Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 minutes
Ce lundi, sur Europe 1, Olivier Babeau s'intéresse à la dimension économique qui pourrait jouer un rôle décisif dans la chute du régime iranien.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Et à 7h21, Dimitri Pavlenko place à l'édito éco.
00:03Bonjour Olivier Babaud.
00:04Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:06Olivier, alors que tout le monde espère l'effondrement du régime iranien,
00:09vous vous rappelez ce matin que la dimension économique pourrait jouer un rôle décisif ?
00:12Oui Dimitri, les révolutions commencent par les idées,
00:14peuvent s'accélérer par les destructions militaires,
00:16mais se produisent au sol par l'économie.
00:18On regarde tous évidemment avec attention les opérations militaires en cours,
00:21mais un régime ne tombe pas sous les bombes, il tombe quand l'économie ne tient plus.
00:24Et il faut dire qu'en Iran, l'économie était déjà à bout de souffle
00:27avant même que les événements de ce week-end ne commencent.
00:30La contestation était partie fin décembre, on s'en souvient,
00:32de la fermeture du grand bazar de Téhéran pour dénoncer l'asphyxie économique du pays.
00:36Alors que montrent les chiffres aujourd'hui ?
00:38Alors le problème c'est d'abord la monnaie, le rial s'est effondré,
00:41on a dépassé 1,4 million de rial pour un dollar sur le marché libre,
00:47c'est à un niveau historique.
00:48Quand votre monnaie s'écroule, c'est tout le reste qui suit,
00:50médicaments, alimentation, pièces importées, tout est désorganisé.
00:53Le corollaire c'est l'inflation,
00:54elle a culminé autour de 48% fin 2025 et reste au-dessus de 40%.
00:59Et puis il y a la croissance, le FMI anticipe une croissance quasi nulle,
01:03autour de 1% à peine, autrement dit des prix qui explosent mais pas de richesse créée.
01:07Mais l'Iran vend du pétrole, est-ce que ça ne compense pas quand même ?
01:10Alors oui, l'Iran produit plus de 3 millions de barils par jour,
01:12mais le problème c'est pas seulement de produire,
01:13il faut ensuite encaisser, investir, importer les technologies.
01:17Et les sanctions compliquent tout, les circuits sont opaques,
01:19les coûts de contournement élevés,
01:21les rentes captées par des réseaux para-étatiques.
01:24Résultat, c'est une richesse potentielle transformée en économie de pénurie.
01:27Et les opérations militaires de ce week-end, est-ce qu'elles changent la donne selon vous ?
01:31Alors elles aggravent une situation déjà fragile,
01:34d'abord parce qu'elles augmentent le risque géopolitique autour du détroit d'Hormuz,
01:36par où transitent environ 20% du pétrole mondial.
01:39La moindre perturbation peut propulser les prix vers 80, 100, voire 120 dollars le baril.
01:44Mais pour l'Iran, ces opérations signifient
01:45destruction d'infrastructures, fuite des capitaux,
01:48gel d'investissement, pression supplémentaire sur la monnaie.
01:50Chaque frappe n'est pas seulement militaire,
01:52elle est aussi budgétaire, monétaire, industrielle.
01:54Alors on parle aussi de, c'est un peu le paradoxe,
01:56de pénurie d'énergie en Iran à l'intérieur du pays.
01:59Oui, avant même les opérations militaires.
02:01C'est le paradoxe assez comparable à la situation vénézuélienne dont on a parlé.
02:04Un pays assis sur le gaz et le pétrole,
02:06mais incapable d'investir correctement à cause des subventions massives
02:08et du manque de capitaux.
02:10Donc ça donne coupure, rationnement, industrie ralentie.
02:13L'économie s'était déjà grippée de l'intérieur.
02:15Donc au fond, la guerre, Olivier, n'est qu'une crise supplémentaire
02:17dans une situation qui était déjà très compliquée.
02:19La guerre fragilise, mais l'économie, elle est déjà très mal
02:21et c'est en cela qu'il faut placer nos espoirs.
02:23Quand la monnaie s'effondre, que les prix explosent,
02:25que l'énergie manque, que la politique s'épuise vite,
02:27la vraie question devient, qui peut encore assurer la vie quotidienne ?
02:30Et c'est là que les régimes tombent,
02:31quand ils perdent la capacité de faire tourner le pays,
02:33en plus d'avoir perdu depuis longtemps l'adhésion populaire.
02:36Signature Europe 1, Olivier Babaud, merci beaucoup Olivier.
02:38Merci.
Commentaires

Recommandations