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  • il y a 13 minutes
Avec ses invités, Thierry Cabannes débattent des thèmes forts de la journée.

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Transcription
00:00Bienvenue sur Europe 1 et sur CNews, nous poursuivons nos débats.
00:05Muriel Joaquin-Mel qui est avec nous, vous êtes avocate et notamment présidente de l'organisation juive européenne.
00:10Bonsoir Muriel, merci, merci vraiment d'être avec nous, je vais vous faire réagir sur deux affaires.
00:15Mais la première, tout d'abord, vous concerne au premier chef, évidemment, vous arrivez tout juste de Lyon.
00:20Je voudrais qu'on revienne sur la condamnation de Rachid Kenich, accusé d'avoir tué, je le rappelle, un autogénaire juif en 2022.
00:27C'était à Lyon, le mobile antisémite n'a pas été retenu et c'est là-dessus que j'aimerais vous faire réagir.
00:32On voit le compte-rendu de cette audience avec Olivier Madinier et on en parle ensemble, juste après.
00:38Le mobile antisémite n'a pas été retenu par les jurés de la cour d'assises du Rhône.
00:44Cette circonstance aggravante avait déjà été écartée par l'avocate générale dans ses réquisitions.
00:51Alors Rachid Kenich s'est condamné à 18 ans de prison, assorti d'une peine de sûreté des deux tiers.
00:58Cette peine est une vraie déception pour les avocats des partis civils qui, toute la semaine, avaient tenté de démontrer le caractère antisémite de ce meurtre.
01:08Il y avait dans le dossier un certain nombre d'éléments qui prouvaient, notamment les déclarations de l'accusé, c'est les réseaux sociaux qui prouvaient cet antisémitisme.
01:17En tout cas, Rachid Kenich a reconnu les faits, a reconnu le meurtre de René Adjage.
01:24Il avait précipité dans le vide ce vieil homme de 89 ans de son appartement du 17ème étage du quartier de la Duchère à Lyon.
01:31Encore une fois, Muel, Joaquin Melki, merci d'être avec nous sur CNews et sur Europe 1.
01:36Je n'ai pas 50 000 questions à vous poser, j'en ai qu'une, qu'une seule.
01:40Pourquoi ? Pourquoi le mobile antisémite n'a pas été retenu ? Pourquoi ?
01:45Alors écoutez, pourquoi ? Je ne peux pas sonder ce qu'il y avait dans la tête des jurés.
01:49Mais ce que je peux vous dire, d'abord, c'est que pendant tout le temps de l'instruction, le mobile antisémite a été retenu.
01:56Le procureur de la République de Lyon avait qualifié, dès le tout début, il avait pris un réquisitoire supplétif, justement,
02:04même pas 15 jours après les faits, pour rajouter la circonstance s'agrément d'antisémitisme,
02:09considérant qu'il y avait des éléments dans le dossier qui justifiaient d'avoir cette circonstance au dossier.
02:14Quand ce dossier, quand l'instruction a été terminée, ce dossier a été renvoyé devant la cour d'assises.
02:21Et devant la cour d'assises, ce sont deux juges d'instruction qui ont considéré
02:23que l'antisémitisme était suffisamment présent au dossier pour renvoyer le dossier avec cette circonstance devant la cour.
02:30Et devant la cour d'assises, toute la semaine, alors c'est vrai, on avait un accusé qui niait toute accusation d'antisémitisme,
02:36mais on avait quantité d'éléments au dossier.
02:38Il y a beaucoup d'éléments.
02:39Beaucoup d'éléments au dossier, des déclarations qu'il avait faites, des propos qu'il avait tenus,
02:43des vidéos où il s'était lui-même filmé, où il qualifiait les rabbins de sorciers, de manipulateurs, de chefs mafieux.
02:52On avait véritablement beaucoup d'éléments autour de sa pensée, pour nous, clairement antisémite.
02:59Et puis, il avait une théorie sur les sayanim, les gens qui commettraient, qui seraient des agents dormants d'Israël
03:08et qui seraient présents un peu partout dans le monde pour influer le pays dans lequel ils sont présents,
03:13gens de confession juive qui travailleraient pour Israël.
03:16Cette théorie était omniprésente et il était en plus obsédé véritablement par la religion juive.
03:20Alors, il y avait tout ce contexte-là.
03:25Véritablement, ça a été une semaine d'audience pénible, difficile,
03:28parce que déjà, il a fallu démontrer devant la Cour que le cliché antisémite
03:33sur lequel tout le monde s'accorde aujourd'hui, qui est les Juifs ont le pouvoir ou les Juifs ont de l'argent,
03:38c'est un cliché antisémite, sauf pour la présidente de la Cour d'Assise
03:41qui nous expliquait que ce n'était pas forcément le cas.
03:43Et donc, il a fallu rappeler que nous, de notre point de vue, c'était évidemment un cliché antisémite
03:48et que c'était reconnu comme tel un peu par toutes les personnes qui travaillaient sur l'antisémitisme
03:52et même par, au-delà, toutes les personnes qui s'intéressaient à cette question.
03:57Et ensuite, on a eu cette avocate générale qui, dans ses réquisitions hier matin,
04:01a expliqué qu'en fait, pour elle, il fallait décorréler tout le contexte antisémite du dossier,
04:07donc les propos qu'il avait pu tenir, son obsession des Juifs, des vidéos qu'il avait pu poster.
04:13Il fallait décorréler et se concentrer uniquement sur le moment du passage à l'acte,
04:16considérant que c'était à ce moment-là que le texte de droit pénal exigeait
04:20la circonstance aggravant d'antisémitisme, c'est-à-dire les propos, les actes, les objets,
04:24au moment du passage à l'acte.
04:26Figurez-vous que même au moment du passage à l'acte,
04:29l'accusé va prendre des effets personnels que la victime avait dans son veston,
04:34à savoir des photos de lui un peu plus jeune et des textes religieux en hébreu,
04:39et va les découper au couteau.
04:41Ce qui, pour nous, rattachait clairement l'antisémitisme au moment même du passage à l'acte.
04:45Et bien, même là-dessus, l'avocate générale a considéré qu'elle avait un doute.
04:48Et donc, comme elle avait un doute, elle a demandé à écarter la circonstance aggravant d'antisémitisme.
04:52Donc, si vous voulez, ensuite, la Cour, c'est trois magistrats professionnels,
04:59c'est six jurés tirés au sort, qui composent donc un jury de neuf personnes,
05:03chacun a une voix, et bien, force est de constater que la majorité à cette voix
05:08a fait que cette circonstance a été écartée.
05:11Ça dit beaucoup de choses sur cette montée d'antisémitisme chez nous en France.
05:15Je considère que, justement, cette décision, elle est à l'image de l'état de notre société,
05:20de son incapacité à lutter contre l'antisémitisme qui la gangrène.
05:25Et, pour répondre à votre question, voilà pourquoi cette décision.
05:30Voilà comment, aujourd'hui, en France, on arrive à cette montée exponentielle des actes antisémites
05:34qu'on n'arrive pas à juguler.
05:35Quand on a des décisions de cette nature, on comprend mieux le pourquoi,
05:38et on comprend mieux le comment, également.
05:40C'est véritablement dramatique, en fait, que sur une affaire aussi difficile
05:47et aussi emblématique dans la lutte contre l'antisémitisme
05:50et dans la volonté affichée de notre garde des Sceaux,
05:55on arrive à un résultat pareil.
05:57Ce qui est terrible, c'est quand on voit tous les faits, effectivement,
05:59ils sont nombreux, et on se dit, si là, ce caractère n'est pas reconnu,
06:03mais alors, qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui ?
06:05C'est ce que nous avons plaidé, et Thierry, je plaidais dans ce dossier
06:11aux côtés de mon confrère Oudy Bloch,
06:12qui plaide toutes les affaires d'antisémitisme avec moi en binôme,
06:16et nous avions également Alain Jakubovic, pour la LICRA,
06:18qui était là et qui a plaidé.
06:20Et je peux vous dire que les éléments, nous les avons démontrés.
06:23Donc, oui, il y a quelque chose qui est absolument terrible, finalement,
06:29que la justice soit aussi mal rendue dans cette affaire.
06:34Alors, oui, 18 ans, c'est une peine lourde,
06:36mais en même temps, pas d'antisémitisme dans un dossier
06:38où, comme je l'ai expliqué à ma toute fin de plaidoirie,
06:42c'était le dernier juif du quartier de la Duchère de Lyon.
06:46Après lui, après ce dernier juif jeté par la fenêtre,
06:49il n'y a plus un seul juif, aujourd'hui, dans ce quartier.
06:52Alors, l'autre affaire sur laquelle j'aimerais vous faire réagir,
06:55ce ministre, je recevais Pierre Frenenreich,
06:57parce qu'on l'avait évoqué au moment où l'affaire a explosé,
07:00c'est cette ex-basketeuse, Émilie Gomis,
07:03qui est jugée aujourd'hui pour injure antisémite, encore une fois.
07:07Elle avait publié, je le rappelle, sur les réseaux sociaux,
07:10plusieurs cartes de France, trois au total,
07:11avec les dates de 1947, 1967 et 2023,
07:15recouvertes au fur et à mesure par du drapeau palestinien.
07:18C'est Anglade Guillotel qui nous raconte tout cela,
07:20et on en parle aujourd'hui.
07:20Une carte de la France recouverte progressivement par le drapeau israélien.
07:27Et cette question, que feriez-vous dans cette situation ?
07:30C'est l'image partagée par l'ex-basketeuse Émilie Gomis sur ses réseaux sociaux,
07:35deux jours après l'attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023.
07:40Très rapidement, l'athlète française est accusée d'antisémitisme et d'apologie du terrorisme.
07:45Une enquête est ouverte, elle est évincée de la commission des athlètes du comité olympique français,
07:50et elle démissionne finalement de son poste d'ambassadrice des JO.
07:54Pour Pierre Frédin-Rech, le président de la commission sport du CRIF,
07:58il faut être intransigeant.
07:59Ça relève du pénal, a fortiori lorsqu'on est un champion,
08:04parce qu'encore une fois, je le répète,
08:05ces champions ont une voix qu'ils portent, ils sont prescripteurs,
08:08ils sont capables de pouvoir convaincre des dizaines, des centaines, des milliers de gens
08:13qui ont la conviction que ce qu'ils disent ou ce qu'ils font est forcément formidable.
08:18Eh bien non, ce n'est pas formidable, c'est absolument scandaleux, c'est vomitoire,
08:23et ça mérite d'être pénalement puni.
08:27Émilie Gomis s'est finalement excusée sur les réseaux sociaux.
08:31Et entendue par la police, elle a affirmé n'avoir jamais incité à la haine.
08:35Mais l'ex-basketeuse n'en est pas restée là.
08:37Plusieurs mois plus tard, elle a qualifié de digne
08:39les conditions de détention des otages israéliens par le Hamas.
08:44Voilà, il y a des excuses, et ensuite elle a récidivé.
08:47Et Émilie Gomis, pour ceux qui connaissent le basket,
08:49ce n'est pas n'importe quelle joueuse, c'est une grande championne,
08:52c'est une grande basketeuse.
08:52Moi qui suis fan de basket, je trouve que quand on est sportif de haut niveau,
08:56on doit être un modèle.
08:57Et là, c'est assez compliqué.
08:59C'est compliqué, elle affiche un manque de valeur
09:02qui fait qu'elle a été écartée.
09:05Elle a été véritablement écartée, était écartée de la représentation
09:09à laquelle elle aspirait.
09:12Nous verrons bien la décision qui sera rendue par la Chambre correctionnelle
09:16qui a à connaître ce cas.
09:18Mais nous, nous avions déposé plainte justement pour ces propos
09:22et nous verrons la décision qui ne manquera pas de tomber.
09:26Il faut bien comprendre une chose, Thierry,
09:27c'est-à-dire que ces personnalités-là, elles ont un public.
09:30Elles ont un public, c'est-à-dire que leurs propos ont une caisse de résonance
09:35vraiment, vraiment, vraiment importante.
09:38Et c'est ce qui va peut-être me permettre de faire le lien
09:40avec l'affaire dont nous parlions précédemment.
09:43Je dis souvent, et vous m'avez souvent entendu le dire,
09:45ces propos-là, quand ils se diffusent en boucle sur les réseaux sociaux,
09:49ils s'impriment dans des esprits faibles
09:50et ce sont ces esprits faibles qui passent à l'acte.
09:53Dans le dossier de René Hadjad,
09:55l'accusé a été reconnu avec des troubles psychiques.
09:59Il y a eu une altération du discernement qui a été reconnue
10:01et justement, il y a une fragilité psychique
10:04que nous n'avons pas remise en cause
10:05et il s'est nourri aussi de toute cette haine antisémite.
10:09Et quand je dis que ça conduit à des passages à l'acte criminel,
10:13c'est exactement ce qui s'est passé pour Rachid Kenich
10:16qui a tué René Hadjad.
10:17Donc on voit bien en fait que quand on n'apporte pas
10:20les réponses judiciaires à la hauteur,
10:22on a derrière des crimes qui sont commis
10:24ou des violences fortes.
10:27Il faut véritablement que nos gouvernants
10:30se saisissent de cette question.
10:32Moi, j'en appelle aussi à Gérald Darmanin
10:34qui est au-dessus du garde,
10:37qui est au-dessus des procureurs de la République.
10:40C'est lui qui chapeaute hiérarchiquement
10:41les procureurs et le parquet.
10:43Il a quelque chose peut-être à faire
10:46dans l'affaire René Hadjad.
10:48Il doit s'intéresser de savoir
10:49pourquoi est-ce que le parquet général
10:51n'a pas requis sur l'antisémitisme.
10:53Ce qui a ôté dix années de prison
10:55dans la peine que l'avocate pouvait recueillir.
10:58Donc il faut véritablement
11:00qu'on ait aussi une réponse du garde des Sceaux
11:02qui clame un peu partout,
11:05que ce soit dans les plateaux,
11:09sur les plateaux,
11:10que ce soit sur les ondes,
11:11dans les médias ou ailleurs,
11:12ou dans la scène publique,
11:13que l'antisémitisme est une grande cause
11:15et qu'il s'y attelle.
11:16Il faut qu'il vienne nous expliquer
11:17comment, alors qu'il a pris une circulaire
11:20demandant au parquet de France
11:22d'être extrêmement ferme
11:23et d'être extrêmement claire
11:24dans la lutte contre l'antisémitisme,
11:26comment, dans le dossier de René Hadjad,
11:28cette circonstance-là n'a pas été requise
11:30par l'avocate générale.
11:31C'était la position de l'avocat de la défense,
11:33je pouvais tout à fait le comprendre,
11:35mais un avocat général est là
11:36pour représenter les intérêts de la société.
11:38La lutte contre l'antisémitisme,
11:40ça rentre clairement, à mon sens,
11:42dans la défense des intérêts de la société.
11:43Merci beaucoup Muriel Joaquin Melki
11:45d'être venu nous voir
11:47pour commenter ces deux affaires.
11:48Tout de suite, un témoignage, les amis.
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