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00:00David Rigouleros, bonsoir. Vous êtes chercheur rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique,
00:04rédacteur en chef de la revue Orient Stratégique.
00:07Pour l'instant, on l'a compris, les États-Unis continuent d'entretenir le suspense, frappe ou pas frappe.
00:12Qu'est-ce qui les empêche vraiment d'agir dès maintenant ?
00:14Ils pensent vraiment qu'ils peuvent parvenir à un accord, à négocier un accord avec l'Iran ?
00:21C'est ce que souhaite Trump dans l'absolu.
00:23Depuis le début, il le dit d'ailleurs.
00:26Il est à la recherche d'un accord, mais qui serait très très exigeant.
00:30Et c'est là où ça bute évidemment avec les Iraniens,
00:32parce que les lignes rouges des deux parties sont évidemment incompatibles.
00:37Du côté américain, c'est zéro enrichissement sur le nucléaire,
00:40c'est la limitation du programme balistique, la fin du soutien aux proxys régionaux.
00:45Et du côté iranien, il est hors de question d'accepter le renoncement à l'enrichissement,
00:51et encore moins aux limitations de son programme balistique,
00:55qui constitue de son point de vue l'ultime arme de dissuasion
00:58par rapport à une agression potentielle.
01:00Donc on ne voit pas très bien comment les choses pourraient s'ajuster,
01:03même si en termes d'affichage, les deux font mine de considérer
01:07que des progrès sont possibles et qu'un accord demeure toujours envisageable.
01:11Oui, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araqchi, s'est dit persuadé
01:15qu'une solution diplomatique était à portée de main et pourrait être trouvée,
01:19je cite, dans un délai très court.
01:22C'est vraiment de la posture, comme vous le dites,
01:24il n'y a pas véritablement de volonté de désescalade de la part de l'Iran ?
01:28D'abord, en Iran, il y a une polyphonie au niveau des négociations,
01:33vous l'avez évoqué, avec l'intransigeance du guide d'un côté,
01:37des ouvertures de certains acteurs du système iranien,
01:41donc c'est très difficile de voir exactement ce qu'il en est sur le fond,
01:45en sachant qu'au final, c'est toujours le guide qui a le dernier mot.
01:49Donc il y a aussi un affichage par rapport à l'opinion publique iranienne,
01:55puisque le ministre Araqchi, qui est le principal négociateur,
01:58a évoqué le fait que les Américains, finalement,
02:01n'étaient pas sur une île aussi dure qu'ils le disaient,
02:03sous-entendu qu'ils seraient prêts à transiger sur le zéro enrichissement,
02:08et du côté américain, Mike Walsh, l'ambassadeur à l'ONU,
02:12a dit que de toute façon, il était hors de question de revenir sur cette ligne rouge.
02:16Donc on voit bien qu'il y a des stratégies de communication très ambiguës,
02:21très contradictoires, qui alimentent effectivement cette scénographie,
02:26diplomatique, mais sur le fond, les positions paraissent difficilement compatibles,
02:31et donc on ne voit pas très bien comment un compromis pourrait se dessiner
02:34si l'une des deux parties ne transigeait pas sur les dites lignes rouges.
02:39Officiellement, effectivement, les deux parties négocient uniquement sur le nucléaire,
02:42mais est-ce qu'il n'y a pas d'autres leviers, et je pense notamment au pétrole, au minerai,
02:47est-ce que ce sont aussi des points sur lesquels l'Iran pourrait obtenir,
02:51et les États-Unis, des choses ?
02:54Oui, alors c'est justement une partie des négociateurs iraniens,
02:57on fait valoir aux Américains, ce qui peut paraître paradoxal,
02:59puisque c'est le grand Satan, qu'il y avait des opportunités économiques
03:03qui leur étaient ouvertes, en termes effectivement d'investissement,
03:08avec une gratification qui pourrait être immédiate à court terme.
03:12C'est une manière de différer, de toute façon, c'est une stratégie pour différer une éventuelle frappe,
03:17et pour, les Iraniens connaissent évidemment l'appétit, on va dire, en affaires du président américain,
03:25et considèrent que ça peut être une variable, justement, transactionnelle avec le président américain.
03:32Mais le président américain lui-même se retrouve un peu piégé,
03:34parce qu'il est allé très très loin aujourd'hui dans les exigences qu'il a formulées,
03:39et on ne voit pas très bien comment il pourrait faire marche arrière,
03:43sauf à considérer qu'il se rapproche d'une posture qui était celle d'Obama,
03:47qu'il avouait au Gémonie, sur les lignes rouges, justement,
03:51à laquelle le président Obama avait renoncé en 2013 en Syrie.
03:54Et donc, il y a cette dimension aussi personnelle qui entre en ligne de compte
03:58dans l'éventuelle décision du président américain.
04:00Pour terminer, Donald Trump, aujourd'hui, s'est exprimé à propos de l'Iran.
04:03Il a accepté, enfin, il n'a pas accepté, il a envisagé l'idée de frappe limitée.
04:09À quoi il pense quand il parle de frappe limitée sur l'Iran ?
04:15Oui, alors c'est effectivement, jusqu'à présent, on évoquait des frappes à grande échelle,
04:19et il semblerait qu'une étape préliminaire serait désormais envisagée,
04:24qui serait en réalité une frappe de semence, d'avertissement,
04:29un signalement stratégique destiné à faire pression pour maximiser la crédibilité
04:34de la menace militaire américaine et forcer et contraindre les Iraniens à céder.
04:39Mais je doute que ça soit suffisant pour les Iraniens,
04:43parce qu'ils ne sont pas disposés à renoncer,
04:46ils l'ont toujours dit d'ailleurs, à ce qui est leur ligne rouge à eux,
04:51c'est-à-dire le zéro enrichissement, il n'est pas question de l'envisager.
04:54Et puis, la problématique balistique, il n'est pas question non plus de limiter la portée des missiles.
05:02Donc, de toute façon, on arrive à un moment crucial,
05:05où une décision va être prise dans un sens ou dans un autre,
05:08et on se dirige quand même de plus en plus, semble-t-il,
05:12vers un dénouement avec une option militaire.
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