Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 21 heures
Dans son nouveau film, "Victor comme tout le monde", Fabrice Luchini joue un comédien habité par l'œuvre de Victor Hugo, confronté au retour de sa fille et à certains débats féministes. Entretien à retrouver sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-05-mars-2026-7713227

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Pourquoi nos mondes parallèles, nos univers intérieurs sont-ils parfois plus confortables
00:05que la réalité ? Pourquoi certains d'entre nous préfèrent-ils un métier, une passion
00:10à la vie de tous les jours ? C'est cette question qui est au cœur du film de notre
00:13invitée Alexandra.
00:14Et vous le connaissez très bien, c'est Fabrice Lucchini.
00:17Bonjour et je suis bienvenu.
00:19Bonjour.
00:19Alors ce film délicat, doux, charmant, et on en a bien besoin n'est-ce pas Simon en
00:24ce moment ?
00:25Il sort mercredi prochain, ça s'appelle « Victor comme tout le monde » réalisé
00:28par Pascal Bonitzer et écrit par la regrettée Sophie Filière qui posait, elle, la question
00:34en ces termes.
00:35Et si pour une fois, aimer valait mieux qu'admirer, venez dialoguer, vous aussi qui nous écoutez
00:40avec Fabrice Lucchini, 01 45 24 7000 et application de Radio France, comme d'habitude évidemment.
00:46Alors l'admiration dont on parle Fabrice Lucchini, c'est celle que vous et votre personnage porté
00:52à Victor Hugo, le victor du titre, votre personnage qui comme vous triomphe au théâtre en lisant
00:57Hugo, qui s'appelle Robert, votre prénom de naissance, Robert Zucchini.
01:03Dites-nous Fabrice Lucchini, est-ce qu'il n'y aura pas un peu de vous dans ce personnage ?
01:07Vous voyez la perspicacité de cette première question.
01:09Merci infiniment.
01:11Zucchini, ça veut dire petite courge.
01:13Oui, courgette en italien.
01:14Courgette et que Lucchini était petite lumière.
01:17Donc je suis descendu.
01:19C'est l'idée de Sophie Filière qu'avait cet univers unique parce que ce film n'a rien
01:26à voir avec le spectacle que je joue puisque le film a précédé mon travail au théâtre.
01:33Vous parlez de l'admiration et d'aimer ou c'est pas ça du tout l'action ? Parce qu
01:38'un
01:38jour, un ami belge m'a dit en parlant d'une personne qu'il aimait, il m'a dit une
01:44phrase
01:44qui était digne de la Rochefoucauld, il m'a dit, elle m'admire, ça lui évite de
01:48me comprendre.
01:50La question c'est Sophie Filière qui l'a posée en ces termes, et si pour une fois aimer
01:54valait mieux qu'admirer ? C'est le parcours que va suivre votre personnage en fait.
01:59Il admire tellement qu'il a du mal à aimer pour de vrai dans la vie.
02:02Il est vacant, il est flottant, il est en creux dans la vie et il ne s'anime que quand
02:11il est dans sa passion, dans son admiration et dans sa vocation.
02:18Vraiment sa vocation.
02:19Et là où Sophie Filière a fait un travail incroyable, c'est d'avoir senti que cet homme
02:26pouvait être retraversé par de l'humain.
02:28Et l'humain c'est la fille qui va revenir vingt et quelques années après.
02:32Juste toute petite parenthèse toujours sur Zucchini Courgette, c'est une façon de vous
02:37moquer de vous-même parce qu'on vous a proposé plusieurs fois de jouer Hugo.
02:41lui-même, de l'incarner avec la barbe et tout.
02:44Je ne me sens pas capable du tout de faire ça.
02:46Mais pourquoi ?
02:46Parce que je ne suis pas Hugo, je n'ai pas la vitalité sexuelle, je n'ai pas…
02:50On ne sert peut-être pas au cinéma.
02:52Oui mais quand même, pour jouer quelqu'un, il faut trouver des résonances biographiques.
03:00Donc biopic, ce n'est pas mon truc, les Américains le font magnifiquement, certains Français
03:05le font admirablement, moi je ne voulais pas.
03:08Alors elle a trouvé cette idée de parler d'Hugo constamment sans faire un cours, sans
03:13être didactique.
03:15Le titre, il devait s'appeler Hugo.
03:17Puis quelqu'un a dit, ma compagne, elle a eu cette idée géniale.
03:21Vous savez, Jules Renard aimait tellement Victor Hugo que c'est de lui qu'est parti le titre.
03:26Jules Renard dit, Victor Hugo est tellement génial qu'on en oublie qu'il s'appelle Victor.
03:31Victor, la vraie phrase, c'est comme vous et moi, Victor.
03:35Et c'est de là qu'on a eu envie d'appeler Victor comme tout le monde en hommage à
03:38Jules Renard.
03:39Mais vous parlez de résonance Fabrice Lucchini.
03:41Est-ce que le Robert Zucchini du film, cet homme, c'était ça aussi la question, cet homme
03:46qui est tellement absorbé par sa passion et qui en vient à oublier de vivre sa propre
03:49vie, il n'arrive pas à aimer.
03:51Il admire, il n'arrive pas à aimer.
03:52Mais est-ce que cet homme, ce n'est pas aussi un peu Fabrice Lucchini qui visite, revisite
03:57les grands auteurs et en particulier Victor Hugo depuis tant d'années ?
04:00Ben, scoop énorme, je vais vous dire la vérité, vous n'avez pas tort.
04:06Vous n'avez pas tort, ça ressemble bien, ça ressemble bien, il n'y a rien à voir
04:10réellement, je ne me suis pas joué dedans, mais parce que j'ai une fille, quelles que
04:15soient les qualités, les défauts que j'ai eus, je ne l'ai pas du tout reconnu.
04:19Ce que j'adore dans le personnage, c'est qu'il y ait la fille, elle a magnifiquement
04:24joué par Madame Narbonne, remarquable, toutes les actrices sont...
04:28Marie Narbonne.
04:29Marie Narbonne est remarquable.
04:30On peut citer les autres, ses copines qui sont comédiennes, Suzanne Debecq, Iris Brie
04:33et Louise Horry.
04:35C'est ça qu'a créé le conflit, elles, elles sont woke pour aller vite, elles, elles
04:40disent oui, nous on veut interroger Hugo, moi qui dis mais Hugo, c'est quand même un immense
04:46amoureux.
04:46Et elle, elle dit cette phrase formidable, oui, amoureux, amoureux, c'est un gros queutard.
04:51Alors là, le personnage qui lui représente un peu quelque chose de plus classique et sidéré.
04:57Est-ce que vous, vous êtes...
04:58Alors, évidemment, question à Fabrice Lucchini, qu'est-ce que vous en pensez, vous, de ces
05:02jeunes générations qui veulent voir toujours, mettre en lumière l'homme derrière l'artiste,
05:06qui ne se satisfont pas de regarder seulement l'œuvre ?
05:09Alors moi, je vais vous dire un truc, j'espère pas me planter.
05:11On est très tôt ce matin, mais je vais taper dans Proust.
05:15Proust a fait un livre, j'ai pas lu dans la totalité parce que c'est très pointu, contre
05:20Sainte-Beuve.
05:21Je crois que globalement, Proust n'a pas d'intérêt pour l'existence de l'auteur,
05:27il a une passion pour l'œuvre.
05:29Après, il y a eu tous les mouvements des grands machins de structuralistes, bourdieux, machins,
05:35dominants, dominés.
05:37C'est devenu un coup de rase un peu.
05:38Mais moi, je ne m'intéresse pas tellement.
05:42À quel point j'ai été déçu, adolescent, quand j'adorais Le Voyage au bout de la nuit,
05:47que je trouvais le livre le plus sublime de tout.
05:49De découvrir que Céline était un immense personnel.
05:53Quelle déprime pour un adolescent de dire « Merde, ce mec génial ! »
05:58Et j'ai compris que l'art n'a rien à voir avec la morale.
06:02Vous savez, par exemple, prenons Lionel Jospin.
06:04Lionel Jospin, il a été trop excuse, mais plutôt tendance, lambertiste, cool.
06:10Mais Jospin, il est plutôt très bien, il n'a rien fait de mal.
06:13Mais il n'a pas écrit Le Voyage au bout de la nuit.
06:16Alors, oui, vous avez répondu en creux.
06:18En creux.
06:18Oui, vous préférez regarder l'œuvre.
06:22Oui.
06:22Mais elle vous dérange ?
06:24Non, mais parce que Rimbaud était un personnage extrêmement antipathique.
06:27Il était caractériel, il était méchant.
06:30Et justement, l'époque dit, et c'est ce que vous disent les jeunes filles,
06:32il faut prendre l'homme et l'artiste dans sa globalité.
06:35Hugo qui, disent-elles, consommait les femmes aussi pour s'en inspirer dans son réconhérent.
06:41Sa libido était anormal.
06:43Il a fait l'amour 11 fois la première nuit.
06:45Et quand je le dis au théâtre, là, à l'atelier ou à la part de Saint-Martin,
06:50il y a un petit moment de désarroi dans les femmes à l'orchestre.
06:54Elles se disent, putain, 11 assauts, parce que c'était des assauts.
06:58Et d'ailleurs, c'est pour ça qu'elle est tombée amoureuse de Sainte-Beuve,
07:01qui lui, lui donnait rencard dans des églises,
07:04et comme dans les films de Romère, mettait la main sur le genou.
07:07Et ça les mettait tous les deux dans un état de bonheur absolu.
07:10Encore une question, quand même, sur l'époque, parce qu'il y a cette scène qui fait réagir,
07:14quand on la regarde, évidemment, dans le film.
07:16Le personnage, Robert Zucchini, surprend l'une de ces jeunes filles,
07:19de ces jeunes comédiennes, nues, par inadvertance.
07:22Et alors, il est très gêné.
07:23Et il dit, du tac au tac.
07:25Alors, j'adore, parce qu'il arrive, il s'aperçoit que sa fille est venue le voir dans la boulangerie
07:30pour lui annoncer que sa maman est morte, comme une prophétie de Sophie Filière.
07:35Et il veut aller voir sa fille, qu'il n'a pas vue,
07:39et il sait qu'elle travaille dans un petit théâtre.
07:41Il rentre dans ce théâtre, c'est là qu'il a commencé son premier spectacle.
07:45Il entre, et tout d'un coup, il y a une jeune fille, merveilleuse,
07:49qui arrive totalement nue.
07:50Il est terrorisé, il fait...
07:52Il fait quoi ?
07:54J'ai rien vu, j'ai rien regardé.
07:56Il est beaucoup plus gêné qu'elle.
07:57Alors, elle s'en va, et elle dit...
07:59Non, il lui dit...
08:00Alors, elle s'en va, et moi, je suis très inquiet.
08:02Je dis, vous n'êtes pas là, vous êtes parti, oui, oui.
08:06Vous n'allez pas me mitoiser ?
08:08Et ça, j'aime énormément.
08:09Ça, c'est le talent de Sophie Filière.
08:11Mais est-ce que vous, vous comprenez cette réplique ?
08:14Qu'est-ce que ça veut dire ?
08:15Moi, je m'adapte très bien à l'époque.
08:17Je ne suis pas du tout...
08:19Je n'ai jamais été un macho.
08:23Je ne sais pas que je suis formidable.
08:26Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est que vous n'allez pas me mitoiser.
08:30Me plaît beaucoup.
08:31Et ça fait rire le public.
08:33Mais les comédiens, les hommes, aujourd'hui, sur des plateaux,
08:36est-ce qu'ils ont peur de se faire mitoiser ?
08:38Ah, voilà.
08:39Il n'y a plus du tout la même...
08:40Mais vous le regrettez ?
08:41Pas tellement.
08:42Pour être honnête, ça a beaucoup changé.
08:47Voilà, si vous voulez, vous qui êtes une radioprogressiste,
08:51il y a...
08:51Vous savez, on est obligé d'avoir trois heures,
08:54à chaque fois qu'on tourne un film,
08:56de rééducation,
08:57pas comme chez Mao Tse-tung,
08:59parce qu'on ne reste pas dix ans dans un camp
09:02pour devenir l'homme révolutionnaire.
09:04Mais on nous apprend...
09:06Par exemple, si quelqu'un dit un truc porno à une dame,
09:10s'il le dit une fois, ça n'est pas grave.
09:12S'il le dit deux fois à la fois, elle est cafetée, tout ça.
09:14Et ce n'est pas inintéressant.
09:16Je t'avoue qu'à la quatrième, je vois à peu près de quoi.
09:18Et les questions...
09:19Surtout que je vais vous dire, je vous le dis sincèrement,
09:24je n'ai...
09:25C'est extraordinaire,
09:26mais moi, je n'ai jamais eu un comportement,
09:30peut-être par orgueil,
09:31mais je n'ai jamais été lourd, insistant.
09:33Parce que comme dit Camus,
09:35seule la bêtise insiste.
09:37Et vous savez ce que c'est l'agression sexuelle ?
09:39C'est une insistance.
09:41Et comme disait Camus,
09:42seule la bêtise insulte.
09:44Oh tiens, c'est marrant !
09:46C'est génial !
09:46Vous avez vu ce que j'ai dit ?
09:48Seule la bêtise insulte ?
09:50Mon inconscient a dit ça,
09:51alors que je voulais dire
09:52seule la bêtise insiste.
09:55Je suis content d'être venu.
09:57Vous avez un beau lapsus.
09:58Mais nous, on est content que vous soyez là aussi,
09:59Fabrice Luchini.
10:00Il y a le rapport de ce personnage,
10:01Robert Luchini, donc,
10:02à son époque,
10:04de quelle manière il est confronté
10:06à la vision de ces jeunes filles
10:08de l'œuvre d'Hugo et de l'homme Hugo.
10:10Et puis, il y a ce dont on parlait tout à l'heure aussi,
10:13son rapport à la vraie vie, à l'art.
10:16Son concierge lui dit
10:16il va vous bouffer votre Hugo
10:18et lui dit mais j'aime que ça.
10:19Et il y a une scène qu'on imagine assez autobiographique.
10:21Il sort de scène devant mille personnes au théâtre.
10:25Il a lu Hugo, comme vous,
10:27pendant deux heures,
10:28à 200 000 volts.
10:31et il continue auprès de son assistante,
10:34seul dans la loge.
10:35Là, c'est biographique.
10:36Ah oui, là.
10:37Oui, c'est vraiment biographique
10:38parce que ça t'habite jour et nuit.
10:42Et c'est le miracle de mon métier.
10:44Alors, c'est le métier de théâtre.
10:46Et ça, c'est différent du cinéma.
10:48C'est que l'amélioration est toujours possible.
10:51Et c'est ça que aussi le film met en scène.
10:54Mais quand vous dites ça m'habite jour et nuit,
10:56il y a cette citation de votre maître Louis Jouvet,
11:00un comédien doit être un peu vacant.
11:02L'art du comédien, c'est d'abord un art de disparaître.
11:04C'est une chance ou c'est un fardeau dans la vraie vie ?
11:07Non, oui, c'est exactement ce que vous dites.
11:09Le miracle, c'est l'apparition et la disparition.
11:12Pour être simple,
11:14un acteur, s'il n'est que dans l'apparition,
11:16il va lasser.
11:18Il faut alterner.
11:19Pourquoi disparition ?
11:21Parce que si tu disparais, le personnage vient.
11:24Moi, et si tu apparaît trop,
11:27c'est embarrassant pour le message que tu as.
11:30Le message, la charge émotionnelle,
11:34la charge d'énergie que tu dois révéler.
11:36Mais je vous demande chance ou fardeau
11:38parce que ça vous oblige à un certain vide.
11:39Alors moi, ce vide, au début,
11:42je n'y arrivais pas du tout
11:43parce que j'avais un ego un peu démesuré.
11:46Je ne vous dis pas que j'ai fait des progrès,
11:48mais globalement, avec l'âge
11:51et les 50 ans d'analyse,
11:53il y a une plus grande fréquentation
11:55avec le rien.
11:57Car rien n'est plus passionnant
11:58que d'être dans le rien
12:00pour être nourri, fécondé
12:02par le génie du goût.
12:03Mais alors, si on est dans le rien,
12:05on laisse apparaître le personnage
12:06et on sait de plus en plus le faire,
12:08est-ce que ça n'empêche pas
12:10d'être rempli par sa propre vie ?
12:11C'est ça que décrit le film, en fait.
12:15Je vous plonge dans des...
12:16Oui, parce que vous avez totalement raison.
12:18Mais moi, la vie n'est possible,
12:20pour citer Flaubert,
12:21que quand on l'escamote.
12:22Je n'ai absolument pas le génie de la vie.
12:25Je ne suis pas jardinier,
12:27je suis très mauvais bricoleur,
12:29je jouis assez peu de la vie.
12:32Par contre, je jouis du travail.
12:34Le travail, pour moi,
12:36c'est bizarrement,
12:38de manière pathétique,
12:39c'est le seul truc que j'ai trouvé
12:41pour rendre supportable
12:43l'angoisse un petit peu.
12:45Je ne veux pas trop
12:45le mettre en avant là-dedans.
12:47Et les mots des autres,
12:48c'est ce qui vous sert à...
12:49Même les textes alambiqués
12:51de Victor Hugo,
12:52et certains le sont,
12:53vous le concéderez peut-être avec moi,
12:55même certains textes
12:56vous paraissent plus simples
12:57dans la vie,
12:57à Robert Zucchini
12:58et à Fabrice Luchini,
13:00que la grammaire humaine.
13:01Je ne peux pas vous laisser dire
13:03que...
13:03Oui, alambiqués de temps en temps,
13:05mais par maman,
13:06totalement génial.
13:07Bien sûr.
13:08Parce que c'est un poète
13:09supérieur à tous les poètes.
13:10Quand il dit
13:11la respiration de Beauce
13:13qui dormait,
13:13se mêlait au bruit sourd,
13:15des ruisseaux sur la mousse,
13:17on était dans le mois
13:18où la nature est douce,
13:21il n'y a aucune rhétorique.
13:23Alors, c'est mon métier,
13:25je suis là au service
13:27de la partition.
13:28Mais c'est plus facile
13:29que de parler à la boulangère
13:30ou à sa propre fille.
13:31Ah non, parce que moi,
13:31j'ai été élevé remarquablement
13:34par ma maman.
13:35Ma maman a été vendeuse
13:36de fruits et légumes.
13:37et donc,
13:38ma maman m'a appris
13:39à être très,
13:40très, très...
13:41Je suis...
13:43Je crois que j'ai
13:44beaucoup de défauts,
13:45mais je crois que,
13:46pour citer Stendhal,
13:47je n'ai jamais blessé
13:48l'amour propre
13:49de qui que je sois.
13:49En tout cas,
13:50si je l'ai fait,
13:51je m'en excuse.
13:52Vous citiez à l'instant
13:52un extrait de ce chef-d'oeuvre,
13:54le poème
13:55« Beaux endormis ».
13:56On voit un extrait
13:58du spectacle dans le film.
13:59Oui, parce que le film
14:00n'a rien à voir avec la pièce.
14:02Dans lequel vous lisez ce poème.
14:04Et on parlait de votre rapport
14:06à l'époque.
14:06Vous vous attachez,
14:07vous faites des incises
14:08à chaque vers,
14:09en fait,
14:10vous vous attachez vraiment
14:10à vulgariser,
14:11à aller chercher tout le monde,
14:13en fait,
14:13les mille spectateurs
14:14qui sont en face de vous.
14:15Je le joue une fois
14:16dans la portée
14:17et je le reprends
14:19en l'expliquant
14:20vers après vers.
14:21Vous êtes un grand vulgarisateur,
14:23en fait.
14:23Oui,
14:24alors c'était,
14:25c'est un très beau compliment
14:26du moment que tu ne fais pas
14:28descendre l'œuvre.
14:30J'essaye,
14:30je vous dis,
14:31j'essaye.
14:32Hugo dit
14:33Dieu nous aime
14:34non pas parce que nous réussissons,
14:36mais parce que nous tentons.
14:38Alors on tente.
14:39Qu'est-ce que vous diriez
14:40à ceux qui nous écoutent
14:41et qui pourraient avoir peur
14:42d'Hugo
14:43et de toute cette œuvre
14:46majeure,
14:46monumentale ?
14:47Qu'est-ce que vous leur conseilleriez ?
14:49Qu'est-ce que vous leur conseilleriez
14:50pour les attirer ?
14:51Cher Madame Ben Saïd,
14:53il faut commencer par un truc
14:56auquel les gens ne pensent jamais.
14:58Chose vue.
14:59Vous savez,
15:00chose vue.
15:01C'est Hugo journaliste
15:02parce qu'il y a Hugo poète,
15:04il y a Hugo romancier,
15:05il y a Hugo politique,
15:06l'homme qui s'est battu
15:07contre la misère,
15:08qui s'est battu
15:09contre la peine de mort.
15:10Et vous savez,
15:11il y a une phrase terrible
15:12de Nietzsche
15:12contre le journalisme.
15:13Pas contre France Inter.
15:14Il a bien précisé
15:17tous les journalistes
15:18sauf France Inter.
15:19Mais il a dit
15:19deux phrases très importantes.
15:21Il a dit
15:21encore un siècle
15:22et avec le journalisme
15:24les mots pueront.
15:25Vous voyez,
15:25c'est terrible.
15:26Mais la grande phrase
15:27a été
15:27qu'est-ce que le journalisme ?
15:29La fausse alerte permanente.
15:31Et quand on regarde
15:32LCI
15:32et les BFM,
15:35on se sent
15:36inconsciemment
15:39c'est presque jouissif.
15:41On va peut-être
15:41en recevoir une
15:42dans la gueule.
15:43Il va peut-être
15:44en envoyer une,
15:45le Poutine,
15:46dans la gueule
15:46de Berlin ou de Paris.
15:47Et là,
15:48il a un grand plaisir.
15:50Je l'ai dit d'ailleurs
15:51à Rochemin,
15:52j'ai dit
15:52vous êtes tellement
15:53à Rochemin,
15:54notre confrère
15:55de LCI.
15:56Vous lui avez dit quoi ?
15:57J'ai osé lui dire
15:58il faudrait presque
16:00faire attention
16:01à ne pas trop
16:01montrer le contentement.
16:03Donc il faut commencer
16:03par Victor Hugo,
16:05Il faut commencer
16:06par Chose vue
16:07qui est un miracle.
16:08Ça vous dites
16:08aux jeunes,
16:09aux parents,
16:10aux profs
16:10qui voudraient faire
16:10lire aux jeunes.
16:11Et puis acheter
16:11les contemplations.
16:13Vous savez pourquoi ?
16:14Parce que les contemplations
16:15c'est le contraire.
16:16Malarmé est un immense poète
16:17même si Jules Renard
16:18a dit cette phrase
16:19merveilleuse.
16:20Malarmé est intraduisible
16:22même en français.
16:23Alors,
16:24Malarmé est un immense poète
16:25mais on ne pourrait jamais
16:26faire un spectacle
16:27sur Malarmé.
16:28Rimbaud est génial
16:29mais Rimbaud
16:29par moments
16:30c'est trop loin.
16:31Mais Hugo
16:32c'est notre humanité
16:33c'est la sensibilité
16:34c'est à l'infini Hugo.
16:37On en vient
16:38Fabrice Zucchini
16:39à ce qu'on a trouvé
16:41avec Alexandra
16:41en tout cas
16:42fait une grande partie
16:43de la beauté du film.
16:44C'est ce parallèle
16:45entre Hugo
16:46dévasté par la perte
16:47de sa fille chérie
16:48Léopoldine
16:49et votre personnage
16:50Robert Zucchini
16:51qui voit revenir
16:52dans sa vie à lui
16:54sa propre fille
16:55avec qui il n'a plus
16:56eu de contact
16:57depuis 20 ans.
16:59Pourquoi êtes-vous
16:59à ce point
17:00fasciné
17:01bouleversé
17:01par ce grand drame
17:03de la vie
17:03d'Hugo
17:04qui est la perte
17:05de sa fille ?
17:05Alors d'abord
17:06Sophie Filière
17:06a eu ce génie
17:07et Pascal Bonitzer
17:09a eu le talent
17:09de ne pas se mettre
17:10en avant
17:11et de servir
17:12l'univers
17:14de Sophie Filière.
17:15Mais en deux mots
17:16cet homme remonte
17:18le 9 septembre
17:19sa fille
17:201843
17:21le 4 septembre
17:22sa fille
17:23tombe dans une barque
17:24avec son mari
17:25elle se noie
17:26lui il ne sait rien
17:27il n'y a pas de portable
17:28il remonte
17:30ils vont
17:30à Rochefort
17:31on leur demande
17:32d'attendre 5 heures
17:33une diligence
17:34Juliette Rouet
17:35leur dit
17:35viens on va boire un café
17:36ils vont boire un café
17:37ils ouvrent un journal
17:38et je vais vous dire
17:39exactement le texte
17:40tel qu'il est écrit
17:41devant moi
17:42il y avait des journaux
17:43Victor Hugo
17:44en prend un au hasard
17:45et moi je prends
17:46le charivari
17:47j'avais eu à peine
17:49le temps
17:49de regarder le titre
17:51que mon pauvre bien-aimé
17:53Hugo
17:53se penche brusquement
17:55sur moi
17:56et me dit
17:57en tenant le journal
17:58qu'il tient à la main
17:59il me dit
18:00ces 4 mots
18:02voilà qui est horrible
18:05et il lui passe le journal
18:06et il y a marqué
18:07sur ce journal
18:09la fille du plus grand
18:10poète français
18:11s'est noyée
18:12et là
18:12il est enfermé
18:13et le génie
18:14de Sophie Filière
18:15c'est que c'est le contraire
18:17dans le film
18:18il perd sa fille
18:19et lui
18:21il va la retrouver
18:21il va retrouver sa fille
18:23vous imaginez
18:24le talent de Sophie Filière
18:26Sophie Filière
18:27qui a écrit le film
18:28elle est mort en...
18:29il y a deux ans et demi
18:30en 2023
18:31et elle a demandé
18:32qu'il se fasse
18:33car jamais
18:33j'aurais voulu le faire moi
18:35et c'est Pascal Bonitzer
18:36le père de ses enfants
18:37le premier mari
18:37qui a pris le relais
18:39pour faire le film
18:40oui il était légitime
18:41les enfants
18:41l'ont proposé
18:44et moi j'ai tourné
18:45un très joli film
18:46merveilleux
18:47qui s'appelait
18:47Rien sur Robert
18:48et tout ça
18:48vous a donné un souffle
18:50peut-être
18:50pour ce film
18:51en particulier
18:52le souffle
18:53je le trouve
18:54plutôt au théâtre
18:55au cinéma
18:55une responsabilité supplémentaire
18:57pardonnez-moi
18:58une responsabilité supplémentaire
18:59tous les soirs
18:59je lui rends hommage
19:00tous les soirs
19:02je rends hommage
19:02à Sophie Filière
19:03j'entre sur scène
19:04tous les soirs
19:05et je précise
19:06que je joue
19:07ce pièce
19:08et après
19:10qu'elle ait écrit
19:11la fiction
19:12a précédé
19:13la réalité
19:14moi je jouais pas Hugo
19:15quand elle a écrit ce film
19:17et je suis devenu
19:18l'acteur
19:18du film
19:19qu'elle a proposé
19:20et dans le film
19:24votre personnage
19:25retrouve donc
19:26on l'a dit sa fille
19:27qui vient de perdre sa mère
19:28et il lui dit
19:29au téléphone
19:30c'est ce qu'on disait tout à l'heure
19:31il a un peu de mal
19:32avec la vraie vie
19:33il prend les mots des autres
19:34pour exprimer ses sentiments
19:35il lui laisse un message
19:36et il lui dit
19:36ici tu go
19:37et il lui dit
19:38le souvenir
19:40c'est absent
19:41vas-y
19:41c'est la présence invisible
19:43c'est la présence
19:43invisible
19:44et d'ailleurs
19:45vous savez
19:45quand Philippe Labreau
19:48nous a quittés
19:49il y a quelque temps
19:50j'ai pas eu
19:52autre phrase
19:53à dire
19:54que
19:54la phrase
19:56de Victor Hugo
19:58une question
19:59ou plutôt
20:00une admiration
20:02que veut
20:03vous transmettre
20:04un auditeur
20:05au standard
20:06de France Inter
20:06bonjour Jean
20:07oui bonjour
20:09bonjour à chacun
20:10bonjour monsieur
20:11Lepuni
20:11je suis
20:14admiratif
20:14devant
20:16vos facultés
20:17intellectuelles
20:18et poétiques
20:19j'ai eu la chance
20:21de faire un film
20:22avec vous
20:23sur Valence
20:24mais voici
20:24quelques années
20:26même quelques dizaines
20:27d'années
20:28et après le film
20:29nous avons eu
20:30des réunions
20:31j'allais dire
20:31c'était
20:32d'une grande
20:35beauté
20:35et d'une
20:36grande poésie
20:38c'était
20:38c'était
20:38c'était
20:38quel film
20:39Jean
20:40comment
20:40quel film
20:41alors écoutez
20:41alors le film
20:43c'était aux
20:44dames de France
20:45mais je me souviens
20:45plus
20:46c'est Cédric
20:47Clapiche
20:48rien du tout
20:50oui
20:51quelque chose
20:52quelque chose
20:52comme ça
20:53parce que
20:53si vous
20:53m'entournez
20:54j'étais
20:55directeur du
20:56magasin
20:56en dépression
20:58ah bon
20:59mais vous
21:01vous étiez
21:01dans quelle
21:02bande
21:02du film
21:03Jean
21:04écoutez
21:05moi
21:05j'étais
21:06acteur
21:07de complément
21:07bien
21:08Jean
21:10ça me
21:11touche
21:12Jean
21:12j'ai envie
21:13de vous
21:13faire un
21:13cadeau
21:15je vous écoute
21:16écoutez
21:18je suis Jean
21:20j'ai vu des choses
21:22sombres
21:22j'ai vu l'ombre
21:24infinie
21:25où se perdent
21:26les nombres
21:27j'ai vu
21:28les visions
21:29que les réprouvés
21:30font
21:31les engloutissements
21:32de l'abîme
21:33sans fond
21:34j'ai vu le ciel
21:35l'éther
21:35le chaos
21:36et l'espace
21:37vivant
21:38puisque j'en viens
21:40je sais
21:41ce qui s'y passe
21:42c'est un des poèmes
21:43que je dis
21:44tous les soirs
21:44Jean
21:45et bien maintenant
21:46que je sais que
21:46Jean
21:47vous êtes toujours
21:47à Valence
21:49je ne suis plus
21:51toujours
21:51dans la Drôme
21:52je suis toujours
21:53dans la Drôme
21:54j'ai senti
21:54très branché
21:55Drôme
21:56Drôme Provençal
21:57ou Drôme du Nord
21:58il faut tout dire
21:59Jean
22:00adieu le fi
22:01adieu le fi
22:02donc la vraie Drôme
22:03la Drôme
22:04qui n'est pas inventée
22:05par les agents immobiliers
22:07car la Drôme Provençal
22:09ne veut rien dire
22:10c'est rien
22:10merci Jean
22:11et merci
22:12Fabrice
22:13merci Jean
22:13merci madame Ben Saïd
22:15à ce magnifique texte
22:16que vous avez
22:18déclamé à Jean
22:19à l'instant
22:19le bonheur
22:20d'enthousiasme
22:21de voir
22:21comme vous deux
22:22madame Ben Saïd
22:23et vous
22:24que je ne connaissais pas
22:25on s'est croisés
22:26aux toilettes
22:27il faut le dire
22:28on était chénés
22:30on est toujours gênés
22:31quand on croise quelqu'un
22:32parce que
22:33on se dit bonjour
22:34avec le coude
22:34on fait du coude
22:35on montre bien
22:36qu'on se lave énormément
22:37les mains
22:38avec le gel
22:38et avoir le premier mot
22:41j'ai adoré ce film
22:42vous m'avez dit
22:43et vous madame Ben Saïd
22:44j'ai adoré ce film
22:46mais moi je suis content
22:47de ne m'avoir dormi
22:48que 4 heures
22:49je suis insomniaque
22:50donc ça ne me change pas
22:51totalement
22:52nous aussi on est ravis
22:53merci infiniment
22:53Fabrice Lucchini
22:54ce film s'appelle
22:55Victor comme tout le monde
22:57il sera mercredi prochain au cinéma
22:59vous serez de retour sur scène
23:01en octobre
23:01vous jouez en ce moment
23:02au Théâtre de l'Atelier à Paris
23:03ah oui là c'est complet
23:03je joue à la Porte Saint-Martin
23:05Porte Saint-Martin à Paris
23:05et je joue Cioran le mercredi
23:08Cioran c'est le contraire du goût
23:09on en reparlera
23:10et vous serez dimanche soir
23:11ce dimanche 19h20
23:13pour une rediffusion
23:14de vos admirations littéraires
23:15sur France Inter
23:16consacrée à
23:17je vous le donne en mille
23:18Victor Hugo
23:18et oui évidemment
23:19c'est merveilleux
23:20je suis sûr que vous feriez
23:21Fabrice Lucchini
23:22un formidable juré
23:23du livre Inter
23:24et bien si vous qui nous écoutez
23:26rêvez d'en faire partie
23:27vous aussi
23:2952ème édition cette année
23:30présentée par Laurent Mauvignier
23:32vous pouvez nous écrire
23:33pour candidater
23:34exercice libre
23:35vous nous parlez de
23:36de vos lectures
23:37de vous
23:37de vos vies
23:37deux manières de nous écrire
23:39pour faire partie du jury
23:41du livre Inter
23:41franceinter.fr d'abord
23:43ou alors par courrier
23:43France Inter
23:45Livre Inter
23:45116
23:46Avenue du Président
23:47Kennedy
23:4875
23:49220
23:50Paris
23:50Cédex
23:5116
23:52et c'est jusqu'au
23:5316 mars inclus
23:54un grand merci à vous
23:56qui allez nous écrire
23:57un grand merci à vous
23:57Fabrice Lucchini
23:58très bonne journée
24:00merci infiniment
24:01merci à vous
24:01merci à vous
24:01merci à vous
24:01merci à vous

Recommandations