- il y a 20 heures
Hollywood Millennials. Les cours du vendredi par Clément Colliaux (critique).
« Faire du neuf avec du vieux » pourrait être l’adage d’un cinéma américain dit « néoclassique », qui, à partir des années 1980-1990 et après qu’un vent de modernité a soufflé sur Hollywood, tente de renouer avec l’esthétique de son âge d’or. Que désigne vraiment cette étiquette, échue à des cinéastes aussi différents que Michael Mann ou Jeff Nichols, James Gray ou Clint Eastwood ? Une foi dans un idéal originel du cinéma classique (celui des années 1930 aux années 1960), une révérence pour ses figures et ses genres, mais aussi, peut-être, une conscience que la parade est déjà passée.
Clément Colliaux est critique de cinéma pour la revue Critikat et pour Libération. Il œuvre en parallèle à la revue Prisme Cinéma, présente chaque semaine sur Twitch, et collabore également avec la Semaine de la Critique, la Cinémathèque française ou les dispositifs Collège et Lycéens au cinéma.
Enregistré au Forum des images le vendredi 09 janvier à 18h30.
« Faire du neuf avec du vieux » pourrait être l’adage d’un cinéma américain dit « néoclassique », qui, à partir des années 1980-1990 et après qu’un vent de modernité a soufflé sur Hollywood, tente de renouer avec l’esthétique de son âge d’or. Que désigne vraiment cette étiquette, échue à des cinéastes aussi différents que Michael Mann ou Jeff Nichols, James Gray ou Clint Eastwood ? Une foi dans un idéal originel du cinéma classique (celui des années 1930 aux années 1960), une révérence pour ses figures et ses genres, mais aussi, peut-être, une conscience que la parade est déjà passée.
Clément Colliaux est critique de cinéma pour la revue Critikat et pour Libération. Il œuvre en parallèle à la revue Prisme Cinéma, présente chaque semaine sur Twitch, et collabore également avec la Semaine de la Critique, la Cinémathèque française ou les dispositifs Collège et Lycéens au cinéma.
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00:00:00Merci, merci beaucoup à vous d'être venus, merci Charles, et merci au Forum des images.
00:00:09Alors Charles t'as dit déjà beaucoup de choses, finalement t'aurais presque pu faire cette conférence toi-même, en tant qu'expert.
00:00:16Non mais effectivement, quand on se pose la question d'établir une programmation un peu comme celle-ci,
00:00:21qui entend montrer des films contemporains, qui tisserait un rapport parfois de continuité avec le cinéma classique hollywoodien,
00:00:30il y a cette étiquette du néoclassicisme qui vient tout de suite en tête,
00:00:35et qui est une sorte de label qui aurait été attribué à beaucoup de cinéastes parfois très différents les uns des autres,
00:00:42de Clint Eastwood à Jeff Nichols à James Gray à Michael Mann.
00:00:47Et donc l'objet un peu de cette discussion ce soir, ça va être un peu dans une sorte de jeu du chat et de la souris,
00:00:55de partir des cinéastes auxquels on a à coller cette étiquette, pour en dégager des caractéristiques,
00:01:01et d'utiliser ces caractéristiques pour discriminer ensuite tel ou tel autre cinéaste, voire tel ou tel autre film,
00:01:08puisqu'il y a certains réalisateurs qui vont être néoclassiques plutôt par période, par intermittence.
00:01:16Et dans l'esprit aussi de la programmation, je vais essayer de me concentrer plutôt sur des cinéastes,
00:01:22dont on va dire la majorité de la production date d'après les années 2000.
00:01:27Je place tout de suite un petit mot d'excuse, un petit disclaimer.
00:01:35On va plutôt parler de réalisateur que de réalisatrice pendant cette discussion,
00:01:40puisque je ne vous cache pas que le corpus, comme vous allez le voir, va être majoritairement masculin,
00:01:45ce qui n'est pas tout à fait surprenant quand on se dit qu'on cherche des cinéastes
00:01:50qui se réfèrent à une tradition ancestrale des studios hollywoodiens qui étaient eux-mêmes déjà très masculins,
00:01:56ce qui n'est évidemment pas pour dire que la question du cinéma classique n'a pas intéressé des réalisatrices.
00:02:03La séance d'ouverture de ce cycle, c'était The Mastermind de Kelly Rickard,
00:02:08qui compte je pense parmi les cinéastes américaines contemporaines les plus intrigantes,
00:02:11et c'est totalement une cinéaste qui se réfère, qui essaie de retravailler certains genres hollywoodiens,
00:02:18en particulier le western dans First Cow et La Dernière Piste,
00:02:22mais qui va s'emparer de ce genre en essayant d'en proposer une nouvelle version, un nouveau regard,
00:02:29une révision plus féminine et surtout plus empreinte d'un certain héritage de la modernité.
00:02:35On peut penser à un sens de la durée, qui peut évoquer Chantal Ackerman par exemple.
00:02:41Et donc l'idée ça va être de se dire que finalement la question des genres les plus identifiés du cinéma classique hollywoodien,
00:02:52je parlais du western, on peut penser aux films noirs, aux films de gangsters, au mélodrame, à la comédie,
00:02:57tous ces genres n'ont jamais vraiment disparu du paysage hollywoodien.
00:03:02L'idée de cette étiquette néoclassique, ça va être plutôt de prendre la température à un moment précis
00:03:08de ces flux et reflux du cinéma américain par rapport à sa propre histoire et à son propre passé.
00:03:17Alors c'est assez difficile de dater l'apparition de cette étiquette,
00:03:22quand est-ce qu'on a commencé à parler de cinéastes néoclassiques ?
00:03:24Il y a des films des années 80 qui sont qualifiés ainsi, comme des films des années 2000.
00:03:30Mais je pense que c'est un qualificatif qui a émergé pour répondre à deux besoins de la cinéphilie et de la critique.
00:03:39Le premier, qui serait un peu plus large et qui est finalement une quête sans cesse renouvelée,
00:03:44ce serait d'essayer de qualifier la trajectoire de l'histoire des formes du cinéma américain après les années 80.
00:03:51On peut dire, bon alors là il y a peut-être un biais un peu rétrospectif qui fait que je vais schématiser,
00:03:56mais que jusqu'à la fin des années 80, on a une idée assez claire de la direction dans laquelle avance le cinéma américain.
00:04:04Il y a ce qu'on appelle un peu la préhistoire du cinéma, assez vite le système des studios se met en place,
00:04:09muet puis parlant, avec une petite période pré-code, comme on l'appelle, entre les deux.
00:04:14Ensuite, de 1934 à peu près, à l'instauration du code de censure, jusqu'aux années 60,
00:04:20c'est cette période florissante de l'apogée des studios américains.
00:04:26Déclin progressif dans les années 60, l'arrivée d'un vent de modernité,
00:04:30c'est ce fameux nouvel Hollywood dont on parle très souvent, de la fin des années 60 à la fin des années 70.
00:04:35Et ensuite, pendant les années 80, un mouvement un petit peu, on pourrait dire, de réactance,
00:04:41une espèce de retour en arrière, tourné vers les années 50,
00:04:44qui va s'inspirer des codes de la publicité pour créer un cinéma, on pourrait dire, plus archaïque et à but commercial.
00:04:55Encore une fois, on va dire que je schématise.
00:04:57Mais ça me semble beaucoup plus compliqué de le faire pour le cinéma postérieur à ces années 80.
00:05:03Finalement, quel a été le front commun des cinéastes américains après 1990 ?
00:05:08Ça me semble plus dur à définir.
00:05:11Et donc, l'idée de parler de néoclassicisme serait comme ça une tentative de labelliser une période.
00:05:18Maintenant, la deuxième nécessité, je pense qu'elle vient aussi pour distinguer, au sein de ces années 90,
00:05:24une partie des cinéastes qui étaient en activité et en essor, on va dire.
00:05:28Les années 90, on les présente régulièrement comme une sorte de moment de renouveau du cinéma indépendant américain.
00:05:35C'est Charles Le Dizel, la décennie de Quentin Tarantino exemplairement, mais aussi de Paul Thomas Anderson,
00:05:41et d'autres cinéastes qui avaient commencé peut-être un peu plus tôt, mais on peut penser au frère Cohen, à Steven Soderbergh.
00:05:47Des gens comme ça qui vont, je dirais, revendiquer une certaine singularité par rapport au carcan du cinéma classique hollywoodien,
00:05:56qui vont faire un cinéma, on pourrait dire, qui vaut, pour cette originalité,
00:06:02des films un petit peu virtuoses, un petit peu joueurs,
00:06:06qui vont puiser dans le cinéma classique moins, on pourrait dire, une ligne esthétique
00:06:10que tout un tas d'archétypes, de codes, de genres, de situations à malmener, détourner,
00:06:18pour y insérer leur propre singularité.
00:06:20Exemplairement, Pulp Fiction, ce que fait Pulp Fiction avec le film noir ou le film long-star.
00:06:25Donc on pourrait dire qu'il y a d'un côté du spectre des années 90 comme ça,
00:06:29ces cinéastes, on peut dire post-modernes, je les qualifierais affectueusement de roublards,
00:06:36et de l'autre côté, il y aurait au contraire ces fameux cinéastes dits néoclassiques,
00:06:41qui vont se distinguer de leurs autres contemporains par cette envie de revenir,
00:06:46un peu comme on qualifie la peinture néoclassique par opposition au rococo et au baroque,
00:06:50de revenir à une essence de ce qu'a été le cinéma hollywoodien,
00:06:54et je dirais, créer un cinéma de l'harmonie plutôt que de l'ironie,
00:06:57vraiment essayer de retrouver, vraiment sans recul critique, sans second degré,
00:07:04quelque chose de ce qui a fait l'ADN du cinéma classique,
00:07:08c'est-à-dire, encore une fois, je fais un peu des généralités,
00:07:12puisqu'on s'entend qu'il y avait autant de cinémas classiques qu'il y avait de cinéastes classiques,
00:07:16mais on pourrait dire que la sève un petit peu du cinéma de cette époque,
00:07:21c'était un idéal de lisibilité, d'efficacité,
00:07:24mais une adéquation entre la forme des films et les récits et les personnages,
00:07:28qui produisait comme ça une sensation de transparence entre le public et la vie à l'écran.
00:07:35Et c'est aussi, on pourrait dire, ce but commun, cet horizon,
00:07:41qui va faire que les cinéastes néoclassiques vont être un peu plus difficiles à débusquer que d'autres,
00:07:46puisqu'ils ne vont pas être tout de suite identifiables en un coup d'œil.
00:07:50Un cinéaste comme Brian de Palma, par exemple, qui s'est aussi référé au cinéma classique,
00:07:54lui va être qualifié plutôt de maniériste,
00:07:56puisqu'il va puiser vraiment une sorte d'inspiration très directe,
00:08:00en l'occurrence du cinéma d'Alfred Hitchcock,
00:08:02retravailler de manière très précise et très explicite des motifs en particulier,
00:08:07établir un dialogue,
00:08:09là où le cinéma néoclassique va au contraire souscrire à cet idéal,
00:08:12mais qui ne va pas vraiment s'exprimer par une griffe formelle tout de suite identifiable,
00:08:17et plutôt ressurgir à travers des situations, des récits, une atmosphère,
00:08:23et on pourrait dire des choix de mise en scène à l'échelle de la structure des films.
00:08:29J'ai déjà beaucoup monologué en introduction de cette conférence,
00:08:31donc je vous propose de passer tout de suite au premier extrait.
00:08:35On va regarder le tout début de Little Odessa,
00:08:38puisque c'est le premier film de James Gray,
00:08:40donc les toutes premières images mises en boîte par James Gray,
00:08:43c'est l'extrait numéro 1.
00:08:44Sous-titrage Société Radio-Canada
00:08:49Sous-titrage MFP.
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00:14:14Et qu'est-ce qu'on voit, on pourrait dire, en substance pendant cet extrait ?
00:14:18d'une part, c'est le premier plan, l'apparition d'un regard, ou plutôt, puisqu'il est arraché
00:14:23au ténèbre, comme ça, ce qui est un motif, on va en reparler, assez récurrent, à la fois chez Gray et chez plusieurs cinéastes néoclassiques.
00:14:30Donc, on voit comme ça, la réapparition de ce regard, on pourrait dire, le flétrissement du regard le plus innocent des deux, puisque, voilà, la pellicule se décompose.
00:14:40Et tout le film, on pourrait dire, va guider comme ça, va guider comme ça, va mener vers la liquidation un peu de ce regard le plus innocent, celui qui est épris de cinéma hollywoodien.
00:14:58Et donc, il y aurait évidemment, dans ce portrait de deux frères, quelque chose de, on pourrait dire, d'un paradoxe interne à James Gray lui-même,
00:15:08qui, au moment de son éclosion en tant que cinéaste, va devoir composer avec l'absence, sur les écrans, du cinéma devant lequel lui a grandi.
00:15:18Je vous lis un extrait de ce qu'écrivait Serge Grunberg à la sortie du film, qui me semble assez parlant.
00:15:26Gray est un étudiant d'école de cinéma, nourri de films d'auteurs, en lutte contre ce qu'il doit considérer comme la dégénérescence de la grande tradition hollywoodienne.
00:15:34Il veut s'inscrire contre la tendance actuelle d'Hollywood, sous-entendu des grosses productions commerciales,
00:15:39et produire un cinéma plus ambitieux, plus référencé, plus théorique aussi.
00:15:43Allons plus loin, les magnifiques décors de Little Odessa constituent une métaphore de l'état catastrophique,
00:15:48aux yeux de James Gray, de l'industrie cinématographique américaine.
00:15:52Et donc là, on va toucher à une des caractéristiques premières et principales, on pourrait dire, de ces cinéastes néoclassiques,
00:16:00qui serait ce sentiment d'arriver après quelque chose, d'avoir un peu manqué son créneau,
00:16:05et l'inadéquation, parfois plus ou moins relative, on en reparlera,
00:16:10entre ces artisans néoclassiques et le cinéma dominant auquel ils font face au moment de leur entrée dans le monde de la production,
00:16:18cinématographique.
00:16:20Et donc, il y a à mon avis, cette idée qui est assez fondamentale dans le cinéma néoclassique,
00:16:26que l'envie de retrouver quelque chose du cinéma classique s'accompagne toujours de la conscience aiguë de sa disparition,
00:16:34et de l'impossibilité, en tout cas la difficulté, de le faire.
00:16:38On pourrait dire qu'un peu à l'image du cinéma de James Gray, le cinéma néoclassique tout entier serait comme ça,
00:16:45un cinéma un peu d'enfants déçus et de déracinement.
00:16:48On voit bien là, dans ce premier extrait, la façon dont Edouard Furlong va devoir quitter,
00:16:52donc le plus jeune des deux frères, va devoir quitter un premier foyer qui serait chaleureux,
00:16:57qui est à la fois le cinéma hollywoodien, le western, une certaine idée de l'Amérique que le genre a pu charrier.
00:17:03Est-ce que certains d'entre vous, d'ailleurs, ont reconnu le film qui passe ?
00:17:09Ce sera une des rares interactions, donc profitez-en.
00:17:11Non.
00:17:12C'est la vallée de la vengeance de Richard Sorpe.
00:17:14Bon, c'était pas facile.
00:17:15Vous aurez une deuxième chance tout à l'heure de répondre à une question.
00:17:19Non, tout ça pour dire qu'il va devoir quitter ce foyer chaleureux
00:17:22pour ce quartier de Little Odessa, recouvert par la neige,
00:17:27on pourrait dire déjà mortifère en forme de ruine.
00:17:30Je vous propose de passer tout de suite au deuxième extrait.
00:17:34C'est toujours un film de James Gray, c'est The Yard,
00:17:36ce que certains d'entre vous pourront rester voir juste après cette conférence.
00:17:40Je ne vous résume pas trop l'intrigue au cas où certains enchaînent,
00:17:43mais je pense que l'extrait sera assez parlant.
00:17:46C'est l'extrait numéro 2.
00:17:47Leur ?
00:17:52Leur, leur.
00:17:54Leur, leur.
00:17:54Vous savez, vous avez fait cause beaucoup de difficultés.
00:18:10Vous avez appris à venir me voir.
00:18:13Je vais vous aider.
00:18:16Que pensez-vous que je peux faire?
00:18:21Je ne sais pas.
00:18:21Je pense que vous pouvez parler à des gens, parce que je n'ai pas voulu.
00:18:27Vous avez une idée qui vous a voulu?
00:18:38Je...
00:18:42Je voulais que je vous ai aidé.
00:18:44Je ne sais pas.
00:18:47Mais je dois faire ce que je peux pour protéger ce que je construis.
00:18:50C'est pour ma famille.
00:18:54C'est tout que j'ai gardé.
00:19:20C'est le deuxième film de James Gray qui suit le personnage le plus jeune de l'extrait,
00:19:43qui, à sa sortie de prison, va retrouver sa famille nécrosée par la maladie d'une part et la corruption de l'autre,
00:19:54puisque c'est ajouté à sa famille en son absence l'autre personnage que vous voyez dans l'extrait,
00:19:58qui est un ponte corrompu des transports new-yorkais.
00:20:05Cette idée du retour difficile poursuit ce que je disais à partir de l'extrait de Little Odessa,
00:20:12et elle permet de circonscrire aussi ce qui serait un des motifs centraux de la filmographie de James Gray,
00:20:19qui serait celui de l'étranger parmi les siens.
00:20:23On pense retourner dans un milieu qui nous a façonné et on se rend compte que tout a changé.
00:20:31C'est très présent chez James Gray, mais on va le voir en filigrane d'un peu tous les cinéastes dont on va parler ce soir,
00:20:37mais cette espèce de lien, plus ou moins métaphorique, plus ou moins direct,
00:20:40qui est fait entre l'état du cinéma, si on regarde un peu le macro autour du film,
00:20:46et la question de la famille.
00:20:48Chez les cinéastes néoclassiques, qui sont comme Edouard Furlong dans Little Odessa,
00:20:53on peut dire que le cinéma est affaire de famille et que cette espèce de monde parfait auquel on ne peut plus appartenir aujourd'hui,
00:21:00il est tout à la fois le cinéma, la famille, et puis l'un et l'autre sont en fait un petit peu la même chose dans ces films.
00:21:05Et ce qui est assez frappant aussi dans cet extrait de The Yard, et pourquoi je l'ai sélectionné,
00:21:10c'est qu'on voit la manière dont James Gray essaie d'organiser une sorte de dialogue entre ces deux mondes,
00:21:16dans un mouvement, je dirais, un petit peu pendulaire, qui va en fait énerver d'ailleurs toute sa filmographie.
00:21:22On a d'un côté le personnage le plus jeune, qui est un peu un ersatz de James Gray lui-même,
00:21:27et de l'autre, James Kahn, qui représente plutôt le monde de l'intrigue, ce qu'on appelle le milieu, la mafia,
00:21:35et évidemment par extension, rappelle Le Parrain de Francis Ford Coppola,
00:21:39qui est le cinéaste fétiche de James Gray, en tout cas un des cinéastes fétiches de James Gray.
00:21:44Vous remarquerez que Coppola n'est pas tout à fait un cinéaste classique,
00:21:47techniquement il n'en est pas un, mais disons que dans Le Parrain,
00:21:51ce n'est pas le film le plus moderne de Coppola, donc je me permets cette tricherie.
00:21:57Tout ça pour dire qu'on sent bien qu'il y a cette idée d'une espèce de mouvement d'aller-retour
00:22:01entre le présent du film et cette espèce d'autre monde auquel on aurait envie d'accéder.
00:22:07Mouvement d'aller-retour qui est entravé par deux choses,
00:22:10d'une part la présence du champ contre champ, qui est là pendant quasiment tout l'extrait,
00:22:13chacun est dans son plan et finalement il y a une coupe qui les sépare,
00:22:16et évidemment le mouvement de la lumière,
00:22:19qui d'ailleurs est causé par le passage des trains aux alentours,
00:22:23vous avez vu qu'il y avait aussi un train au début de Little Odessa,
00:22:26et là évidemment la métaphore cinématographique n'est jamais très loin,
00:22:30le train, la lumière.
00:22:33Et ce qui est assez intéressant avec cet extrait et The Yards plus globalement,
00:22:39c'est qu'en fait c'est un film qui contient, qui résume presque,
00:22:42cette espèce de désir contrarié qu'il y a chez James Gray,
00:22:46et qui va s'exprimer dans ces deux films suivants,
00:22:48puisque dans The Yards il y a un peu en germe d'une part le film de Gangster,
00:22:52que sera donc La Nuit nous appartient,
00:22:54dans La Nuit nous appartient c'est pas James Caine,
00:22:57c'est Robert Duval, autre acteur copolien,
00:23:00qui va incarner comme ça ce lien avec un visage passé du cinéma,
00:23:06donc La Nuit nous appartient qui sera un film vraiment,
00:23:09on pourrait dire les deux pieds dans le film noir, le film de Gangster,
00:23:13et de l'autre côté, Two Lovers, que Gray réalise juste après,
00:23:17qui sera lui au contraire dans la veine la plus intime, familiale, psychologique,
00:23:23et autant, et ça avait été un peu reproché au film à sa sortie,
00:23:28on pourrait dire que La Nuit nous appartient,
00:23:29qui est celui qui essaie de rejouer le plus directement le cinéma,
00:23:34dont James Gray est admirateur,
00:23:37peut tomber un peu court par rapport à ses modèles,
00:23:39autant je pense que Two Lovers,
00:23:40qui est au contraire celui qui s'intéresse le plus à cet envers mélancolique,
00:23:44et peut-être son plus beau film.
00:23:47Et d'ailleurs, il y a cette question des gens dont je parlais tout à l'heure,
00:23:51autant The Yarns est une relecture comme ça du film de Gangster,
00:23:54que Two Lovers pourrait apparaître comme une relecture,
00:23:58alors à la fois du mélodrame,
00:23:59mais je dirais presque au niveau de sa structure,
00:24:01un petit peu de la comédie romantique,
00:24:03un homme partagé entre deux femmes,
00:24:05mais où tout le film serait basculé comme ça,
00:24:08du côté de l'impuissance, de la résignation,
00:24:11il y a une scène très très belle que je ne vous montre pas par manque de temps,
00:24:16et que je vais décrire à la place,
00:24:18où le personnage de Joaquin Phoenix écrit sur le bras de Gwyneth Paltrow,
00:24:21qui est la femme flamboyante dont il rêve,
00:24:25« I love you », qu'il le dessine avec sa main,
00:24:26mais évidemment les lettres n'apparaissent pas,
00:24:28et on pourrait dire que le personnage n'arrivera pas à l'échelle du film
00:24:31à imprimer cet amour.
00:24:32On parlait de la lumière,
00:24:39et cette idée qu'on voyait déjà dans Little Odessa,
00:24:42d'un monde déserté par la lumière,
00:24:44comme ça qu'il faut arracher à l'obscurité,
00:24:46elle va revenir à plusieurs reprises dans ce corpus dont on va parler ce soir,
00:24:52comme un témoin de cette idée dont je vous parlais,
00:24:56comme si la partie était déjà jouée,
00:24:58et qu'on arrivait dans ce monde un petit peu de l'après.
00:25:00C'est le cas chez Gray,
00:25:01c'est le cas aussi dans un autre film que vous voyez en bas,
00:25:04dont je reparlerai un peu tout à l'heure,
00:25:05qui est « Inside les Winn-Davis », des frères Cohen.
00:25:08Alors c'est vrai que j'ai plutôt placé les frères Cohen,
00:25:11on va dire du côté des roublards,
00:25:12dans ma distinction du début,
00:25:14mais encore une fois,
00:25:15la filmographie des cinéastes est une chose assez fluide,
00:25:18et je pense que les frères Cohen,
00:25:19qui ont plutôt un côté cinéaste post-moderne,
00:25:22de la référence, de la distorsion,
00:25:24ont fait au moins deux films néoclassiques,
00:25:27et deux très grands films,
00:25:27que sont « No Country for Old Men »
00:25:29et « Inside les Winn-Davis »,
00:25:31donc ça j'en reparlerai un petit peu tout à l'heure.
00:25:34Maintenant, cette image un petit peu sépulcrale,
00:25:38comme ça,
00:25:38a vous fait peut-être penser à un autre cinéaste,
00:25:41dont le nom doit vous brûler les lèvres
00:25:44depuis le début de cette conférence,
00:25:45et vous avez bien raison,
00:25:46c'est Clint Eastwood.
00:25:47Clint Eastwood, évidemment,
00:25:49quand on se pose la question d'un cinéaste
00:25:51dans la continuité d'une tradition du cinéma classique,
00:25:54il y a tout de suite son nom qui nous vient à l'esprit,
00:25:57et pour d'assez bonnes raisons.
00:26:00Eastwood, il devient cinéaste au début des années 70,
00:26:04donc vraiment au moment où la modernité a fait son trou à Hollywood,
00:26:08et on parle déjà de Nouvelle Hollywood,
00:26:10en tout cas on est déjà dans cette mouvance-là,
00:26:13et il va essayer comme ça de,
00:26:15on pourrait dire, de prendre le relais,
00:26:16d'abord en faisant des films
00:26:18qui, on pourrait dire, sur sa propre image,
00:26:21puisque Plain Misty for Me
00:26:22et L'Homme des Hauts-de-Pleines,
00:26:24qui est un western,
00:26:24ces deux premiers films,
00:26:25sont vraiment des films
00:26:26dans lesquels il met en scène sa propre icône,
00:26:29et il va utiliser ce symbole,
00:26:30comme ça,
00:26:31la silhouette westernienne,
00:26:33comme une sorte de passerelle
00:26:34pour prendre le relais,
00:26:35vraiment, on pourrait dire,
00:26:36en temps réel,
00:26:37du cinéma classique,
00:26:38que lui, en vérité,
00:26:39en tant qu'acteur,
00:26:40n'aura qu'entrevue,
00:26:41puisque Eastwood a fait
00:26:42vraiment le tout-tout début de sa carrière
00:26:44dans la toute fin du cinéma classique.
00:26:46Et de fait,
00:26:50je dirais que cette position
00:26:52un petit peu de choix
00:26:52qu'occupe Eastwood,
00:26:54à la fois, ça fait de lui
00:26:55un peu le parrain du néoclassicisme,
00:26:57et en même temps,
00:26:58ça l'exclut un petit peu
00:27:00de la définition
00:27:01que je vous propose ce soir,
00:27:02puisqu'on pourrait dire que,
00:27:04contrairement à un cinéaste
00:27:05comme James Gray,
00:27:06ou comme les autres cinéastes
00:27:07qu'on va citer,
00:27:08ce n'est pas un cinéaste
00:27:08qui s'est posé la question
00:27:09de naître dans un cinéma de l'après,
00:27:12où le classicisme avait déserté les salles.
00:27:14Lui, il s'est plutôt posé la question
00:27:16de la durée,
00:27:17du vieillissement.
00:27:19Il y a une belle formule
00:27:19de Stéphane Delorme
00:27:20au sujet de J. Edgar
00:27:21qui parle des formes
00:27:22de la permanence.
00:27:26Effectivement,
00:27:26dans le cinéma d'Eastwood,
00:27:28on sent le temps qui passe,
00:27:30on pourrait dire
00:27:30que la lumière faiblit,
00:27:31mais qu'il ne faut pas vraiment
00:27:32arracher un monde
00:27:33à l'obscurité.
00:27:34l'enjeu n'est pas tout à fait
00:27:37positionné, à mon avis,
00:27:38au même endroit.
00:27:40Et puis,
00:27:41ça me permet de ne pas passer
00:27:42une heure et demie
00:27:42à parler de Clint Eastwood
00:27:43ce soir,
00:27:44donc c'est tant mieux.
00:27:45Jeff Nichols,
00:27:46dont on va parler juste après,
00:27:48cite lui-même
00:27:48Un monde parfait,
00:27:49film de Clint Eastwood,
00:27:50qui est d'ailleurs,
00:27:51on pourrait dire,
00:27:52son film le plus néoclassique,
00:27:54au sens où c'est un film
00:27:55sur deux fils
00:27:56qui ont perdu leur père,
00:27:58qui vont essayer
00:27:59de retrouver leur innocence perdue.
00:28:02Donc là, pour le coup,
00:28:02il y a quelque chose
00:28:02un petit peu de cet humeur-là,
00:28:04comme un de ses films préférés,
00:28:05donc un des films préférés
00:28:06de Jeff Nichols,
00:28:07et raconte qu'il a vu
00:28:08Pal Rider quand il avait 6 ans
00:28:09et que ça l'a beaucoup marqué.
00:28:11Donc on voit bien que,
00:28:12même si Eastwood
00:28:13n'est évidemment pas étranger
00:28:14à la question du néoclassicisme,
00:28:16il n'appartient pas du tout
00:28:19à la même génération
00:28:19que les autres cinéastes
00:28:20qui vont nous occuper ce soir.
00:28:22Il y a plus une relation
00:28:22presque de parents à enfants
00:28:24entre Eastwood
00:28:26et Jeff Nichols
00:28:27et ses contemporains.
00:28:29Il y a un autre cinéaste,
00:28:30en fait deux,
00:28:31mais surtout un,
00:28:32que j'ai choisi
00:28:33de ne pas inclure
00:28:33dans cette catégorie néoclassique,
00:28:36en parlant de relations
00:28:37entre parents et enfants,
00:28:39c'est Steven Spielberg
00:28:40et je mets un peu
00:28:41dans le même sac
00:28:42M. Night Shyamalan,
00:28:44qui sont effectivement,
00:28:45et surtout Spielberg,
00:28:47des cinéastes
00:28:47qui ont retenu
00:28:49tout un tas de leçons
00:28:49du cinéma classique hollywoodien.
00:28:51On pourrait dire,
00:28:53le sens du récit,
00:28:54des films totalement
00:28:55au premier degré,
00:28:57un sens du spectacle,
00:28:58de la direction de regard.
00:28:59Il y a du Hitchcock,
00:29:00évidemment,
00:29:00chez ces cinéastes.
00:29:02Et Spielberg a même retravaillé
00:29:03parfois assez directement
00:29:05des motifs
00:29:06ou des idées
00:29:07à citer comme ça
00:29:08des cinéastes
00:29:09du cinéma classique.
00:29:11Si on regarde
00:29:11Empire du Soleil,
00:29:13Cheval de Guerre,
00:29:14West Side Story,
00:29:14The Fable Mans,
00:29:15évidemment qu'il y a là-dedans
00:29:17un peu de John Ford,
00:29:18de Robert Wise,
00:29:19de David Lean.
00:29:21Mais je dirais
00:29:22que ce qui fait
00:29:24que je n'ai pas choisi
00:29:24de le mettre exactement
00:29:26dans la même veine
00:29:27que les autres cinéastes,
00:29:28c'est que je pense
00:29:29que Spielberg,
00:29:30et Shyamalan dans le même cas,
00:29:31c'est pour ça
00:29:31que je les associe ici,
00:29:33est un cinéaste
00:29:34qui postule
00:29:35une certaine innocence
00:29:36du regard.
00:29:37D'où d'ailleurs
00:29:37sa prédisposition
00:29:38pour les personnages d'enfants
00:29:39dans ces films.
00:29:40Mais il y a cette idée
00:29:41qu'on doit entrer
00:29:42dans ces films
00:29:43avec une certaine candeur,
00:29:44ce qui ne veut pas dire
00:29:45du tout
00:29:46que les films
00:29:46d'ailleurs soient infantiles
00:29:47parce qu'on pourrait dire
00:29:48que la candeur
00:29:49est toujours
00:29:50l'envers du traumatisme
00:29:51chez Spielberg.
00:29:52Il y a cette relation
00:29:53très nouée
00:29:54et souvent la révélation
00:29:55du monde
00:29:55que traversent les enfants
00:29:57est assez brutale.
00:29:58Mais donc il n'y aurait pas
00:29:59du tout cette sensation
00:30:00de venir après
00:30:02mais au contraire
00:30:03plutôt de revenir
00:30:04à une sorte de regard
00:30:05un petit peu primitif.
00:30:09En parlant
00:30:10de Steven Spielberg,
00:30:11je vous propose
00:30:12de passer à l'extrait suivant
00:30:13qui est un peu
00:30:14un extrait
00:30:15d'un film
00:30:15de Spielberg
00:30:16à l'envers
00:30:16je m'expliquerai après.
00:30:18C'est le début
00:30:18de Me Night Special
00:30:20de Jeff Nichols
00:30:21un film de 2016
00:30:22c'est l'extrait
00:30:23numéro 3.
00:30:24C'est l'extrait.
00:30:50Sous-titrage Société Radio-Canada
00:30:52des parents reported
00:30:52him missing Sunday
00:30:54night
00:30:54and believe
00:30:55this man
00:30:55Roy Tomlin
00:30:56took him.
00:30:58We are waiting
00:30:58these hills
00:30:59on Tomlin
00:31:00but believe
00:31:00he may be armed
00:31:02and should be
00:31:03considered
00:31:03a school
00:31:04in here.
00:31:05Do you have
00:31:06any information
00:31:06on call 9-1-1
00:31:09in here?
00:31:10Again,
00:31:11he's had
00:31:11been delighted
00:31:12with a photo
00:31:12of this hill
00:31:13but he is white,
00:31:168 years old,
00:31:174 feet
00:31:17in his home
00:31:18weighing up
00:31:19with 60 pounds
00:31:20of brown hair
00:31:21and blue eyes
00:31:22said to be
00:31:23traveling with this man
00:31:24Roy Tomlin.
00:31:26He's called 9-1-1
00:31:27with any information
00:31:29to be updated
00:31:30as he listens to more.
00:31:32Another news
00:31:33subject
00:31:33is how the evidence
00:31:34has been exceeded
00:31:35over the proposed
00:31:36road project
00:31:37that was mentioned
00:31:38before he was ready.
00:31:41It's time,
00:31:41you ready?
00:31:43Yeah.
00:31:46Better lose the bed sheet.
00:31:47Okay.
00:32:17We're planning
00:32:25meeting
00:32:26that two consecutive
00:32:27overpasses
00:32:28would not be knocked
00:32:29down during the I-35
00:32:31expansion project
00:32:32and more than anything
00:32:33the law
00:32:34is later saying
00:32:35they would have
00:32:35appreciated
00:32:36a heads up.
00:32:37The test got both
00:32:38first and
00:32:39the focus switch
00:32:40and the event
00:32:41were notified
00:32:42that the Ronlin
00:32:43air
00:32:43and the police
00:32:44were not
00:32:45reached out
00:32:46and checked out.
00:32:47We have more
00:32:49on that.
00:32:49The I-35 project
00:32:51coupé en plein élan.
00:32:59C'est dramatique.
00:33:00donc,
00:33:02Midnight Special,
00:33:03on retrouve la très belle
00:33:04musique de David Wingo,
00:33:05le compositeur
00:33:05attitré de Jeff Nichols.
00:33:07Nichols qui va être
00:33:08un peu un des plus
00:33:09jeunes cinéastes
00:33:10entre guillemets
00:33:11dont on va parler
00:33:12aujourd'hui
00:33:12au sens où son
00:33:13premier film
00:33:13Shodian Stories
00:33:15date de 2007
00:33:16donc on est
00:33:16un peu plus de dix ans
00:33:18après le premier film
00:33:18de James Gray.
00:33:19je plaisantais
00:33:21autour de Spielberg
00:33:23tout à l'heure,
00:33:24le lien ce serait
00:33:24évidemment ce rapport
00:33:25à l'enfance
00:33:26et la présence
00:33:27de l'émerveillement
00:33:28du fantastique
00:33:29presque.
00:33:30C'est une des choses
00:33:30que je trouve très belles
00:33:31dans cet extrait,
00:33:32cette espèce de
00:33:32très sage
00:33:33entre le prosaïque
00:33:35et le mystère.
00:33:37La différence étant,
00:33:38c'est pour ça que je disais
00:33:39à l'envers,
00:33:40que dans Midnight Special,
00:33:42c'est l'enfant lui-même
00:33:42puisqu'on comprend
00:33:43assez vite
00:33:43qu'il a des pouvoirs
00:33:44paranormaux
00:33:45qui est le vecteur
00:33:47de cet émerveillement
00:33:48et de ce fantastique.
00:33:50Je parle de fantastique
00:33:51mais on pourrait dire
00:33:52que le cinéma
00:33:53de Jeff Nichols
00:33:54se caractérise
00:33:55plutôt
00:33:56par cette espèce
00:33:58de sentiment
00:33:59très tellurique.
00:34:00C'est un cinéma
00:34:00très retenu,
00:34:02assez laconique,
00:34:04un peu un cinéma
00:34:04au cœur lourd
00:34:05et dans lequel
00:34:06l'événement,
00:34:07l'extraordinaire
00:34:08prend souvent la forme
00:34:09d'une menace
00:34:10potentiellement
00:34:11de fin du monde.
00:34:13C'est exemplairement
00:34:13le cas dans
00:34:14Tech Shelter
00:34:14qui est un de ses films
00:34:15les plus connus
00:34:16dans lequel un père de famille
00:34:18joué déjà par Michael Shannon,
00:34:19l'acteur que vous avez vu ici,
00:34:21est assailli
00:34:22de visions apocalyptiques
00:34:24et c'est le cas
00:34:25dans Midnight Special
00:34:26où le destin
00:34:28de cet enfant mystérieux
00:34:30pourrait lui aussi
00:34:31prendre la forme
00:34:32d'une sorte
00:34:32d'apocalypse.
00:34:35On pourrait dire
00:34:36que Nichols,
00:34:36même s'il a fait
00:34:37ses premiers films
00:34:38bien après,
00:34:39se place esthétiquement
00:34:41un petit peu avant
00:34:42James Gray
00:34:43au sens où
00:34:43chez James Gray
00:34:44on arrive dans un monde
00:34:45enfin plutôt
00:34:46on découvre que le monde
00:34:48auquel on voulait appartenir
00:34:49a disparu
00:34:50et chez Nichols
00:34:51on est un petit peu
00:34:52juste avant
00:34:52c'est-à-dire qu'on est
00:34:53dans un monde
00:34:53et on sent qu'il est proche
00:34:55de disparaître.
00:34:58Encore une fois,
00:34:59ce n'est pas sans lien
00:35:00avec la position
00:35:02des cinéastes néoclassiques
00:35:03et je dirais que dans
00:35:05Midnight Special
00:35:06se fait aussi plus explicite
00:35:08que jamais
00:35:08cette idée
00:35:09un petit peu du parallèle
00:35:10que je tissais
00:35:11entre le cinéma
00:35:12et la cellule familiale,
00:35:14l'intimité
00:35:15puisque
00:35:16donc Alton
00:35:17qui est le nom
00:35:18de cet enfant
00:35:18prodige plein
00:35:21de pouvoirs mystérieux
00:35:23est à la fois
00:35:24photosensible
00:35:25c'est-à-dire
00:35:26qu'il réagit
00:35:26à l'exposition
00:35:27à la lumière
00:35:27il y a une très belle scène
00:35:28dans le film
00:35:29de lever de soleil
00:35:30comme ça
00:35:30qui va déchaîner
00:35:31ses pouvoirs
00:35:32et en même temps
00:35:32il fonctionne un peu
00:35:33comme un projecteur
00:35:34puisqu'il peut implanter
00:35:35des visions
00:35:36dans le cerveau
00:35:37des gens
00:35:37qui regardent
00:35:37dans les yeux
00:35:38et donc
00:35:38il y a assez directement
00:35:40on pourrait dire
00:35:41une sorte de métaphore
00:35:42du cinéma
00:35:42dans cet enfant
00:35:43que Michael Shannon
00:35:44le double
00:35:45de Jeff Nichols
00:35:46puisque Jeff Nichols
00:35:47l'a fait tourner
00:35:47dans absolument
00:35:48tous ses films
00:35:48essaie comme ça
00:35:49de protéger
00:35:50un peu comme Nichols
00:35:51peut-être va essayer
00:35:51de porter une flamme
00:35:53d'un cinéma
00:35:54un petit peu vacillant
00:35:55on parlait
00:35:57du fantastique
00:35:59de l'extraordinaire
00:36:00dans le cinéma de Nichols
00:36:00et je pense que c'est
00:36:02une question intéressante
00:36:03puisque le fantastique
00:36:04chez lui
00:36:05à mon avis
00:36:05n'est jamais intéressant
00:36:07comment dire
00:36:08en tant que tel
00:36:08ça va plutôt être
00:36:10un moyen
00:36:11de charger
00:36:12les décors
00:36:13de ses films
00:36:14Nichols vient
00:36:15du sud des Etats-Unis
00:36:16quartier très
00:36:18très ruraux
00:36:19et a beaucoup filmé
00:36:20ces décors là
00:36:21de charger ces endroits
00:36:22d'une sorte
00:36:23de
00:36:24de
00:36:24de tensions nouvelles
00:36:25comme si ça venait
00:36:26un peu révéler
00:36:27l'électricité dans l'air
00:36:28qui pesait
00:36:30sur ces décors
00:36:30et
00:36:31Minite Special
00:36:32un peu comme
00:36:33The Yards
00:36:34est à ce titre là
00:36:35un film qui repose
00:36:36sur un mouvement
00:36:36de balancier
00:36:37entre
00:36:37d'un côté
00:36:38l'extraordinaire
00:36:39qui serait un peu
00:36:39le prétexte
00:36:40le fil directeur
00:36:41scénaristique du film
00:36:42cet enfant
00:36:42et au contraire
00:36:44un certain sens
00:36:46de la normalité
00:36:47du quotidien
00:36:48qui va permettre
00:36:50à Nichols
00:36:51de retrouver
00:36:52quelque chose
00:36:52du cinéma classique
00:36:53qu'on voyait
00:36:54beaucoup moins
00:36:55sur les écrans
00:36:55dans les années 90
00:36:56alors que c'était
00:36:57très présent
00:36:58par exemple
00:36:59chez John Ford
00:37:00chez Frank Capra
00:37:01chez William Wellman
00:37:02qui serait l'idée
00:37:03d'utiliser le cinéma
00:37:05pour dresser
00:37:05une peinture
00:37:06du peuple américain
00:37:08de l'Amérique profonde
00:37:10dans tout ce qu'elle a
00:37:11de plus quotidien
00:37:13et parfois
00:37:13de plus désœuvré
00:37:14puisque finalement
00:37:15qu'est-ce qu'on voit
00:37:16dans Minite Special
00:37:17si on nommait
00:37:18les quelques scènes
00:37:19les plus spectaculaires
00:37:20et bien on voit
00:37:20des chambres de motel
00:37:22des aires d'autoroute
00:37:23des pavillons
00:37:24des routes de campagne
00:37:26et Nichols va
00:37:27avec cette espèce
00:37:28de prétexte
00:37:29un peu fantastique
00:37:29comme je le disais
00:37:30finalement retrouver
00:37:31quelque chose
00:37:31d'un territoire américain
00:37:33à l'écran
00:37:33grâce à ça
00:37:35on va rester
00:37:37en périphérie
00:37:38des grandes villes
00:37:39pour le prochain extrait
00:37:40qui sera un extrait
00:37:41tiré de Copeland
00:37:42de James Mangold
00:37:43on va suivre
00:37:44un shérif
00:37:45d'une petite bourgade
00:37:46en périphérie de New York
00:37:47joué par
00:37:48Sylvester Stallone
00:37:49c'est l'extrait numéro 4
00:37:50c'est l'extrait
00:37:55d'une petite bourgade
00:37:56je suis désolée
00:37:57oh jesus
00:37:59je suis désolée
00:38:00oh c'est ok
00:38:00je suis désolée
00:38:01je suis désolée
00:38:01je vais avoir
00:38:02la base
00:38:02call vous
00:38:03c'est encore
00:38:03freddie
00:38:06c'est ce que tu trouves
00:38:08elle va être
00:38:09tellement heureux
00:38:10elle a été
00:38:10elle a été
00:38:11à la fête
00:38:11et je l'ai
00:38:12je l'ai
00:38:12c'est
00:38:13je l'ai
00:38:13c'est
00:38:13je l'ai
00:38:13c'est
00:38:14je l'ai
00:38:14c'est
00:38:14c'est
00:38:15c'est
00:38:16c'est
00:38:17c'est
00:38:17c'est
00:38:17c'est
00:38:17c'est
00:38:18c'est
00:38:38C'est bon, c'est bon.
00:39:08C'est bon, je vais vous dire.
00:39:12Pas vous, un de vous.
00:39:15Pourquoi ? Qu'est-ce qui ?
00:39:16Oh, quelqu'un a fait débrouiller des bouchons.
00:39:19Des bouchons-bouchons.
00:39:21Ah-ha.
00:39:22C'est ça ?
00:39:23C'est juste un de eux.
00:39:26Les autres sont m'insulines.
00:39:27Je ne dis pas à dire Joey, parce qu'il pense qu'il a besoin de ça.
00:39:30Pas que il ne pense pas beaucoup de l'eau, mais de vous.
00:39:34Je vais prendre le bon.
00:39:35Il a besoin de la ville à faire, c'est bon ?
00:39:38Ouais.
00:39:52Donc, Copland, 1997.
00:39:54C'est le deuxième film de James Mangold,
00:39:57qui va suivre l'histoire de ce shérif,
00:39:59piégé dans une existence assez morne,
00:40:02amoureux de sa voisine qui est déjà mariée
00:40:04avec un agent du NYPD,
00:40:06puisque New York est juste à côté
00:40:08de cette petite ville de Garrison
00:40:09où se passe l'intrigue,
00:40:12et qui va, au fil du récit,
00:40:13on pourrait dire attaquer la corruption
00:40:15des policiers locaux,
00:40:17qui sont tous joués par
00:40:19d'assez grands noms du cinéma hollywoodien,
00:40:21Harvey Kettel, Ray Liotta,
00:40:23Robert Patrick,
00:40:23là on aperçoit Peter Berg
00:40:24sur la petite photo encadrée.
00:40:26Avant de revenir à l'extrait,
00:40:29je dis un mot de James Mangold.
00:40:31Je disais tout à l'heure
00:40:32que les cinéastes néoclassiques
00:40:33étaient en relative inadéquation
00:40:35avec la production de leur époque.
00:40:37On pourrait dire que c'est un peu moins vrai
00:40:38de Mangold,
00:40:40qui, pour le coup,
00:40:41a réussi à...
00:40:42Enfin, a réussi.
00:40:43En tout cas, a quelque chose
00:40:44de l'artisan hollywoodien
00:40:47un petit peu par excellence.
00:40:48Il a fait beaucoup de films
00:40:49depuis son premier film en 1995,
00:40:51et on va dire qu'il a oscillé
00:40:54comme ça entre
00:40:55des films plus personnels
00:40:56et des commandes
00:40:57avec ce que ça implique
00:40:59de résultats plus ou moins inégaux
00:41:01et d'éventuelles compromissions
00:41:03puisqu'il a réalisé
00:41:04notamment Night and Day,
00:41:07une comédie très calibrée
00:41:08avec Tom Cruise,
00:41:10deux films autour de Wolverine
00:41:11et le cinquième volet
00:41:13de Indiana Jones,
00:41:14mais aussi, en parallèle de ça,
00:41:16des films pour lesquels
00:41:17il est beaucoup plus reconnu,
00:41:19Walk the Line,
00:41:20le biopic de Johnny Cash,
00:41:22Le Mans 66,
00:41:23ce film de course,
00:41:24Imparfaite Inconnue,
00:41:26biopic sur Bob Dylan,
00:41:27sorti l'an dernier
00:41:28et qui passera
00:41:29dans le cadre de ce cycle
00:41:30que j'aurai l'occasion
00:41:31de présenter
00:41:31en toute fin février,
00:41:34et donc Copland.
00:41:36Et s'il y a, je dirais,
00:41:38une constante
00:41:40ou en tout cas
00:41:41une forte récurrence
00:41:42dans le cinéma de Mangold,
00:41:44et c'est en ça
00:41:44qui m'intéresse
00:41:45dans le cadre
00:41:45de ce petit tour d'horizon
00:41:48du cinéma néoclassique,
00:41:50c'est que dans tous ces films,
00:41:51mais même les plus commerciaux,
00:41:53se posent la question
00:41:54des modèles.
00:41:55On pourrait dire
00:41:56que tous ces personnages
00:41:57sont soit eux-mêmes
00:41:59des modèles,
00:42:01soit vieillissants,
00:42:01c'est le cas
00:42:02dans Indiana Jones,
00:42:03dans Logan,
00:42:04soit en crise
00:42:06avec leur statut
00:42:07de modèle,
00:42:08c'est exemplairement le cas
00:42:08dans Imparfait Inconnue,
00:42:11ou à l'inverse,
00:42:12comme dans Copland,
00:42:13avec ce personnage du shérif,
00:42:14donc Freddy Efflin,
00:42:15c'est le nom du personnage,
00:42:16des admirateurs,
00:42:18donc de l'autre côté
00:42:18on pourrait dire
00:42:19de la barrière,
00:42:20piégés dans ce rôle,
00:42:21piégés dans le fait
00:42:22qu'ils n'ont pas réussi,
00:42:24ou ils n'arrivent pas
00:42:24à être ceux
00:42:25à quoi ils aspirent.
00:42:28Et on se doute évidemment
00:42:29qu'il y a quelque chose
00:42:29de la position de Mangold
00:42:31lui-même
00:42:31dans le cinéma de son époque,
00:42:33puisque, voilà,
00:42:33dès son deuxième film,
00:42:34il se retrouve
00:42:35un peu comme ce shérif
00:42:37d'effet
00:42:37face à tout un tas
00:42:38de légendes
00:42:39du cinéma de l'époque,
00:42:40alors Stallone y compris,
00:42:41mais il y a aussi
00:42:42Fede Noé,
00:42:43Robert De Niro
00:42:43dans le film.
00:42:47Là où il rejoint
00:42:49un cinéaste
00:42:50comme James Gray,
00:42:52c'est aussi
00:42:53sur cette notion
00:42:54que je trouve très belle
00:42:54dans l'extrait
00:42:55que je voulais revenir,
00:42:57c'est sur cette idée
00:42:57d'être finalement
00:42:59bloqué au seuil
00:43:00d'un monde
00:43:01qu'on convoite,
00:43:02mais auquel
00:43:03on n'arrivera jamais
00:43:04à appartenir.
00:43:05Ça, c'est ce qui me semble
00:43:06très beau dans l'extrait,
00:43:07la façon dont,
00:43:08dès que Freddy
00:43:09entre,
00:43:11pénètre dans cette maison,
00:43:13il est rien
00:43:14que le regard
00:43:14de la photo
00:43:15de ce flic du NYPD
00:43:17qui a le statut
00:43:18auquel lui,
00:43:19il rêve,
00:43:19suffit comme ça
00:43:20à le tétaniser,
00:43:21à lui faire faire
00:43:21un demi-tour.
00:43:23Très belle musique,
00:43:23cette fois c'est
00:43:24Howard Shore.
00:43:25Et on pourrait dire
00:43:27que tous les films
00:43:28de Mangold
00:43:30vont graviter
00:43:31comme ça
00:43:31autour de cette
00:43:32distance
00:43:33entre un modèle
00:43:35et un admirateur,
00:43:36cette posture
00:43:37du regardeur
00:43:38et vont être fondés
00:43:40comme ça
00:43:41sur des champs
00:43:43contre champs
00:43:43entre,
00:43:44d'un côté
00:43:44celui qui admire
00:43:45et de l'autre
00:43:46celui qui est admiré.
00:43:48La question
00:43:49qui se pose
00:43:50ensuite,
00:43:50et là où,
00:43:51à mon avis,
00:43:52les films de Mangold
00:43:52souvent sont assez
00:43:53touchants,
00:43:54c'est comment
00:43:55franchir ce gap,
00:43:57comment résorber
00:43:58cet écart
00:43:58et plus largement
00:44:00dans la question
00:44:01de Mangold lui-même,
00:44:02comment tutoyer
00:44:03des figures tutélaires
00:44:04comme Johnny Cash,
00:44:06Bob Dylan
00:44:06et tous les autres.
00:44:07Et la réponse,
00:44:09à mon avis,
00:44:10et c'est très frappant
00:44:10dans ces deux biopics musicaux,
00:44:12donc Walk the Line
00:44:13et Imparfait Inconnu,
00:44:14qui sont par ailleurs
00:44:14des films assez différents,
00:44:16je trouve Imparfait Inconnu
00:44:18un film d'ailleurs supérieur,
00:44:19mais ce qu'ils ont
00:44:20en commun,
00:44:21c'est qu'ils vont
00:44:22transformer
00:44:22leur personnage principal
00:44:24qui est a priori
00:44:25on va dire
00:44:25la star du film
00:44:26en admirateur
00:44:27eux-mêmes.
00:44:28Donc ce sera
00:44:29de June Carter,
00:44:30la chanteuse jouée
00:44:30par Reese Witherspoon
00:44:31dans Walk the Line
00:44:32ou de un peu
00:44:34des légendes du folk
00:44:35Woody Guthrie,
00:44:36Pete Tigger
00:44:36dans Imparfait Inconnu.
00:44:38Et donc,
00:44:39finalement,
00:44:40c'est en tant
00:44:40qu'ils sont eux-mêmes
00:44:41admirateurs
00:44:42que Mangold,
00:44:43grand admirateur
00:44:43du cinéma
00:44:44et de ses figures,
00:44:46va pouvoir s'identifier
00:44:47avec eux
00:44:47et se mettre
00:44:49à leur niveau,
00:44:49on pourrait dire,
00:44:50les tutoyer comme ça.
00:44:52Et là où ça me semble
00:44:52assez intéressant,
00:44:55assez révélateur
00:44:55pour l'objet
00:44:56de la conférence,
00:44:57c'est qu'on peut voir
00:44:59d'une certaine manière
00:45:00ce même raisonnement
00:45:01appliqué à l'histoire
00:45:03du cinéma
00:45:03tout entier,
00:45:04dans un référent
00:45:07dans l'histoire du cinéma
00:45:08dans 3h10 pour Yuma.
00:45:09Donc,
00:45:10James Mangold
00:45:10a réalisé en 2007
00:45:12un remake
00:45:12de ce classique western,
00:45:143h10 pour Yuma,
00:45:161957,
00:45:16film de Delmer Daves,
00:45:19qui raconte
00:45:19comment un simple fermier,
00:45:21Dan Evans,
00:45:22va décider de,
00:45:23va se transformer
00:45:24un peu occasionnellement
00:45:25en garde du corps
00:45:26d'un prisonnier,
00:45:27Ben Wade,
00:45:28pour le guider
00:45:29jusqu'au train
00:45:30qu'il doit l'amener
00:45:30en prison,
00:45:31pour des raisons
00:45:32purement financières,
00:45:33parce qu'il,
00:45:34voilà,
00:45:34pour sauver sa ferme.
00:45:36Et donc,
00:45:36Mangold va réaliser
00:45:37un remake de ce film,
00:45:38cette fois,
00:45:38c'est plus Van Eflin,
00:45:40Glenn Ford,
00:45:40c'est Christian Bale,
00:45:42Russell Crowe.
00:45:43Et donc,
00:45:44la question se pose
00:45:45de comment est-ce que,
00:45:46finalement,
00:45:46Mangold va se mesurer,
00:45:48entre guillemets,
00:45:49à ce classique du genre.
00:45:51Et bien,
00:45:51comment il fait ça ?
00:45:51Il va introduire dans le film,
00:45:53ou plutôt le faire émerger,
00:45:55un personnage qui a été
00:45:56tout à fait tertiaire
00:45:57dans l'original,
00:45:58qui est le fils de Dan Evans,
00:46:00donc le fils de ce fermier
00:46:01qui va faire cet acte héroïque.
00:46:05Et,
00:46:05contrairement à l'original,
00:46:07le personnage,
00:46:08finalement,
00:46:09agit moins,
00:46:10on pourrait dire,
00:46:10par grandeur morale,
00:46:11le film repose moins
00:46:12sur un cas de conscience,
00:46:14qu'il n'agit cette fois
00:46:15pour devenir le modèle
00:46:17qu'il sait qu'il doit être
00:46:18pour inspirer son propre fils.
00:46:21Et donc,
00:46:21il y a ce déplacement,
00:46:22comme ça,
00:46:22de l'enjeu d'un film à l'autre
00:46:24qui, je trouve,
00:46:25révèle bien la posture de Mangold,
00:46:27ce qui l'intéresse dans les films
00:46:28et surtout la façon dont
00:46:29il va inventer comme ça
00:46:31à l'échelle des films,
00:46:33on pourrait dire,
00:46:33des stratégies
00:46:34qui révèlent son propre rapport
00:46:37à la question des modèles.
00:46:40Et là,
00:46:40je pense qu'on arrive
00:46:41à un des nœuds
00:46:42un peu du cinéma classique,
00:46:45c'est que,
00:46:45je pense que là où
00:46:47tous les cinéastes
00:46:48dont on parle ce soir
00:46:48sont les plus intéressants,
00:46:50c'est moins dans leur capacité
00:46:52à faire illusion,
00:46:53à faire comme le cinéma classique,
00:46:55que précisément
00:46:56à mesurer cette distance,
00:46:58à l'intégrer,
00:46:59la refléter,
00:47:01la digérer
00:47:02à travers les films,
00:47:03à travers la mise en scène,
00:47:04la fiction,
00:47:05pour recréer une passerelle
00:47:07entre le moment présent
00:47:09et ce cinéma,
00:47:10un peu leur racine de cinéma.
00:47:14C'est aussi là
00:47:15où, à mon avis,
00:47:15on peut exonérer
00:47:17en partie
00:47:18le cinéma néoclassique
00:47:19d'un des reproches
00:47:20qui lui est souvent fait,
00:47:21qui serait celui,
00:47:22en gros,
00:47:22d'un cinéma académique
00:47:23qui va essayer
00:47:25de rejouer
00:47:25comme ça
00:47:26des formules
00:47:27déjà usitées
00:47:29et au risque
00:47:30un peu de films
00:47:31en forme de bonne copie
00:47:32mais sans inventivité.
00:47:33Je trouve qu'au contraire,
00:47:34alors évidemment,
00:47:35il y a des films
00:47:35plus ou moins bons
00:47:36dans les filmographies
00:47:37des cinéastes
00:47:37dont je parle,
00:47:38mais à mon avis,
00:47:39c'est des films
00:47:39qui sont justement intéressants
00:47:40quand ils intègrent
00:47:42cette distance,
00:47:43quand ils la transforment
00:47:44en stratégie de mise en scène.
00:47:46C'est là où on va pouvoir
00:47:47un peu agrandir
00:47:48notre petit corpus,
00:47:50donc là,
00:47:50je vais aller un peu plus vite
00:47:51sur certains cinéastes.
00:47:53Notamment en intégrant
00:47:54des cinéastes
00:47:55qui ne sont pas
00:47:55des millenials,
00:47:57je pense par exemple
00:47:57à James Cameron,
00:47:58vous avez peut-être vu
00:47:59Avatar 3
00:48:00qui est sorti
00:48:00il y a à peu près
00:48:01un mois,
00:48:03James Cameron
00:48:04qui,
00:48:05pour raviver,
00:48:07ressusciter
00:48:07les grands mélodrames
00:48:08hollywoodiens,
00:48:09les grandes fresques
00:48:10hollywoodiennes,
00:48:11va venir les brancher
00:48:12comme ça
00:48:12à d'incroyables machines,
00:48:13que ce soit
00:48:14un paquebot titanesque
00:48:15dans Titanic
00:48:17ou la forêt
00:48:19de Pandora
00:48:20qui est en forme
00:48:20de réseaux informatiques
00:48:21géants
00:48:21comme ça
00:48:22dans les Alatars.
00:48:23Donc il y aurait
00:48:23chez lui
00:48:23cette idée
00:48:24un peu transhumaniste
00:48:25à la fois
00:48:26à l'intérieur
00:48:26de la fiction
00:48:27et dans les moyens
00:48:28avec lesquels
00:48:29elle va voir le jour
00:48:30sur l'écran,
00:48:31ces nouveaux moyens
00:48:31technologiques,
00:48:32une espèce de manière
00:48:34de retourner
00:48:35à une sorte
00:48:35d'idéal
00:48:37du cinéma classique.
00:48:41On pourrait parler aussi
00:48:42d'un cinéaste
00:48:43comme Michael Mann,
00:48:44je vais essayer
00:48:44de ne pas être trop long,
00:48:45une conférence entière
00:48:46serait nécessaire,
00:48:47qui fait partie
00:48:50je pense
00:48:50de ces cinéastes
00:48:51qui sont
00:48:51partiellement néoclassiques.
00:48:53Certains de ces films
00:48:54je pense rentrent
00:48:55dans cette catégorie,
00:48:56d'autres beaucoup moins,
00:48:57je pense qu'il y a
00:48:57une rupture assez forte
00:48:59au moment de révélation,
00:49:00je ne sais pas si vous
00:49:01connaissez ce film
00:49:01de 1999,
00:49:03esthétiquement on va dire
00:49:03qu'il y a un shift
00:49:04un petit peu à ce moment-là,
00:49:06mais un film comme
00:49:07Hit
00:49:07est évidemment
00:49:09une des pierres angulaires,
00:49:11un des joyaux
00:49:11un petit peu
00:49:12du cinéma néoclassique
00:49:13qui va reprendre
00:49:14comme ça
00:49:14une architecture
00:49:16de films noirs
00:49:17de films de gangsters,
00:49:18on peut y voir
00:49:19beaucoup de
00:49:20comment dire
00:49:21pas de références
00:49:22mais disons
00:49:22on sent que Mann
00:49:24a beaucoup vu
00:49:24et aimé
00:49:25quand la ville d'or
00:49:26de John Huston
00:49:27The Asphalt Jungle
00:49:28mais avec cette idée
00:49:29de presque doubler
00:49:31la durée du film
00:49:33puisque Hit
00:49:33ça dure trois heures
00:49:33pour creuser au maximum
00:49:35ces deux figures principales
00:49:36le flic d'un côté
00:49:38et le voleur de l'autre
00:49:39jusqu'au point de rupture
00:49:40au moment où
00:49:40ils vont se rejoindre
00:49:41ce qui fait comme ça
00:49:42du film
00:49:43une espèce de
00:49:43un peu de pierre terminale
00:49:45de ce genre.
00:49:48Pour rester dans l'héritage
00:49:49du polar
00:49:50et du polar urbain
00:49:52on pourrait ajouter
00:49:53un cinéaste
00:49:54et en tout cas
00:49:55un film
00:49:56qui d'ailleurs
00:49:56va passer ici
00:49:58le dimanche 18
00:49:59à 17h30
00:50:00notez-le bien
00:50:00c'est très important
00:50:02qui est donc
00:50:02Traîner sur le bitume
00:50:03et son réalisateur
00:50:04Eskrex Zaller
00:50:05alors Eskrex Zaller
00:50:06c'est à mon avis
00:50:08je pense
00:50:08le cinéaste américain
00:50:10le plus intéressant
00:50:10à avoir émergé
00:50:11pendant la décennie 2010
00:50:13bien qu'il ait fait que 3 films
00:50:14qui est cinéaste
00:50:16et romancier d'ailleurs
00:50:17qui a fait plus de romans
00:50:17que de films
00:50:18il faut croire
00:50:19que c'est plus facile
00:50:20à financer
00:50:20et qui
00:50:22à l'écrit
00:50:23ou à l'écran
00:50:24aura retravaillé
00:50:25comme ça
00:50:26tout un tas de gens
00:50:27le western notamment
00:50:28c'est le cas
00:50:29dans Bonne Tomahawk
00:50:30ce film qui mélange
00:50:31western
00:50:32avec cinéma gore
00:50:34cinéma horrifique
00:50:34le film de prison
00:50:36très inspiré
00:50:36notamment d'un film
00:50:37de Dunsigle
00:50:38avec section 99
00:50:39et donc encore une fois
00:50:40le polar
00:50:41avec Traîner sur le bitume
00:50:43drague de crosse concrete
00:50:44film de 2019
00:50:45avec à chaque fois
00:50:47que ce soit
00:50:48dans ses livres
00:50:49ou dans ses films
00:50:49ce sentiment
00:50:51que les personnages
00:50:52vont devoir
00:50:52porter sur leurs épaules
00:50:53là on retrouve
00:50:54notre film néoclassique
00:50:56mais un monde
00:50:57en voie
00:50:58de décrépitude
00:51:00à moitié décati
00:51:01la passerelle
00:51:04on pourrait dire
00:51:04à ce moment là
00:51:05de Zaller
00:51:05et c'est d'ailleurs
00:51:06quelque chose
00:51:06qui est vraiment génial
00:51:08je pense
00:51:08dans Traîner sur le bitume
00:51:09qui va lui permettre
00:51:10on pourrait dire
00:51:11de retrouver un peu
00:51:13d'équilibre dans ce monde
00:51:13ça va être son attention
00:51:14scrupuleuse
00:51:16aux détails
00:51:17aux procédures
00:51:18aux évaluations
00:51:20aux jugements
00:51:21Traîner sur le bitume
00:51:22c'est un film
00:51:22où les personnages
00:51:23qui sont deux flics ripoux
00:51:24passent leur temps
00:51:25à calculer des angles d'attaque
00:51:27évaluer des probabilités
00:51:29et donc il y aurait
00:51:30dans cette espèce
00:51:30de recours
00:51:32un peu
00:51:32à la géométrie
00:51:33on pourrait dire
00:51:34un moyen
00:51:35de tenir à distance
00:51:36la violence arbitraire
00:51:38du monde qui les entoure
00:51:39Zaller
00:51:40je pense que c'est aussi
00:51:41un cinéaste
00:51:41intéressant
00:51:42puisque ce serait
00:51:44un de ceux
00:51:44chez qui
00:51:45ce sentiment néoclassique
00:51:47résonne le plus
00:51:48avec l'envie
00:51:49de s'emparer
00:51:50d'un climat politique
00:51:51de l'Amérique contemporaine
00:51:53on pourrait dire
00:51:54chez lui
00:51:54que la disparition
00:51:56des formes classiques
00:51:57mais aussi
00:51:57des corps classiques
00:51:58va de pair
00:52:00avec l'envie
00:52:01de prendre la température
00:52:03d'une certaine
00:52:04Amérique
00:52:04blanche
00:52:05déclassée
00:52:06qui va devoir
00:52:07laisser sa place
00:52:08parfois
00:52:08avec perte et fracas
00:52:12c'est tout à fait
00:52:13raconté
00:52:14mesuré
00:52:15problématisé
00:52:15d'entraîner sur le bitume
00:52:17à de nouveaux corps
00:52:18de nouvelles cultures
00:52:19on pourrait
00:52:21pour se changer
00:52:22un peu les idées
00:52:22parce qu'on n'a pas
00:52:23beaucoup rigolé
00:52:23jusqu'ici
00:52:24parler de James L. Brooks
00:52:25cinéaste
00:52:27notamment très connu
00:52:28parce qu'il a été
00:52:29producteur
00:52:30et scénariste
00:52:31pour la télévision
00:52:32mais qui a fait aussi
00:52:33des films
00:52:33à partir de 83
00:52:34Tendre Passion
00:52:35avec Jack Nicholson
00:52:36qui s'est spécialisé
00:52:38dans la comédie sentimentale
00:52:40on pourrait dire
00:52:41et chez qui
00:52:42l'expression des sentiments
00:52:44c'est des grands films
00:52:45sur la question
00:52:46de la communication
00:52:47semble ne plus aller
00:52:49d'elle-même
00:52:49demande un effort
00:52:51supplémentaire
00:52:52demande de passer
00:52:53la barrière d'une langue
00:52:54demande une deuxième prise
00:52:56on passe son temps
00:52:56à dire une chose
00:52:58puis se contredire
00:52:59faire une action
00:52:59puis la refaire plus tard
00:53:00parce que
00:53:01on a affûté
00:53:02notre jugement
00:53:03et donc il y aurait
00:53:05comme ça
00:53:05cette espèce
00:53:05de distance supplémentaire
00:53:07qui sépare
00:53:08les personnages
00:53:09dans les comédies romantiques
00:53:10de James L. Brooks
00:53:11de l'autoroute
00:53:13un petit peu
00:53:13de la romance
00:53:14comme on l'a pu la voir
00:53:15dans certains classiques
00:53:16hollywoodiens
00:53:17il y a une citation
00:53:18de Jean-Sébastien Chauvin
00:53:20au sujet du
00:53:21dernier film en date
00:53:23entre guillemets
00:53:23puisque James L. Brooks
00:53:24a sorti un film
00:53:25aux Etats-Unis
00:53:25fin 2025
00:53:27dont la sortie française
00:53:28début 2026
00:53:29a été annulée
00:53:30faute de résultats
00:53:30au box-office
00:53:31donc ça c'est Ella Mackay
00:53:32qu'on devrait sûrement
00:53:33réussir à voir
00:53:34mais donc son précédent film
00:53:35Comment savoir
00:53:36et Chauvin écrivait
00:53:38c'est comme si aujourd'hui
00:53:39pour les créatures
00:53:40de ce nouveau siècle
00:53:40l'accès immédiat aux choses
00:53:42était une denrée rare
00:53:43donc il y aurait cette idée
00:53:44on pourrait dire
00:53:45néoclassique
00:53:46d'une distance supplémentaire
00:53:48d'un pas supplémentaire
00:53:49à faire
00:53:49pour retrouver
00:53:50une forme d'évidence
00:53:51un petit peu
00:53:52des sentiments
00:53:52et on pourrait dire
00:53:54à peu près la même chose
00:53:55des personnages
00:53:56de Nora Ephron
00:53:57autre spécialiste
00:53:58de la comédie romantique
00:53:59elle a aussi écrit
00:54:00elle ne l'a pas réalisé
00:54:01parce que c'est pour ça
00:54:02qu'il n'est pas sur cette diapo
00:54:03mais Quand Harry rencontre Sally
00:54:05un classique du genre
00:54:06où on va retrouver
00:54:09un peu cette distance supplémentaire
00:54:12par rapport à l'évidence
00:54:13des sentiments
00:54:14en particulier dans deux films
00:54:15qui sont
00:54:15Nuit Blanche à Seattle
00:54:17et Vous avez un message
00:54:18vous avez un message
00:54:19qui est d'ailleurs
00:54:19un remake direct
00:54:21de Rendez-vous de Lubitsch
00:54:22donc là le lien
00:54:23avec le cinéma classique
00:54:23est assez évident
00:54:25et ce qui est très intéressant
00:54:28par exemple
00:54:28dans Nuit Blanche à Seattle
00:54:30donc comédie romantique
00:54:31Tom Hanks
00:54:31Meg Ryan
00:54:32c'est la façon
00:54:34dont on pourrait dire
00:54:35le film va rejouer
00:54:37les motifs
00:54:38de la comédie romantique
00:54:39mais à l'heure
00:54:40du contemporain
00:54:40en tout cas
00:54:41du contemporain
00:54:41de la sortie des films
00:54:42c'est à dire
00:54:43une espèce de comédie romantique
00:54:44à distance
00:54:45par téléphone
00:54:47radio
00:54:48message interposé
00:54:49courrier
00:54:49par informatique
00:54:51en particulier
00:54:52vous avez un message
00:54:53et où les personnages principaux
00:54:55en fait
00:54:55dans Nuit Blanche à Seattle
00:54:56ne se rencontrent
00:54:57qu'à la toute fin
00:54:58à la toute fin du film
00:54:59il y a d'ailleurs
00:55:00une scène assez révélatrice
00:55:02on pourrait dire
00:55:03de ce côté néoclassique
00:55:04chez Nora Ephron
00:55:05dans Nuit Blanche à Seattle
00:55:07puisqu'on voit l'héroïne
00:55:08qui regarde à la télévision
00:55:10Elle et lui
00:55:10de Léo Maccaret
00:55:12donc Carrie Grant
00:55:13Deborah Kerr
00:55:14en s'exclamant que
00:55:15c'était une époque
00:55:16où les gens
00:55:17savaient aimer
00:55:17avant de donner
00:55:18elle-même rendez-vous
00:55:19à Tom Hanks
00:55:20en haut de l'Empire State Building
00:55:21comme les personnages
00:55:22du film de Léo Maccaret
00:55:23et donc
00:55:24il y a un peu
00:55:24cette idée
00:55:26que finalement
00:55:26face aux grandes distances
00:55:28qui séparent
00:55:28les individus
00:55:29de notre monde contemporain
00:55:32et bien
00:55:32le cinéma néoclassique
00:55:33enfin le cinéma classique
00:55:34plutôt
00:55:35va constituer
00:55:36un moyen de
00:55:37résorber la distance
00:55:38et de redonner foi
00:55:39en l'amour
00:55:40puisque
00:55:40encore une fois
00:55:41on retrouve ce sentiment
00:55:42de perte
00:55:42dans Nuit Blanche à Seattle
00:55:44le personnage de Tom Hanks
00:55:45a perdu sa femme
00:55:46et pense qu'il ne pourra
00:55:46plus jamais aimer
00:55:47et donc le cinéma
00:55:48le cinéma classique
00:55:50agit comme une sorte
00:55:50de réparateur
00:55:51à cet endroit-là
00:55:52et enfin
00:55:55pour finir
00:55:55ce petit tour d'horizon
00:55:57on pourrait parler
00:55:58de Peter Bogdanovitch
00:56:00qui est un petit peu
00:56:01un néoclassique
00:56:02on pourrait dire
00:56:03avant l'heure
00:56:04puisqu'en fait
00:56:04Bogdanovitch
00:56:05est un cinéaste
00:56:06qui appartient
00:56:07à la génération
00:56:07des cinéastes
00:56:08du Nouvelle Hollywood
00:56:08il fait d'ailleurs
00:56:09son premier film
00:56:09la cible
00:56:10à la toute fin
00:56:11des années 60
00:56:11mais contrairement
00:56:13aux autres cinéastes
00:56:14de son époque
00:56:14qui ont un peu
00:56:15pris le train
00:56:16de la modernité
00:56:16encore une fois
00:56:17je simplifie
00:56:18il y a plein de cas
00:56:19particuliers
00:56:21lui va tout de suite
00:56:23avoir ce sentiment
00:56:24qu'un renouveau Hollywood
00:56:26veut dire
00:56:27la fin d'un certain Hollywood
00:56:28et d'ailleurs
00:56:28Bogdanovitch
00:56:29qui était critique
00:56:30avant des cinéastes
00:56:31a passé toutes les années 60
00:56:32à recueillir
00:56:33la parole
00:56:34de John Ford
00:56:35Hawkes
00:56:35Alan Dwan
00:56:36et tous les autres cinéastes
00:56:37les plus importants
00:56:38de l'époque
00:56:38puisqu'il sentait bien
00:56:40que la fin d'une ère
00:56:42approchait
00:56:42et aura tout de suite
00:56:45dans ses films
00:56:46on pourrait dire
00:56:47intégrer
00:56:48sur un mode
00:56:49mélancolique
00:56:49amplifié
00:56:50certains éléments
00:56:52caractéristiques
00:56:53du cinéma
00:56:53par exemple
00:56:54de John Ford
00:56:54dans La dernière séance
00:56:56ou La barbe à papa
00:56:57ou de la comédie
00:56:59à la overdox
00:57:00dans What's Up Doc
00:57:02ou Broadway Therapy
00:57:03qui est son dernier film
00:57:032014
00:57:04donc il y a
00:57:06chez Bogdanovitch
00:57:07combien même
00:57:08il appartient pas vraiment
00:57:09aux générations
00:57:11de cinéastes néoclassiques
00:57:13ce même
00:57:13anachronisme
00:57:15un petit peu malgré soi
00:57:16ce regard dans le rétroviseur
00:57:18typique du cinéma
00:57:18néoclassique
00:57:19et cette sensation
00:57:20de la fin
00:57:22d'une période
00:57:23d'insouciance
00:57:24ou d'innocence
00:57:24je vous propose
00:57:27pour rester sur cette notion
00:57:29et en même temps
00:57:30faire honneur
00:57:30à la rétrospective
00:57:31intégrale
00:57:31Jeff Nichols
00:57:32organisée pendant ce cycle
00:57:33de terminer
00:57:34avec un dernier extrait
00:57:35du dernier film
00:57:37de Jeff Nichols
00:57:38qui est
00:57:38The Bike Riders
00:57:39portrait
00:57:40d'une bande
00:57:41de motards
00:57:42dans les années 60
00:57:43qui est racontée
00:57:44intégralement
00:57:45à partir du témoignage
00:57:46de la compagne
00:57:48d'un de ces motards
00:57:49et donc là
00:57:51c'est un double extrait
00:57:52j'ai collé deux moments
00:57:53du film
00:57:53dans ce que vous allez voir
00:57:54où va être question
00:57:56le personnage de Johnny
00:57:57qui est le fondateur
00:57:58du club
00:57:59c'est le personnage
00:57:59joué par Tom Hardy
00:58:00et donc on va voir
00:58:01un extrait
00:58:01au moment de la création
00:58:03et un autre extrait
00:58:04plutôt pas loin
00:58:05de la dissolution
00:58:06en tout cas
00:58:06d'un certain visage
00:58:07du club
00:58:08c'est l'extrait numéro 5
00:58:10tell me more
00:58:12about Johnny
00:58:13like what
00:58:14I don't know
00:58:15like how he
00:58:16started the club
00:58:17you know how
00:58:17he started the club
00:58:18I heard he was
00:58:19watching TV
00:58:20you know Johnny's
00:58:21not like the rest
00:58:21of these guys
00:58:22you know how
00:58:23they're all bums
00:58:24I mean he's not
00:58:24a square or nothing
00:58:26but Johnny's
00:58:27got a good job
00:58:27you know he's
00:58:28had the same job
00:58:29as long as I've
00:58:29known about him
00:58:30what was that
00:58:30truck driver
00:58:31he's a truck driver
00:58:33you know short roads
00:58:34you know like the Midwest
00:58:34but I mean he's
00:58:35got a family
00:58:36right
00:58:37yeah
00:58:37two daughters
00:58:38his wife Betty
00:58:39she's alright
00:58:40you know
00:58:41I mean a lot
00:58:42of these girls
00:58:42I can't stand
00:58:44a beer on
00:58:44because it's always
00:58:45you know
00:58:46that's my man
00:58:47don't be looking
00:58:48at my man
00:58:49you know
00:58:49but Betty
00:58:50she's not like that
00:58:51hey what do you
00:58:52mean by um
00:58:52Johnny was
00:58:53watching TV
00:58:54he was watching
00:58:57um Marlon Brando
00:58:59on TV
00:58:59and got the idea
00:59:00for the club
00:59:01I mean that's
00:59:01what I heard
00:59:02anyway
00:59:03what do you got
00:59:15what do you got
00:59:17what
00:59:19did you hear
00:59:22yeah
00:59:22any ideas
00:59:34a few
00:59:35a few
00:59:36but I want to take a look at the test before I commit
00:59:39how was your evening
00:59:43where the girls
00:59:44how we're friends
00:59:45yeah I gotta head out
00:59:48you coming back tonight
00:59:50yeah
00:59:51grab some eggs on your way home
00:59:53I don't want to get out again
00:59:55well I apologize
00:59:57for the way she acted
00:59:58Steve
00:59:58or with late
00:59:59Kay was a guest star coming out
01:00:01yeah
01:00:01she was very content
01:00:02she couldn't understand why I wasn't
01:00:06on the changement d'ambiance
01:00:09entre les deux moments
01:00:10que je vous ai montré
01:00:11je parlais donc de
01:00:13d'inventer des passerelles
01:00:15pour renouer avec
01:00:15ce moment de l'âge d'or
01:00:17cette idée en tout cas
01:00:18d'un âge d'or
01:00:18et on pourrait dire que celle
01:00:20de Bike Rider
01:00:21c'est donc ce récit
01:00:22rétrospectif
01:00:23raconté donc
01:00:25non pas par
01:00:26un des bikers
01:00:27mais par Cathy
01:00:28cette femme que vous avez vue
01:00:29qui a une position
01:00:30intermédiaire
01:00:31à la fois
01:00:31un pied dans le club
01:00:33et un pied en dehors
01:00:34et
01:00:36je pense que c'est
01:00:38un peu l'une des forces
01:00:39du film
01:00:40ce dispositif
01:00:41puisque
01:00:41avec cette espèce
01:00:42de
01:00:43pas de recul potentiel
01:00:45pendant tout le film
01:00:46Nichols va réussir
01:00:47à articuler
01:00:48en fait
01:00:48deux facettes
01:00:50on aurait d'une part
01:00:51on pourrait dire
01:00:52l'idéal
01:00:53des motards
01:00:54le côté
01:00:55l'idéal
01:00:57rebelle
01:00:57romantique
01:00:59la vitesse
01:01:00ce pouvoir
01:01:01d'abstraction
01:01:02de la vie quotidienne
01:01:03cette iconographie
01:01:04un petit peu
01:01:05du biker
01:01:06à la Marlon Brando
01:01:07comme on voit
01:01:09dans le film
01:01:09dans l'équipé sauvage
01:01:11qui a réalisé
01:01:14l'équipé sauvage
01:01:15d'ailleurs
01:01:15bien joué
01:01:17bien joué
01:01:17c'était pas facile
01:01:18bien joué
01:01:19donc on a
01:01:22à la fois
01:01:22on pourrait dire
01:01:23cette iconographie
01:01:24romantique
01:01:24du biker
01:01:25et
01:01:26son envers
01:01:27beaucoup plus
01:01:28trivial
01:01:29miteux
01:01:30quotidien
01:01:31en tout cas
01:01:31beaucoup moins
01:01:32glorieux
01:01:33et qui est en fait
01:01:34déjà résumé
01:01:35dans le premier extrait
01:01:35on voit bien que
01:01:36finalement
01:01:37le Johnny du film
01:01:38ce n'est pas
01:01:39le personnage de Brando
01:01:40qui s'appelait Johnny
01:01:40dans l'équipé sauvage
01:01:41ce rebelle
01:01:42pur et dur
01:01:43c'est au contraire
01:01:44celui de Tom Hardy
01:01:45qui fait un peu
01:01:46une sorte d'imitation
01:01:47un petit peu de Brando
01:01:48en tout cas
01:01:48qui se rêverait en Brando
01:01:50mais qui est en fait
01:01:51une espèce de quinquagénaire
01:01:52à la vie
01:01:53beaucoup plus
01:01:54beaucoup plus
01:01:54morne et triste
01:01:55ça fait un peu
01:01:57pour sortir
01:01:59les grandes expressions
01:01:59mais un peu
01:02:00de The Bike Riders
01:02:01je dirais
01:02:02le film néoclassique
01:02:03ultime
01:02:04au sens où
01:02:05il parvient à la fois
01:02:07à problématiser
01:02:08cette question
01:02:08d'un passé doré
01:02:10auquel on se réfère
01:02:11et à lui rendre justice
01:02:13à nous donner à voir
01:02:14cette sorte d'utopie
01:02:16un peu réalisée
01:02:17sans être jamais
01:02:18trop béatement
01:02:19sans jamais trop béatement
01:02:21l'accréditer
01:02:21et là où le film
01:02:23devient à mon avis
01:02:24assez beau
01:02:26c'est dans cette manière
01:02:27de distiller
01:02:29on pourrait dire
01:02:30la fin de l'époque
01:02:31où cette illusion
01:02:32à laquelle on souscrit
01:02:33volontiers
01:02:34ce vent de liberté
01:02:35aussi fragile soit-il
01:02:37va prendre fin
01:02:38et ça
01:02:39ça se traduit
01:02:40assez directement
01:02:41dans la structure
01:02:41du film
01:02:42puisque si la
01:02:43première partie
01:02:45est un peu
01:02:46sur le mode
01:02:47de la chronique
01:02:48on pourrait dire
01:02:49presque de la
01:02:49série de portrait
01:02:51puisque le film
01:02:51est adapté
01:02:52d'un livre de photographie
01:02:53de Danny Lyon
01:02:55qui est le personnage
01:02:55que vous voyez
01:02:56qui tient le micro
01:02:57dans l'extrait
01:02:58et donc la première partie
01:02:59va être comme ça
01:03:00une série un petit peu
01:03:01de moments
01:03:01où on suit la vie du club
01:03:03sur le mode de la chronique
01:03:04et la deuxième moitié
01:03:05au contraire
01:03:06va on pourrait dire
01:03:08progressivement
01:03:09reprendre une structure
01:03:10un peu plus dramaturgique
01:03:11à mesure que
01:03:12certains marqueurs
01:03:13temporels précis
01:03:14vont faire irruption
01:03:15dans le film
01:03:16notamment
01:03:17la question
01:03:18de jeunes membres
01:03:20du club
01:03:20qui reviennent
01:03:21du Vietnam
01:03:21l'héroïne
01:03:22plutôt que le cannabis
01:03:23un personnage
01:03:24aux allures
01:03:25un peu de Charles Manson
01:03:26qui nous rappelle
01:03:27la fin de l'utopie
01:03:28des années 60
01:03:29et donc progressivement
01:03:30le film va
01:03:31on pourrait dire
01:03:31retourner sur des rails
01:03:32et donc se précipiter
01:03:33vers sa fin
01:03:34et je trouve qu'on sent bien
01:03:35là dans le double extrait
01:03:37que je vous ai montré
01:03:38un petit peu
01:03:39l'idée que
01:03:40en quelques scènes
01:03:44le monde s'est dépeuplé
01:03:45et comme on le voit
01:03:46à travers la télévision
01:03:47c'est presque toute une époque
01:03:48qui a basculé
01:03:49avant on avait
01:03:50au cinéma
01:03:51enfin à la télévision
01:03:53le cinéma
01:03:54maintenant
01:03:54des sitcoms
01:03:56etc
01:03:56et on sent qu'à travers
01:03:57ce petit détail
01:03:58il y a tout un imaginaire
01:04:00qui a basculé
01:04:01et voilà
01:04:02ce rêve un peu sur vous
01:04:03ne va plus être
01:04:04ne va plus être possible
01:04:05et je pense que
01:04:08il y a cette idée
01:04:09récurrente et très belle
01:04:10dans le cinéma néoclassique
01:04:11de la parenthèse
01:04:13qui se referme
01:04:14comme si
01:04:15le retour de l'histoire
01:04:17vraiment de la
01:04:17de la chronologie
01:04:18allait forcément
01:04:19précipiter
01:04:20la fin
01:04:21d'un âge d'or
01:04:22reconstruit
01:04:23par le cinéma
01:04:23et c'est là
01:04:25à mon avis aussi
01:04:26où le cinéma néoclassique
01:04:27finalement dit quelque chose
01:04:28de l'histoire américaine
01:04:31et pas seulement
01:04:31l'histoire des formes
01:04:32hollywoodiennes
01:04:33mais traduit un petit peu
01:04:35un sentiment
01:04:36je dirais
01:04:37profondément mélancolique
01:04:39alors évidemment
01:04:40le cinéma américain
01:04:40n'a pas attendu
01:04:41les cinéastes néoclassiques
01:04:42pour être mélancoliques
01:04:43le cinéma du nouvel Hollywood
01:04:45on pourrait dire
01:04:46joue en permanence
01:04:47l'euphorie
01:04:47et la gueule de bois
01:04:48mêlée
01:04:49mais là
01:04:50cette idée que
01:04:50ce moment particulier
01:04:53doré
01:04:53du cinéma américain
01:04:55et de l'histoire américaine
01:04:56l'utopie des années 60
01:04:58aura mis
01:04:58quelques générations
01:04:59à se digérer
01:05:00et donc on arrive
01:05:01à cette génération
01:05:02des cinéastes néoclassiques
01:05:03qui sont
01:05:03des cinéastes
01:05:05qui ne croient plus
01:05:06à
01:05:07on pourrait dire
01:05:08à l'avancée de l'histoire
01:05:09comme un horizon
01:05:11enviable
01:05:12prometteur
01:05:13ou rédempteur
01:05:14mais qui le voient
01:05:15au contraire
01:05:15comme le début
01:05:17d'une nuit
01:05:17qui va s'abattre
01:05:18sur un âge d'or
01:05:19et c'est d'ailleurs
01:05:22une chose
01:05:23qu'on retrouve
01:05:24dans les deux films
01:05:25que je mentionnais tout à l'heure
01:05:26les films néoclassiques
01:05:27des frères Cohen
01:05:28No Country for All Men
01:05:30et Inside Léwin Davis
01:05:31un film que vous connaissez
01:05:32sûrement
01:05:33dans No Country
01:05:35cette idée
01:05:36du retour de l'histoire
01:05:37elle est un peu plus
01:05:37métaphorique
01:05:39abstraite
01:05:39mais le film commence
01:05:40comme ça
01:05:40par ces panoramas
01:05:42un petit peu
01:05:42ancestraux
01:05:44de l'Amérique
01:05:44une espèce d'Amérique
01:05:45comme ça
01:05:46endormie
01:05:47un petit peu légendaire
01:05:48puisqu'il est question
01:05:49comme ça
01:05:49des vieilles histoires
01:05:51qu'on se passe
01:05:51de génération en génération
01:05:52à travers
01:05:53le personnage du shérif
01:05:54joué par Tommy Lee Jones
01:05:55dans le film
01:05:56et progressivement
01:05:57le mouvement
01:05:58va apparaître
01:05:59dans le film
01:05:59et on va dire
01:06:00mettre fin
01:06:02à cette espèce
01:06:02d'Amérique rêvée
01:06:03avec l'apparition
01:06:04de figures
01:06:05même si le film
01:06:05se passe en 1980
01:06:07donc on est un petit peu
01:06:07après le moment
01:06:08un peu des utopies
01:06:10mais avec
01:06:11le Vietnam
01:06:12qui va être mentionné
01:06:12plusieurs fois
01:06:13et cette espèce
01:06:14de personnage
01:06:14de tueur
01:06:15très inspiré
01:06:16de la nouvelle
01:06:17violence froide
01:06:17qui avait lieu
01:06:18aux Etats-Unis
01:06:18à ce moment-là
01:06:19et dans
01:06:21Inside Léwin Davis
01:06:22là ça va être
01:06:22de manière encore plus
01:06:23directe et explicite
01:06:25donc le film suit
01:06:26un chanteur folk
01:06:28Léwin Davis
01:06:29donc joué par Oscar Isaac
01:06:30qui
01:06:30encore une fois
01:06:31on y revient
01:06:32à manquer
01:06:32son âge d'or
01:06:33puisqu'il avait un duo
01:06:34très prometteur
01:06:35avec un partenaire
01:06:36qui est décédé
01:06:37et qui donc vit
01:06:38un petit peu
01:06:38au jour le jour
01:06:39et on retrouve
01:06:40cette forme
01:06:40on pourrait dire
01:06:41de la chronique
01:06:42voire de la boucle
01:06:43on a l'impression
01:06:44que chaque journée
01:06:45commence un petit peu
01:06:45de la même manière
01:06:46il se réveille
01:06:46dans le canapé
01:06:47de quelqu'un d'autre
01:06:47puisqu'il a
01:06:48tout un tas
01:06:48de plans
01:06:50plus ou moins
01:06:50brinque-ballant
01:06:52qui lui permettent
01:06:53de vivoter
01:06:53la fin du film
01:06:54d'ailleurs
01:06:55fait mine
01:06:56de reboucler
01:06:56avec le début
01:06:57il y a cette construction
01:06:58cyclique
01:06:59qui est très forte
01:07:00ça commençait
01:07:02par un concert
01:07:02ça se termine
01:07:03par un concert
01:07:03un petit peu
01:07:04dans les mêmes conditions
01:07:04etc
01:07:05à la différence près
01:07:06que cette fois
01:07:07qui passe après
01:07:08Léwin Davis
01:07:09sur scène
01:07:10c'est un jeune chanteur
01:07:11qui n'est pas nommé
01:07:12dans le film
01:07:13et qu'on identifie
01:07:13directement
01:07:14comme Bob Dylan
01:07:15et donc là
01:07:16on pourrait dire
01:07:17l'irruption
01:07:18de ce marqueur
01:07:19historique très fort
01:07:20de cette figure
01:07:20que nous publics
01:07:21on reconnaît instantanément
01:07:22comme ayant été
01:07:25un moment décisif
01:07:27de l'histoire de la musique
01:07:27va briser
01:07:28on pourrait dire
01:07:29la bulle
01:07:29constituée par le film
01:07:30et voilà
01:07:32puisqu'on sait très bien
01:07:32nous en tant que spectateur
01:07:34que c'est Bob Dylan
01:07:35et non pas Léwin Davis
01:07:37qui aura marqué
01:07:38le monde de la musique
01:07:39le monde de la pop
01:07:40enfin de la folk
01:07:41occupé cette place
01:07:42et on pourrait dire
01:07:43même avoir mis fin
01:07:45à une idée de la folk
01:07:46puisque Dylan
01:07:46était aussi vu
01:07:47comme un faux soyeur
01:07:48d'une certaine folk
01:07:49c'est ce qui est aussi
01:07:50très bien raconté
01:07:50dans Imparfait Inconnu
01:07:52et que donc
01:07:53voilà
01:07:53cette espèce de rêve
01:07:55hors du temps
01:07:56de Léwin Davis
01:07:57va se fissurer
01:07:58à l'arrivée
01:07:59de ce personnage
01:08:00et je tenais à finir
01:08:03un petit peu
01:08:03sur cette idée
01:08:05du temps
01:08:06de l'histoire
01:08:06puisque
01:08:07je pense que
01:08:08le cinéma nouveau classique
01:08:09en tout cas
01:08:10comme je l'ai abordé
01:08:11ce soir
01:08:12il y a évidemment
01:08:13tout un tas de cinéastes
01:08:14que j'ai dû laisser de côté
01:08:15il y a tout un tas de choix
01:08:16bien sûr
01:08:17mais je pense que
01:08:19ce serait
01:08:20une mauvaise façon
01:08:21de le prendre
01:08:22que de le penser
01:08:23comme un cinéma
01:08:24un petit peu
01:08:24atemporel
01:08:26qui essaierait
01:08:26de ressaisir
01:08:27presque l'air de rien
01:08:28quelque chose
01:08:29du cinéma classique
01:08:30de reprendre
01:08:32comme si de rien n'était
01:08:33ou on s'était arrêté
01:08:34je pense qu'au contraire
01:08:35c'est un cinéma
01:08:36hanté par le temps
01:08:38et dont c'est vraiment
01:08:39le sujet principal
01:08:40le temps
01:08:41son écoulement
01:08:42irrémédiable
01:08:43et qui va chercher
01:08:44des moyens
01:08:45par la mise en scène
01:08:46de créer des espaces
01:08:47hors du temps
01:08:49de conjurer
01:08:50cette avancée
01:08:51inéluctable
01:08:52donc les cinéastes
01:08:53néoclassiques
01:08:54sans être
01:08:54totalement dupes
01:08:55on pourrait dire
01:08:56de leurs opérations
01:08:57ont quand même
01:08:58cette fois-là
01:08:59dans le cinéma
01:09:01et le pouvoir
01:09:01de la mise en scène
01:09:02ce serait un cinéma
01:09:03un petit peu
01:09:04d'orphelin rêveur
01:09:06de modèle déchu parfois
01:09:07qui filme certes
01:09:09un monde
01:09:10en train de sombrer
01:09:11une parade déjà passée
01:09:12pour reprendre l'expression
01:09:14mais qui a aussi foi
01:09:15en la possibilité
01:09:16pour le cinéma
01:09:16de raviver
01:09:18ne serait-ce que momentanément
01:09:19cet âge d'or
01:09:21derrière eux
01:09:21voilà
01:09:22merci de m'avoir écouté
01:09:23merci
01:09:24Applaudissements
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