00:00A parler d'alimentation, choux, fleurs, potimarron, poireaux, échalotes, les légumes d'hiver n'ont pas la cote chez les
00:05consommateurs.
00:06Producteurs et distributeurs tirent la sonnette d'alarme, il faut écouler les stocks.
00:10Bonjour Marc Caron-Gueven.
00:12Bonjour.
00:12Vous êtes producteur dans le Finistère, vous êtes aussi président de la CICA, la coopérative légumière de Saint-Paul-de
00:17-Léon et du Seraphale,
00:18qui regroupe 1300 exploitations sous la marque Prince de Bretagne.
00:23Je disais, 5 enseignes de grande distribution font des promos en ce moment sur ces légumes depuis une quinzaine de
00:28jours.
00:28Déjà, est-ce que ça marche ? Est-ce que vous avez des chiffres là-dessus en ce moment ?
00:32Alors, des chiffres, on n'en a pas, on sait que ça marche.
00:35Et ça a démarré l'automne dernier, quand on a commencé à avoir, je vais dire, une influence importante de
00:40volume de choux-fleurs,
00:42où on a alerté via les médias, et je profite pour dire que vraiment, merci aux médias de nous avoir
00:46relayé l'information partout,
00:47et à la GMS d'essayer justement de mettre le produit en avant.
00:51Et donc, c'est ce qui a été fait, en incitant le consommateur, par son acte d'achat, d'essayer
00:56de sauver la filière légumes française,
00:59tout simplement en mettant, je vais dire, à l'époque, un chou-fleur sur sa table de réveillon.
01:03Et aujourd'hui, après le chou-fleur, c'est tous les légumes de saison qui sont dans la difficulté.
01:08Vous avez cité, il y a le chou-fleur, le poireau, le petit marron.
01:11Donc voilà, mais chaque fois qu'on met le produit en avant, chaque fois, oui, ça a un effet.
01:15Cette crise que vous traversez, vous les producteurs, est-ce qu'elle est inédite ?
01:19Alors, des crises de légumes, on en a eu historiquement.
01:23Le côté inédit, et moi qui suis installé depuis 1988, c'est la plus violente que j'ai connue, que
01:28je connais,
01:28tout simplement parce qu'elle concerne l'ensemble des légumes.
01:32En général, quand il y avait...
01:33C'était un légume en particulier.
01:34Voilà, il y avait un légume en crise, et on avait d'autres légumes qui se comportaient mieux,
01:38et dans la moyenne, on s'en sortait.
01:39Cette année, la difficulté, et ça dure, depuis septembre 2024,
01:43où on manque de valorisation sur tous les produits de plein champ,
01:46et des difficultés, particulièrement sur la saison d'hiver.
01:49Donc c'est ça, le côté inédit, c'est qu'elle concerne l'ensemble des produits de saison.
01:53Alors, on va essayer de comprendre ce qui se passe, parce que cette crise, elle est due à plusieurs facteurs.
01:57D'abord, il y a une surproduction de ces légumes d'hiver, qui est due à quoi ? Au réchauffement
02:01climatique ?
02:02Alors, il n'y a pas une surproduction.
02:04Alors, il y a peut-être une surproduction, mais elle est au niveau européen.
02:06Il n'y a pas de surproduction chez nous, parce que nous, nous sommes en diminution de surface depuis dix
02:10ans,
02:11pour différentes raisons, mais voilà.
02:13Donc, ce n'est pas une surproduction française.
02:15Mais alors, comment ça se fait terminer autant là ?
02:16C'est-à-dire qu'il y a un problème sur le...
02:18Est-ce que le réchauffement climatique influe sur les récoltes ?
02:22Alors, on l'avait...
02:25Plus ou moins, on en a parlé dès l'automne dernier, au mois de novembre.
02:28On disait que nous, on avait des températures douces qui faisaient que notre production s'accélérait.
02:32Les volumes ont récolté un peu en avance, ce qui était prévu en décembre,
02:35m'arrivait peut-être en novembre.
02:37Et habituellement, on a à peu près 50%, 60% de nos volumes de chou-fleurs.
02:41Nous sommes les leaders en Europe.
02:42Nous avons un climat très favorable au faire du chou-fleur,
02:44qui était sur des pays tels que l'Allemagne, il y a Belgique et autres.
02:48Et à ce moment-là, en novembre, ils avaient leur propre production.
02:51Habituellement, en novembre, il n'y a plus un chou en Allemagne.
02:53Il n'y a plus un chou, pardon, nulle part.
02:56Et là, il y en avait, parce que avec le réchauffement climatique,
02:58eux, ils commencent à allonger leur saison.
03:00Et donc, face à ça, nous, on avait des volumes importants.
03:03Je vais dire des pays qui étaient jusqu'à présent importateurs,
03:07qui avaient leur propre production.
03:09Et des températures d'eau, ce qui fait la production au monde.
03:11Et la consommation, le passage ne se faisait pas de légumes d'été
03:15vers le point de l'hiver, parce qu'ils faisaient trop d'eau.
03:17– Et pour qu'on comprenne bien, vous, producteur de chou-fleur,
03:20vous jouez sur différentes, habituellement,
03:22vous jouez sur différentes variétés,
03:24pour qu'ils arrivent à maturité, à des moments aussi différents de l'hiver,
03:29et pour pouvoir étaler les récoltes, c'est bien ça ?
03:31– Tout à fait, contrairement à nos concurrents,
03:33qui sont italiens ou espagnols, qui eurent et plantent régulièrement,
03:36nous, chez nous, en Bretagne,
03:37tous nos chou-fleurs sont plantés du 14 juillet au 15 août.
03:39Et c'est le cycle des variétés qui fait qu'on récolte de octobre à mai.
03:44Donc voilà, on a une multitude de variétés,
03:46donc les variétés qui sont prévues en décembre.
03:48Mais quand les températures sont douces, ou extrêmement douces,
03:51et on a vu tout à l'heure qu'on est encore dans les mêmes phénomènes,
03:54les variétés accélèrent.
03:57Et les nouvelles variétés qui ont été créées, avec un côté hybride,
04:01accentuent ce phénomène.
04:02Ça vient encore plus vite que par le passé.
04:05– Et est-ce que les pluies et les inondations des dernières semaines,
04:07ça va avoir des conséquences ?
04:08Est-ce que ça va ralentir la production,
04:10ou est-ce que ça va vous arranger, entre guillemets ?
04:12– Aujourd'hui, je pense que s'il y a des producteurs qui regardent,
04:16ils vont bien comprendre.
04:17Aujourd'hui, c'est des difficultés très, très importantes pour la récolte.
04:22En général, c'est un tracteur une remorque.
04:23Aujourd'hui, il faut au minimum deux, voire trois tracteurs pour tirer la remorque.
04:27Parfois, il faut faire venir le tracteur Opel pour sortir la remorque du champ.
04:30Enfin, on est dans des conditions extrêmes, extrêmement pluvieuses.
04:32Chez moi, j'ai eu, depuis le 1er octobre, plus d'une année de pluie déjà.
04:36J'ai entre 900 et 1000 millimètres, j'ai eu 1200.
04:39Depuis le 1er janvier, j'ai 580 millimètres.
04:42C'est incroyable.
04:43– Mais du coup, vos légumes, ils réagissent comment ?
04:45– Et donc, nos légumes, aujourd'hui, ils tiennent.
04:46On a une hormis, on va dire, les légumes racines, les bafons, des choses comme ça.
04:50Il y a un peu de casse.
04:51Là, je parle de Bretagne, je vais vraiment parler de la région dans laquelle on est.
04:56Mais les légumes, je veux dire, tels que le chou-fleur et autres,
04:58qui ont aujourd'hui les racines dans la boue,
05:02la crainte, le risque pour nous, c'est de voir après, quand ça va s'assécher,
05:06que justement, ces racines pourrisent et que la plante dépérisse.
05:10Là, on n'en sait rien, c'est un risque.
05:12On voit qu'aujourd'hui, avec toute la pluie, il y a eu du lessivage.
05:15La plante a du mal à s'alimenter.
05:17On voit le feuillage qui commence, je vais dire, à devenir un peu plus clair.
05:21Donc voilà, il y a des risques, on ne les mesure pas, on ne les connaît pas, mais il y
05:25a des risques.
05:25Alors, la perte totale, je n'y crois pas.
05:27Je pense qu'on pourrait perdre un peu en calibre parfois, c'est peut-être le risque actuel.
05:31On mesure en revanche vos difficultés en ce moment en tant que producteur.
05:34Est-ce que là, en ce moment, il y a des exploitations qui sont menacées aujourd'hui ?
05:40Oui, clairement.
05:41Je l'ai dit aux préfets, aux politiques qui sont venus nous voir sur le salon.
05:45Oui, surtout les jeunes qui viennent d'investir lourdement,
05:48qui n'ont jamais connu ce genre de crise.
05:50Je vous dis que c'est la plus violente que moi j'ai connue.
05:52Donc voilà, imaginez ça au niveau des jeunes.
05:54Donc oui, j'alerte l'attention.
05:55Enfin, moi, j'ai prévenu tout le monde.
05:56Et vous dites quoi au salon de l'agriculture, les politiques ou les représentants de filière quand ils passent ?
06:00Pas grand-chose.
06:01Pas grand-chose, honnêtement.
06:03Mais on n'est pas venu là pour entendre.
06:05Moi, j'alerte.
06:07Je signale aux banques.
06:08Il va falloir aider les jeunes à passer ce cap-là.
06:10On attend des mesures.
06:12Je n'attends pas nécessairement aujourd'hui, je veux dire, une enveloppe.
06:15Si l'État veut aider, et notamment les plus jeunes, il n'y a pas de problème.
06:18On fera ce qu'il faut et on le prendra avec bonheur.
06:21Mais je pense que le travail qui est à faire aujourd'hui, c'est de travailler sur la compétitivité.
06:25Notre ferme France, toutes filières confondues aujourd'hui,
06:27est en train de perdre la compétitivité sur la production légumière.
06:31Est-ce qu'il n'y a pas aussi un problème du côté des consommateurs ?
06:34Moi, il m'est arrivé d'être devant les fruits et légumes au supermarché,
06:37un céleri ou un avet, et il y a un gamin de 25 ans qui me demande ce que c
06:40'est.
06:40Est-ce qu'il n'y a pas un manque de culture du légume aussi ?
06:43Si, bien sûr.
06:45Évidemment, et c'est pour ça, ça tombe bien.
06:47Parce que nous, dans nos missions, en dehors d'avoir un rôle économique,
06:51de rassembler les volumes de l'ensemble de nos producteurs,
06:54nous sommes là aussi pour informer le consommateur.
06:59Et sur notre stand, nous avons mis en place différents ateliers,
07:03de façon à éduquer, et on a reçu hier le prix du stand le plus pédagogique au salon.
07:09Donc là, je vous le dis, on l'a reçu hier.
07:12Donc c'est vraiment très important.
07:14Et merci de nous rappeler que consommer, c'est aussi un acte politique
07:17et un acte de soutien aux agriculteurs.
07:19Et on apprend qu'on est un gamin à 25 ans.
07:21Merci Frédéric.
Commentaires