Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 semaine
Chaque matin dans son édito, Alexis Brezet, directeur des rédactions du Figaro, revient sur l'actualité politique du jour. Ce jeudi, il revient sur la nomination d'Amélie de Montchalin à la Cour des Comptes.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Alexis Brézé.
00:03Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:05Alexis, depuis qu'Emmanuel Macron a nommé Amélie de Montchalin à la Cour des Comptes,
00:09les protestations se multiplient à gauche comme à droite.
00:11Est-ce qu'elle vous semble justifiée ?
00:13Ce qui est en cause, Dimitri, ça n'est pas la compétence d'Amélie de Montchalin.
00:17Ça n'est pas non plus sa qualité de responsable politique,
00:20de Pierre Jox à Pierre Moscovici, en passant par Philippe Séguin.
00:24Ça a toujours été comme ça.
00:25Alors oui, c'est vrai, elle est proche du président Macron,
00:28mais là encore, c'est pas nouveau.
00:30Seul Nicolas Sarkozy avait fait le choix de nommer un opposant en la personne de Didier Migaud.
00:34Non, ce qui est choquant, c'est qu'elle passe directement, sans délai,
00:39de la case ministre des Comptes à la case cour des Comptes.
00:43Ça veut dire qu'elle va être appelée à juger de l'exécution
00:47et de la sincérité de son propre budget.
00:50Il y a là un conflit d'intérêts évident,
00:52dont on voit mal comment elle pourrait tirer son ermine.
00:55Le premier président de la cour des Comptes ne va tout de même pas se déporter
00:59de la rédaction du rapport de la Cour des Comptes.
01:02Jouté à cela, Camille de Montchalin est désormais irrévocable
01:05jusqu'à la limite d'âge fixée à 68 ans.
01:09Comme elle en a 40, ça fait lui faire un joli CDD de 28 ans.
01:12Évidemment, il n'en fallait pas plus pour nourrir le procès en verrouillage et en copinage
01:18qui, depuis la nomination de l'ami Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel,
01:24est instruit contre le chef de l'État.
01:26Mais parce que vous pensez qu'Emmanuel Macron use ou abuse davantage
01:29que ses prédécesseurs du privilège de nomination ?
01:32Probablement pas.
01:33Vous savez, Dimitré, les institutions de la Vème République sont à ce point monarchiques
01:37que dans un ouvrage qui vient de paraître,
01:40intitulé « Sa Majesté nomme », tout est dit,
01:43un livre qu'on doit au journaliste Michael Moreau,
01:45on découvre que, pas plus à l'Élysée qu'à Matignon,
01:49on ne sait exactement sur combien de postes s'exerce le pouvoir de nomination du président.
01:555 000 au bas mot, 10 000 peut-être,
01:58de la SNCF au château de Versailles,
02:00de l'Opéra Comique aux agences de régionales de santé,
02:04en passant par le préfet délégué pour l'Ours des Pyrénées,
02:07le chef de l'État, depuis toujours, nomme tout, à tout et partout.
02:13Ce qui est vrai, et qu'on apprend aussi dans ce livre,
02:17c'est qu'Emmanuel Macron adore ça.
02:19Les nominations, comme les décorations d'ailleurs, c'est son kiff.
02:23C'est aussi son dernier pouvoir en ces temps difficiles
02:27où il ne lui en reste pas beaucoup.
02:28Il aime tellement nommer,
02:31qu'à la différence de ses prédécesseurs,
02:33qui se prononçaient le plus souvent sur dossier,
02:35il reçoit, lui, personnellement, les impétrants,
02:38un poste de recteur, de procureur ou de directeur de musée,
02:41dans le salon doré de l'Élysée,
02:43pour leur faire passer leur entretien d'embauche.
02:46Et sans qu'on sache très bien d'ailleurs
02:47si c'est le fruit d'une indécision congénitale
02:51ou du plaisir pervers de faire danser les candidats,
02:54probablement un peu des deux,
02:56il fait durer le plaisir.
02:58Il instruit l'affaire interminablement.
03:00Et c'est ainsi que la Poste, la Caisse des dépôts,
03:04la Villa Médicis ou telle ou telle ambassade
03:06ont attendu pendant des mois,
03:09voire des années,
03:10leur titulaire définitif.
03:13Évidemment, maintenant,
03:14comme on approche de la fin du règne,
03:15c'est l'embouteillage.
03:16Et cette frénésie de nomination,
03:18elle ne passe pas inaperçue.
03:19Mais vous croyez, comme le disent certains,
03:21Alexis, qu'en nommant des proches à des postes clés,
03:23Emmanuel Macron se ménage des appuis
03:25pour un éventuel retour en 2032 ?
03:28Sérieusement, Dimitri,
03:29vous pensez que le macronisme
03:31aura laissé un souvenir tel
03:33qu'une armée de fidèles
03:34va préparer, tapis dans l'ombre,
03:37la revanche du grand homme ?
03:38Allons.
03:39Vous savez,
03:40s'il est bien un devoir
03:42auquel les responsables politiques
03:43ne manquent jamais,
03:44c'est le fameux devoir d'ingratitude
03:47invoqué par Robert Badinter
03:49après avoir été nommé président
03:51du Conseil constitutionnel
03:53par François Mitterrand.
03:54Et si Emmanuel Macron
03:55nourrissait encore quelques illusions,
03:58il serait bien inspiré
03:59de relire ces vers
04:00de François de Malherbe
04:02à l'usage des monarques
04:04dont le temps est accompli.
04:06Je cite
04:07« Comme ils n'ont plus de sceptre,
04:09ils n'ont plus de flatteur
04:10et tombent avec eux
04:12d'une chute commune
04:13tous ceux que leur fortune
04:15faisait leur serviteur. »
04:17Oh, c'est joli.
04:17Merci beaucoup,
04:18l'édito politique sur Europe 1.
04:19Merci Alexis Brézet.
04:20à la une du Figaro ce matin.
Commentaires

Recommandations