00:00Europe 1, Pascal Proévo.
00:03Il est 16h47 et nous sommes avec Sabrina Mediomir, Christophe Bordet, Georges Schneck, Gauthier Lebrêtre et Olivier Gueneg.
00:09Donc nous évoquons Kabelia, qui est donc une lycéenne des 17 ans.
00:15Elle s'est suicidée le 13 janvier dernier à Mitri-Mauri en Seine-et-Marne.
00:19Et le procureur de mots a annoncé le classement sans suite de plaintes pour harcèlement scolaire qui avait été déposé par les parents.
00:25Je vous propose peut-être d'écouter Jean-Baptiste Bladier, procureur de la République de mots.
00:28Au terme des investigations, je suis amené à considérer qu'il n'existe pas d'éléments suffisants pour rechercher la responsabilité pénale de quiconque dans la survenance du décès de Kabelia et procède par conséquent à un classement sans suite.
00:43Une telle décision n'est naturellement pas sans recours.
00:46Les proches de la défunte ont la possibilité, notamment, de régulariser une plainte avec constitution de partie civile afin de demander à un juge d'instruction de diligenter une information judiciaire.
00:57Pour conclure, j'aimerais dire combien je mesure ce que cette décision peut avoir d'inacceptable et de terriblement violent pour les proches de Kabelia.
01:07Et à cet instant, je ne peux manquer d'avoir une pensée sincère pour sa maman et son papa.
01:13Je revendique simplement que cette décision a été prise en conscience, au terme d'une analyse rigoureuse et d'une profonde introspection personnelle, avec pour seule ambition de parvenir à une décision juste et fondée en droit.
01:29J'en terminerai enfin en formulant le vœu que chacun ait à cœur, notamment au sein des organes médiatiques, d'évoquer cette très douloureuse affaire avec mesure, tact et discernement,
01:41en ne perdant pas de vue qu'elle mette aux prises des mineurs ou des jeunes adultes dont la vie privée doit être respectée et préservée.
01:49Alors vous vous souvenez sans doute, je l'espère en tout cas, Kabelia s'est suicidée donc dans une gare RER de la ville.
01:56C'est une élève de Terminal. Elle s'est tuée à la sortie de son lycée honoré de Balzac.
02:01Et le drame avait suscité une vague d'émotions parce qu'elle avait été reçue juste avant, par le proviseur de l'établissement.
02:08Elle avait envoyé un message à sa mère. Ils ont dit que c'est moi la fautive et que j'aurais une sanction disciplinaire.
02:16Je t'aime de tout mon cœur. Il a dit que je me victimise. Je t'aime, était la meilleure des mamans du monde.
02:22Donc on avait le sentiment, mais il faut faire confiance peut-être à monsieur Bladier,
02:27on avait le sentiment qu'à l'école, sa souffrance n'avait pas été prise en compte,
02:33que le proviseur, si j'ai bien compris, mais on ne connaît pas le dossier.
02:37Moi, le dossier, je l'ai lu dans la presse. Il était venu, paraît-il, pendant un cours,
02:42pour sortir cet élève et la faire venir dans son bureau durant le cours.
02:47Donc j'avais interprété cela, évidemment, comme quelque chose qu'on ne fait pas forcément.
02:51D'abord, moi, je tiens à dire que cette parole du procureur de Maud...
02:54Bladier ? Qu'on avait reçue, d'ailleurs, sur ce plateau.
02:57Moi, elle me fait du bien. J'ai rarement entendu des procureurs s'exprimer de cette façon-là.
03:01Non, franchement.
03:02Elle vous fait du bien, oui, pourquoi ?
03:04Parce que, d'habitude, les procureurs, d'abord, ne donnent pas d'informations particulières.
03:08Mais les procureurs, ils parlent tout le temps, Jean-Marie ?
03:10Oh, pas tout le temps.
03:11Pas à Sanary, ils parlent ?
03:12Pas tout le temps, pas tout le temps.
03:13Celui-ci, avec beaucoup d'humilité...
03:14Il n'y a que cette crépole qui n'a jamais parlé.
03:16Beaucoup de sens professionnel de sa responsabilité.
03:20Il a expliqué pourquoi il classait cette affaire en ayant conscience des conséquences.
03:24Bon, maintenant, il appartient à la famille, éventuellement, comme il l'a bien dit, de se constituer participe.
03:28Non, mais le sens qu'on peut avoir, c'est très...
03:31Là où il a raison, c'est qu'il faut en parler avec tact, mesure, état.
03:34C'est ça que je voulais dire.
03:34Ce que je ne voudrais pas, c'est qu'une nouvelle fois, l'école, le pas de vagues...
03:40Je n'ai pas un sentiment, là, vous voyez.
03:42En attendant ce procureur, je pense qu'ils ont bien bien regardé le dossier, qu'ils ont fait la part des choses,
03:47et qu'ils n'ont pas établi de faute, de harcèlement ou de la direction, un lien de causalité avec ce suicide dramatique.
03:54Il n'y a pas de harcèlement, ce n'est pas le mot que j'emploie.
03:56Mais la responsabilité, par exemple, cette jeune fille qui part et qui me dit,
04:00si vraiment, on a dit à cette jeune femme, c'est toujours pareil,
04:04et si c'est moi le père, et que j'ai reçu, ils ont dit que c'est moi la fautive,
04:08et que j'aurais une sanction disciplinaire, je t'aime de tout mon cœur,
04:11si c'est ma fille qui s'est suicidée, alors qu'elle est harcelée depuis plusieurs jours,
04:15qu'elle se plaint auprès de la direction, et qu'on lui dit...
04:18Oui, présenté comme ça, oui.
04:19Bah oui, c'est toujours présenté comme ça.
04:21C'est toujours présenté comme ça.
04:21La réalité totale du dossier que le procureur avait en main, avec toutes les auditions qu'il a faites.
04:25Et c'est pourquoi il est très difficile, mais vous avez raison.
04:28Enfin, moi, la première chose que j'ai vue, la réflexion que je me suis faite quand j'ai vue cette nouvelle tombée,
04:33je me suis dit, c'est pas vrai.
04:34C'est pas vrai.
04:35Encore une victime, et effectivement, j'ai pas accès au dossier.
04:39Mais la première chose que je me suis dite, en sachant ce texto qu'elle a envoyé à sa maman
04:44avant de commettre ce geste fatal, c'est que je me suis dit, c'est pas vrai.
04:47C'est pas possible.
04:47C'est de la faute de personne, donc elle a pas été harcelée, elle s'est suicidée.
04:49C'est exactement ce que je partage que c'est.
04:52Mais vous avez des personnalités adolescentes très fragiles,
04:55qui amplifient quelquefois le problème.
04:57Ah bah voilà, donc c'est la faute de la faute.
04:59Donc c'est de la faute, ils vous font absolument un coupable alors.
05:02Ah bah oui.
05:03Même s'il n'y a pas de responsabilité, ils vous font un coupable.
05:04Ah bah écoutez...
05:05C'est pas ça à la justice, la justice elle prend la mesure.
05:07D'accord, donc c'est de la faute de la fille.
05:09Non, j'ai pas fait ça non plus.
05:09Vous avez dit elle amplifie.
05:10Vous avez dit elle amplifie.
05:11Mais peut-être qu'elle avait un problème de personnage, je n'en sais rien.
05:14Donc elle a pas été harcelée.
05:15Vous savez...
05:16Elle a pas été harcelée en cours.
05:17Mais j'en sais rien Pascal.
05:19Mais vous non plus, vous n'en savez rien.
05:20Le parquet nous dit qu'il n'a pas la preuve.
05:22D'accord, oui, oui, bien sûr.
05:23Il n'a pas la preuve.
05:24Mais je...
05:25Oh là on se substitue au procurant et on aimait...
05:27Non mais vous avez raison et c'est pourquoi je l'ai dit tout à l'heure.
05:29Il faut quand même parler ça avec beaucoup, beaucoup de prudence.
05:32On a le droit de dire que la justice n'est pas toujours là pour protéger les victimes ?
05:34J'entends.
05:34Non, j'entends.
05:35Ah oui, ça, ça je peux le dire.
05:37Ah bon bah voilà.
05:37Ça je peux le dire.
05:38Non mais j'entends et je suis...
05:41La limite de notre discussion c'est que nous n'avons pas toutes les pièces du dossier.
05:46Et je le répète, M. Bladier on l'a reçu, il nous avait plutôt convaincus par son excellence, par son intelligence, par sa mesure, etc.
05:53Donc je me souviens de très bien la discussion que nous avions vu avec elle.
05:56La porte est ouverte pour que la justice se saisisse sur une plainte à caution de partie civile.
06:01Bon en tout cas, j'imagine la détresse de ses parents qui ont...
06:06En fait c'est la double peine.
06:08Si vous vous mettez à la place des parents, c'est la double peine.
06:10Parce que vous leur dites ce soir, votre fille s'est suicidée mais il n'y a pas de responsable, c'est elle.
06:14C'est ça qui est...
06:16Alors on se met où...
06:17Évidemment qu'il faut entendre les victimes, pas que les victimes bien sûr, mais il faut aussi entendre parfois leurs souffrances.
06:23Et c'est ça qui est assez difficile.
06:26Le 25 janvier, plus de 2000 personnes s'étaient réunies à Mitrimori dans une marche en mémoire de la lycéenne.
06:30Et dans une interview accordée au quotidien Le Parisien le mois dernier,
06:34un oncle de la victime avait mis en cause l'attitude qu'aurait eu le proviseur
06:37lors d'une entrevue avec l'adolescente quelques heures avant le drame.
06:41Plus d'une soixantaine de personnes ont été auditionnées.
06:44au cours des 19 jours d'une investigation menée par 12 enquêteurs.
06:49Qu'est-ce que vous voulez que je dise ?
06:50Moi je ne suis pas...
06:52Voilà, je ne suis pas enquêteur ni magistrat.
06:57Oui, mais il y a pu y avoir une maladresse du proviseur
07:00qui n'est pas forcément un lien de causalité directe avec le suicide.
07:05Oui, enfin les maladresses de quelqu'un qui en une heure après du suicide...
07:08Les comportements et les maladresses ne sont pas forcément consécutifs d'un harcèlement.
07:09Les harcèleurs ?
07:10Oui, il y a quand même un phénomène...
07:12Ils n'ont pas trouvé de harcèlement.
07:14Ah oui ?
07:14Ils n'ont rien trouvé quoi ?
07:16Je me fie de ce que dit le procureur.
07:17Je n'ai pas de raison de mettre en doute ce que dit le procureur.
07:20Elle a inventé son harcèlement...
07:21Mais peut-être pas !
07:23Peut-être pas !
07:24Alors, s'ils saisissent un juge d'instruction,
07:27il y aura d'autres investigations, on verra.
07:29Je pense qu'ils vont le faire.
07:30Ils vont se constituer partie civile par un avocat dans le doyen des instructions
07:33qui va ordonner une commission regatoire, une nouvelle enquête,
07:36de nouvelles auditions, nous verrons bien.
07:38Mais ça, je pense que c'est très important que ça se fasse
07:39parce que franchement, aujourd'hui, les gens qui nous écoutent,
07:42ils se disent quoi en nous écoutant ?
07:43Sans connaître comme nous le dossier...
07:45Que la justice n'est pas l'administration et Christophe !
07:46Ne parlons pas pour les gens qui nous écoutent !
07:49Il y en a qui disent aussi, là, je reçois,
07:51et il y a quelqu'un qui me dit, Fénèque a raison.
07:52Non mais, il y a beaucoup de gens qui doivent se dire,
07:54il y a beaucoup de gens qui doivent se dire,
07:56une fois de plus, ni responsables, ni coupables.
07:59D'où l'importance, mais non, mais d'où l'importance
08:01que la justice se saisisse, effectivement.
08:03Rendez-vous compte que vous avez 35% d'élèves,
08:06de primaires, par exemple, et de collèges,
08:09qui disent aujourd'hui, voir du harcèlement devant eux,
08:12tous les jours, dans les établissements scolaires.
08:1535%, c'est énorme !
08:16On va marquer une pause, il est 17h bientôt.
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