00:00Et Washington accueille aujourd'hui donc cette réunion internationale sur les minerais stratégiques qui ne sera pas question que d'Ukraine.
00:06Bien sûr, le principal objectif c'est de trouver une parade face à la Chine.
00:10Lithium, cobalt, nickel, terre rare, ce sont des minerais indispensables aux voitures électriques, aux smartphones, aux éoliennes, aux panneaux solaires, aux puces électroniques
00:18et donc à tout ce qui touche à l'IA finalement, toute l'économie moderne.
00:23Or, il y a un seul pays aujourd'hui qui contrôle la quasi-totalité de l'approvisionnement en minerais.
00:30Ce pays c'est, vous l'avez dit, la Chine, 60% de l'extraction, 90% du raffinage.
00:37Si Pékin ferme le robinet, les Etats-Unis, l'Europe se retrouve à Calais.
00:44La Chine a clairement montré sa force en octobre en menaçant de limiter certaines exportations
00:50et elle a pu finalement obtenir ce qu'elle voulait dans les négociations commerciales avec Washington,
00:57ce dont Donald Trump ne s'est jamais remis.
01:00D'où la volonté de l'administration Trump de reprendre le contrôle ?
01:04Oui, il y a deux volets. Il y a d'abord un volet national.
01:06Washington vient d'annoncer la création d'une réserve stratégique de minerais
01:10sur le modèle très assumé de la réserve stratégique de pétrole,
01:14un stock de gallium, de lithium, de cobalt notamment,
01:17qui pourrait couvrir deux mois au moins de consommation.
01:21Il existait déjà une réserve destinée au secteur de la défense,
01:23mais là, il s'agit aussi de sécuriser l'approvisionnement pour le secteur privé.
01:27Plusieurs entreprises ont donné leur feu vert à une participation financière.
01:32C'est le cas de General Motors, de GM, de Boeing, de Google, de Stellantis,
01:36pour un montant total d'environ 12 milliards de dollars
01:40avec un fort soutien de l'État fédéral américain.
01:43Mais avec la réunion d'aujourd'hui, Washington veut aller un cran plus loin
01:46en posant les bases d'une stratégie internationale coordonnée ?
01:50Oui, c'est donc le deuxième volet international, celui-là.
01:52La réunion, elle est présidée par Marco Rubio,
01:54qui a invité une cinquantaine de pays à Washington à participer.
01:59Le Royaume-Uni, le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande,
02:02mais aussi l'Inde ou encore la Corée du Sud.
02:05Et puis, il y a plusieurs pays africains, importants aussi pour les minerais,
02:08la RDC ou le Kenya.
02:10Et puis, évidemment, aussi l'Union européenne,
02:12qui a présenté ces derniers mois sa propre stratégie
02:15pour diversifier ses approvisionnements en minerais critiques.
02:18On en avait parlé ensemble, Pauline, début décembre.
02:22Washington a fait circuler ces derniers jours un projet d'accord cadre
02:25non contraignant, proposant de coordonner
02:27et d'accélérer les investissements dans les minerais stratégiques.
02:33Mais il faut bien dire qu'en parlant à plusieurs sources européennes,
02:37je n'ai pas senti un enthousiasme très débordant côté européen.
02:42Pourquoi ?
02:43Parce que Bruxelles redoute une coopération qui serait à sens unique,
02:47qui sécuriserait surtout les chaînes de valeurs américaines,
02:50favorisant les entreprises américaines,
02:52tout en laissant l'Europe dépendante de son propre approvisionnement.
02:56En fait, cette réunion, c'est un exemple assez clair,
02:59assez symptomatique de ce que peut être la diplomatie trumpienne.
03:05Donald Trump, il est obsédé par la question des minerais.
03:08L'accès au sous-sol stratégique est devenu un levier central
03:13de sa politique étrangère, y compris lorsqu'il s'agit
03:15de négocier des accords de paix.
03:17On peut citer l'exemple de l'Ukraine, on vient d'en parler.
03:19Les négociations, eh bien, elles accluent un accès privilégié
03:23au sous-sol ukrainien, parmi les plus riches du monde
03:26en lithium, en cobalt ou encore en terres rares.
03:31On peut citer aussi l'Arménie et les Arbaïdjans
03:33avec d'importants projets d'exploitation minière à venir
03:36le long d'un futur corridor, on va le voir sur cette carte,
03:41corridor de la paix entre Bakou et Kars
03:43au bénéfice d'entreprises américaines.
03:46Il y a aussi un autre accord qu'on peut citer,
03:49celui entre la RDC et le Rwanda,
03:51qui a été signé il y a deux mois à Washington.
03:54Et puis en Afrique, plus généralement,
03:55le président américain a un recours à cette diplomatie des minerais
03:58pour financer des infrastructures, notamment ferroviaires,
04:01on peut citer la Guinée-Bissau,
04:03mais aussi des investissements au Libéria, au Gabon, en Mauritanie
04:06ou encore au Sénégal.
04:08Et donc on a cette Europe prudente, méfiante, vous le disiez,
04:11mais qui sera bien autour de la table à Washington, pour le coup ?
04:14Elle sera représentée par le vice-président de la Commission européenne,
04:17le français Stéphane Séjourné.
04:19Il faut rappeler le contexte actuel tendu,
04:22ces tensions récentes autour du Groenland,
04:24qui lui aussi regorge de minerais stratégiques,
04:27avec au moins 23 des 34 minerais critiques
04:30qui seraient présents sur les terres du Groenland.
04:34Bruxelles ne vient pas les mains vides,
04:36selon Bloomberg et les Echos proposeraient un accord stratégique,
04:39comme elle en a déjà avec 15 autres pays.
04:42Mais surtout, on a l'impression qu'elle chercherait
04:44à conditionner cet accord à des garanties claires
04:48sur le respect de l'intégrité territoriale du Groenland.
04:51Alors les différentes sources à qui j'ai pu parler
04:53ne veulent pas commenter davantage ce point,
04:56mais on sent bien qu'il est très sensible.
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