00:00Dans cette triste histoire, les responsabilités personnelles sont en train d'être établies par la justice
00:03et les responsabilités politiques sont déjà largement au cœur du débat public.
00:07La France insoumise d'ores et déjà doit rendre des comptes, on l'a vu hier à l'Assemblée nationale.
00:11Mais je n'aimerais pas que les autres s'en tirent à si bon compte.
00:13Parce que vous voyez depuis quelques jours la gauche politique modérée, la gauche médiatique, la gauche intellectuelle
00:19condamnée en cœur tout en renvoyant dos à dos les violences de Quentin et de ses amis
00:23et celles commises à leur rencontre par les antifas.
00:26C'est allé un peu vite en besogne et c'est oublié que la matrice mentale de la gauche
00:31rend possible cette violence depuis longtemps et en absout parfois les auteurs.
00:35Alors ce que vous dites est assez grave, comment est-ce que vous en arrivez à ces accusations ?
00:39La gauche n'a certes pas le monopole historique de la violence en politique.
00:42Mais ce que je veux dire c'est qu'on trouve dans son logiciel mental aujourd'hui des procédés rhétoriques
00:46qui autorisent un glissement de certains vers la violence physique
00:49alors même que ceux qui se réclament de gauche souvent disent qu'ils refusent la violence.
00:53Le premier tour de passe-passe c'est quand la gauche déforme l'idée même de violence
00:57en prêtant à ce concept un sens abstrait.
01:00Quand on parle par exemple avec Pierre Bourdieu de violence symbolique, ça ne veut rien dire.
01:04Normalement on oppose la violence et le langage.
01:06D'un côté il y a les coups, la force physique, de l'autre la raison et la discussion.
01:10Mais lorsque les sociologues de gauche qui sont aujourd'hui repris par tout ce que la gauche morale
01:15compte de représentants y compris sur les plateaux de télévision
01:17veulent nous faire croire que même lorsque le langage ne se réfère pas directement à la violence
01:21il y aurait des représentations sociales qui peuvent être violentes
01:24qui perpétuent une domination symbolique.
01:26Après ça on a même inventé la violence systémique par exemple.
01:29C'est celle dont seraient victimes les personnes racisées
01:31par exemple dans une société post-coloniale comme la France
01:34où les institutions politiques seraient elles-mêmes profondément racistes sans même le savoir.
01:39Vous entendez ce discours, vous le connaissez.
01:40Ce glissement est très important parce que si vous commencez par appeler violence ce qui ne l'est pas
01:45vous justifiez en retour la violence, la vraie cette fois celle physique et brutale
01:48de ceux qui s'en disent victimes. Vous autorisez les émeutes, vous excusez par exemple
01:53souvenez-vous le crime commis par Luigi Mangione aux Etats-Unis en 2024
01:56un anarchiste qui a tué un patron d'assurance pour lutter contre le capitalisme
02:01et dont un sociologue français Nicolas Framont a dit dans un livre publié l'an passé
02:05et intitulé Saint Luigi qu'au fond son geste était explicable
02:08puisqu'il a assassiné quelqu'un qui était lui-même responsable de milliers de morts
02:12parce que oui le capitalisme lui-même serait violent et meurtrier.
02:16Oui, lorsque la gauche commence à tout déconstruire, elle finit par décréter
02:21que certaines règles légales comme l'interdiction de la violence sont en fait facultatives
02:24parce que la loi elle-même serait une construction au service des dominants
02:27et donc ça autorise tout.
02:29La gauche qui désigne aussi ses adversaires comme des fascistes.
02:32Et ça c'est très important Romain, merci de le rappeler
02:34parce que ce procédé n'autorise plus seulement la violence mais participe même à l'encourager.
02:39C'est la réduction à Hitlerum, tous mes adversaires sont Hitler,
02:42or Hitler par définition c'est la personne peut-être par excellence dans l'histoire
02:46que l'on a le droit de tuer, c'est même recommandé.
02:49Donc lorsque l'on désigne un personnage ou un discours comme fasciste
02:51on autorise sa suppression pour immuniser le corps social du danger qu'il représente.
02:56C'est l'extrême gauche professe en cœur, on ne dialogue pas avec le fascisme, on le combat.
03:00De nouveau on voit s'estomper la frontière entre violence et langage
03:03étant entendu que les adversaires de la gauche professeraient des idées violentes
03:06auxquelles on ne pourrait s'opposer que par la violence.
03:09Et voilà comment est-ce que, tout en ayant l'air de ne pas y toucher,
03:11beaucoup d'intellectuels de gauche qui condamnent en cœur la mort de Quentin
03:15encouragent en fait le fait que certains puissent recommencer par la suite.
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