00:00quasiment toutes les semaines.
00:02Il y a un patient qui dit « je revis » en arrivant en unité de soins palliatifs.
00:12C'est assez rapidement dans mon internat.
00:14La découverte que la médecine, pour moi, c'était avant de guérir.
00:18C'était beaucoup d'accompagnement.
00:19J'ai souvenir de mon stage aux urgences où je suis arrivée un peu en mode cow-boy
00:22avec l'idée qu'on allait sauver le monde.
00:24Et en fait, je me suis rendue compte que c'était beaucoup d'accueil,
00:26d'accueil de la solitude, de la misère parfois sociale
00:29et de gens qui avaient besoin qu'on soit là.
00:33On a coutume de dire que c'est la maison commune des soins palliatifs.
00:36C'est la société savante.
00:37C'est aussi la société qui milite pour le déploiement des soins palliatifs,
00:41qui fédère l'ensemble des acteurs de soins palliatifs,
00:43professionnels ou bénévoles d'accompagnement
00:45et professionnels de toute profession.
00:49Un patient sur deux qui relève d'une prise en charge palliative n'en bénéficie pas.
00:53Et puis après, oui, il y a des inégalités territoriales
00:55avec des endroits où il y a à peu près ce qu'il faut
00:57et des endroits où il manque beaucoup.
00:59Tout ceci est confronté aussi à la crise des ressources humaines
01:01qu'on a dans le monde de la santé.
01:05Il a été promis des budgets,
01:07ce qui est une forme de fausse promesse.
01:10Et on n'en est pas dupes parce que les budgets,
01:11c'est tous les ans qui doivent être revotés
01:13dans un contexte politique tel qu'on connaît.
01:16C'est loin d'être gagné.
01:17Et puis plus concrètement, il a été promis
01:19des axes de développement, à la fois de l'offre de soins,
01:21il a été promis plus d'unités de soins palliatifs,
01:24notamment dans les territoires qui n'en ont pas,
01:25déployer plus d'équipes mobiles, des équipes ressources
01:28en soins palliatifs pédiatriques,
01:30développer le rapport et l'implication surtout
01:33des collectivités locales, énormément de choses
01:35qui mettront forcément du temps
01:37à être mises en œuvre
01:38pour peu qu'on en ait les moyens
01:40et la volonté politique.
01:41Nos inquiétudes, déjà, c'est le changement de message
01:48que le changement de loi va induire.
01:50Aujourd'hui, on a une loi qui oblige à soulager toujours,
01:53qui oblige à accompagner jusqu'au bout.
01:56Demain, on va avoir une loi qui va dire que,
01:58dans certains cas, si le patient le demande,
02:00on peut mettre un terme à l'avis des gens
02:02avec ce qui peut être compris comme
02:04ou ce qui peut être sous-entendu.
02:05Le fait que, dans certains cas,
02:06la vie ne vaut plus la peine d'être vécue.
02:08Et ça, pour nous, c'est une grande inquiétude.
02:10Le premier des clichés, c'est celui du mouroir.
02:15Pour nous, c'est un vivoir.
02:16Il s'agit de soutenir la vie.
02:18Et de soutenir la vie jusqu'au bout.
02:19Nos patients sont encore en vie.
02:21On rit, souvent, en soins palliatifs.
02:23C'est un moment de grande intensité émotionnelle.
02:25On est heureux, on est malheureux.
02:27C'est un concentré de vie.
02:29Et la vie, c'est de l'émotion.
02:30Et puis de l'émotion, pas toujours facile.
02:32Ça ne gomme pas le tragique de la mort qui arrive
02:35et de la séparation qui arrive.
02:40C'est le bien qu'on fait aux patients quasiment toutes les semaines.
02:43Il y a un patient qui dit « je revis »
02:45en arrivant en unité de soins palliatifs.
02:47Qui dit « c'est la première fois qu'on m'écoute ».
02:48Qui dit « je vais bien ».
02:50Qui s'autorise à refaire des projets.
02:51Alors, c'est des petits projets, ce n'est pas le marathon.
02:53Et puis la deuxième des choses, c'est le travail en équipe.
02:56Les soins palliatifs, c'est forcément un travail interdisciplinaire.
02:59Et la richesse de travailler, certes avec d'autres médecins,
03:02mais surtout avec des infirmiers, des aides-soignants, des psychologues,
03:05des kinés, des cadres de santé, des bénévoles d'accompagnement.
03:10Il faut impérativement augmenter le socle de formation
03:13de l'ensemble des professionnels de santé.
03:15A commencer par les médecins qui, en moyenne,
03:17ont entre 6 et 10 heures de cours sur les soins palliatifs
03:20dans leurs études, ce qui est totalement insuffisant.
03:23La Sfap milite aussi pour qu'on puisse proposer
03:25à l'ensemble des externes un stage en soins palliatifs.
03:27Alors, ils ne viendront pas tous, et aujourd'hui,
03:29on n'a pas encore tous la capacité de les accueillir,
03:31mais au moins un stage, même cours, même de quelques jours,
03:34pourrait leur permettre de découvrir,
03:35de déconstruire les idées reçues ou les peurs.
03:40Seuls, on va plus vite, ensemble, on va plus loin.
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