche
04:46entre historiens des deux côtés
04:49qui visent à dire à chacun d'accepter ce passé,
04:52de reconnaître les fautes qui ont été commises,
04:54de reconnaître les crimes qui ont été commis
04:57pour mieux repartir sur des bases nouvelles.
04:59Et il y a des recommandations, en effet,
05:00de partager des archives,
05:02de dresser des statuts, par exemple en France,
05:05sur ceux qui sont parfois considérés
05:07comme des héros de l'indépendance en Algérie,
05:09et qui en France n'ont aucune place,
05:10ni dans l'histoire, ni dans la rue,
05:12sous forme de statues, ni de rues portant leur nom.
05:18Henri Vernet, au départ, Emmanuel Macron a de bonnes relations
05:21avec le nouveau président algérien,
05:23Abdelmadjid Tebboune,
05:25qui a été élu en décembre 2019.
05:27Et il a été élu après le long règne de Bouteflika,
05:31avec lequel les relations également là ont été difficiles,
05:34et surtout qui était vraiment engluée
05:36dans cette histoire difficile.
05:38Avec Tebboune, alors il n'est pas tout jeune,
05:40il a 75 ans, au moment où il est élu,
05:42néanmoins c'est une page qui se tourne,
05:44et donc l'occasion de lancer quelque chose de nouveau.
05:47Et les deux hommes, au départ,
05:49ont une réelle confiance l'un dans l'autre.
05:51Tebboune est intéressé par la démarche mémorielle.
05:54Donc il y a une espèce de confiance,
05:56et cette confiance, elle va culminer
05:58dans un voyage de trois jours en Algérie,
06:01qui est accompli par Emmanuel Macron en août 2022.
06:04Et de ce voyage sortira une véritable feuille de route,
06:08qui est signée par les deux présidents,
06:09le français et l'algérien,
06:11pour élaborer les bases vraiment d'une relance,
06:14d'une coopération, d'un véritable partenariat,
06:18et qui va déboucher sur une visite gouvernementale,
06:21une espèce presque de conseil des ministres conjoints,
06:23avec Elisabeth Borne, qui est alors première ministre,
06:26et qui se rend à Alger,
06:28avec une partie de son gouvernement,
06:30pour une vraie réunion de travail.
06:35Henri Vernet, ce qui va compliquer la situation
06:37à partir de 2021,
06:39c'est la rupture des liens diplomatiques
06:41entre l'Algérie et le Maroc.
06:43Pourquoi ça complique les choses pour la France ?
06:45Parce qu'il est extrêmement difficile
06:46de garder une politique équilibrée
06:48au Maghreb, entre le Maroc et l'Algérie.
06:51Le Maroc et l'Algérie étant vraiment
06:52deux puissances rivales,
06:54quand on se rapproche de l'un,
06:56en l'occurrence de Rabat,
06:57eh bien forcément, ça froisse l'autre,
06:59ça froisse Alger, et réciproquement.
07:01Donc cette rupture ouverte
07:03entre les deux capitales,
07:05Alger et Rabat,
07:06ça plonge la France devant un dilemme redoutable.
07:09L'un des principaux points de désaccord
07:11entre l'Algérie et le Maroc,
07:12c'est le Sahara occidental,
07:14donc la partie ouest du désert du Sahara.
07:16C'est grand comme un peu moins
07:18de la moitié de la France.
07:19Pourquoi ce territoire est un sujet
07:21de discorde entre le Maroc et l'Algérie ?
07:23C'est une ex-colonie espagnole
07:25qui est revendiquée depuis toujours
07:26par le Maroc.
07:28Or, ce territoire est revendiqué
07:29par les indépendantistes sahraouis
07:30qui ont une branche armée,
07:32le front polisario,
07:33et le front polisario est soutenu
07:35de manière très importante
07:36et constante par Alger.
07:38Par ailleurs, l'Algérie,
07:39elle aussi, a fait de la cause sahraoui
07:42une cause sacrée.
07:43Ils abritent sur leur territoire,
07:45dans le sud algérien,
07:46à Tindouf,
07:47quelques 200 000 réfugiés sahraouis.
07:52Le mardi 30 juillet,
07:53Emmanuel Macron prend position
07:55en faveur du Maroc
07:56au sujet du Sahara occidental.
07:58Il envoie un courrier
07:59au roi Mohamed VI.
08:01Qu'est-ce qu'il lui dit ?
08:02Dans sa lettre,
08:03il reconnaît de fait
08:04la marocanité du Sahara occidental.
08:07C'est en rupture
08:08avec la position française
08:09qui jusque-là était plutôt alignée
08:10sur l'ONU
08:11qui prévoit depuis des décennies
08:13un référendum d'autodétermination
08:15des sahraouis,
08:16mais qui n'a jamais eu lieu.
08:17Et Macron s'aligne en revanche
08:19sur les Etats-Unis
08:21qui, avec Trump,
08:22avaient déjà reconnu
08:22quelques années auparavant
08:23cette marocanité
08:24et surtout sur l'Espagne
08:26qui également s'était alignée
08:28sur cette position.
08:29Pour la France,
08:31le présent et l'avenir
08:32de ce territoire
08:33s'inscrivent dans le cadre
08:34de la souveraineté marocaine.
08:36Comment réagit le président algérien,
08:38Adelmadjid Tebboum ?
08:39Évidemment très mal.
08:41Et pourtant,
08:41Macron l'a prévenu
08:43de sa décision
08:44deux mois auparavant,
08:45début juin,
08:46en marge d'un G7 en Italie.
08:48Il avait dit
08:49qu'il se préparait
08:50à cette reconnaissance.
08:52Pourtant,
08:52au moment où elle est
08:53officialisée par la lettre,
08:55Alger réagit très durement
08:57en décidant le retrait
08:58de son ambassadeur.
08:59Le retrait,
09:00en langage codé diplomatique,
09:02c'est un geste
09:03qui est très fort,
09:04c'est beaucoup plus fort
09:04notamment que le simple
09:05rappel pour consultation.
09:08A partir de novembre 2024,
09:10on va beaucoup parler
09:11dans ce dossier
09:12de l'écrivain franco-algérien
09:14Boalem Sansal.
09:16Il a 75 ans.
09:17Qui est-il en résumé ?
09:18Boalem Sansal,
09:19c'est à la fois
09:20un écrivain,
09:22un intellectuel,
09:23un ancien haut fonctionnaire algérien.
09:25Il n'a été naturalisé français
09:26qu'en 2024.
09:28Et c'est quelqu'un
09:29qui a vraiment fait
09:30son œuvre et sa carrière
09:31sur les deux rives
09:32de la Méditerranée.
09:33Il est connu comme écrivain.
09:35Il a toujours été critique
09:37envers le régime algérien.
09:39Mais ça, depuis déjà,
09:41le colonel Boumédienne
09:42qui avait succédé
09:43aux indépendantistes
09:44et le régime Bouteflika.
09:45Chez lui,
09:46c'est une posture
09:46assez constante
09:47qui ne l'a pas empêché
09:48pendant des années
09:49d'être un haut fonctionnaire
09:50algérien
09:51au ministère de l'Industrie.
09:53Le 16 novembre,
09:54Boalem Sansal
09:55atterrit à l'aéroport d'Alger
09:56en provenance de France.
09:57Il vit entre les deux pays.
09:59Qu'est-ce qu'on lui reproche ?
10:00Officiellement,
10:01il est arrêté
10:01pour atteinte
10:02à la sûreté de l'État
10:03parce qu'il a tenu
10:04des propos qui remettent
10:05en cause l'intégrité
10:06territoriale algérienne
10:07au-delà d'ailleurs
10:08du Sahara occidental.
10:10Évidemment,
10:11c'est un prétexte
10:12pour le régime d'Alger
10:12qui le tient
10:13pour un opposant
10:14extrêmement critique
10:15et dont la voix porte.
10:16Comment réagit Paris
10:17dans un premier temps ?
10:18Dans un premier temps,
10:19par les canaux
10:20gouvernementaux
10:21diplomatiques habituels,
10:23c'est-à-dire en demandant
10:23la libération
10:24d'un ressortissant
10:25qui est franco-algérien
10:26et dont les motifs
10:27d'arrestation
10:28paraissent pour le moins
10:29bancales.
10:30Il y a également
10:31une partie de la société civile
10:32et des politiques
10:33qui se mobilisent
10:34mais pas tant que cela
10:35parce que rapidement
10:37en France,
10:37il y a une polémique.
10:38Il y en a qui jugent
10:39que sans ça,
10:40il est lié
10:41à des milieux
10:42d'extrême droite.
10:43Son intégrité
10:44presque est mise
10:45en cause en France
10:46et donc tout le monde
10:47ne se mobilise pas assez.
10:48Clairement,
10:49la mobilisation
10:50n'est pas aussi forte
10:51qu'elle devrait l'être.
10:55Henri Vernet,
10:57toujours au mois de novembre,
10:58un autre écrivain
10:59franco-algérien,
11:00Kamel Daoud,
11:01est attaqué
11:01sur les réseaux
11:02par certains Algériens
11:03Kamel Daoud
11:04qui vient tout juste
11:05de recevoir
11:06le prestigieux prix Goncourt
11:07le 4 novembre
11:08pour son roman
11:09Ouris.
11:10Qu'est-ce qui lui est
11:11reproché en résumé
11:12donc par certains Algériens ?
11:13Le livre de Daoud,
11:15c'est l'histoire
11:15d'une femme
11:16qui a été égorgée
11:17par des islamistes
11:18dans la terrible
11:19décennie noire
11:20en Algérie
11:21des années 1990
11:22et les médias algériens,
11:25la campagne de dénigrement
11:26en Algérie,
11:27elle accuse Kamel Daoud
11:28d'avoir volé cette histoire.
11:29C'est-à-dire ?
11:30La femme de Daoud
11:31est psychiatre à Alger.
11:32Elle avait reçu en consultation
11:34une femme
11:35qui était réellement
11:36victime
11:37des horreurs
11:38de la guerre civile
11:39qui avait été égorgée.
11:41Depuis,
11:41elle est quasiment muette,
11:42s'exprime avec
11:43beaucoup de difficulté,
11:44mais surtout,
11:45elle avait dit non
11:46à Kamel Daoud
11:47pour utiliser son témoignage.
11:50Autre accusation
11:51qui vise cette fois
11:52la France,
11:53le 7 décembre,
11:54deux chaînes de télévision
11:55publique algériennes
11:56évoquent dans un reportage
11:58un prétendu complot
11:59des services secrets français
12:01pour essayer
12:02de déstabiliser l'Algérie.
12:04La DGSE,
12:04les services secrets français,
12:05sont accusés
12:06d'avoir recruté
12:07des anciens terroristes
12:09islamistes algériens
12:10pour commettre
12:11des attentats
12:12sur le sol algérien
12:14pour déstabiliser
12:15le régime d'Alger.
12:16Ils m'ont demandé
12:17d'aller dans les quartiers
12:18populaires d'Alger
12:18comme Bab el-Oued,
12:21El-Macaria,
12:23Usenday
12:24et El-Arash
12:25pour trouver
12:26les extrémistes.
12:28On m'a dit
12:28de recontacter
12:29les anciens extrémistes
12:30et de gagner
12:31leur confiance,
12:32de leur expliquer
12:33que je veux
12:34constituer un nouveau
12:34groupe terroriste
12:35et que je serai
12:36leur chef.
12:39Quelle est la réponse
12:40de Paris
12:40face à ces accusations
12:42gravissimes ?
12:43Au début,
12:43une forme d'incrédulité.
12:44L'accusation,
12:45elle est jugée
12:47fantasmagorique,
12:48abracadabrantesque.
12:49Néanmoins,
12:49les Français
12:49se rendent compte
12:50que le sujet
12:51est pris au sérieux
12:52à Alger
12:52puisque l'ambassadeur
12:53de France en Algérie
12:54est convoqué
12:55par les autorités
12:56et qu'il doit répondre
12:57de tout un tas
12:58d'accusations.
12:59Outre ce prétendu complot,
13:01il lui est reproché
13:02de recevoir
13:02des opposants,
13:03de participer
13:04à l'instauration
13:05en France
13:06d'un climat de haine
13:07contre l'Algérie.
13:08Tout un tas
13:09d'accusations
13:09très fortes.
13:12Au début de l'année 2025,
13:13le lundi 6 janvier,
13:15Emmanuel Macron
13:15présente ses voeux
13:16aux ambassadeurs
13:17à l'Elysée
13:18et il a des mots
13:19très fermes
13:20sur l'Algérie
13:21au sujet de l'écrivain
13:22Boilem Sansal
13:23qui est toujours détenu.
13:24Les mots sont forts.
13:25L'Algérie
13:26que nous aimons tant
13:27et avec laquelle
13:28nous partageons
13:28tant d'enfants
13:29et tant d'histoires
13:29entre dans une histoire
13:31qui la déshonore
13:32à empêcher un homme
13:33gravement malade
13:34de se soigner
13:35et ça n'est pas
13:36à la hauteur
13:36de ce qu'elle est.
13:37En effet,
13:38Boilem Sansal
13:39a été transféré
13:40dans un hôpital
13:41à l'Algérie
13:41parce qu'une grave maladie
13:43lui a été détectée
13:44et il faudrait donc
13:45qu'il puisse rentrer
13:46se soigner en France.
13:47C'est la première fois
13:48que le président
13:49Emmanuel Macron
13:50parle comme ça
13:50de l'Algérie.
13:51Oui, parce que jusqu'ici
13:52Paris a plutôt eu tendance
13:53à faire le gros dos,
13:55à essayer malgré tout
13:56de sauver cette relation
13:57qui, un an auparavant,
13:59semblait bien repartie.
14:01Toujours au début
14:01de l'année 2025,
14:03six influenceurs algériens
14:04vivant en France
14:05sont visés
14:06par des procédures.
14:08Les autorités françaises
14:09leur reprochent
14:09des vidéos postées
14:10sur des réseaux
14:11comme TikTok,
14:12vidéos appelant
14:13à la haine
14:13ou à la violence
14:14contre des opposants algériens.
14:16Henri Vernet,
14:17le soupçon
14:18du gouvernement français,
14:19c'est que ces influenceurs
14:20sont aidés
14:21dans leur travail
14:22de communication
14:23par les services
14:24secrets algériens,
14:25c'est ça ?
14:25C'est un soupçon.
14:26Ce qui apparaît clairement,
14:27c'est qu'il n'y a pas
14:28un ordre direct
14:29qui viendrait d'Alger
14:30qui dirait
14:31« Allez-y les gars,
14:32déchaînez-vous ».
14:32En revanche,
14:33ce qui paraît
14:34assez probable,
14:35c'est que
14:36ces influenceurs
14:37sont coordonnés,
14:39peut-être organisés
14:41par des personnalités
14:42proches
14:42du régime d'Alger.
14:43Parmi ces influenceurs
14:45algériens,
14:45il y a un certain
14:46Boualem Naman,
14:4759 ans.
14:48Il se fait appeler
14:49Doualem sur TikTok
14:50où il a près
14:51de 200 000 abonnés.
14:52Le 5 janvier,
14:54il est interpellé
14:55à Montpellier
14:55dans l'Hérault.
14:56Le préfet de l'Hérault
14:57affirme qu'il avait lancé
14:58dans une vidéo
14:59un appel à la torture
15:00visant,
15:01je cite,
15:02un opposant
15:02au régime algérien.
15:04Boualem Naman,
15:05alias Doualem,
15:06a été condamné
15:07à plus de 11 ans
15:08de prison en France
15:09pour différentes infractions
15:10et délits.
15:11Il est entré dans le pays
15:12de façon irrégulière
15:13à deux reprises,
15:14mais il avait été régularisé
15:15en 2010
15:16parce qu'il est le père
15:17d'un enfant français.
15:18Henri Vernet,
15:19voici donc pour la biographie
15:21en résumé
15:21de Boualem Naman.
15:23Son arrêté d'expulsion
15:24est daté du 7 janvier.
15:26Le 9 janvier,
15:27il est donc reconduit
15:28vers l'Algérie
15:29à bord d'un avion.
15:30Et c'est là
15:31qu'intervient l'incident
15:31à Alger,
15:32c'est-à-dire que
15:33les policiers
15:33qui l'accompagnent
15:34ne peuvent même pas
15:35sortir du tarmac
15:36de l'aéroport.
15:37Ils sont aussitôt
15:38refoulés avec Doualem
15:40dans le premier avion
15:42pour Paris.
15:43Comment l'Algérie
15:44justifie sa décision ?
15:45C'est un peu confus
15:46dans un premier temps.
15:47Les autorités algériennes,
15:48d'après ce qui est rapporté
15:49par les policiers
15:50qui l'ont accompagné,
15:51disent que Doualem,
15:53Boualem,
15:54tout simplement
15:54est interdit de territoire
15:56en Algérie.
15:56Et puis Alger,
15:57par la voix
15:58de son ministère
15:58de l'Intérieur,
15:59dit que cet influenceur
16:00n'a pas pu faire valoir
16:02ses droits,
16:02qu'il n'a pas bénéficié
16:03d'un traitement judiciaire
16:05équitable
16:06et que finalement
16:07cette procédure
16:08n'aurait pu intervenir
16:09qu'au terme d'un procès.
16:10Après le retour
16:11à l'envoyeur
16:12de l'influenceur algérien
16:13expulsé,
16:14que répond le gouvernement français.
16:15Une humiliation
16:16pour la France.
16:17Ce sont des mots très forts.
16:18Ils sont prononcés
16:19par le ministre
16:19de l'Intérieur français,
16:20Bruno Retailleau.
16:21On voit bien
16:22que l'Algérie cherche
16:23à humilier la France.
16:25Je pense qu'on a atteint
16:27avec l'Algérie
16:28un seuil extrêmement inquiétant.
16:31Il faut dire
16:31qu'il a fait
16:32de cette cause
16:33de l'immigration illégale,
16:35des expulsions,
16:36des OQTF,
16:37une priorité,
16:38une marque de fabrique.
16:39C'est quelqu'un
16:40qui incarne la droite
16:41assez dure
16:42au sein du gouvernement,
16:43au sein des Républicains.
16:44C'est évidemment
16:45un mauvais message
16:46à envoyer
16:47à son électorat.
16:51Vous l'avez dit,
16:52Bruno Retailleau
16:52incarne l'aile droite
16:53de ce gouvernement,
16:55mais le ministre
16:56des Affaires étrangères,
16:57Jean-Noël Barraud,
16:58qui lui est plus centriste,
17:00a également
17:01des mots très forts.
17:02Oui,
17:02il fait savoir
17:02que la France
17:03étudie tous les moyens
17:04d'une riposte diplomatique
17:06très ferme,
17:07ce qui peut concerner
17:08la politique de visa,
17:09l'aide au développement.
17:10C'est une inflexion
17:11très ferme,
17:12parce qu'il faut savoir
17:12que la France
17:13accorde environ
17:14200 000 visas
17:15aux Algériens
17:16chaque année.
17:17Or, Bruno Retailleau
17:18justement était un peu
17:19le seul à prôner
17:20d'utiliser cette politique
17:21des visas
17:22comme un levier
17:23de pression
17:23sur Alger.
17:24Le Quai d'Orsay,
17:25même l'Elysée,
17:26s'y refusaient.
17:27Donc,
17:27ce changement
17:27de posture
17:28de Paris
17:29montre bien
17:30une volonté
17:31de riposter
17:32à l'escalade
17:33menée par l'Algérie.
17:34Que dit Alger
17:35suite à ses déclarations,
17:36notamment celle du ministre
17:38de l'Intérieur français,
17:38Bruno Retailleau ?
17:39La réaction officielle
17:40est très dure.
17:41Elle est prononcée
17:42par le ministère algérien
17:43des Affaires étrangères.
17:44Elle nie d'abord
17:45toute escalade
17:46qui serait menée
17:47par Alger.
17:48Aucune logique de ce genre
17:49et encore moins
17:50d'humiliation,
17:51prétend-il.
17:51Et surtout,
17:52le communiqué
17:53dénonce
17:54la présence
17:55d'une extrême droite
17:56revancharde
17:57au sein du gouvernement français.
17:58Donc,
17:58les mots sont violents.
18:01Henri Vernet,
18:02jusqu'où peut aller
18:03cette crise diplomatique
18:04entre la France
18:05et l'Algérie ?
18:05Jusqu'où,
18:06c'est difficile à dire.
18:07La rupture pure et simple
18:08entre deux pays
18:09qui sont tellement imbriqués
18:10paraît impossible.
18:12Néanmoins,
18:13cette possibilité,
18:14elle n'est pas à écarter
18:15parce que cette crise,
18:16de la vie même
18:17de bons connaisseurs
18:18de ce dossier,
18:19elle est d'une toxicité
18:20qui n'a jamais été atteinte
18:21parce que des crises,
18:22il y a souvent eu
18:23des altercations,
18:24des accrochages,
18:25des brouilles
18:25entre Paris et Alger.
18:27Mais au bout de quelques mois,
18:28en général,
18:29ça se réglait.
18:30Là,
18:30ça fait un certain temps
18:31et surtout,
18:31on ne voit pas
18:32le chemin vers la sortie.
18:33La France a proposé
18:35d'envoyer des émissaires
18:36de bonne volonté.
18:37Alger a catégoriquement
18:38dit non.
18:39Qui a le plus à perdre
18:40dans cette crise ?
18:41C'est délicat des deux côtés
18:42parce que ce sont deux nations
18:43qu'elles le veuillent ou non
18:44qui sont très imbriquées
18:46l'une dans l'autre.
18:46Il faut savoir que
18:4710% de la population française
18:49a un lien
18:51plus ou moins direct
18:52avec l'Algérie.
18:53Les deux pays
18:54sont très dépendants
18:55économiquement l'un de l'autre.
18:56La France,
18:57importe 6 à 7%
18:58du gaz qu'elles consomment
19:00de l'Algérie.
19:01L'Algérie,
19:02elle,
19:02voit son approvisionnement
19:04en blé.
19:04L'essentiel vient de France.
19:05Et puis,
19:06il y a tout ce qui n'est pas
19:07mesurable,
19:08c'est-à-dire les liens culturels,
19:09les liens de la mémoire,
19:11les liens historiques.
19:13L'Algérie,
19:14elle garde un côté
19:15un peu idéalisé
19:16pour la deuxième,
19:17troisième génération
19:18de rapatriés
19:19et bien sûr aussi
19:20pour les différentes
19:21générations d'immigrés.
19:23Et même côté algérien,
19:24le désir de venir en France,
19:25les demandes de visa
19:26n'ont pas diminué,
19:27notamment de la part
19:28des jeunes.
19:28Donc,
19:29on voit vraiment mal
19:30ces deux pays se séparer.
19:31On pourrait plus parler
19:32d'une très profonde
19:34crise de régime
19:35entre les deux pouvoirs.
19:37mais pour autant,
19:38les populations
19:39n'ont pas divorcé.
19:47Merci Henri Vernet.
19:48Cet épisode de Code Source
19:49a été produit par Raphaël Pueyo
19:51et Thibault Lambert,
19:52réalisé par Pierre Chaffonjon.
19:54Code Source est le podcast
19:55quotidien d'actualité du Parisien.
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20:10du Parisien,
20:10Crime Story.
20:11Chaque samedi,
20:12dans Crime Story,
20:13une nouvelle affaire criminelle.
20:14Dans Crime Story,
20:16une nouvelle affaire criminelle
20:17racontée par Claudia Prolongeau
20:18et Damien Delsenis.
20:19Sous-titrage Société Radio-Canada

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