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Les cours du vendredi. Par Frédéric Mercier, critique.

Héritier de l’âge d’or classique et du Nouvel Hollywood, à l’instar d’un James Gray, Jeff Nichols se distingue des post-modernistes contemporains, apparus au tournant des années 2000. Là où d’autres interrogent à coups de citations, d’ironie et de jeux formels la transmission des grands mythes fondateurs, Nichols s’approprie la question du legs avec gravité et lyrisme.

Ni ludique ni réflexive, la transmission d’un passé en commun est vécue par ses personnages comme une responsabilité douloureuse, qui pèse sur les corps, les familles et les communautés.

Dans le cadre de la thématique Hollywood Millennials au Forum des images.
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Le Forum des images est une institution de la Ville de Paris.

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Transcription
00:00:00Merci Charles, merci au Forum pour cette invitation à dialoguer pendant quelques semaines.
00:00:14J'ai pu dialoguer avec le cinéma de Jeff Nichols.
00:00:18Merci au Forum de m'avoir permis enfin d'aller chercher la définition de millenial, que je ne connaissais pas.
00:00:23Je vais essayer de vous parler un peu de ce cinéaste que j'ai découvert.
00:00:32J'ai à peu près le même âge que Jeff Nichols.
00:00:34Nichols est né en 1978, je suis né en 1979.
00:00:38J'ai donc découvert, j'étais déjà critique de cinéma, Shotgun Stories en 2007.
00:00:43Et immédiatement, en voyant Shotgun Stories, j'ai fait le rapprochement moi aussi
00:00:50entre cette poésie des grands espaces, ces personnages ruraux, taiseux,
00:00:57avec un certain classicisme, en tout cas avec une certaine tradition américaine.
00:01:02Alors vous dites en Hollywood millenial âge d'or.
00:01:04Alors on ne sait plus très bien quel est l'âge d'or, l'âge d'or du cinéma américain.
00:01:09Ça s'est un petit peu déplacé avec les générations.
00:01:11C'est-à-dire que pour quelqu'un né en 1978 comme Jeff Nichols,
00:01:15l'âge d'or était peut-être celui de John Ford, qu'il cite souvent.
00:01:18Et peut-être pour d'autres générations, générations milléniales pour le coup,
00:01:24générations nées après 1980 et celles qui est venues ensuite,
00:01:30peut-être que cet âge d'or s'est déplacé dans le cinéma des années 70,
00:01:33on va dire ce qu'on a appelé le nouvel Hollywood.
00:01:35En tout cas c'est une thèse par exemple que Torrey défend très bien
00:01:37quand il parle que lui, par exemple, l'âge d'or serait plutôt le nouvel Hollywood,
00:01:42enfin ce qu'il appelle le nouvel Hollywood dans les années 70.
00:01:44En tout cas, Jeff Nichols le dit sur la très belle vidéo qu'il a bien voulu accorder au Forum des images.
00:01:50Il est pris un petit peu entre deux feux.
00:01:53C'est-à-dire que d'un côté, né en 1978, il s'est fait une culture du cinéma homemade,
00:01:59comme l'écrit Jérôme Destet.
00:02:02Alors je puiserai beaucoup souvent peut-être de citations dans un livre que Jérôme Destet a écrit en 2017.
00:02:07Je tiens à le signaler tout de suite, parce que Jérôme Destet a tout de suite écrit un livre sur Jeff Nichols.
00:02:13Il venait de faire cinq films, il n'avait pas encore fait The Bike Riders,
00:02:16puisqu'il y a huit ans qu'il sépare Loving, The Bike Riders.
00:02:19Et Jérôme, que je connais bien, qui travaille pour La Septième Obsession,
00:02:23qui est leur correspondant à Berlin, s'est attelé à cette tâche-là,
00:02:27à cette tâche d'essayer déjà de faire un inventaire des motifs, des registres,
00:02:32de tout ce qui parcourait déjà les cinq films de Jeff Nichols.
00:02:36Donc je vous disais, Nichols c'est quelqu'un qui s'est fabriqué,
00:02:41c'est quelqu'un qui est né à Little Rock, dans l'Arkansas, dans le sud des Etats-Unis.
00:02:45Ce sud des Etats-Unis qu'il n'a cessé de filmer, film après film, à l'exception de The Bike Riders.
00:02:51Je ferai une parenthèse tout à l'heure sur Tech Shelter,
00:02:53parce que Tech Shelter est aussi un film qui se passe dans l'Ohio,
00:02:56donc qui ne se passe pas dans le sud des Etats-Unis,
00:02:58mais il a été obligé pour des raisons de production de réaliser le film en Ohio.
00:03:03Par contre, Nichols dit qu'il a rêvé, pensé le film,
00:03:05comme se situant dans son Arkansas natal.
00:03:09Donc je vous disais, Nichols est un homme du sud qui a grandi,
00:03:14son père vendait des meubles, il vient de cette classe moyenne,
00:03:18qu'il va filmer, film après film,
00:03:21et d'un côté, il va découvrir les films de son enfance dans les années 80,
00:03:27c'est-à-dire évidemment le cinéma de Spielberg, dont on parlera,
00:03:31mais également des films qu'il va découvrir en cassette vidéo.
00:03:37Il parle souvent d'un film qui s'appelle Fletcher aux trousses avec Chevy Chase,
00:03:40des affranchis qu'il connaît par cœur et qu'il regardait en boucle.
00:03:44Donc il y a effectivement une culture faite maison du cinéma
00:03:47qu'il a acquise quand il était chez lui.
00:03:51Et il raconte que, contrairement à l'image d'Epinal qu'on pourrait faire de Jeff Nichols,
00:03:54surtout si vous allez voir tout à l'heure par exemple un film comme Mud,
00:03:57qui est un film qu'il a dédié à l'enfant qu'il a été,
00:04:01Nichols n'avait pas l'habitude d'aller pêcher ou jouer au baseball,
00:04:04il disait toujours qu'avec son père, il allait plutôt au cinéma.
00:04:07Et que son père lui montrait des films,
00:04:09et les films qu'il lui montrait, c'était plutôt les films de David Lean
00:04:13ou de Martin Reed, je reviendrai beaucoup sur Martin Reed tout à l'heure,
00:04:17en tout cas, les films de David Lean par exemple,
00:04:20qu'il découvrait, dont Laurence d'Arabie.
00:04:23Et dans le dernier numéro des Cahiers du cinéma,
00:04:27c'est un critique de positif qui le dit,
00:04:28il y a une interview remarquable de Jeff Nichols,
00:04:31remarquable, parce que Nichols raconte que
00:04:34quand il a commencé à vouloir faire du cinéma,
00:04:36c'est-à-dire à la fin des années 90,
00:04:39il a voulu tout de suite se dissocier avec ses camarades
00:04:42qui avaient été dans la même université fondée en 1993 en Caroline du Nord,
00:04:47il avait voulu se dissocier, on va dire,
00:04:49de ce qu'on appelait communément, caricaturement,
00:04:52de façon caricaturale, le cinéma indépendant américain.
00:04:55Il dit qu'il veut se dissocier d'un cinéma de briques et de brocs,
00:04:58fait avec trois francs six sous, une caméra, comme ça,
00:05:01on sort dans la rue, fait en noir et blanc,
00:05:04il se dissocie de Richard Linkletter à ce moment-là,
00:05:06il se dissocie à ce moment-là, par exemple,
00:05:08d'un cinéaste comme Kevin Smith, qui a fait Clerks.
00:05:11Et lui, ce qu'il veut, et il ne cesse de le répéter entretien après entretien,
00:05:18c'est faire un cinéma qui soit visible par le plus grand nombre,
00:05:21et il rêve à la fois d'un cinéma qui lui ressemble
00:05:24et d'un cinéma qui aurait peut-être l'ampleur de celui de David Lean.
00:05:28Il le dit, et d'ailleurs assez intéressant dans cet entretien,
00:05:31il dit que s'il jalouse aujourd'hui à sa position qui est la sienne,
00:05:35un cinéaste, c'est peut-être Christopher Nolan,
00:05:37parce que Christopher Nolan peut tourner ses films en IMAX,
00:05:40et il aimerait tourner un film en IMAX,
00:05:42il aimerait avoir le plus grand format possible,
00:05:45ou alors il dit qu'il envie aussi, par exemple,
00:05:48un cinéaste comme Paul Thomas Anderson, de loin son aîné,
00:05:52qui lui aussi a tout à fait les moyens, on va dire, monumentaux
00:05:56d'obtenir, de faire les films qu'il veut.
00:06:00Donc voilà pour l'endroit où se situe Nicole,
00:06:03c'est-à-dire, effectivement, comme il le dit dans cette petite vidéo,
00:06:06c'est un enfant des années 80,
00:06:09et en même temps, quelqu'un qui a déjà une culture.
00:06:11Alors il faut savoir que la culture cinématographique de Nichols,
00:06:14quand il en parle, c'est une culture qui est exclusivement totalement américaine.
00:06:19Il le dit, il dit qu'il ne comprend pas très bien le cinéma étranger,
00:06:24en tout cas qu'elle lui est assez étrangère,
00:06:26qu'il n'arrive pas très bien à saisir les personnages,
00:06:28et que s'il y a des cinéastes, il cite, par exemple, Dreams, de Kurosawa,
00:06:36ce qui est intéressant parce qu'on sait que Kurosawa était,
00:06:39à la fin de sa carrière, produit par les Américains,
00:06:41on sait que Martin Scorsese joue le rôle de Van Gogh dans Rêve.
00:06:45En tout cas, Nichols a une culture qui est totalement, totalement américaine,
00:06:51qui va, donc je vous disais, de David Lean à Clint Eastwood,
00:06:54qu'il cite beaucoup et dont il y a beaucoup de références,
00:06:57en tout cas dans son cinéma, jusqu'à, voilà, ces cinéastes-là.
00:07:03On en parlera évidemment d'autres cinéastes au fur et à mesure de cette conférence.
00:07:07Mais je voudrais, avant de vous montrer le premier extrait,
00:07:10donc on va montrer des extraits de tous les films de Jeff Nichols,
00:07:13Je voudrais dire peut-être quelque chose sur certains invariants de son cinéma,
00:07:23mais enfin, on va commencer directement par ce premier extrait,
00:07:25ce sera plus simple.
00:07:27Donc je vous laisse avec un extrait d'un film de 2007, Shotgun Stories.
00:07:31Dites-vous bien que ce que vous allez voir, c'est l'ouverture du film,
00:07:34donc après les courts-métrages qu'il a réalisés pour l'université,
00:07:37il réalise son premier long-métrage pour 48 000 dollars,
00:07:40d'ailleurs qu'il ne reverra jamais,
00:07:43que vous verrez demain, que vous pourrez demain revoir ou découvrir
00:07:47dans une restauration inédite qu'il a accomplie du film.
00:07:51Et je vous laisse découvrir l'ouverture de Shotgun Stories.
00:07:55...
00:08:07...
00:08:43...
00:09:13...
00:09:41Donc c'est finalement avec cette scène-là, avec cette ouverture-là que Nichols nous apparaît au cinéma et s'adresse directement au spectateur.
00:09:51Ce qui m'intéresse dans cette séquence, c'est évidemment d'abord ce dos criblé de balles, qui sera un des mystères du film.
00:10:02C'est-à-dire qu'on va se demander pendant tout le film exactement quelle est la raison de ces impacts de balles en caoutchouc, apprendrons-nous, qui sont sur le dos de Nichols.
00:10:12Et ses tiroirs vides.
00:10:15Vous avez reconnu peut-être son acteur fétiche, Michael Shannon, qui est un acteur qui vient du Kentucky, et Nichols raconte que quand il a découvert Michael Shannon, il avait déjà vu dans quelques films, il avait joué dans Les Noces Rebelles, il avait joué dans Bug de William Friedkin.
00:10:31Nichols a dit qu'il avait immédiatement voulu faire des films uniquement pour cet acteur, qu'il aurait voulu cet acteur-là dans tous ses films.
00:10:39En tout cas, Michael Shannon apparaît à l'écran immédiatement, le dos couvert, criblé de balles.
00:10:45Ça, c'est le premier mouvement de la séquence, de l'ouverture de ce générique.
00:10:49Et ça raconte quelque chose qui va être un invariant du cinéma de Nichols, quelque chose qu'on va retrouver de film en film, qui est une idée assez curieuse,
00:10:59et qui sera extrêmement, par exemple, spectaculaire dans un film comme Midnight Special, on en parlera tout à l'heure,
00:11:03c'est qu'un film de Jeff Nichols commence toujours après la fin d'un autre film.
00:11:10Ce que je veux dire par là, c'est qu'il y a toujours, au moment où débute un film de Nichols, l'impression, en tout cas,
00:11:18en tout cas, il tisse un film narratif, il tisse des motifs qui nous permettent de comprendre qu'une histoire a déjà eu lieu.
00:11:25Quelque chose s'est produit avant.
00:11:27La question qu'il va falloir se poser, c'est qu'est-ce que c'est peut-être cet avant, qu'est-ce que c'est que ce passé,
00:11:32et suivre les personnages.
00:11:34Mais c'est un invariant, c'est-à-dire qu'il n'y a pas un film de Nichols qui ne donne pas, en tout cas,
00:11:39cette sensation de se dérouler dans un après.
00:11:42Quelque chose a eu lieu, une violence a été exercée, et le film commence après une probable fin,
00:11:51après une première conclusion.
00:11:54Donc c'est un cinéma qui se situe toujours dans un après, dans un après la fin.
00:11:59Et Nichols va, lui, essayer de raconter l'après, raconter ce qui se continue, ce qui continue, ce qui a lieu ensuite.
00:12:10C'est là où se situe, narrativement, chacun de ces films.
00:12:14Je peux le dire de Shotgun Stories, on a vu ce dos criblé de balles,
00:12:17qui va être, comme je le disais, un des motifs qu'on va chercher, qu'on va essayer de détecter dans le film.
00:12:22C'est ces tiroirs ouverts qui ont été délaissés, peut-être signe que quelque chose a été vidé, qu'une amante est partie.
00:12:33Et puis, ce sera, évidemment, j'imagine, par exemple, Loving, par exemple, est un film qui commence sur une naissance et sur un mariage,
00:12:42comme à la fin d'un film.
00:12:43Quelque chose qui viendrait à la fin d'un film et on va raconter ce qui se passe après.
00:12:48C'est vrai de la plupart des films de Jeff Nichols, c'est vrai de Midnight Special, c'est extrêmement spectaculaire.
00:12:54Le film commence, il y a eu un kidnapping, un enfant a été dérobé dans une secte,
00:13:02et on est en plein milieu de l'action, et très très vite, on va juste dire que la secte recherche cet enfant qui a été kidnappé,
00:13:08et on va se poser, pendant toute la question, la question de pourquoi cette secte,
00:13:12et en fait, elle va être presque abandonnée, évacuée, rapidement, au milieu du récit,
00:13:17et on ne saura jamais véritablement ce qu'était cette secte, pourquoi, pourquoi, qu'est-ce qui s'est passé.
00:13:23Et Nichols dit, je gomme, je gomme, moi, ce qui compte, c'est le lien émotionnel au personnage,
00:13:28je dois suivre cette ligne-là, je dois rester le plus vigilant possible avec cette chose-là,
00:13:33quitte à, parfois, tronquer des réponses que le spectateur attend.
00:13:40D'ailleurs, Midnight Special, je le dis déjà par avance,
00:13:43quand le film, il l'a montré pour la première fois à son ami David Gordon Green,
00:13:47avec qui il a fait ses études, et qui est, on va dire, un peu le chef de file de ce cinéma régionaliste du Sud,
00:13:53qui a émergé au milieu des années 2000, comme d'autres cinéastes,
00:13:58Green lui dit, à un moment donné, tu devrais être un peu plus généreux,
00:14:01tu devrais donner un petit peu plus d'informations au spectateur.
00:14:03En tout cas, Nichols, non, il ne veut pas, il continue.
00:14:07Le film provient après une fin.
00:14:10Alors, continuons à regarder un petit peu cette séquence.
00:14:13On a ces tiroirs vidés, on a ce dos criblé de balles,
00:14:15on a ce personnage qui nous apparaît de dos,
00:14:19et puis, soudain, carton,
00:14:22et puis surviennent des notes de guitare, très douces,
00:14:26des douze notes de guitare,
00:14:30et puis on va avoir une multitude de fondus sur des plans sur ce Sud natal.
00:14:36Le film a été tourné en Arkansas, où se situe l'action, où vivait alors Jeff Nichols.
00:14:42Et il faut penser qu'on est dans une continuité,
00:14:45que ce qui a eu lieu avant, évidemment, va avoir un impact,
00:14:49va contaminer les images que l'on va voir.
00:14:51Donc, on a un dos qui est criblé de balles,
00:14:54on a une violence qui a été exercée sur quelqu'un,
00:14:57et cette violence, qui est immédiatement signifiée
00:15:00par cette adresse faite au spectateur d'un dos criblé de balles,
00:15:03elle va elle-même, d'une certaine façon, circuler dans les images.
00:15:07Elle va circuler à travers la monstration,
00:15:11l'exposition de cette Amérique rurale, post-industrielle,
00:15:16que Jeff Nichols ne va cesser de filmer tout au long de sa carrière.
00:15:19Il y a, parmi ces plans, des champs de coton,
00:15:24des champs de coton du Sud.
00:15:26Évidemment, les champs de coton ravivent en nous, peut-être,
00:15:29en tout cas chez moi,
00:15:31ravivent le souvenir, évidemment, de l'esclavagisme, par exemple,
00:15:36de cette question-là.
00:15:37Et vous voyez bien que cette violence, elle est partie d'un point,
00:15:41et qu'elle va se, comme un impact de balle,
00:15:42elle va traverser le corps, comme ça, de l'ouverture du film,
00:15:46de fondu en fondu,
00:15:47et se poser sur ce paysage,
00:15:50pourtant que les notes annoncent comme bucolique,
00:15:54comme vous voudrez.
00:15:56En fait, Nichols, en trois minutes, même pas, même pas,
00:16:00indique exactement ce que va être le sujet de son film,
00:16:03c'est-à-dire cette violence qui contamine,
00:16:06cette violence qui vient du passé,
00:16:08cette violence qui vient d'avant,
00:16:09et cette violence qu'il va falloir arrêter.
00:16:13Cette violence qui est là.
00:16:13Quand je vois les fondus de ce très beau générique,
00:16:19je pense beaucoup à Richard Fansworth dans, vous savez,
00:16:21Une histoire vraie de David Lynch,
00:16:23où vous avez les rides du visage de Richard Fansworth,
00:16:27qui, d'une certaine façon, par fondu,
00:16:30se mêlent au sillon tracé par les tracteurs au milieu des champs.
00:16:34Il y a une histoire, comme ça, qui est racontée,
00:16:36racontée par son visage,
00:16:38et qui se superpose, comme ça, au sillon de l'Amérique.
00:16:41Eh bien, Nichols, lui aussi, en utilisant le fondu,
00:16:44comme ça, va, d'une certaine façon,
00:16:46disséminer, disséminer cette violence,
00:16:49ce cycle de la violence,
00:16:51qui sera le sujet du film,
00:16:52puisque c'est l'histoire tragique et classique,
00:16:55à la fois,
00:16:56de deux fratries qui sont opposées l'une à l'autre,
00:16:59à cause des pères,
00:17:00à cause des mères,
00:17:01à cause du passé,
00:17:03à cause de ce que l'Amérique a déposé en eux,
00:17:06ce qui a été déposé.
00:17:09Et il va falloir, à un moment donné,
00:17:11que cette génération-là trouve le moyen d'enrayer,
00:17:14ou pas,
00:17:15cette violence pour qu'elle s'arrête.
00:17:18Et...
00:17:20Shotgun Stories va,
00:17:23va, affectivement,
00:17:25accompagner ces personnages
00:17:26pour aller,
00:17:27pour accompagner ce geste
00:17:29de cesser cette violence,
00:17:30cette violence héritée des pères.
00:17:33On a intitulé cette conférence
00:17:35le cinéma en héritage,
00:17:37et je crois qu'on est vraiment au cœur de cette idée.
00:17:39Quelque chose d'un autre film
00:17:41a été déposé en héritage,
00:17:44et il va falloir, à un moment donné,
00:17:46savoir que faire de cet héritage,
00:17:48que faire de ces images-là,
00:17:49que faire de cette violence-là,
00:17:51comment l'endiguer.
00:17:52Et ce sera exactement le sujet du film.
00:17:54Alors, malheureusement,
00:17:55on avait un deuxième extrait,
00:17:57mais on a un problème de son.
00:17:59Je ne vais pas vous le montrer,
00:18:00mais je vais vous raconter un peu
00:18:01comment fait Nichols.
00:18:03À un moment donné,
00:18:04il va aller voir sa mère,
00:18:06et il va voir sa mère,
00:18:07qui elle-même l'a élevée,
00:18:08dit-il,
00:18:09dans la haine,
00:18:10la haine du père,
00:18:12la haine de cette autre fratrie,
00:18:13puisque le père avait refait un mariage.
00:18:16Et il va simplement,
00:18:17le fils va arriver
00:18:18avec une nouvelle tragique.
00:18:19Il va voir sa mère,
00:18:20et il va simplement lui dire un mot.
00:18:23Il va lui parler de cette haine
00:18:25qu'elle lui a transmise,
00:18:26à lui et à ses frères.
00:18:29Il va juste déposer à son tour
00:18:31quelque chose,
00:18:33je dirais,
00:18:34d'un dépôt à l'autre
00:18:35ou d'un dépôt contre l'autre,
00:18:37pour commencer à enrayer
00:18:39le cycle de la violence des pères,
00:18:41le cycle de la violence des mères,
00:18:43le cycle de la violence
00:18:44qui les a précédés
00:18:45de cette Amérique-là.
00:18:47Excusez-moi,
00:18:50je regarde un peu mes notes.
00:18:54Pas de confrontation,
00:18:55pas d'explication,
00:18:56transmission silencieuse de la haine,
00:18:58le quotidien comme dépôt du passé.
00:19:00Oui,
00:19:01la violence est un résidu
00:19:03et pas forcément un événement.
00:19:06Maintenant,
00:19:07je vais vous inviter...
00:19:09Alors,
00:19:11je commence,
00:19:12ça y est,
00:19:12mes parenthèses.
00:19:14J'ai oublié de vous dire
00:19:15quelque chose tout à l'heure.
00:19:17Non,
00:19:18on y reviendra,
00:19:19passons l'extrait de Tech Shelter.
00:19:21Alors,
00:19:22Tech Shelter,
00:19:23film de 2011,
00:19:24présenté à la semaine de la critique.
00:19:27Autant,
00:19:28Shotgun Stories avait été,
00:19:29avait coûté 48 000 dollars,
00:19:31avait été fait,
00:19:32on va dire,
00:19:32de façon locale.
00:19:34Autant,
00:19:35Tech Shelter,
00:19:36qui est un film
00:19:36comme tous les films
00:19:37de Jeff Nichols,
00:19:38tourné en pellicule,
00:19:39tourné en 35 mm,
00:19:41est un film
00:19:42qu'il réalise
00:19:43pour 5 millions de dollars,
00:19:44avec une plus grosse production,
00:19:46puisque pour la première fois,
00:19:48pour la première fois,
00:19:49Nichols est produit
00:19:50par Sarah Green,
00:19:52qui est la productrice
00:19:53de Terrence Malick,
00:19:54texan,
00:19:56et évidemment,
00:19:57dans la filiation
00:19:58duquel,
00:20:00Nichols n'a jamais caché
00:20:02qu'il se situait,
00:20:03bien que le cinéma
00:20:04de Nichols
00:20:04est beaucoup plus linéaire,
00:20:06évidemment,
00:20:07débarrassé de voix off
00:20:08que le cinéma
00:20:09de Terrence Malick.
00:20:10Donc grâce à Sarah Green,
00:20:11grâce à Brian Kavan Jones,
00:20:13qui coproduit aussi le film,
00:20:15il peut réaliser
00:20:16pour avec plus de moyens
00:20:17ce deuxième film,
00:20:18Tech Shelter.
00:20:19Ceux qui connaissent
00:20:20Tech Shelter,
00:20:21qui a été vraiment
00:20:22le tournant
00:20:22de la révélation
00:20:23de Jeff Nichols,
00:20:24on va dire,
00:20:25dans les festivals,
00:20:26et pour nous
00:20:27comme spectateurs,
00:20:29évidemment,
00:20:30auront tous le souvenir
00:20:31de grandes tornades
00:20:32orageuses,
00:20:33de quelque chose
00:20:34d'un peu spectaculaire
00:20:35au milieu
00:20:36de cette Amérique
00:20:37que je viens de vous montrer
00:20:38avec Shogun's Stories.
00:20:40Je vous invite
00:20:41à voir
00:20:42un tout autre type d'extrait.
00:20:43Merci.
00:21:08I gotta get home.
00:21:33Nat and me
00:21:34have been looking
00:21:35at the other some.
00:21:38We've been chatting
00:21:43with this girl
00:21:44online from Kenton.
00:21:45Yeah,
00:21:46big old girl.
00:21:51Now what's big?
00:21:52She's about 250,
00:21:53275.
00:21:54She can't be
00:21:56tall and 5 foot.
00:22:02Oh, shit, man.
00:22:03I don't see me
00:22:08and Sam
00:22:08getting into
00:22:09something like that.
00:22:10Nah,
00:22:10I don't guess you would.
00:22:16You got a good life,
00:22:17Curtis.
00:22:19I'm serious.
00:22:22I think that's
00:22:23the best compliment
00:22:23you can give a man.
00:22:26Take a look
00:22:26at his life
00:22:27and say,
00:22:27that's good.
00:22:31That guy's
00:22:31doing something right.
00:22:34Well,
00:22:35it ain't always
00:22:36so easy.
00:22:37The hell
00:22:37I know that.
00:22:42Oh, shit.
00:22:43I gotta go.
00:22:44Good night.
00:23:05Good night.
00:23:05Good night.
00:23:10C'est parti.
00:23:40C'est parti.
00:23:45Hey, baby.
00:23:52She knew all right today.
00:23:55It's fine.
00:23:59She's still not playing with the others, though.
00:24:01She can't connect.
00:24:04Honey, you gotta clean up that trash pile in the back.
00:24:07She pushed out a board that nails on it.
00:24:12I'll get to it this weekend.
00:24:14Tech Shelter comme med, le film suivant, est un film que Jeff Nichols a commencé à écrire en 2008, c'est-à-dire au début de la crise économique.
00:24:27Et c'est un film extrêmement documenté, tangible, documentaire sur cette Amérique rurale au moment des événements.
00:24:44On y parle, on n'entend pas souvent. On parle d'assurance maladie. On parle de mutuelle. Il faut garder un emploi pour pouvoir obtenir la mutuelle qui permettra de donner un appareil auditif à la jeune fille qui est sourde.
00:25:02C'est un film qui est très, très ancré, évidemment, dans cette réalité-là.
00:25:08C'est un film qui est ancré dans cette réalité-là et qui, évidemment, prend en compte, on va dire, la présidence d'Obama, l'Obamacare à ce moment-là, en 2011.
00:25:19Et voilà, qui prend, en tout cas, une assise extrêmement précise sur des gens que Jeff Nichols dit connaître, côtoyer.
00:25:31Et en fait, Tech Shelter, c'est un grand film de trouille. C'est un grand film de peur. C'est un grand film dans lequel il distille quelque chose qui était déjà présent dans Shotgun Stories,
00:25:40à travers cet héritage de la violence, à travers cet héritage du passé qui transmettait la violence, qui est l'idée de l'inquiétude.
00:25:50C'est un cinéma inquiet, un cinéma anxieux. Et Michael Shannon est l'acteur de cette anxiété. L'acteur qui, sur son visage, peut exprimer, comme une plaque photosensible, extrêmement bien cette anxiété.
00:26:02La peur d'avoir quelque chose à garder, garder des événements passés. Avec les événements passés, avec ce qui s'est produit avant, on a quelque chose en charge.
00:26:15On a quelque chose sur les épaules. On a quelque chose qu'il va falloir tenir, qu'il va falloir conserver au maximum, tenir debout, d'une certaine façon.
00:26:24Et si vous regardez bien Michael Shannon, c'était encore l'extrait qu'on avait de Shotgun Stories, c'est un acteur qui a quelque chose de clodiquant, penché.
00:26:34On sent qu'il a cette charge de ses responsabilités qui sont inscrites même dans son corps.
00:26:40Comme une figure, et Nichols le dit lui-même, comme une sorte d'itération contemporaine, moderne, de John Wayne, qui lui-même avait, évidemment, une façon penchée de se tenir.
00:26:54Mais là, il porte sur les épaules toute cette responsabilité, responsabilité du foyer, responsabilité de ce qu'il a obtenu, de ce qu'il a réussi à avoir,
00:27:07ce pour quoi il s'est battu et qu'il va falloir tenir sur ses épaules.
00:27:13J'adore cet extrait. J'ai choisi celui-ci au lieu des cauchemars.
00:27:16Alors, des cauchemars qui évoquent, si vous allez regarder Tech Shelter, je crois que le film est dimanche, après-midi.
00:27:23Si vous voyez Tech Shelter, vous verrez qu'il y a, évidemment, des références à des tas de films dans le film.
00:27:28Mais, évidemment, ces références, chez Nichols, elles ne sont pas...
00:27:31On est, évidemment, très loin, c'est ce qu'on disait dans le petit texte en préambule de cette conférence.
00:27:36On est très, très, très loin, évidemment, de la citation référentielle, de, on va dire, de tout ce côté post-moderne qui avait irrigué le cinéma jusqu'alors.
00:27:45L'héritage du passé, c'est simplement des...
00:27:50Nichols se sert, comme ça, de motifs qui vont lui permettre de construire, à partir d'une réalité tangible, à partir d'une réalité qu'il connaît,
00:27:57ce grand film de Trouille, pour pouvoir exprimer sa propre peur.
00:28:01Il parle de sa propre peur de père, quand il fait Tech Shelter,
00:28:06et la peur, évidemment, de n'être pas à la hauteur pour construire ce film.
00:28:11Et si vous regardez Tech Shelter, évidemment, le film emprunte certains motifs apocalyptiques, cataclysmiques, à la dernière vague de Peter Weir.
00:28:20Et Peter Weir, le cinéaste australien du Cercle des Poètes Disparus, de Witness, de Mosquito Coast,
00:28:25est un cinéaste qui est extrêmement présent par des motifs narratifs à l'intérieur du cinéma de Jeff Nichols.
00:28:32En tout cas, pour Michael Channell, il va falloir tenir.
00:28:35Et je vous disais que j'adore cet extrait, parce que contrairement à ses références aux oiseaux d'Hitchcock,
00:28:40qui sont aussi extrêmement présents dans les cauchemars du personnage,
00:28:44il y a cette scène d'intimité entre deux hommes, cette question de la masculinité qui est posée.
00:28:51On va parler de sexualité, on va avoir deux hommes qui se regardent en miroir,
00:28:56qui se posent la question de son couple par rapport à son autre couple, sa famille par rapport à une autre famille.
00:29:02On se regarde en miroir, on s'interroge l'un l'autre.
00:29:06Et j'adore la façon dont Michael Channell joue.
00:29:09Quand il est gêné, quand son ami lui fait part de leur fantasme avec sa femme,
00:29:17j'adore cette façon qu'il a d'être un peu gêné dans son rire et par l'ébriété,
00:29:22et en même temps de nous montrer qu'il y a quand même une intériorité qui le travaille,
00:29:26qu'il y a quelque chose qui le travaille, il y a une pensée qui est déjà en mouvement à ce moment-là à travers lui.
00:29:32En tout cas, Tech Shelter est un film...
00:29:35Je voudrais citer une phrase très juste de Vincent Maloza dans sa critique du film,
00:29:39quand elle est parue dans les cahiers du cinéma,
00:29:42et qu'il dit « Il y a une capacité à encaisser sur laquelle repose le trouble du film,
00:29:48une manière d'entêtement froid à engloutir la séquence
00:29:52qui épouse parfaitement la linéarité du récit
00:29:56et des choix de mise en scène toujours simples et directs. »
00:30:00Évidemment, je trouve que la phrase résume assez bien
00:30:04une des forces du film et du cinéma simple et direct de Jeff Nichols,
00:30:09et cette idée de linéarité.
00:30:11J'en parlais tout à l'heure, un petit peu avant la conférence,
00:30:13je disais, très dur de trouver des extraits chez Nichols.
00:30:15D'une certaine façon, son cinéma ne se prête pas beaucoup à la scène.
00:30:21Ce n'est pas un grand cinéaste de la scène.
00:30:23Ce n'est pas quelqu'un qui va poser des grandes scènes
00:30:25dans lesquelles il y a des situations qui vont être exposées dans leur durée.
00:30:28C'est quelqu'un qui, comme il le dit lui-même,
00:30:30qui est d'abord un narratif.
00:30:32Lui-même se présente souvent d'abord comme un scénariste,
00:30:34il écrit ses films, plutôt que comme un réalisateur,
00:30:37plutôt que comme un cinéaste.
00:30:38Il parle d'abord de l'écriture de son récit,
00:30:41plutôt que de mise en scène.
00:30:42Et chez Nichols, vous allez le voir à partir de maintenant,
00:30:46on va avoir des sortes de séquences qui se suivent,
00:30:49de scènes qui se suivent les unes des autres,
00:30:51très très rapides, pour épouser comme ça cette linéarité,
00:30:54cette linéarité qui fait évidemment une des particularités de son cinéma
00:30:59et qui fait sans doute qu'on a immédiatement identifié
00:31:03et rapproché Nichols d'un cinéma classique,
00:31:05d'un cinéma qui lui préexistait.
00:31:08Je dois dire quelque chose,
00:31:10quand Nichols donne une interview au cahier du cinéma,
00:31:13encore pour la sortie de Tech Shelter,
00:31:16le numéro fait la sacouverture à ce moment-là sur Clint Eastwood,
00:31:20sur Clint Eastwood,
00:31:22qui sort à ce moment-là J. Edgar,
00:31:25son film sur Hoover,
00:31:26et évidemment la promiscuité des deux est indéniable,
00:31:32elle a toujours existé.
00:31:33Mais je tiens à dire quelque chose tout de suite,
00:31:35c'est qu'il me semble, en tout cas depuis que j'ai commencé
00:31:38à lire de la critique de cinéma,
00:31:42depuis les années 90,
00:31:43j'ai remarqué cette appétence de la critique
00:31:45à vouloir sans cesse chercher des héritiers au cinéma classique.
00:31:49C'est quelque chose que j'ai remarqué tout le temps,
00:31:50c'est-à-dire que dès qu'un film de Clint Eastwood sortait,
00:31:53il y avait tout de suite un dossier, une couverture,
00:31:56ça ne manque pas ce mois-ci,
00:31:57pour se poser la question de l'héritage d'un cinéma préexistant,
00:32:01d'un grand cinéma,
00:32:03et pour savoir s'il avait ses héritiers.
00:32:07Je me rappelle, c'est pour vous dire,
00:32:09quand le film The Pledge de Sean Penn sort,
00:32:12les cahiers font par exemple leur couverture
00:32:14en parlant de la grande histoire américaine,
00:32:16et Sean Penn reviendra en couverture.
00:32:18Il y a sans cesse eu ce besoin de trouver des héritiers.
00:32:21Et d'une certaine façon,
00:32:22Nichols est arrivé exposant comme ça
00:32:25sa poésie des grands espaces,
00:32:26sa ruralité,
00:32:27sa mise en scène simple et directe,
00:32:29comme un cinéaste qui pouvait être cet héritier potentiel.
00:32:33Et ça m'amuse beaucoup,
00:32:34quand je lis l'entretien qu'il vient de donner au cahier,
00:32:37de voir que ce cinéaste de 47 ans
00:32:38se présente lui-même comme un dinosaure.
00:32:41Il dit, moi-même je suis un dinosaure.
00:32:43Et on peut dire que depuis le moment
00:32:45où on a découvert Shotgun Stories,
00:32:46depuis le moment où on a découvert Jeff Nichols,
00:32:48on s'est toujours dit, tiens, c'est un jeune vieux.
00:32:52C'est un jeune vieux.
00:32:53Il est en tout cas,
00:32:54il est dans cette filiation-là.
00:32:57Il rattrape, il reprend, il recommence,
00:33:00et il perpétue, et il continue cette histoire-là.
00:33:04J'en reviens à mes notes.
00:33:07Tech Shelter.
00:33:09Alors avec Tech Shelter, Shotgun Stories
00:33:11et le film suivant, Mud,
00:33:14que vous pourrez voir ensuite,
00:33:15on a parlé d'une trilogie de l'angoisse.
00:33:18Donc cette question de l'inquiétude,
00:33:19de l'anxiété, du poids
00:33:21qu'on a sur les épaules
00:33:22et la chose qu'il faut tenir.
00:33:25Donc la différence par rapport au cinéma du passé,
00:33:28c'est que la menace,
00:33:30l'antagonisme n'existe pas vraiment chez Nichols.
00:33:33Il n'y a pas réellement de méchant,
00:33:35il n'y a pas véritablement d'antagoniste,
00:33:36il n'y a pas quelqu'un qu'on doit contrecarrer.
00:33:39La menace n'est pas un ennemi,
00:33:41c'est une charge.
00:33:43C'est une charge qu'on doit porter.
00:33:45Il y a évidemment ce rapport à la masculinité ordinaire,
00:33:49ce respect, cette admiration silencieuse.
00:33:51J'adore, moi, quand un type dit à l'autre,
00:33:53j'ai rarement vu ça au cinéma,
00:33:54en gros, je t'admire,
00:33:55je t'admire pour ce que tu as construit.
00:33:58Et évidemment, à ce moment-là,
00:33:59c'est encore une charge
00:34:00qui va devoir être posée
00:34:01sur les épaules du personnage.
00:34:04Tenir, tenir pour sa femme,
00:34:06tenir pour le foyer,
00:34:07tenir pour lui-même,
00:34:07tenir pour la communauté.
00:34:08Retour au foyer, responsabilité parentale.
00:34:12Vous avez reconnu Jessica Chastain.
00:34:14Voilà, il y a un héroïsme du quotidien,
00:34:17un héroïsme de la quotidienneté.
00:34:19L'héroïsme n'est pas dans la conquête d'un territoire,
00:34:21on n'est plus dans l'idée de conquérir quelque chose,
00:34:24on n'est plus dans l'idée de vaincre,
00:34:26finalement, un ennemi.
00:34:28On est dans l'idée qu'au quotidien,
00:34:31il y a un héroïsme qui peut émerger du quotidien même.
00:34:33Et le père devient, à partir de là,
00:34:37une figure morale.
00:34:39Morale, pas héroïque forcément.
00:34:42Alors maintenant, je voudrais vous montrer un autre extrait.
00:34:46un extrait du film que vous pourrez voir tout à l'heure,
00:34:51si vous restez,
00:34:53qui est Mud,
00:34:54qui est Mud avec Matthew McCanoe,
00:34:57que vous allez retrouver.
00:34:58On est vraiment au tout début du film
00:35:00et on vous demande pardon,
00:35:02puisqu'on n'a pas de sous-titres pour cet extrait.
00:35:04Donc, j'espère que vous comprendrez.
00:35:08De toute façon,
00:35:09l'important n'est pas forcément dans les dialogues.
00:35:11Sous-titrage Société Radio-Canada
00:35:41Je veux essayer de s'en aller pour le soir, ok ?
00:35:43Alice,
00:35:46tu vas à l'hôp d'hôp d'hôp d'hôp d'hôp.
00:35:49Oui, ma'am.
00:35:50Sous-titrage Société Radio-Canada
00:36:20Sous-titrage Société Radio-Canada
00:36:50Sous-titrage Société Radio-Canada
00:36:52...
00:36:55Here, take it.
00:37:01Oh, I owe you boys.
00:37:03I was going to try around the trot line this afternoon,
00:37:06see where that got me.
00:37:13Mmm.
00:37:15I mean, it never tastes so good.
00:37:17Mmm.
00:37:20Why don't you have that pistol?
00:37:25Protection.
00:37:37Y'all need to be afraid of me.
00:37:39Got two ways to protect myself out here.
00:37:41This shirt and this pistol.
00:37:44And their fierce powers at work in the world, boys.
00:37:47Good, evil, poor luck, best luck.
00:37:52Men, we've got to take advantage where we can.
00:37:58Y'all coming?
00:38:01Y'all coming?
00:38:02Y'all coming?
00:38:03Y'all, I'll send out some words.
00:38:09In the first look of this extrait, you will see the scene, they are bringing the other forms.
00:38:20suivent, elles se complètent. Le père dit à son fils, il y a des gens qui ont décidé,
00:38:26il y a des gens qui vivent sur les bords de l'eau, sur les bords du Mississippi où se
00:38:30situe l'action, dans l'Arkansas. Certains pour s'isoler, certains d'autres pour travailler.
00:38:36Mudd, c'est un film qui est vraiment un film sur la question du mouvement. Le mouvement,
00:38:41qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on reste empêtré dans les mythes du passé, dans
00:38:46les mythes de l'enfance ? Qu'est-ce qu'on fait de ce dont on a hérité ? Est-ce qu'à
00:38:51un moment donné, il ne vaut pas mieux se déplacer ? Il ne vaut pas mieux essayer d'effectuer
00:38:56un mouvement pour s'en extraire ? Vous avez dans cette première partie cette maison qui
00:39:02est sur l'eau et qui est en fait l'enjeu principal du film. C'est-à-dire que le jeune personnage
00:39:06de Élise que vous avez vu, Élise est un garçon qui veut rester dans cette maison.
00:39:10Et ils sont expropriés. Et étant exproprié, il a peur de perdre ce territoire. Il a peur
00:39:18de perdre ce territoire, je dirais, quasi mythique, qui ravive évidemment des images
00:39:23de Mark Twain, qui est une des références du film, très souvent citée par Nichols.
00:39:31Il ne veut pas quitter ce territoire. Il ne veut pas quitter. Il ne veut pas le quitter
00:39:35comme son père. Et vous avez d'ailleurs ce plan absolument magnifique où vous avez le
00:39:39fils qui est au premier plan et vous avez le père qui est en arrière-plan en silhouette
00:39:43tous les deux de profil, comme en miroir l'un de l'autre. Est-ce que le fils fera comme
00:39:48le père ? Est-ce que le fils va rester empêtré comme le père dans l'amertume de devoir
00:39:53à un moment donné quitter ce territoire ? Est-ce qu'il va falloir partir ? Est-ce qu'il
00:39:57va falloir rester ? Et vous avez vu la coupe très franche qu'il y a entre le moment où
00:40:03sa mère lui dit, on se retrouve ce soir, il faut qu'on parle. Il faut qu'on parle de ce
00:40:07qu'on va devenir, de ce qu'on va devenir la famille. Et puis on est immédiatement
00:40:11sur l'île. Et vous avez vu, juste avant, ce plan à la Spielberg où vous avez Élise
00:40:16qui regarde hors champ, qui est déjà en train de regarder dans une autre direction, qui
00:40:19veut échapper, on va dire, au réel, qui veut échapper à ce que lui dit son père,
00:40:23qui veut échapper à ce que lui dit sa mère. Il est déjà dans une projection. Et hop,
00:40:27on passe à une coupe, on se retrouve sur cette île, sur cette île buissonnière, je vous
00:40:31dis, qui rappelle Mark Twain et d'autres récits. Le film est baigné de références.
00:40:36Nichols le dit et moi, je ne suis pas là pour les égriner toutes, elles sont à peu
00:40:43près évidentes. Et en tout cas, il va arriver sur cette île, il va être dans le mouvement
00:40:47avec son jeune camarade Nick Bone, dont l'acteur me fait vraiment penser à River Phoenix dans
00:40:53les films Amblin des années 80 comme Stand By Me. Et ils vont voir tout de suite ce bateau,
00:40:59ce bateau qui est perdu, ce bateau qui est dans les arbres, ce bateau qui est figé, ce bateau
00:41:04qu'il va falloir réparer pour pouvoir repartir et peut-être s'enfuir, continuer à vivre
00:41:09de grandes aventures et être perdu dans le mouvement de l'enfance. Toute la question
00:41:14du mouvement, elle est toujours au centre du cinéma de Nichols. Et comme le cinéma classique,
00:41:20évidemment, le cinéma, en tout cas, le cinéma des grands espaces, le cinéma de John Ford,
00:41:24le cinéma dont il se réclame, c'est un cinéma évidemment de la conquête, c'est un cinéma
00:41:29qui se déplace, qui est un cinéma qui est toujours tourné vers le mouvement. Nichols
00:41:33va la problématiser, on va dire, de façon contemporaine. Il va la problématiser autrement
00:41:38et il va montrer les paradoxes du mouvement. Est-ce qu'il faut rester ? Est-ce qu'il faut
00:41:43se déplacer ? Est-ce que se déplacer, c'est forcément bénéfique ? Et tout le film est
00:41:52problématique, en tout cas, ne cesse scène après scène d'incarner, on va dire, les paradoxes
00:41:58du mouvement. Et si vous avez d'ailleurs regardé quand il y a l'échange entre les
00:42:02deux enfants et Matthew McCanoe, donc vous avez, les anglophones auront peut-être savouré
00:42:08l'accent texan avec l'argot absolument incroyable du comédien. Dès que lui, il est en train
00:42:17de bouger, la caméra bouge avec lui, la caméra se déplace avec lui. Et cette question
00:42:21du mouvement, cette question du paradoxe du mouvement, cette question de, est-ce qu'il faut
00:42:25rester ? Est-ce qu'il faut bouger ? Qu'est-ce qu'on fait des mythes avec lesquels on vit ?
00:42:32Est-ce qu'on se déplace par rapport à eux ? Qu'est-ce qu'on en fait ? En tout cas,
00:42:35cette question-là, elle est également dans tous les films de Nichols, les uns après
00:42:40les autres. La question de la sédentarité est principale dans son cinéma. Soit on reste
00:42:45sédentaire, soit on est nomade. C'est la question de The Bike Riders. C'est la question
00:42:50de Loving. Loving, ce sont des gens qui vivent dans un endroit et qui doivent se déplacer
00:42:55pour pouvoir s'aimer, alors qu'ils rêvent en fait de revenir dans l'endroit où ils
00:42:58se sont aimés préalablement et devoir repasser la frontière. Cette question, elle est permanente.
00:43:04Et Nichols trouve encore un moyen, on va dire, de perpétuer cette question. Et ce qui est
00:43:12extraordinaire dans le film, c'est à quel point les personnages, je vous parlais tout
00:43:15l'heure de cinéma, de l'enquiétude et de l'anxiété. Et Lys est totalement inquiet,
00:43:19totalement anxieux à l'idée de perdre ce qu'il a eu, à l'idée de perdre le territoire
00:43:23de l'enfance, à l'idée de perdre l'endroit où il a grandi. Et je suis désolé, bouchez-vous
00:43:28les oreilles parce que je vais un tout petit peu spoiler, mais quand le mouvement, on va
00:43:36dire, de ses parents a lieu, c'est un problème que Nichols ne traite plus du tout comme un
00:43:42problème. Ça a eu lieu. Ça a eu lieu, on est déjà dans une autre aventure, il y a
00:43:47peut-être un autre amour possible, il y a autre chose à vivre. Donc, cette question
00:43:52du mouvement, cette question de la sédentarité, je dirais autre chose que s'il y a un mouvement
00:43:56qui est important, c'est pas tant le mouvement physique que le mouvement de l'âme, le mouvement
00:44:00existentiel accompli par ses personnages. Et ça, c'est absolument incroyable. Ce qui se
00:44:05produit dans un film de Nichols, entre la première image et la dernière, c'est un déplacement
00:44:09de regard, un déplacement de point de vue. Les personnages vont découvrir au fil de leur
00:44:15aventure, au fil de leur rencontre, au fil de ce qu'ils vont avoir à vivre, souvent
00:44:20extraordinaire dans leur ordinaire, ils vont découvrir qu'il faut déplacer son regard pour
00:44:27mieux regarder l'autre, mieux le comprendre, tout en lui conservant toujours sa part d'irréductibilité.
00:44:34Toujours que cette personne qu'on regarde, à un moment donné, on l'accepte telle qu'elle
00:44:39est, telle qu'elle doit être. Et je vous invite tout à l'heure, si vous revoyez, si vous voyez
00:44:46Mudd, à vraiment regarder le film sous ce prisme du mouvement permanent et de la question
00:44:51de l'immobilité, bouger, qu'est-ce qu'on en fait. Et bien on va passer maintenant à,
00:44:57puisque je vous parlais de cette part d'irréductibilité, j'ai du mal à le dire, je vous invite à regarder
00:45:05maintenant le film suivant, qui est avec Tech Shelter, celui que je préfère, de Jeff Nichols,
00:45:09à mon avis peut-être le plus radical, Midnight Special. Alors vous allez voir, l'extrait est
00:45:17très sombre, très sombre, c'est exprès. Comme je vous le disais, et évidemment ça a invité à faire des
00:45:23rapprochements entre Nichols et l'époque classique, Nichols tourne en pellicule. Et il s'est évidemment
00:45:27rendu compte, avec là, il a un format Panavision, il a des lentilles comme il le désire, il est dans
00:45:33son rêve un petit peu de David Lean, on va dire en tout cas d'un film Bigger Than Life, avec ce film
00:45:39aussi, et il tourne en pellicule. Et évidemment, c'est très compliqué d'avoir de la lumière
00:45:49pendant les scènes de nuit, quand on tourne en pellicule. Et il a voulu absolument ne pas jouer
00:45:56avec des lumières trop artificielles, garder cette obscurité, parce que l'idée même
00:46:01qui avait conduit ce film, qu'il dédie à son propre fils, c'était une voiture qui
00:46:06file dans la nuit noire.
00:46:26...
00:46:27...
00:46:28...
00:46:30...
00:46:34...
00:46:36...
00:46:38...
00:46:40...
00:46:44Sous-titrage FR ?
00:47:14Sous-titrage FR ?
00:47:44Do you have something to write, Liz?
00:47:49Okay.
00:47:54Ow!
00:47:55Ready?
00:48:0829 degrees, 4 minutes, 31 seconds north, 82 degrees, 41 minutes, 48 seconds west.
00:48:23I'll have them there in four hours.
00:48:24Goodbye.
00:48:24Bye.
00:48:25Bye.
00:48:26Bye.
00:48:27Bye.
00:48:37Bye.
00:48:39C'est parti.
00:49:09C'est parti.
00:49:11C'est parti.
00:49:13C'est parti.
00:49:14Ils ont tous failed.
00:49:15J'ai jamais vu quelque chose comme ça.
00:49:17Et les entrances ?
00:49:18Nous avons trois.
00:49:20Les portes à chaque côté sont ouvertes.
00:49:21Nous ne pouvons pas les clôtres sans pouvoir.
00:49:39Mud racontait le moment où le mythe cessait de suffire, l'enfance comme seuil et non pas comme refuge, à grandir, accepter sa perte, et là il va falloir accepter de voir les enfants grandir, c'est le sujet de Midnight Special, accepter de regarder les enfants grandir.
00:50:09Cette scène, je l'ai choisie, j'aurais pu en choisir beaucoup dans Midnight Special, qui est un film assez radical, et d'ailleurs c'est le premier film que Nichols tourne pour un studio, la Warner, rêve de tourner en studio, contrairement au cinéaste indépendant américain, il le redit encore dans la dernière interview, il veut tourner en studio.
00:50:27Il a la Warner avec lui, et il tourne ce film de science-fiction, lui-même disant pragmatique, astucieux, que souvent évoquer le genre ça permet d'une certaine façon de se faire un peu mieux financer, c'est comme ça que lui en tout cas présente les choses.
00:50:48Et Midnight Special, c'est un film qu'il écrit de façon, à sa façon, qui est de façon très particulière qu'il a de travailler quand il fait des scénarios.
00:50:58En fait, il a comme ça des motifs, des codes du genre, et puis il a plusieurs scènes, et il disperse des papiers par terre, et il va ensuite les reconstituer à la façon d'un puzzle.
00:51:09Or, c'est un film, si vous l'avez peut-être vu dans cet extrait, c'est un film où le spectateur est sans cesse, sans cesse, à devoir être actif pour lui-même recomposer le puzzle de ce qui se passe.
00:51:21L'événement de cette séquence, mais qui est l'événement principal de la plupart, je veux dire, de tout le film, c'est les hallucinantes ellipses du film.
00:51:30Ce sont des ellipses qui nous, ou il nous est tronqué, en tout cas, ce que nous avons l'habitude de voir, ce que nous verrions dans un film mainstream, dans un film habituel du cinéma hollywoodien de studio.
00:51:45Ici, l'évasion. On ne voit pas exactement comment ils se sont enfuis. Qu'est-ce qui s'est exactement passé ? Il y a une coupe.
00:51:54Et qu'est-ce que préfère faire Nichols ? Il préfère à ce moment-là raccorder sur les parents qui attendent dans une cabine téléphonique le coup de fil pour pouvoir retrouver l'enfant.
00:52:05Mais, je dirais, le moment où les portes véritablement vont s'ouvrir, où on va pouvoir se déplacer, on va pouvoir essayer d'échapper à la vigilance des gardes,
00:52:14ces choses-là, on les a déjà vues dans d'autres films.
00:52:16Quand Nichols ellipse, Nichols ellipse aussi parce que ces scènes-là, on les connaît, parce que ces scènes-là, elles ont déjà été montrées.
00:52:25Par contre, raconter le film de cette façon-là, en procédant à ces coupes-là, c'est aussi notre façon de renouveler, ressourcer, en tout cas, le cinéma dans lequel il s'inscrit.
00:52:37Et, j'en parlais, j'ai montré Minaï Special à mon fils, qui a 14 ans, qui adore les films comme Rencontre du troisième type, dont évidemment il s'inspire,
00:52:48qui adore, évidemment, vous avez vu le personnage de Paul Servier, nom français, donné à Adam Driver, comme on avait donné un nom, comme évidemment, il y avait François Truffaut dans Rencontre du troisième type.
00:52:59Il y a également une référence, même jusqu'à la musique, un peu à la Carpenter de Starman, de John Carpenter.
00:53:07Il y a des références à Un monde parfait de Clint Eastwood, c'est un run movie avec un enfant, qui est un des films préférés de Nichols.
00:53:15Mais Nichols ne raconte pas les choses de la même façon.
00:53:19Il procède par ellipse, et c'est vraiment un cinéaste de l'ellipse.
00:53:22Et jamais il n'aura été aussi loin que dans ce film-ci, où, comme je vous le disais tout à l'heure, il ouvre des pistes narratives pour aussitôt les abandonner en cours de route,
00:53:34si cela ne suit pas le fil émotionnel qu'il est en train de construire, au plus près de son personnage masculin, joué encore par Michael Shannon,
00:53:43qui est celui du père, qui doit, à un moment donné, accepter que son fils doive partir ailleurs, je le dirais comme ça,
00:53:53que son fils est une entité étrangère, que son fils ne lui appartient pas, que son fils est différent,
00:54:00et qu'il puisse à un moment donné abandonner son fils, le laisser grandir, le laisser aller dans son propre monde.
00:54:07Voilà, c'est ça son fil.
00:54:08Et Nichols, comme à chaque fois je vous le disais, il dédie des films à l'enfant qu'il a été, etc., dédie ce film à son fils,
00:54:14et avait imaginé cette histoire à partir de la peur qu'il avait eue, encore cette peur, encore cette anxiété, encore cette inquiétude,
00:54:22lui-même, quand il avait vu son fils avoir un problème de santé en bas âge à cause d'une maladie.
00:54:29Et il va encore, encore suivre ça.
00:54:31Et Me Night Special, évidemment, s'attache à cette idée de laisser partir, à coup d'ellipses hallucinantes,
00:54:39dans cette atmosphère qui est absolument nocturne, où à chaque fois qu'il doit y avoir une grande scène d'action,
00:54:45alors il y en a une dans le film, mais à chaque fois qu'il doit y avoir une grande scène d'action,
00:54:49Nichols fait un pas de côté.
00:54:51Il y a un moment hallucinant dans le film où l'enfant a été dérobé, bref, par des salauds, et le père le suit,
00:55:02mais comme on est arrivé au point de vue du père, on le voit dans un embouteillage,
00:55:07et en suivant son point de vue dans l'embouteillage qui se traîne, qui se traîne,
00:55:11on comprendra qu'il y a eu une fusillade et que l'enfant a été dérobé par d'autres.
00:55:16Mais on nous aura tronqué ce qu'on connaissait, on nous aura tronqué la scène d'action.
00:55:19Par contre, dans ce film, combien il y a de scènes où les parents regardent leur fils, raccord-regard,
00:55:27les uns avec les autres, ce que je vous disais tout à l'heure à propos de précédents films,
00:55:31ce mouvement où il faut regarder l'autre, le comprendre, essayer d'établir un lien par les raccords
00:55:36pour accepter l'autre dans sa différence, dans son irréductibilité.
00:55:44On va passer à l'extrait suivant.
00:55:49Qui est un film qui, pour la première fois, est une commande qui sort la même année en 2016
00:55:56que Midnight Special et qui s'appelle Loving,
00:55:59qui est tiré à la fois de l'histoire des époux Loving,
00:56:03mais également d'un documentaire que Jeff Nichols a vu,
00:56:07qui lui a été soumis par Martin Scorsese.
00:56:10Il a vu ce documentaire et ensuite, à partir de ça, il a vu les photos,
00:56:14les photos qui ont été prises dans les années 50, au moment où il y a eu cette histoire.
00:56:19L'histoire, je vous la racontais tout à l'heure, c'est l'histoire d'un couple mixte.
00:56:24En tout cas, Mildred est noir, Richard est blanc.
00:56:30Ils s'aiment dans un état, ils ont grandi ensemble et ils doivent passer la frontière,
00:56:35car ils n'ont pas le droit de rester mariés dans l'état où ils sont.
00:56:37Donc ils doivent passer la frontière de l'état, et puis, alors qu'ils ne rêvent que d'une chose,
00:56:44c'est de rester, question du mouvement, de la sédentarité dont je vous parlais tout à l'heure,
00:56:48ils veulent rester dans le foyer qu'ils voulaient construire, dans l'endroit où ils étaient nés,
00:56:53et donc ils doivent sans cesse repartir.
00:56:55Et pendant ce temps-là, le film, ce couple va vouloir absolument obtenir gain de cause,
00:57:04ça veut dire de pouvoir rester mariés dans l'état où ils ont commencé à vivre.
00:57:10Et ce qui va être très étonnant, puisque je viens de vous parler des ellipses chez Nichols,
00:57:15la façon dont Nichols tronquait, on va dire, le programme attendu hollywoodien,
00:57:19en tout cas le programme attendu du genre dans lequel même le film s'inscrit,
00:57:24on sait que les époux lovings vont faire passer leur cas devant la cour suprême des Etats-Unis,
00:57:30que ça va changer la constitution des Etats-Unis,
00:57:32qu'à partir de ce moment-là, on ne pourra plus empêcher dans quelconque état à ses époux de se marier,
00:57:39mais Nichols, lui, ne le filme pas.
00:57:42Nichols se refuse encore, à coup d'ellipse, à montrer le couple, on va dire,
00:57:48engagé dans le mouvement historique, pris à partie par toutes ces questions-là,
00:57:53ceux qui filment, le titre l'indique, et en plus il s'appelle les lovings, c'est leur amour.
00:57:57Je vais vous montrer maintenant un extrait qui se situe assez tardivement dans le film,
00:58:04qui est le moment où un photographe de Life, fait historique,
00:58:09vient chez eux pour faire un reportage sur eux,
00:58:11pour évidemment au moment même où le procès va avoir lieu,
00:58:14avec encore Michael Shannon.
00:58:16...
00:58:34...
00:58:35Gré-Villette, Life magazine, plaisir.
00:58:45Qu'est-ce qu'il y a un petit bloc ?
00:58:49Oui.
00:58:50Qu'est-ce qu'il y a des problèmes ?
00:58:52Les carrés.
00:58:54Oh.
00:58:55Alors, vous êtes un meilleur mécanique que moi.
00:58:59Si vous réjetez, c'est plus rapidement.
00:59:02Je vois que vous connaissez déjà l'autre.
00:59:05C'est votre femme et son ?
00:59:07Uh-huh.
00:59:16Oh !
00:59:18Hello !
00:59:19Ray Bilic, Life Magazine.
00:59:22May I ?
00:59:23Of course.
00:59:24Hey.
00:59:26Oh, something smells good in there
00:59:29So, uh, I can't go back without a photo
00:59:33No photo, no job, and this is Life magazine
00:59:35And the pigeon guy isn't around
00:59:36Pigeon guy! Pigeon guy!
00:59:38That's right
00:59:39I'm looking up at this office building and it hits me
00:59:42Right, I go 55 stories up
00:59:46And I talk to some office girls
00:59:48And let me look out the window
00:59:50Before they could do anything
00:59:51I throw open the window, sit on the ledge
00:59:53And dangle my feet out
00:59:54They start screaming, but I got this great shot
00:59:58Of my feet flying over 42nd and 5th Avenue
01:00:01Yeah, so what happened?
01:00:04Security threw me out headfirst
01:00:06But Life magazine hired me the next day
01:00:10That is, that's a story, all right?
01:00:14Yeah, that's a story, all right
01:00:16You go to the Virginia State Court next, right?
01:00:23Yes
01:00:24You nervous?
01:00:29I suppose
01:00:30The lawyers told us not to expect much
01:00:33You think you'll lose?
01:00:37Well, yes
01:00:38But I think it's all right
01:00:41We may lose the small battles, but win the big war
01:00:46And here's the surprise
01:01:05Some of my new homemade pickles
01:01:07Certainly is a wonderful surprise
01:01:13Look at that
01:01:14Look at that
01:01:14Look at that, Barney
01:01:14Ain't these brought us some of her homemade pickles
01:01:16I see
01:01:17Sure is wonderful
01:01:19You really shouldn't have had bee
01:01:21That's right, ain't bee
01:01:22You go to way yonder
01:01:25Too much trouble to please us
01:01:26No trouble at all
01:01:29It's probably I made eight quarts
01:01:31Eight quarts
01:01:31Oh yeah, I made eight quarts
01:01:34Eight quarts
01:01:35You can have some every day
01:01:38Well, I had an awful big breakfast
01:01:42Loving va surtout montrer la vie intime, la tendresse, le bonheur discret
01:01:57Alors que le vrai changement, le changement historique se produit ailleurs
01:02:01Dans les tribunaux, dans la lutte politique, dans l'action collective
01:02:04J'attendrai vos questions tout à l'heure
01:02:09Mais cela peut poser évidemment quelques questions sur cette façon de rester toujours
01:02:14Cerné sur la tendresse entre les deux époux
01:02:17Tandis que le fait historique et politique, lui, d'une certaine façon
01:02:20Est presque relégué par le scénario ailleurs
01:02:25Et d'ailleurs, quand a lieu le procès de la Cour suprême
01:02:30Nichols reste encore à table avec les enfants
01:02:33En train de montrer Richard Loving
01:02:34En train de photographier
01:02:36En train de photographier, pardon
01:02:38En train de lui donner à manger
01:02:39Je voudrais vous montrer une photo
01:02:40Si ça s'ouvre
01:02:43Je vais juste vous montrer
01:02:48Une photo
01:02:52Voilà la photo
01:02:55La photo dont vous avez vu
01:02:57La reconstitution de l'acte photographique
01:03:00De la manière dont un instantané du passé a été pris
01:03:05C'est un instantané du passé que reconstitue Nichols
01:03:09Et à partir de Loving
01:03:11Premier film de commande, comme je vous disais, de sa carrière
01:03:14A l'initiative de Scorsese
01:03:16Et raconté à partir d'un
01:03:19Dont il a observé les photos qui ont été prises par ce photographe
01:03:24Mais également le documentaire qui a été fait
01:03:26Les deux derniers films de Nichols se situent dans le passé
01:03:28Donc d'une certaine façon, jusqu'à maintenant
01:03:30On avait des films de Nichols qui s'intéressaient au présent
01:03:33Avec cette charge, ce poids du passé
01:03:35Qui pesait sur les personnages
01:03:37Qu'est-ce qu'on en fait ?
01:03:39Comment on agit ?
01:03:41Comment on se déplace ?
01:03:41Qu'est-ce qu'on fait de ce passé ?
01:03:43Et soudain, Nichols, depuis deux films
01:03:46En tout cas, s'intéresse à ce passé
01:03:47Il se met à documenter le passé
01:03:50Et lui-même ne refuse pas
01:03:52L'appellation de photojournaliste
01:03:53Ou de journalisme
01:03:54Dans l'entretien qu'il donne
01:03:56Il en parle lui-même
01:03:57Et il parle d'une démarche anthropologique
01:04:00Lorsqu'on remonte le temps
01:04:03Pour raconter des histoires
01:04:04On cherche des récits qui révèlent des schémas comportementaux
01:04:07Que nous répétons sans cesse
01:04:09Ces leçons que nous semblons n'avoir jamais vraiment apprises
01:04:12Ou que nous avons toujours besoin
01:04:14Qu'on nous rappelle
01:04:14C'est une démarche anthropologique
01:04:16Il s'agit de comprendre pourquoi nous continuons à agir
01:04:19Comme nous le faisons
01:04:20Une fois de plus
01:04:21On va plonger cette fois dans le passé
01:04:23On va aller voir ce qu'il se produit dans le passé
01:04:26Pour comprendre d'une certaine façon
01:04:28Dans ses gestes, dans les habitudes du quotidien
01:04:31Ce qu'il va être déposé dans le présent
01:04:35Mais de la même façon que les autres films de Nichols
01:04:38Loving s'inscrit lui-même également
01:04:41Comme dans la continuité d'autres films qui ont été faits
01:04:44Et de la même façon
01:04:45En tronquant les scènes attendues
01:04:47Nichols reproduit un certain cinéma qu'on connait
01:04:50On pourrait penser à Ciné Lumet par exemple
01:04:52Imaginons qu'il va déplacer encore autrement
01:04:57Je vais vous montrer un dernier extrait
01:05:02Un dernier extrait de son film suivant
01:05:06Qui est donc à ce jour
01:05:08Le dernier film que nous avons découvert en salle de Nichols
01:05:12Qui est de Bike Riders
01:05:13Qui vient également d'un reportage de photojournaliste
01:05:17De Lion qu'il avait consulté
01:05:20Le film s'inspire énormément aussi des entretiens
01:05:23Qu'il a pu entendre
01:05:24Et qu'il se repassait en boucle
01:05:25Pour pouvoir construire cette histoire
01:05:28On a appris que Nichols allait bientôt sortir un nouveau film
01:05:34Qui s'appelle King's Neck
01:05:35J'en parlerai tout à l'heure
01:05:36Je vous passe maintenant cet extrait de Bike Riders
01:05:40Et j'enchaînerai immédiatement par une photo
01:05:43Sous-titrage Société Radio-Canada
01:06:13Sous-titrage Société Radio-Canada
01:06:43Sous-titrage Société Radio
01:07:13Sous-titrage Société Radio-Canada
01:07:14Sous-titrage Société Radio-Canada
01:07:43Sous-titrage Société Radio-Canada
01:08:13A sa sortie Bike Riders
01:08:40Sous-titrage Société Radio-Canada
01:08:41Même les admirateurs de Nichols
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01:08:46Sous-titrage Société Radio-Canada
01:08:47Sous-titrage Société Radio-Canada
01:08:48Qui était très étonnant
01:08:50C'était que soudain
01:09:20Quelque chose s'est déprimelant
01:09:21Quelque chose s'est fossilisé, quelque chose s'est arrêté
01:09:23Et vous voyez
01:09:24Et vous voyez, Nichols continue avec ce film-ci
01:09:26A interroger encore ce qui a été et la façon dont les choses se fossilisent
01:09:31En tout cas, il démystifie un petit peu le film de Motard
01:09:34Et je pense que c'est ça qui a pu un petit peu décontenancer les gens quand ils l'ont vu
01:09:38Vous avez vu que dès qu'il y a une embardée
01:09:39Et je crois que c'est une des rares embardées du film
01:09:41Ça s'achève, vous avez vu, par une panne d'essence
01:09:45Par une panne d'essence
01:09:46Et il va falloir raconter comment ce groupe
01:09:48A force de répéter des codes
01:09:50A force de répéter des codes figés
01:09:53A force de répéter les mêmes habitus
01:09:55A force de se copier les uns les autres
01:09:57Comment ce groupe va, à un moment donné
01:10:00Devenir autre, se transformer en autre chose
01:10:03Et passer, on va dire, d'un idéal primal
01:10:06A une sorte de groupe de banditisme
01:10:12Il y a quelque chose comme ça
01:10:14En tout cas, Nichols poursuivit avec ce film-là
01:10:16Son travail anthropologique de photojournalisme avec ce film
01:10:19Et je voulais vous montrer, avant de conclure
01:10:21Je voulais vous montrer cette photo
01:10:23Parce que vous voyez bien
01:10:26Qu'il y a, en fait, le personnage que vous voyez au premier plan
01:10:31Sur son Harley Davidson, c'est Michael Shannon
01:10:33Qui, à la fin du film, se retrouve, en fait, devant un cinéma de Easy Rider
01:10:40Il joue un rôle un petit peu d'épouvantail
01:10:42C'est-à-dire que les gens passent
01:10:43Et il en est simplement, on va dire, le reliquat
01:10:46La statue pour attirer les gens
01:10:48A venir voir le fameux film de Denis Sopper
01:10:51Et montrer que cet idéal-là, évidemment, est derrière
01:10:55Et passer derrière
01:10:56Lui n'est plus qu'un épouvantail
01:10:58Comme la plupart des personnages adultes chez Nichols
01:11:00Qui se fossilisent
01:11:01Et qui se mettent un petit peu à...
01:11:04Oui, à se fossiliser les uns les autres
01:11:06Et à vivre dans l'amertume
01:11:08Comme beaucoup, beaucoup de personnages âgés
01:11:09Je voudrais dire quelque chose
01:11:12Évidemment, une des influences majeures de Nichols
01:11:16Outre les cinéastes dont on a pu parler
01:11:18Et il y en aurait bien d'autres
01:11:20C'est le photographe américain Joel Sternfeld
01:11:24Qui a photographié cette Amérique-là
01:11:28Donc je vous ai ramené quelques photos
01:11:30Mais il y a un cinéaste, à mon avis
01:11:35Auquel on ne pense pas forcément avec Nichols
01:11:37Et qui est peut-être celui auquel
01:11:39En tout cas, moi, je pense le plus
01:11:41Quand je vois son cinéma
01:11:43C'est Martin Reed
01:11:45Martin Reed, c'est un cinéaste américain
01:11:47Qui est apparu à la fin des années 50
01:11:49Qui a été sur la liste noire américaine
01:11:55Pour ses sympathies politiques
01:11:57Un cinéaste progressiste
01:11:59Mais en tout cas, c'est un cinéaste
01:12:01Qui partage plusieurs...
01:12:02D'abord, il a réalisé un film en 1963
01:12:06Qui s'appelle Hud
01:12:07Hud, Mud
01:12:09Qui raconte l'histoire d'une petite ville américaine
01:12:14Dans la torpeur accablante de l'ennui et de la chaleur
01:12:19Où un fils aimerait bien en sortir
01:12:23Et en même temps aimerait bien affronter son père
01:12:26Et d'une certaine façon
01:12:27Parce qu'il reste lui aussi figé dans son amertume
01:12:30Ne quittera jamais la ville
01:12:33Ça ressemble à des thèmes nicolciens
01:12:35C'est un film avec Paul Newman
01:12:38Nichols n'a cessé de dire
01:12:40Qu'avant même les cinéastes dont on a parlé
01:12:43Terrence Malick, Eastwood, je le répète
01:12:45Il avait découvert le cinéma par Paul Newman
01:12:50Que Paul Newman était, on va dire, comme d'autres
01:12:52Un auteur
01:12:53Et qu'il avait adoré les films de Newman
01:12:55On sait que Martin Reith a tourné 6 films avec Paul Newman
01:12:58Forcément c'est meilleur
01:12:59En tout cas, il en a tourné 6 avec lui
01:13:01Et Martin Reith n'a eu de cesse
01:13:04A travers les genres
01:13:05Il a tourné des films de genres extrêmement différents
01:13:08De documenter
01:13:10De raconter
01:13:11Le sud des Etats-Unis
01:13:13Le sud des Etats-Unis
01:13:14Dans de nombreux films
01:13:15Évidemment, Hud, dont je vous parlais
01:13:17Le plus sauvage d'entre tous
01:13:1863
01:13:19Sander
01:13:20Sur une communauté noire américaine
01:13:23Conrach
01:13:23Avec John Voight
01:13:25Également sur une communauté noire américaine
01:13:27Qui vit sur une île
01:13:28Mais également Murphy's Romance
01:13:31Murphy's Romance avec Walter Matao
01:13:34En tout cas, il a documenté ce sud des Etats-Unis
01:13:38Et il n'a eu de cesse
01:13:39Comme Nichols, je crois
01:13:41Et en tout cas, c'est l'hypothèse avec laquelle je veux finir
01:13:43Je vous ai...
01:13:44Pardon
01:13:45Ce sera plus simple
01:13:46Je vous ai montré
01:13:48Hop
01:13:48Martin Reith
01:13:49Nicole dit souvent que Hud est le film qu'il a le plus vu dans sa vie
01:13:57Conrach
01:13:58Qui évoquera peut-être le film que vous allez voir tout à l'heure
01:14:00Sander
01:14:01Il n'a eu de cesse
01:14:03En tout cas
01:14:04D'arracher
01:14:05D'essayer
01:14:07D'arracher les personnages
01:14:09De ce sud de l'Amérique
01:14:13De ces Etats confédérés
01:14:14De ces Etats qui ont perdu
01:14:17De ces Etats qui ont été souvent caricaturés
01:14:20Qui ont souvent été
01:14:21Malmenés par le cinéma
01:14:23Par la manière dont le cinéma les représentait
01:14:26Il n'a cessé
01:14:27Comme Nichols
01:14:28Et Martin Reith
01:14:29Avant lui
01:14:30D'essayer de leur apporter un éclairage humain
01:14:33Pour
01:14:33De la même manière que les personnages de Nichols
01:14:37Changez de regard
01:14:38Changez le regard
01:14:39Changez le point de vue
01:14:40Sur ces personnages de Rednex
01:14:43Qui ont souvent été
01:14:43Qui ont souvent été
01:14:45En tout cas
01:14:47Qui ont souvent fait
01:14:49Qui ont souvent été victimes
01:14:52D'une sorte de racisme
01:14:53De racisme social
01:14:54Que ces personnages
01:14:56Que ces personnages vont essayer
01:14:57Non pas de glorifier
01:14:59Mais en les démystifiant
01:15:01De les arracher
01:15:02A des représentations faciles
01:15:04A des représentations
01:15:06Que telles que le grand cinéma
01:15:08En fait généralement
01:15:09Et donc
01:15:10C'est une hypothèse
01:15:11On sait que
01:15:12Heude
01:15:12Mais
01:15:13Actuellement
01:15:14Et quand j'ai pu revoir
01:15:16Cet été
01:15:16Les 28 films de Reith
01:15:18Je me suis dit
01:15:19Que c'était un cinéaste
01:15:20Qui me donnait l'impression
01:15:21D'un grand honnête homme
01:15:22Une grande probité
01:15:23Une grande probité
01:15:25Dans son cinéma
01:15:26Une probité d'ailleurs
01:15:27Qui fait un tout petit peu
01:15:28Fulgurance
01:15:28Mais sans volontarisme
01:15:29Et je crois que je retrouve ça
01:15:31Dans le cinéma de Nichols
01:15:33Qui lui-même
01:15:34Se réclame de ce cinéma
01:15:35Des années 60-70
01:15:36Je vous remercie
01:15:38Applaudissements
01:15:40Applaudissements
01:15:41Applaudissements
01:15:43Applaudissements
01:15:44Applaudissements
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