Chaque matin dans son édito, Alexis Brezet, directeur des rédactions du Figaro, revient sur l'actualité politique du jour. Ce jeudi, il s'intéresse à la colère des agriculteurs qui monte en France concernant le protocole d'abattage en cas de découverte d'un cas de dermatose nodulaire et concernant le Mercosur.
00:00L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Alexis Brasel.
00:04Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:05Alors Alexis, d'après ce que l'on comprend, le traité de libre-échange avec le Mercosur ne sera pas signé cette semaine par les instances européennes.
00:13Est-ce que ça veut dire, Alexis, que la colère des agriculteurs va s'apaiser ?
00:17Je ne le crois pas, Dimitri. D'abord, parce que le traité avec l'Amérique latine est loin d'être enterré.
00:22Georgia Meloni, qui vient d'apporter un renfort de poids à la position française, ne dit pas un instant qu'elle refuse le Mercosur.
00:28Elle dit seulement que sa signature est prématurée.
00:32Et d'ailleurs, malgré ses coups de menton, Emmanuel Macron ne dit pas autre chose.
00:35Il réclame des garanties, des clauses miroirs, des procédures de contrôle, mais il ne renonce pas au traité de libre-échange.
00:42Bref, les éleveurs de bovins ou de volailles, les producteurs de maïs ou de pétraves sont loin d'être tirés d'affaires.
00:49Ensuite, parce que la crise des campagnes répond à bien d'autres causes que le Mercosur.
00:54Elle existait avant, elle existera après.
00:57C'est au fond l'expression d'un mal-être profond, de l'angoisse existentielle d'une profession, d'une population, d'une tradition qui se voit disparaître.
01:074 millions d'exploitations agricoles en 1960, 400 000 aujourd'hui,
01:12et qui reconnaît dans l'abattage systématique de bovins pas forcément contaminés, la métaphore tragique de son propre destin.
01:20Oui, mais en même temps, quelle autre solution Alexis, ce n'est pas en laissant l'épidémie se répandre qu'on va sauver les campagnes ?
01:26Vous avez sans aucun doute raison Dimitri, et l'action énergique menée cet été en Haute-Savoie plaide rationnellement ce sens.
01:33De la même façon, il existe des motifs raisonnables d'être favorable au Mercosur.
01:37Évidemment, si on est un industriel de l'automobile, du luxe, de l'aéronautique ou de la chimie, on ne peut qu'être pour.
01:44Et de la même façon, si on est un agriculteur qui produit et qu'on produit du vin, du cognac ou des produits laitiers.
01:50Le problème, dans la France d'aujourd'hui, c'est que ces raisonnements, même quand ils ne sont pas faux, ne sont tout bonnement plus audibles.
01:57Pourquoi ? Parce que les institutions qui les formulent ont atteint un tel niveau de discrédit.
02:05Elles ont un tel génie pour se rendre antipathique que plus personne ne veut les croire.
02:11Je sais que vous l'avez lu, mais je voudrais recommander à nos auditeurs l'excellente interview que le géographe Christophe Guilhuit donne à Alexandre Devecchio dans le Figaro de ce matin.
02:20Il y décrit parfaitement comment ce qu'il appelle la technostructure franco-européenne est pilotée, je le cite, par des élites sécessionnistes,
02:31enfermées dans leurs bulles urbaines et culturelles, qui ne voient plus rien.
02:35Et qui, pour dire les choses simplement, sont unanimement détestées.
02:39Et franchement, comment ne le seraient-elles pas ?
02:42Au nom de grandes idées, généreuses en théorie, mais en réalité féroces pour ceux qui les subissent,
02:47ces élites, depuis des années, ont prétendu tout changer dans la vie des peuples.
02:53Leurs habitudes culturelles, leurs repères moraux et leurs références anthropologiques,
02:58leur alimentation, leur environnement humain, leur cadre de vie.
03:02Aux gens ordinaires, on a intimé l'ordre de changer de voiture, de chaudière, de vitrage et même de thermostat sur le radiateur.
03:10Et quand les gens n'étaient pas d'accord, on leur a roulé dessus.
03:13Et le plus beau, c'est que cette technostructure a fait fausse route sur à peu près tout,
03:18et qu'elle le reconnaît aujourd'hui.
03:20La preuve, qu'il s'agisse de normes environnementales sociales, d'automobiles, d'énergie ou d'immigration,
03:25Mme van der Leyen démentèle pièce après pièce tout ce qu'elle a fait jusqu'ici.
03:30Mais ça c'est plutôt une bonne nouvelle donc.
03:31– Certes, mais ça ne contribue pas à restaurer l'image de ceux qui nous gouvernent.
03:36Et donc, quand les citoyens, qui sont aussi des électeurs, voient qu'on lance contre les agriculteurs ces blindés,
03:42qu'on n'ose pas utiliser contre la DZ mafia,
03:45quand ils assistent à ce spectacle ahurissant d'un maire menacé de sanctions par un préfet
03:50parce qu'il prétend s'opposer au mariage d'un clandestin qui refuse de quitter le territoire,
03:54eh bien ces gens-là sont en colère.
03:57Et je ne crois pas que cette colère retombera de sitôt.
04:00– L'édito politique sur Europe 1, merci Alexis Brezel.
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