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  • il y a 5 heures
Avec Benjamin Rigaud Président de l’association Défis Sorbonne et Initiateur du Projet Hypathie et Sylvie Cabrit, docteur en astrophysique, astronome titulaire à l’Observatoire de paris, Chercheuse associée à l’Observatoire de Grenoble

Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 8h10 pour sa chronique "La force de l'engagement" sur Sud Radio.

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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2026-03-01##

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Transcription
00:00Retrouvez la force de l'engagement.
00:03Avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
00:10Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Rius.
00:15Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement,
00:18l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société.
00:22Aujourd'hui, je reçois Benjamin Rigaud, président de l'association Défi Sorbonne,
00:27initiateur du projet Hypatie pour la Tour Eiffel et à ses côtés Sylvie Cabrit,
00:32docteur en astrophysique, astronome titulaire à l'Observatoire de Paris
00:36et chercheuse associée à l'Observatoire de Grenoble.
00:39Un projet exceptionnel, c'est ce dont nous allons parler,
00:43qui vise à inscrire les noms de 72 femmes scientifiques
00:45sur l'un des monuments les plus emblématiques de la République
00:48et qui pourrait se résumer en une phrase aux grandes savantes la Tour Eiffel reconnaissante.
00:54Mais avant d'entamer cette conversation, comme chaque dimanche,
00:58je vous propose un engagement.
00:59Et aujourd'hui, engageons-nous pour les femmes et la science,
01:03pas seulement en réclamant une réparation symbolique,
01:06mais en contestant la manière dont l'histoire des sciences a été écrite et par qui.
01:11Pendant des siècles, l'absence des femmes dans les institutions scientifiques
01:14a été présentée comme une preuve de leur incapacité.
01:17En réalité, elles n'ont pas été absentes, elles ont été exclues, puis effacées.
01:21Prenons les faits. Le Collège de France est fondé en 1530.
01:25Il faudra attendre 1973, 443 ans plus tard,
01:30pour qu'une femme y soit élue professeure, Jacqueline de Romilly, spécialiste de la Grèce antique.
01:35L'Académie des sciences est créée, elle, en 1666.
01:39Et la première femme élue, membre, ne le sera que 313 ans plus tard,
01:44la mathématicienne Yvonne Choquet-Bruat.
01:47Entre-temps, les membres masculins de l'Académie refusent d'élire Marie Curie,
01:51double prix Nobel scientifique,
01:53et Irène Joliot-Curie, prix Nobel de chimie, candidate à 5 reprises.
01:58Alors, dire que les femmes ont été absentes de la science jusqu'au XXe siècle est inexa.
02:03Et pour le comprendre, il faut revenir en arrière.
02:06Avant que le XIXe siècle ne sanctuarise le mythe du génie masculin,
02:10des femmes suivent des cours de science, correspondent avec des savants, publie, traduisent, calculent.
02:16Émilie Duchâtelet, commande Newton.
02:19Nicole Rennes-Le Pot calcule des trajectoires astronomiques déterminantes.
02:24Sophie Germain travaille sur l'élasticité des métaux.
02:27Et Jeanne Barré, femme du peuple, née de parents analfabètes, participe à des expéditions botaniques.
02:34Autrement dit, la question de la présence des femmes en science n'est pas celle d'une absence originelle,
02:38mais plutôt celle d'un basculement.
02:40Car c'est au XIXe siècle que le récit se verrouille.
02:43C'est là que l'histoire des sciences se fige autour d'une figure unique,
02:47l'homme de génie, solitaire, créateur du progrès.
02:50Dans le même temps, le droit napoléonien enferme juridiquement les femmes au foyer,
02:54la bourgeoisie triomphante redéfinit les rôles sociaux,
02:57et pendant que les femmes conquièrent le droit d'étudier,
03:00l'histoire des sciences se rédige au masculin,
03:02et chaque avancée déclenche une levée de bouclier.
03:05Danger moral, confusion des rôles, menace pour l'ordre social.
03:09Ce récit fabrique une illusion, celle d'une supériorité masculine naturelle.
03:14Aujourd'hui, les filles réussissent mieux à l'école.
03:17Elles sont presque à parité en terminale scientifique,
03:19mais elles disparaissent progressivement des filières les plus techniques
03:22et des postes de pouvoir scientifique.
03:24Non pas parce qu'elles seraient moins capables,
03:26mais parce que le récit continue d'agir.
03:28Et la science du XXIe siècle affronte des défis colossaux,
03:31climat, énergie, santé, intelligence artificielle,
03:35et nous persistons à penser que ces défis sont ceux d'une épopée masculine.
03:40Alors, s'engager pour rendre visibles les femmes scientifiques,
03:43c'est briser un récit construit depuis deux siècles,
03:45et tant que cette histoire restera tronquée,
03:47la science ne sera pas pleinement universelle.
03:50Sud Radio, la force de l'engagement, Muriel Réus.
03:54Aujourd'hui, dans la force de l'engagement, je donne la parole à Benjamin Rigaud,
03:58fondateur du projet Hypatie pour la Tour Eiffel,
04:00et à Sylvie Cabrit, docteur en astrophysique,
04:04astronome titulaire à l'Observatoire de Paris,
04:06chercheuse associée à l'Observatoire de Grenoble.
04:09Bonjour Benjamin.
04:10Bonjour.
04:10Alors, vous êtes le président de l'association Défis Sorbonne,
04:13qui a initié ce projet Hypatie, je l'ai dit avec une ambition très forte,
04:18enrichir la liste des 72 savants figurant au premier étage de la Tour Eiffel,
04:22en y agitant des noms de femmes scientifiques.
04:25Comment est venue cette idée ?
04:26En fait, en juillet 2021, j'étais guide touristique à la Tour Eiffel.
04:30Avant de monter en ascenseur dans le monument,
04:32je présentais toujours aux visiteurs la liste des 72 savants
04:35inscrits le long du premier étage.
04:37Mais un jour, une touriste m'a posé la question qui a tout changé.
04:39Est-ce que Marie Curie fait partie de la liste ?
04:41En 1889, quand la Tour fut construite,
04:43la physicienne polonaise n'était pas encore arrivée en France,
04:45elle n'était pas encore mondialement célèbre pour ses découvertes,
04:47lui ayant valu deux prix Nobel.
04:49Mais à travers cette question, c'est l'absence de femmes dans la liste
04:51qui m'a interpellé.
04:52J'ai alors remarqué les 40 espaces vides au deuxième étage de la Tour,
04:55et c'est alors que l'idée m'est venue d'y ajouter 40 noms de femmes scientifiques.
04:59Depuis 2022, le projet a été porté par l'association Femmes et Sciences
05:02grâce à sa vice-présidente Isabelle Vauglin,
05:04et il a évolué. Ce sont finalement les noms de 72 savantes
05:07qui seront ajoutées au premier étage de la Tour à égalité avec les hommes.
05:10Par ce geste, nous souhaitons lutter contre l'effet Matilda,
05:13c'est-à-dire l'invisibilisation de l'apport des femmes à la science.
05:15La visibilité planétaire de la Tour Eiffel fera changer les mentalités.
05:19C'est marrant parce que c'est une femme qui vous pose une question,
05:22et c'est cette femme qui finalement est un peu à l'origine de cette idée
05:25d'aller inscrire des femmes scientifiques sur la Tour Eiffel.
05:29C'est bien cette anecdote, je ne la connaissais pas.
05:31Sylvie, vous avez rejoint le projet en 2022
05:35au sein du comité Hypatie rassemblée à Sorbonne Université.
05:39Alors vous, vous êtes une scientifique, je l'ai dit, une grande scientifique.
05:43Qu'est-ce qui vous a convaincue sur l'idée que ce projet n'était pas symbolique,
05:48mais absolument nécessaire ?
05:49J'ai été tout de suite convaincue parce que j'ai remarqué que la place des femmes scientifiques
05:56dans les médias reste toujours bien inférieure à leur rôle réel au sein de la communauté scientifique.
06:03Par exemple, en astrophysique, nous sommes 30% de femmes,
06:07mais quand on cherche un expert en astrophysique dans les médias,
06:11très souvent c'est un homme qui s'exprime,
06:13mais pas seulement en astrophysique, dans tous les domaines.
06:16Donc j'ai été déjà impliquée, je me suis inscrite sur le site des expertes,
06:22qui est un site qui vise justement à rétablir et à donner plus de place aux femmes dans les médias.
06:27Et par ce site, je me suis effectivement convaincue qu'il y avait un vrai problème.
06:31Au début, je ne pensais pas que c'était aussi problématique,
06:34mais effectivement, en regardant les choses de ce point de vue-là,
06:38je me suis rendue compte que, même s'il y avait maintenant plus, bien sûr, de femmes scientifiques,
06:44il y avait encore un défaut de représentation.
06:46Et donc, je trouve que j'ai trouvé que ce projet, j'ai été tout de suite enthousiasmée,
06:50parce que je pense qu'il est vraiment dans l'air du temps,
06:53que c'est devenu nécessaire, puisque maintenant, il y a une prise de conscience qui s'est faite,
06:56mais il faut maintenant que ça diffuse vraiment le plus possible dans la société,
07:01et en particulier devant les jeunes femmes qui font leur choix de carrière
07:05et qui, pour l'instant, malgré tout, s'auto-censure,
07:09même si elles ont de très bons résultats au lycée.
07:11Et je trouve que la tour Eiffel, en lui-même, est un symbole unique
07:15de rayonnement, du progrès, de la science de son époque
07:18et que, rajouter ces noms, c'est un monument qui a 6 millions de visiteurs par an.
07:24Oui, donc ça aura un impact.
07:26Ça aura un impact.
07:26Ok. Alors, choisir 72 femmes dans 250 ans d'histoire,
07:31c'est pas si facile.
07:33C'est quoi les critères qui ont guidé vos travaux ?
07:35C'était facile ? C'était douloureux de choisir ?
07:38Qui répond en premier ?
07:40Tu vas ? Ok.
07:40Allez, Benjamin.
07:41Dans un premier temps, nous avons créé un comité de recherche à Sorbonne Université
07:44en regroupant les trois facultés de sciences de lettres et de médecine.
07:47Sous la direction de la cherche Sandrine Aragon,
07:49spécialisée dans l'accès des femmes à la culture en France,
07:51nous avons proposé 40 noms à partir d'Amélie Duchâtelet jusqu'à aujourd'hui.
07:55Pour faire la promotion de cette liste, nous avons organisé avec Sylvie Cabry
07:58la conférence « Les éclipsées, femmes scientifiques ou la face cachée de l'histoire »
08:02à l'Observatoire de Paris, le jour d'une éclipse solaire.
08:04Symbole très fort, en hommage aux femmes éclipsées de l'histoire.
08:07Il y avait des invités d'exception, la présidente de l'Académie des sciences,
08:10des descendants de Gustave Eiffel, des représentants de la ville de Paris,
08:13des grands chercheurs et chercheuses.
08:14Et plus tard, la Société d'exploitation de la Tour Eiffel
08:17a mandaté l'Association Femmes et Sciences
08:18à travers sa vice-présidente Isabelle Vogelin
08:20pour, cette fois-ci, constituer une liste plus longue de 72 noms.
08:25Personnellement, j'ai insisté pour qu'il y ait des femmes étrangères
08:28comme Toshike Yuasa, qui est une physicienne japonaise qui a travaillé en France,
08:31ou encore Rose Dieng, qui était une informaticienne sénégalaise.
08:34Et il a été repris les critères de Gustave Eiffel
08:36pour que la liste commence en 1789.
08:38On a donc dû éliminer Émilie Duchâtelet et Nicole Rennes-le-Pôte
08:41qui ont vécu avant la Révolution française.
08:43L'Association Femmes et Sciences a consulté
08:45beaucoup d'organismes de recherche
08:47et a reçu plus de 200 biographies.
08:49Et il fut très difficile de faire un choix de seulement 72 noms.
08:51Mais la liste actuelle que j'ai ici
08:54montre bien la diversité des sciences,
08:56mathématiques, physique, astronomie, géosciences, etc.
08:59Et il a aussi été mis en avant les femmes
09:02qui se sont engagées durant les deux guerres mondiales,
09:03comme par exemple une femme scientifique et résistante méconnue
09:06qui s'appelle Sébastien Guyot,
09:07qui était ingénieure et qui est morte suite de sa torture à la Gestapo.
09:11Sébastien, vous avez beaucoup discuté.
09:13C'était compliqué de les choisir, ces femmes.
09:15Il y a eu des balances, enfin il y a eu des choix impératifs à faire.
09:19Alors en fait, moi j'ai fait partie au début,
09:21comme disait Benjamin,
09:24d'une réunion qui s'est tenue à Sorbonne Université
09:27qui était donc le, on va dire, le nid de cette idée
09:30puisque Benjamin était à l'époque président
09:32de l'association des filles Sorbonne,
09:33l'association étudiante de Sorbonne Université.
09:37Et là, cette première discussion,
09:39on avait vu que ça n'allait pas être simple
09:40parce qu'il y avait à la fois des représentants,
09:44des lettres, des sciences.
09:46Et voilà, et on avait, en fait,
09:49on manquait de critères clairs et objectifs.
09:53Et donc l'association Femmes et Sciences
09:56a été sollicitée en tant que marraine du projet
09:59pour proposer des noms.
10:03Pour proposer des noms.
10:05Et ensuite, il y a eu aussi,
10:08donc sous la présidence aussi d'Isabelle et de Françoise Combe,
10:14président de l'Académie des sciences,
10:17il y a eu aussi débat à ce niveau-là
10:20pour essayer de voir comment circonscrire
10:22parce qu'on avait trop de noms.
10:24Donc, je crois que le choix qui a été fait,
10:26moi, je n'ai pas participé personnellement
10:28au choix final.
10:30Je crois que le choix est effectivement
10:31très équilibré.
10:34Et je trouve aussi que, voilà,
10:36le fait d'avoir inclus,
10:37d'avoir mis en avant ces profils
10:40aussi de femmes étrangères
10:41qui sont venues faire de la recherche en France,
10:44ça montre bien aussi l'attractivité
10:45du tissu scientifique français.
10:47Je pense que c'est important.
10:48À une époque où on a tendance à se dire
10:50qu'on est moins bon que les autres,
10:51il y a eu quand même, à une époque en tout cas,
10:54de quoi attirer des talents étrangers
10:57de femmes qui sont devenues vraiment résidentes.
11:01Et donc, voilà,
11:02je pense que c'est un choix
11:03qui a été extrêmement bien mûri.
11:05Mais c'est vrai qu'au début,
11:06c'était...
11:07Ah oui, ça sentait...
11:08Comment on allait y arriver ?
11:09C'est un peu l'Himalaya.
11:10Alors, ce projet ne part pas
11:12d'un constat anecdotique.
11:13Il touche quelque chose
11:14de bien beaucoup plus profond.
11:16La façon dont l'histoire des sciences
11:17s'est écrite pendant des siècles.
11:19Les femmes ont produit du savoir.
11:21Mais ce savoir a été rarement nommé,
11:24transmis, rarement institutionnalisé.
11:27Qu'est-ce que l'histoire des sciences a fait
11:28ou n'a pas fait des femmes scientifiques ?
11:30On en parle juste après la pause.
11:32Retrouvez la force de l'engagement
11:34avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur,
11:38prévoyance, santé.
11:42Sud Radio, la force de l'engagement,
11:4415h, 15h30, Muriel Rius.
11:47Donnez la parole à celles et ceux
11:49qui font bouger la société.
11:50C'est sur Sud Radio et c'est la force de l'engagement.
11:52Aujourd'hui, avec Benjamin Rigaud et Sylvie Cabrit,
11:55nous parlons de la nécessaire visibilité
11:57des femmes scientifiques.
11:59Alors Sylvie, avant la pause, je le disais,
12:01les femmes ont produit du savoir,
12:03mais ce savoir a été rarement transmis,
12:06reconnu, institutionnalisé.
12:09Comment l'histoire des sciences a-t-elle pu organiser
12:12une telle invisibilisation ?
12:14Est-ce que c'est un phénomène, un simple oubli
12:17ou est-ce qu'on était dans un mécanisme extrêmement structuré ?
12:21Eh bien, en fait, c'était un mécanisme assez structuré, finalement.
12:26Les travaux de l'historienne des sciences,
12:28Margaret Rossiter,
12:31ont prouvé qu'effectivement,
12:33c'est quelque chose qui date d'il y a longtemps
12:35et qu'on appelle l'effet Mathilda.
12:37Ça a même un nom, maintenant, dans l'histoire des sciences.
12:40Mathilda, parce que c'est en hommage à la suffragette
12:42Mathilda Jocelyn Gage, du 19e siècle,
12:45qui a écrit un essai qui s'appelle
12:47« Woman as Inventor ».
12:49Donc, la femme en tant qu'inventrice, inventeuse,
12:54on n'a même pas de mot en français,
12:55c'est révélateur,
12:57en 1870,
12:58où elle mettait justement, à cette époque,
13:00des grandes inventions,
13:01le rôle des femmes,
13:02qui passait complètement inaperçu,
13:04en fait,
13:04qui était systématiquement soit déniée,
13:07soit minimisée,
13:08soit attribuée à son collègue homme.
13:11D'où ça vient ?
13:12De quand ça date ?
13:13Alors, il faut voir qu'au 18e siècle,
13:15il y a eu l'époque quand même des Lumières
13:16avec les femmes savantes.
13:18Émilie Duchâtelet, par exemple,
13:20où, justement,
13:21les femmes commençaient à avoir accès
13:22à ce savoir.
13:24Elles avaient le droit d'étudier,
13:25elles avaient des précepteurs,
13:27même si elles ne pouvaient pas enseigner,
13:29elles ne pouvaient pas avoir un poste de prof,
13:30mais elles pouvaient,
13:31celles qui avaient les moyens, bien sûr.
13:33Donc, c'était dans les milieux aristocratiques,
13:35pouvaient se consacrer à la science.
13:36Et, en fait,
13:38avec l'arrivée de Napoléon,
13:41en fait,
13:42et même,
13:43tout simplement,
13:44la fin de l'Ancien Régime,
13:45il y a eu l'idée,
13:47premièrement,
13:47que ça avait été un privilège de classe
13:49dû à l'aristocratie,
13:51donc on n'en voulait plus.
13:52Et, deuxièmement,
13:53que, en fait,
13:54les femmes qui s'émancipaient,
13:55c'était dangereux pour la morale.
13:57Et pour les hommes.
13:58Et pour les hommes,
13:59et pour la société,
14:01que c'était très dangereux.
14:01Donc, on présentait les femmes,
14:03l'instruction féminine,
14:04comme un vrai danger,
14:05avec des romans
14:06qui montrent ces femmes
14:07comme étant des femmes perdues.
14:09Et ça a perduré très, très longtemps,
14:12avec, au XIXe siècle,
14:14au moment où l'histoire des sciences s'écrit,
14:17on invente le duo,
14:18ça, c'est Sandrine Aragon,
14:19qui est aussi,
14:21je reprends ses mots,
14:22parce que c'est une grande spécialiste
14:24du sujet de Sorbonne Université,
14:27comment on a inventé le duo,
14:29le génie et la muse.
14:31Et ça amuse.
14:32Voilà.
14:32Absolument.
14:34Et c'est, en fait,
14:36il y a toujours cette idée du danger
14:38de l'instruction des femmes
14:39qu'on retrouve encore aujourd'hui,
14:41dans certains pays
14:43où il est interdit aux femmes
14:45d'aller à l'école.
14:46Vous avez, vous,
14:48vécu une forme d'ostracisme
14:50en tant que scientifique ?
14:52Est-ce que vous l'avez senti, ça ?
14:53Pas du tout.
14:54Alors, moi, justement,
14:55je fais partie des personnes
14:56qui s'est rendu compte
14:57de cet effet assez tardivement,
15:00parce que jamais,
15:02mais ma mère était prof de maths.
15:05Donc, déjà,
15:05je n'avais jamais eu
15:07cette image
15:08comme quoi les sciences
15:08étaient pour les hommes.
15:11Donc, moi-même,
15:12j'étais très à l'aise avec ça.
15:14Et donc, je pense que,
15:16j'ai en plus eu la chance
15:17d'avoir jamais de professeurs
15:18qui me disent
15:19« Mais qu'est-ce que vous faites là ? »
15:20« Votre place est à la maison. »
15:22Donc, je ne l'ai pas ressenti.
15:23Heureusement.
15:23Heureusement, je ne l'ai pas ressenti.
15:25En plus, j'ai eu beaucoup
15:26de rôles modèles.
15:28Donc, pareil,
15:29je ne sais pas trop comment
15:29d'exemples de femmes.
15:31On en parlera peut-être plus tard
15:33quand on parlera
15:34de mon rôle d'enseignante.
15:36Et ça, c'est fondamental.
15:38Alors, Benjamin,
15:40la Tour Eiffel,
15:41ce n'est pas neutre quand même.
15:42C'est un monument
15:43extrêmement important.
15:46Pourquoi le fait
15:47d'associer un monument
15:48aussi important
15:49à une telle initiative,
15:51c'est-à-dire de sortir des livres,
15:52de sortir des colloques universitaires,
15:55c'est si majeur ?
15:56Qu'est-ce que l'espace public
15:57peut produire
15:58que l'université
15:59ne peut pas produire
16:01à elle seule ?
16:02En fait, à titre personnel,
16:03j'étais vraiment fasciné
16:04depuis le lycée
16:05par la liste des 72 savants
16:07qui sont inscrits
16:07sur la Tour Eiffel.
16:08Et je pense que ça a joué
16:09dans mon choix d'études.
16:10Et j'ai fait des études
16:11de géosciences en licence.
16:13Et c'est exactement
16:13ce que voulait Gustave Eiffel.
16:14En fait, c'était promouvoir
16:15l'esprit de progrès technique.
16:16Il a conçu sa Tour
16:17comme un panthéon scientifique.
16:19Et voilà, les monuments
16:20portent des messages puissants
16:21à toute la société.
16:22Et c'est pour ça qu'aujourd'hui,
16:23il faut que nous menions
16:24une réflexion sur ce que notre époque
16:25veut dire aux générations futures.
16:27Cette inscription, du coup,
16:28fera rentrer la représentation féminine
16:30dans le marbre de l'histoire.
16:32Et demain, la liste des savantes
16:33donnera aussi envie aux jeunes filles
16:35de faire des sciences,
16:35tout comme moi,
16:36ça m'a donné envie
16:36de faire des sciences en tant qu'homme.
16:38Mais cela ne suffit pas.
16:42Femmes et sciences
16:42qui, tous les jours,
16:43dans les collèges et lycées,
16:44sensibilise les plus jeunes
16:45à ces questions de genre et d'égalité.
16:47Mais en fait, Eiffel,
16:48il avait un regard
16:49pas tellement positif sur les femmes.
16:51Il aurait pu, déjà,
16:53en mettre certaines.
16:54Est-ce qu'il était paternaliste ?
16:58Est-ce qu'il était sexiste ?
17:00Mais pas du tout.
17:00Moi, déjà, je pense que Gustave Eiffel,
17:02c'était une très bonne idée
17:02qu'il ait eu de mettre
17:03des noms d'hommes sur sa Tour Eiffel.
17:06Et tout simplement,
17:09à l'époque, en fait,
17:10c'était le climat
17:10de toute la société
17:11qui était sexiste.
17:12Ce n'était pas ça aujourd'hui.
17:13Mais ça aurait pu être un précurseur
17:15avec des monuments pareils,
17:16avec un tel savoir-faire.
17:18Ça a été souligné à l'époque
17:19par des contemporains d'Eiffel
17:20qui disaient que c'était scandaleux
17:22que Sophie Germain
17:22ne figure pas sur la Tour.
17:23Mais c'était la seule femme
17:24qui était citée dans ce cadre-là.
17:28Alors, Sylvie,
17:28vous, vous travaillez
17:29avec des étudiants,
17:31vous enseignez
17:31la naissance des étoiles
17:33et des planètes.
17:34Vous êtes quand même
17:34terriblement engagée
17:35dans la diffusion des savoirs.
17:37Vous l'avez dit tout à l'heure,
17:38les rôles modèles
17:39jouent un rôle déterminant
17:40dans les trajectoires
17:42que les filles peuvent prendre.
17:45Est-ce que cette absence
17:48de modèle féminin
17:49est encore perceptible
17:50dans la trajectoire
17:51et dans les ambitions
17:52des jeunes filles ?
17:53Et comment, au fond,
17:55ce projet va peut-être
17:57pouvoir changer la donne ?
18:00Oui, c'est vraiment
18:00ce qui m'a enthousiasmée
18:01dans ce projet
18:02parce que j'ai pris conscience
18:05de la tendance actuelle.
18:09Moi, j'ai eu la chance
18:13d'être élève
18:14à l'école normale supérieure
18:15de jeunes filles
18:15qui, à l'époque,
18:16n'était pas mixte.
18:17Et donc, ça veut dire
18:19qu'il y avait autant d'hommes
18:20que de femmes
18:20dans les promotions.
18:22Et c'est une école
18:23qui a permis l'émergence
18:25de grandes scientifiques françaises
18:27parce qu'on était éduqués
18:28au plus haut niveau,
18:29au même niveau que les hommes,
18:31avec une perspective
18:32de devenir éventuellement
18:33des chercheuses
18:33ou des enseignantes
18:35de très haut niveau
18:37et d'avoir comme ça
18:38accès à des modèles
18:41des promotions avant moi
18:43de femmes qui avaient trouvé
18:44un métier dans la recherche
18:48et que je pouvais aller voir régulièrement.
18:50Ça a été très important pour moi
18:52pour me dire
18:53« je vais tenter, moi aussi,
18:55je vais tenter ma chance ».
18:56Et qu'est-ce qu'elles disent
18:56les jeunes filles
18:57à qui vous enseignez ?
18:58Est-ce que vous repérez encore
19:00des freins structurels
19:01sur le fait de faire
19:03ce genre d'études ?
19:05Alors, un des freins
19:06qui joue,
19:07c'est que c'est devenu
19:09de plus en plus
19:09un métier de plus en plus
19:11difficile, on va dire,
19:12de trouver des postes.
19:14C'est-à-dire que, voilà,
19:16il y a de moins en moins
19:17de postes en recherche.
19:18Dans la recherche, je voulais dire.
19:19En recherche.
19:19Il y a de moins en moins
19:20de postes.
19:22Et donc, maintenant,
19:24autant, quand moi,
19:25j'ai eu mon poste,
19:26ça devait être deux ans
19:27après ma thèse.
19:28Maintenant, il faut plutôt
19:29compter six ans
19:30après la thèse.
19:31Donc, on commence
19:32à ne plus être tout jeune.
19:33Si on a un projet
19:34de famille,
19:35de fonder une famille,
19:36ça peut devenir
19:37un vrai obstacle.
19:38Sachant que même
19:39au bout de six ans,
19:40on n'est toujours pas
19:40garantis d'avoir un poste.
19:41Mais même si on sort
19:42de la recherche,
19:43on se rend compte
19:43que dans les écoles
19:44d'ingénieurs...
19:45Mais même dans les écoles
19:46d'ingénieurs,
19:46il y a aussi la même chose.
19:47Dans les écoles d'ingénieurs.
19:49C'est aussi cette image,
19:50je pense que la culture...
19:52C'est pour ça que je crois
19:53que le rôle des médias
19:54est très important.
19:55Le fait de montrer
19:56des expertes sur un sujet
19:59à la télévision,
20:00à la radio,
20:01de faire parler des femmes
20:02est important.
20:03Parce qu'inconsciemment,
20:05on va se dire,
20:06s'il n'y a que des hommes
20:07qui parlent de ce sujet,
20:08c'est qu'il n'y a pas
20:09de place pour les femmes.
20:11Aucune femme n'a envie
20:11de se retrouver forcément
20:12la seule femme.
20:13Il faut vraiment être
20:14bien solide pour se dire
20:16OK, je vais être
20:17la première femme
20:18à faire ce métier.
20:19Marie Curie l'a fait.
20:21D'autres l'ont fait.
20:22Mais ce n'est pas forcément...
20:25Voilà.
20:26C'est quelque chose
20:27où il faut...
20:29Et puis il faut peut-être
20:30dire aux jeunes filles
20:30que finalement,
20:31les écoles d'ingénieurs,
20:32ça ouvre des voies
20:33tout à fait élargies.
20:35On peut faire
20:36une école d'ingénieurs
20:36et se retrouver
20:37dans le service marketing
20:38d'une très grande entreprise française.
20:39Absolument, j'en connais.
20:41J'ai des amis
20:42qui ont fait
20:42classe prépa avec moi
20:43et qui font effectivement
20:45absolument
20:45des très belles carrières
20:46mais dans plein de domaines.
20:49Donc vraiment,
20:50il ne faut pas
20:51s'auto-censurer.
20:54Il ne faut pas
20:54s'auto-censurer.
20:55Il faut aussi
20:56que la société
20:57dans son ensemble
20:58soit persuadée
21:00qu'il y a tout
21:00à y gagner,
21:01d'avoir cette diversité
21:02d'approche,
21:03cette diversité de regard
21:05et de ne pas cantonner,
21:07de ne pas avoir
21:08cette division...
21:09Femme-homme.
21:11...division femme-homme.
21:12Voilà.
21:13Alors Benjamin,
21:14ça va être
21:15ma dernière question.
21:16Vous êtes un homme,
21:17vous avez travaillé
21:17sur la mémoire,
21:18sur les symboles.
21:19C'est le début
21:20d'un ful rouge
21:21dans votre parcours
21:21ou pas ?
21:23Absolument.
21:23En fait,
21:23dans la continuité
21:24du projet Hypatie,
21:25je commence une carrière
21:26d'artiste
21:26et j'ai créé
21:27mon agence de design
21:27University
21:28dont le slogan
21:29pourrait être
21:29« Faites entrer vos engagements
21:30dans l'histoire ».
21:32Je crée des œuvres
21:33en tirage limité
21:33et des projets à impact
21:34sur la mémoire scientifique.
21:36Par exemple,
21:36à Sorbonne Université,
21:37je propose un nouveau projet
21:38qui consiste
21:39à faire inscrire
21:40sur une façade
21:40du campus de Jussieu
21:41un tableau périodique
21:42des éléments chimiques géants
21:43en mémoire
21:44des découvertes
21:44de Pierre et Marie Curie
21:45sur le radium
21:46et le polonium
21:46et j'ai déjà le soutien
21:47de deux prix Nobel de chimie
21:48pour cette initiative.
21:50Je lance aussi
21:50des projets à l'étranger,
21:52notamment à Prague
21:52où je propose
21:53de transformer
21:53une infrastructure soviétique
21:55en un monument
21:55à la gloire
21:56de l'astronome Kepler
21:57où je propose
21:58de projeter sous un pont
21:59les constellations du Zodiac
22:00et je ne me limite pas
22:01que à des projets urbains.
22:03Je souhaite aussi
22:03envoyer un de mes visuels
22:05dans l'espace.
22:06J'ai remarqué
22:06que sur la fusée Ariane 6,
22:07il n'y a pas de drapeau
22:08de l'Union Européenne
22:09et donc j'ai conçu
22:09un drapeau
22:10inspiré d'un dessin
22:11qui rend hommage
22:12à Copernic
22:13et voilà,
22:13je souhaite l'envoyer
22:14dans l'espace.
22:14Et c'est vrai
22:15que nous avons
22:15notre astronaute française
22:16dans l'espace en ce moment
22:17et ça c'est quand même
22:18extrêmement valorisant
22:20et gratifiant
22:20pour toutes les jeunes filles
22:22qui demain auront envie
22:24de s'intéresser
22:25aux carrières scientifiques.
22:26Alors merci Benjamin,
22:28merci Sylvie,
22:29merci à tous les deux
22:30pour cet engagement
22:31qui nous rappelle
22:32que la mémoire scientifique
22:33n'est jamais neutre
22:34et que rendre visibles
22:35les femmes scientifiques
22:36c'est faire oeuvre
22:37non seulement de justice
22:38mais aussi d'avenir.
22:39La force de l'engagement
22:41c'est chaque dimanche
22:41à 15h sur Sud Radio
22:43et en podcast
22:43sur sudradio.fr.
22:45Je vous retrouve dimanche prochain,
22:46même heure, même énergie
22:47avec celles et ceux
22:49qui font bouger la société.
22:50Je vous souhaite
22:51un excellent dimanche.
22:52C'était la force de l'engagement
22:55avec AJP,
22:56épargne,
22:57retraite,
22:58assurance emprunteur,
22:59prévoyance,
23:00santé.
23:00AJP !
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