00:00Et nous en parlons avec Gauthier Rybinski qui est avec nous sur ce plateau.
00:02Gauthier, bonjour.
00:04Bonjour.
00:04Alors, à quelles conditions un déploiement au sol américain aurait-il une utilité ?
00:11Si on prend l'expérience proche, immédiate, mais enfin qui remonte disons aux dernières 50 années,
00:21les interventions au sol, quelles qu'elles soient, n'ont pas donné grand chose,
00:24notamment celles des Américains, mais même en général.
00:27C'est-à-dire que, un, elle repose sur une idée un peu angélique,
00:32selon laquelle l'usage d'une force militaire massive serait de nature, un, à libérer le ou les peuples en
00:42question qui sont sous le joug,
00:45par exemple ici, de la République des Mollahs, du régime iranien, mais ça pouvait être Saddam Hussein, ça pouvait être
00:50autre chose.
00:52Un, c'est ça, l'angélisme militaire.
00:55Deux, l'idée aussi que les soldats sont à même de régler, alors là, les soldats américains sont à même
01:02à régler,
01:02de régler quantité de problèmes, non seulement ceux de la sécurité, là on dira, c'est sur leur feuille de
01:09route et ça fait partie de leur métier,
01:11mais aussi de créer les conditions pour un retour à une vie économique normale,
01:15de créer les conditions pour que l'éducation puisse reprendre, pour que les enfants sans discrimination puissent aller à l
01:24'école, etc.
01:24Et là, vous avez affaire non seulement à des militaires dont la force personnelle physique n'est pas extensible à
01:32merci,
01:33et surtout qui ne sont pas compétents pour ce genre de choses.
01:35Et ça a été le cas en Afghanistan, par exemple, souvenez-vous de ce que devaient faire justement les soldats
01:43américains,
01:43et de ce que l'administration américaine avait dit, que ça soit sous Trump ou sous Biden,
01:49on avait dit, mais il existe des bons talibans, nous avons parlé avec eux, tout a bien se passé.
01:55Souvenez-vous de cela.
01:56Quelques mois après, donc c'était à l'automne 2021, si je ne m'abuse,
02:00on avait dit justement que les petites filles pourraient continuer à aller à l'école.
02:03Eh bien non, et elles n'ont jamais été aussi enfermées, et les femmes également.
02:07Donc vous voyez que tout ça repose sur une illusion, et une illusion qui est vite contredite et vite défaite,
02:15à partir du moment où il n'y a que la présence militaire.
02:21Juste sur cette question, une dernière remarque, vous vous souvenez du général Petrus,
02:25qui était le commandant en chef des forces américaines, et qui avait dit,
02:28si on veut faire de la reconstruction de nations, nation building, mais au sens large,
02:33eh bien évidemment qu'il ne faut pas que des soldats.
02:36Et donc à partir de là, vous avez un hiatus, d'où le fait d'ailleurs que Trump dit que
02:42c'est une perte de temps.
02:43Ce n'est pas forcément que la question le tracasse sur le plan éthique,
02:48mais il dit, oui, il reconnaît que ça ne sert à rien, si ce n'est peut-être à pacifier
02:53momentanément une situation.
02:55Pourquoi pas ?
02:56Sauf que quand vous ne faites que cela, alors là il faut se souvenir de l'Irak,
03:00vous avez quantité de personnalités ou de forces qui ont intérêt à revenir en arrière,
03:06qui elles montrent à nouveau le bout du nez.
03:08Juste quand même, quelque chose d'important, si grâce à une action militaire sur le sol,
03:14on peut éviter bien sûr que des opposants soient torturés ou assassinés,
03:19comme ça a été le cas en Iran avec les dernières manifestations, et même d'autres.
03:22Oui, c'est pas mal déjà, il ne faut pas bouder cette chose-là.
03:26Là, les objectifs principaux, c'est le démantèlement du régime,
03:31réduire les capacités militaires, ou les détruire complètement.
03:35Mais pour quel changement réel ?
03:38Parce que toute la question du régime qui se pose est la suite du régime.
03:40Exactement, et ça découle de ce qu'on vient de dire,
03:43c'est que le remplacement d'un régime, si l'on veut qu'il soit vertueux,
03:49c'est-à-dire qu'au fond, on évite non seulement d'opprimer le peuple,
03:52mais d'avoir un régime comme celui actuel en Iran,
03:55qui dit, voilà, mon voisin avec le nucléaire, en l'occurrence Israël, je peux le rayer,
04:01ou bien je peux agir de telle ou telle manière en intimidant les autres voisins.
04:06C'est là le fond du problème, c'est que les régimes de ce type-là,
04:10dictatoriaux, tyranniques, despotiques, sont eux-mêmes fauteurs de troubles.
04:14Et que si vous intervenez uniquement pour apaiser momentanément la situation,
04:19bien sûr, il y a des gens qui échappent à la mort et c'est très bien.
04:21Mais ensuite, ça renaît, ça refleurit ce type de mouvement.
04:25Regardez ce qui s'est passé en Iran.
04:26Tout quand on connaît les capacités financières, notamment du régime.
04:29Alors exactement, c'est-à-dire que les caisses sont pleines,
04:32au détriment d'ailleurs de ce que vivent les Iraniens,
04:36mais effectivement, il y a une capacité à ressurgir.
04:39Donc si vous ne vous contentez que de cette présence,
04:43regardez l'enfer qu'ont vécu certains soldats américains à Bagdad,
04:46avec cette zone verte qui était devenue une espèce d'abri presque de fortune.
04:52Voilà ce qui se passe.
04:53Donc ça veut dire que la nécessité d'aller plus loin se fait sentir.
04:57Dernier mot, beaucoup vous diront donc que ça n'a jamais fonctionné.
05:01Oui, dans les 50 dernières années, c'est vrai.
05:04Il y a un précédent où ça a fonctionné.
05:05C'était la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
05:07Les occupants ont saisi, ont capturé l'Allemagne
05:12pour en faire un pays dans lequel on administre,
05:15dans lequel on favorise les écoles et les opposants.
05:18Alors on nous dit que ça coûte énormément.
05:20Oui, c'est vrai.
05:21Quand on procède de la sorte, est-ce que ça ne coûte pas aussi beaucoup ?
05:25C'est à mesurer, c'est à peser dans une balance.
05:28Merci.
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