- il y a 20 heures
Hollywood Millennials. Les cours du vendredi par Pierre-Olivier Toulza (professeur en études cinématographiques et audiovisuelles).
Et si le plus petit dénominateur commun de nombreux films contemporains était leur goût des larmes ? Les larmes des personnages, tout comme celles des spectateur·ices. C’est en effet l’héritage du mélodrame hollywoodien de l’âge d’or qui semble aujourd’hui servir de trait d’union entre des œuvres pourtant très différentes. Par quel retournement ironique un genre méprisé en son temps (des « films de femme », des « tire-larmes ») peut-il être désormais revendiqué par des auteurs comme Todd Haynes et Pedro Almodóvar, James Gray et Clint Eastwood ?
Et si le plus petit dénominateur commun de nombreux films contemporains était leur goût des larmes ? Les larmes des personnages, tout comme celles des spectateur·ices. C’est en effet l’héritage du mélodrame hollywoodien de l’âge d’or qui semble aujourd’hui servir de trait d’union entre des œuvres pourtant très différentes. Par quel retournement ironique un genre méprisé en son temps (des « films de femme », des « tire-larmes ») peut-il être désormais revendiqué par des auteurs comme Todd Haynes et Pedro Almodóvar, James Gray et Clint Eastwood ?
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00:00:00...
00:00:00Donc bonsoir à toutes et tous,
00:00:10et merci d'assister à ce cours sur le mélodrame ce soir.
00:00:14Je vais beaucoup parler, environ une heure et quart,
00:00:16mais nous aurons évidemment un temps pour des questions
00:00:18et un échange en fin de séance.
00:00:21Alors comme cela vient de vous être dit,
00:00:23vous savez que juste après ce cours,
00:00:25le forum ne projette Carole, de Todd Haynes,
00:00:27et je vous conseille évidemment vivement de rester pour regarder ce film.
00:00:31Donc pour ma part, en voyant et revoyant le film pour préparer ce cours,
00:00:35je cherchais à identifier les citations, les allusions à des films anciens,
00:00:40puisque c'est aussi à cela que nous encourage cette programmation,
00:00:44mais c'était plus fort que moi.
00:00:45Je me laissais toujours happer par le récit et les personnages,
00:00:49j'étais séduit par la lumière, les couleurs, le jeu des actrices,
00:00:53et pour être honnête, j'étais surtout ému par ce film,
00:00:55par cette histoire que je connaissais en réalité par cœur.
00:00:59Bref, Carole, comme les autres films dont nous allons parler ce soir,
00:01:03est bien la preuve que les citations, les allusions, les transpositions,
00:01:07les pastiches et même les parodies ne brident pas l'émotion des mélodrames.
00:01:12Alors vous me direz que c'est le propre, justement,
00:01:14de tous les films de la belle programmation Hollywood Millenials,
00:01:17assemblés par Muriel Dreyfus, Pauline Frachon et Charles Herbie Funschilling,
00:01:22que je remercie pour leur invitation.
00:01:23Tous les films projetés dans ce cadre puisent, par définition,
00:01:28une partie de leur inspiration dans les films classiques hollywoodiens.
00:01:32Mais ce qui est surprenant, c'est que les mélodrames dont je parlerai
00:01:35font en fait preuve d'une capacité très étonnante
00:01:38à émouvoir plusieurs catégories de spectateurs et spectatrices.
00:01:42Celles et ceux qui reconnaissent ces références,
00:01:45alors il s'agit souvent de cinéphiles d'un âge certain,
00:01:47comme moi, qui ont eu la chance de voir ces films à la télévision
00:01:51quand ils étaient jeunes, de les revoir en DVD.
00:01:53Il peut s'agir aussi d'étudiants en cinéma.
00:01:55Mais ces films peuvent émouvoir tout autant des spectateurs et spectatrices,
00:01:59souvent plus jeunes, qui n'auront pas ces références.
00:02:02J'en veux pour preuve le succès public, alors relatif, bien sûr,
00:02:06de la plupart des films dont je vous parlerai.
00:02:08Pour fixer les idées et aller au-delà de l'évidence,
00:02:11c'est-à-dire qu'un mélodrame est un film qui vise à faire pleurer,
00:02:14je vous rappelle d'emblée la définition très précise
00:02:17donnée par l'historien du cinéma américain Jean-Louis Bourget
00:02:19dans un ouvrage publié en 1985.
00:02:22On définira comme mélodrame tout film hollywoodien
00:02:24qui présente les caractéristiques suivantes,
00:02:26un personnage de victime, souvent une femme, un enfant ou une infirme,
00:02:30une intrigue faisant appel à des péripéties providentielles ou catastrophiques,
00:02:33et non au seul jeu des circonstances réalistes,
00:02:36enfin un traitement qui met l'accent soit sur le pathétique et la sentimentalité,
00:02:41donc faisant partager au spectateur au moins en apparence
00:02:43au point de vue de la victime, soit sur la violence des péripéties,
00:02:47soit le plus souvent, tour à tour, sur ces deux éléments,
00:02:50avec les ruptures de ton que cela implique.
00:02:53Alors des personnages de victimes, un registre pathétique et violent,
00:02:56on voit bien comment ces caractéristiques très générales
00:02:59peuvent permettre de décrire assez aisément les films
00:03:03que je vais évoquer et qui étaient annoncés dans le programme.
00:03:06Donc je veux toutefois souligner à quel point ce lien que je vais établir
00:03:10entre des films d'auteurs réalisés dans les 25 dernières années
00:03:14et le genre du mélodrame est assez contre-intuitif, voire paradoxal.
00:03:20Tout d'abord, pourquoi ces cinéastes contemporains,
00:03:23qui sont en fait reconnus pour un style de mise en scène et de réalisation,
00:03:27pour des types de récits et des univers bien reconnaissables,
00:03:32c'est ce qui fait d'eux des auteurs,
00:03:33donc comment et pourquoi pourraient-ils s'inspirer de films
00:03:38formatés par les conventions et les codes d'un genre ?
00:03:41Ensuite, par quel renversement ironique pourrait-on bien juger
00:03:45que des films et des cinéastes qui sont vraiment portés au nu par la critique
00:03:49s'inspirent d'un genre hollywoodien qui fut l'un des plus décriés de son temps ?
00:03:55Je rappelle en effet qu'à l'époque classique, c'est-à-dire entre les années 30 et 60,
00:03:59les mélodrames sont souvent, mais pas toujours, critiqués pour leurs effets
00:04:03qui leur permettent en fait d'arracher des larmes à leur public.
00:04:08On parle même, pour certains d'entre eux, en anglais, de whippies ou de tearjockers,
00:04:12donc des tear-larmes.
00:04:14Ils sont aussi blâmés pour leur public, essentiellement féminin.
00:04:16Mais alors, ce dernier point soulève une nouvelle interrogation vis-à-vis de deux cinéastes
00:04:22dont je parlerai ce soir également, à savoir les films de James Gray et ceux de Clint Eastwood
00:04:27sont davantage réputés pour leurs personnages masculins, pour leurs univers virils,
00:04:32et on voit mal quel rapprochement pourrait être opéré avec les films de femmes,
00:04:36les women's films de l'âge hollywoodien, une autre étiquette qui permet de désigner
00:04:40les mélods de la période classique.
00:04:42Alors, il ne s'agit donc pas simplement pour moi ce soir d'analyser la présence du mélodrame
00:04:48dans le cinéma américain contemporain.
00:04:51Autant le dire d'emblée, je pense que ce n'est tout simplement pas un genre très populaire
00:04:55aujourd'hui, car le cinéma du XXIe siècle investit plutôt les domaines de l'action
00:05:00et de l'imaginaire, les films de science-fiction, de fantasie par exemple.
00:05:05Donc, mon but sera plutôt d'explorer un corpus de films d'auteurs
00:05:10qui, d'une part, relèvent de la catégorie du mélodrame,
00:05:14et d'autre part, se caractérisent par le lien qu'ils entretiennent avec le cinéma classique,
00:05:19c'est-à-dire avec un ensemble de mélos réalisés il y a 70 ans ou plus.
00:05:23Pour limiter le champ de cette exploration, je vais m'intéresser à des films d'auteurs confirmés,
00:05:29réalisés dans un intervalle grosso modo d'une vingtaine d'années.
00:05:31« Tout sur ma mère et parle avec elle » de Pedro Almodovar,
00:05:35« Loin du paradis et carole » de Todd Haynes,
00:05:38« Billions de l'art baby et grand torino » de Clint Eastwood,
00:05:40« Tout la veuse et la nuit nous appartient » de James Gray.
00:05:42Alors, ça fait beaucoup.
00:05:44Et je sais aussi que cet ensemble de films est éminemment éclectique.
00:05:48Ce sont des cinéastes qui n'appartiennent pas à la même génération,
00:05:51Eastwood est né en 1930, James Gray en 1969,
00:05:55300 américains et 1 est espagnol.
00:05:58Alors, on rapproche souvent les films de Haynes et d'Almodovar en raison de leur dimension queer,
00:06:04mais on ne voit pas trop ce qu'ils ont évidemment à voir avec les films d'Eastwood et ceux de James Gray.
00:06:09Deux explications d'emblée à cet éclectisme que je revendique.
00:06:13Tout d'abord, nous sommes de forme des images.
00:06:16Et je voulais rendre hommage à une programmation qui propose de faire des ponts, justement,
00:06:20entre des cinématographies en apparence éloignées.
00:06:23Ensuite, je veux aussi souligner ce soir avec vous la plasticité du genre protéiforme,
00:06:30qui est vraiment le mélodrame.
00:06:33Alors, mon hypothèse ce soir, c'est que le mélo, c'est justement l'un des genres
00:06:37qui permettent de remettre en cause le clivage entre auteur,
00:06:42c'est-à-dire un cinéma d'artiste,
00:06:44où les œuvres sont censées exprimer la personnalité, le style,
00:06:47la vision du monde d'un cinéaste,
00:06:49et genre, des codes, des conventions, des répétitions thématiques, formelles, etc.
00:06:56En dépit de leurs différences évidentes, que je ne vais pas nier,
00:07:00Haynes, Almodovar, Eastwood et Gray sont bien des auteurs de genre
00:07:04qui réinvestissent le mélodrame,
00:07:08qui a pourtant été pendant des décennies l'un des genres les moins légitimes.
00:07:12Mon but est de souligner, chez ces cinéastes,
00:07:17ce paradoxe et toute l'ambivalence qui va avec cette identité mélodramatique.
00:07:22Pourquoi ?
00:07:22Donc, le mélodrame est ici à la fois élitiste,
00:07:27les références aux films de l'âge d'or parleront aux cinéphiles les plus pointus,
00:07:31et populaire, puisque le genre est aussi utilisé pour sa capacité,
00:07:35évidemment, à faire naître l'émotion.
00:07:38Et les films, comme je l'indiquais au tout début,
00:07:41peuvent à la fois citer des œuvres du passé et déclencher les larmes.
00:07:46Comme je le rappellerai aussi, l'excès est l'un des marqueurs les plus évidents du genre,
00:07:51à savoir excès émotionnel, mais aussi excès qui se manifeste dans la mise en scène,
00:07:56dans les rebondissements, les péripéties, etc.
00:07:59Et dans le même temps, cet excès permet à des signatures d'auteurs de se singulariser.
00:08:05Alors, je procéderai en trois temps.
00:08:08Je vais tout d'abord revenir sur l'invention du genre du mélodrame dans les années 70,
00:08:12pour que nous puissions toutes et tous envisager, ensuite,
00:08:16cet héritage dans les mélodrames féminins et queer,
00:08:20puis dans les mélodrames masculins.
00:08:23Alors, un petit flashback 50 ans en arrière,
00:08:26donc, sera nécessaire pour mieux comprendre ce que l'on entend aujourd'hui par mélodrame.
00:08:30Donc, le début des années 70 est en effet marqué par un regain d'intérêt pour la forme du mélodrame,
00:08:38et même, pour le dire de façon un peu provocatrice,
00:08:41par l'invention du genre du mélodrame, par les critiques.
00:08:46C'est en effet l'époque où des critiques, notamment féministes et marxistes,
00:08:50s'intéressent au mélodrame et rassemblent, en fait, derrière le terme de mélodrame,
00:08:56des films qui relèvent de genres extrêmement divers.
00:08:58Et donc, pour ces critiques, le mélodrame devient une étiquette commode
00:09:02pour rassembler un ensemble de films qui présentent des caractéristiques communes.
00:09:07Ils identifient surtout deux formes, deux sous-genres particuliers,
00:09:12le mélodrame de famille et le mélodrame maternel,
00:09:16dont les récits sont centrés sur la famille, évidemment,
00:09:19et la position sociale des femmes.
00:09:21Le mélodrame de famille, en particulier,
00:09:24est un genre destiné à mettre sur le devant de la scène
00:09:27les tensions et les contradictions de l'Amérique des années 50,
00:09:31avec l'accent mis sur la cellule familiale.
00:09:34Et donc, quelques critiques, qui sont sur ma slide,
00:09:37caractérisent avec précision ce nouveau genre,
00:09:40au point que, quelques années plus tard, au début des années 80,
00:09:44la plupart des livres portant sur les genres cinématographiques hollywoodiens
00:09:48incluent désormais, à côté de chapitres évidents
00:09:52sur le western, la comédie musicale, le film noir,
00:09:55des chapitres sur le mélodrame de famille,
00:09:58une catégorie qui, pourtant, n'a jamais été utilisée
00:10:00par l'industrie pour produire ou promouvoir des films.
00:10:04Ils ont inventé cette catégorie critique.
00:10:08Et donc, pour ces critiques,
00:10:10le mélodrame de famille rassemble des films
00:10:13qui vont du cinéma muet,
00:10:15donc du cinéma de Griffith, par exemple, dans les années 20,
00:10:18du cinéma de Frank Borsegui,
00:10:20John Stahl dans les années 30,
00:10:22et ensuite, après-guerre,
00:10:23Max O'Fulls, Vincent Terminelli,
00:10:25Nicolas Rey et Douglas Sirk,
00:10:27pour ne citer que les plus connus.
00:10:31Alors, dans cet ensemble,
00:10:33c'est notamment le cinéma de Douglas Sirk
00:10:35qui retient l'attention.
00:10:36Deux raisons, au moins, à cela.
00:10:39Tout d'abord, en 1971,
00:10:41Douglas Sirk lui-même,
00:10:43qui est en fait un réalisateur hollywoodien à la retraite,
00:10:46donne une série d'entretiens à un critique irlandais,
00:10:49donc John Hallyday,
00:10:51et les remarques que Sirk fait à propos de films
00:10:54qu'il a réalisés 20 ans auparavant
00:10:56en tant que réalisateur sous contrat pour Universal
00:10:59ont une influence sur la critique,
00:11:03sur le champ en construction des études cinématographiques
00:11:06à l'université,
00:11:07évidemment aussi sur des cinéastes.
00:11:08Et donc Sirk, dans ce livre,
00:11:11identifie plusieurs de ses longs métrages
00:11:13comme étant des mélodrames,
00:11:15alors que ces films avaient été conçus
00:11:16par l'industrie comme des films
00:11:18relevant de genres divers et distincts.
00:11:22Deuxième raison de cet intérêt,
00:11:25marqué pour Sirk,
00:11:26par le cinéma de Sirk,
00:11:27son cinéma illustre parfaitement
00:11:29le genre du mélodrame de famille.
00:11:31Pourquoi ?
00:11:32Les films dépeignent des conflits
00:11:34dans le cercle familial,
00:11:36surtout entre les générations.
00:11:39Ils placent au centre de la récit
00:11:40des victimes féminines,
00:11:42dont le point de vue est central,
00:11:44et ils sont structurés autour
00:11:46de quelques séquences violentes,
00:11:48paroxystiques,
00:11:49donc qui sont destinées à exacerber
00:11:51les émotions chez les publics,
00:11:53à faire pleurer aussi.
00:11:55Les critiques vont s'intéresser
00:11:56tout particulièrement à l'ambivalence idéologique
00:11:59de ces films,
00:12:00et particulièrement à leur fin,
00:12:02à leur happy end.
00:12:03C'est une interprétation
00:12:05qui est appuyée par Sirk lui-même,
00:12:08qui met l'accent dans ses entretiens
00:12:10sur la dimension ironique
00:12:12qui serait à l'œuvre dans ces happy end.
00:12:13Pour lui, en fait,
00:12:14il n'en a de happy que le nom,
00:12:16et leur excès,
00:12:16comme vous voyez dans l'image,
00:12:17de bonheur, de couleur,
00:12:20est éminemment suspect.
00:12:23Les critiques s'intéressent aussi
00:12:26au moment de paroxysme émotionnel
00:12:28qui sont nombreux
00:12:28dans les mélodrames de famille.
00:12:29Je vous ai mis un exemple
00:12:31dans Écrits sur du vent.
00:12:33Parce que les personnages
00:12:34sont aveuglés par leur passion
00:12:36ou empêtrés dans des dilemmes
00:12:38qui ne parviennent pas à formuler
00:12:39et encore moins à résoudre,
00:12:41les émotions et les tensions
00:12:42s'accumulent sans pouvoir être réglées
00:12:44par leurs actions,
00:12:45qui en fait ne font souvent
00:12:46qu'intensifier les problèmes.
00:12:49Et donc, dans certaines séquences,
00:12:51ces émotions qui sont contenues
00:12:52et qui sont refoulées
00:12:53se déversent soudain
00:12:55et elles se manifestent
00:12:57à travers la musique,
00:12:58la mise en scène,
00:12:59l'interprétation,
00:12:59l'éclairage, le montage.
00:13:02Et donc, pour Geoffrey Noël Smith,
00:13:04un des critiques
00:13:05que j'ai mentionnés précédemment,
00:13:07la musique et la mise en scène
00:13:08ne viennent pas renforcer l'émotion,
00:13:11mais dans une certaine mesure,
00:13:13elles se substituent à l'émotion.
00:13:17Alors, l'un des films
00:13:18qui est vraiment abondamment analysé
00:13:20jusqu'à aujourd'hui par la critique
00:13:21et tout ce que le ciel permet,
00:13:23donc un film réalisé par Sœur
00:13:24en 1955.
00:13:25Dans ce film,
00:13:27on a un personnage
00:13:27qui s'appelle Carrie,
00:13:29qui est interprété
00:13:30par Jane Wyman,
00:13:31donc une star.
00:13:33Et donc, c'est une jeune veuve
00:13:34qui a deux grands enfants
00:13:35et qui habite
00:13:37une petite ville aisée
00:13:38de la côte est des États-Unis.
00:13:40Et donc, ses proches
00:13:41voudraient qu'elle se remarie,
00:13:43qu'elle épouse un homme
00:13:43de la bonne société de la ville.
00:13:46Mais en fait,
00:13:46elle est attirée
00:13:46par le fils
00:13:48de son jardinier,
00:13:49Ron,
00:13:50qui est interprété
00:13:50par Rock Hudson.
00:13:51Et donc, cette relation
00:13:53avec un homme plus jeune
00:13:54et d'un milieu social inférieur
00:13:56isole Carrie
00:13:56de ses proches
00:13:57et surtout de ses enfants
00:13:59qui lui posent
00:14:00des ultimatums.
00:14:01Et donc,
00:14:01dans la séquence
00:14:02que nous allons voir,
00:14:04Carrie et Ron
00:14:05reviennent d'une soirée
00:14:06lors de laquelle Carrie
00:14:07a tenté de présenter
00:14:08Ron à ses amis.
00:14:10Elle rentre chez elle
00:14:10et elle retrouve son fils.
00:14:12Donc, on peut lancer
00:14:13l'extrait de
00:14:14Tout ce que le ciel permet.
00:14:15Nothing's important
00:14:31except us.
00:14:33Will you remember that?
00:14:35Yes.
00:14:37I'll take you to the door.
00:14:39No, Ron.
00:14:40Thank you,
00:14:41but good night.
00:14:44Good night.
00:14:45I've got a few things
00:15:11to say to you, Mother.
00:15:11All right, Ned.
00:15:16I just want to tell you
00:15:17that meeting him
00:15:18hasn't changed my mind
00:15:19one darn bit.
00:15:20We did what you asked.
00:15:23I asked you to give Ron
00:15:24a fair chance.
00:15:26I don't think you did.
00:15:27Just because we didn't agree
00:15:28with your choice?
00:15:31Listen, Mother,
00:15:31somebody in this family
00:15:32has got to think straight.
00:15:34And you don't think I can?
00:15:35I think all you see
00:15:37is a good-looking
00:15:37set of muscles.
00:15:38Why, Ned?
00:15:42That's the way it looks,
00:15:43doesn't it?
00:15:46Planning to give up
00:15:47a home that's been
00:15:47in the family for
00:15:48I don't know how long.
00:15:51There's a certain tradition.
00:15:53And for what?
00:15:57Don't you realize
00:15:58what people are going to say?
00:16:00Haven't you any sense
00:16:01of obligation
00:16:02to Father's memory?
00:16:02What has that got to do with...
00:16:06How can you even think
00:16:07of marrying a man like Kirby
00:16:08when you've been
00:16:09Father's wife?
00:16:10It's against everything
00:16:11that Father stood for.
00:16:13Nonsense, Ned.
00:16:16Mother.
00:16:19Are you really intending
00:16:20to go through with this?
00:16:25Yes, I am.
00:16:28Well, don't expect me
00:16:29to come visit you.
00:16:30How can I bring my friends?
00:16:34I'd be ashamed.
00:16:39Ned.
00:16:46Ned, we mustn't let
00:16:47this come between us.
00:16:50If you mean Kirby,
00:16:51he already has.
00:17:00How can I bring my friends?
00:17:02How can I bring my friends?
00:17:03How can I bring my friends?
00:17:04How can I bring my friends?
00:17:05How can I bring my friends?
00:17:06How can I bring my friends?
00:17:07How can I bring my friends?
00:17:08Dès le début
00:17:09de cette séquence,
00:17:10on a une forme
00:17:12d'ironie
00:17:13typique de Sir
00:17:14quand Ron explique
00:17:16que rien ne compte plus
00:17:17que nous
00:17:18alors qu'un plan de couple
00:17:19vient de montrer le fils
00:17:20faisant les 100 pas
00:17:21dans le salon
00:17:22et que l'éclairage
00:17:23de leurs deux visages
00:17:25sépare déjà
00:17:25les deux amants.
00:17:28La scène se caractérise
00:17:28surtout par son pathos
00:17:30et sa violence, évidemment.
00:17:31La mise en scène accentue
00:17:33le contraste
00:17:34entre la dureté
00:17:36intransigeante du fils,
00:17:38le statut de la mère
00:17:39sur qui un piège
00:17:40évidemment se referme.
00:17:43Elle demeure assez passive
00:17:44dans cette séquence.
00:17:46Elle est totalement
00:17:46sous le choc.
00:17:48Tout cela passe par la musique
00:17:50mais aussi par une utilisation
00:17:51spécifique du décor,
00:17:54le miroir et la cheminée
00:17:56qui permettent au fils
00:17:57de devenir en quelque sorte
00:17:58un nouveau père
00:18:00qui affirme son autorité,
00:18:02donc le paravent
00:18:03qui bloque aussi
00:18:04toute possibilité
00:18:04de mouvement
00:18:05du personnage féminin.
00:18:08Mais la séparation
00:18:10entre la mère et le fille,
00:18:12ce sera aussi important
00:18:12pour l'extrait suivant
00:18:14que je vous montrerai,
00:18:15est soulignée
00:18:15par les lumières colorées
00:18:17utilisées ici
00:18:17de façon expressive.
00:18:19On note le contraste
00:18:20évidemment entre la lumière
00:18:21bleue, presque électrique,
00:18:23de la nuit
00:18:23et la lumière chaude
00:18:24du salon.
00:18:26Le visage de Carie
00:18:27demeure éclairé,
00:18:29semble-t-il,
00:18:29de façon nuancée
00:18:30et équilibrée.
00:18:32Il se détache du fond
00:18:33grâce à une couleur
00:18:35jaune-oranger
00:18:36qui demeure douce.
00:18:37En revanche,
00:18:38tout est vraiment
00:18:39mis à profit
00:18:40pour souligner
00:18:41la dureté de Ned,
00:18:42le contraste violent
00:18:43entre le bleu et le jaune,
00:18:46les ombres
00:18:47quand même assez disgracieuses
00:18:48sur son visage,
00:18:50visage qui d'ailleurs
00:18:51disparaît presque totalement
00:18:52dans l'ombre.
00:18:56Alors,
00:18:57loin du paradis,
00:19:00désormais,
00:19:01à pleinement droit de citer
00:19:02dans le cadre
00:19:02de cette programmation
00:19:03Hollywood Millenials,
00:19:05car il s'inspire
00:19:06non pas d'un film classique
00:19:07mais bien de plusieurs,
00:19:10puisque le film
00:19:12cite directement
00:19:14« Mirage de la vie »
00:19:14de Cirque,
00:19:15projeté de main d'ailleurs,
00:19:16notamment pour la façon
00:19:17dont est décrite
00:19:18la violence raciste
00:19:19qui s'exerce
00:19:20à l'encontre
00:19:21d'un homme noir
00:19:22et surtout
00:19:22de sa fille.
00:19:24Le film cite aussi
00:19:24« Les désemparés »
00:19:25de Max O'Fulls
00:19:26qui montre la relation
00:19:28d'une femme mariée
00:19:29avec un homme
00:19:30d'une condition sociale
00:19:31inférieure.
00:19:32Et enfin,
00:19:33la séquence finale
00:19:35de « Loin du paradis »
00:19:36dans une gare
00:19:37cite une séquence
00:19:38déchirante
00:19:39de départ définitif
00:19:40en train
00:19:41dans « L'être d'une inconnue »
00:19:42de Max O'Fulls.
00:19:43Mais le titre
00:19:44« Loin du paradis »
00:19:45est une citation
00:19:45du titre
00:19:46de « Tout ce que le ciel permet »
00:19:47puisque dans ses entretiens
00:19:48avec John Hallyday,
00:19:49Douglas Sirk,
00:19:51rappelé au sujet
00:19:52du propre titre
00:19:53de son film
00:19:54à quel point,
00:19:56selon lui,
00:19:56il s'agissait
00:19:57d'un titre
00:19:58éminemment ironique.
00:20:00Donc « Loin du paradis »
00:20:01le titre
00:20:02choisi par Haynes
00:20:03explicite
00:20:05cette visée
00:20:05ironique
00:20:06et critique.
00:20:08Mais
00:20:08au-delà
00:20:11des simples
00:20:13citations,
00:20:15« Loin du paradis »
00:20:15possède un scénario
00:20:16qui est très proche
00:20:18du scénario
00:20:19de « Tout ce que le ciel permet »
00:20:20de Douglas Sirk
00:20:20et aussi de tous les autres
00:20:21« S'appelle Ali »
00:20:22remake de « Tout ce que le ciel permet »
00:20:24réalisé en 1973
00:20:25par Fassbinder
00:20:27en Allemagne.
00:20:29Donc pour utiliser
00:20:30un seul terme
00:20:31un petit peu savant,
00:20:32le film
00:20:32est ce que le théoricien
00:20:34du récit
00:20:34Gérard Genette
00:20:35appelle une transposition,
00:20:37c'est-à-dire que le film
00:20:38de Haynes
00:20:39se greffe
00:20:41sur ceux de Sirk
00:20:42et de Fassbinder
00:20:43qui l'initent
00:20:44de façon
00:20:45sérieuse.
00:20:46J'arrête avec
00:20:47les termes savants.
00:20:49Donc chez Sirk,
00:20:49il était question
00:20:50d'une liaison
00:20:51avec un homme
00:20:52plus jeune
00:20:52et d'une classe sociale
00:20:54inférieure.
00:20:55Chez Fassbinder,
00:20:56nous avons la relation
00:20:57entre une femme
00:20:57de ménage âgée
00:20:59et un jeune travailleur
00:21:00immigré racisé
00:21:01dont « Loin du paradis »
00:21:04Cathy Whittaker,
00:21:05interprétée par
00:21:06Julien de Mour,
00:21:07est une mère
00:21:07et une femme
00:21:08au foyer modèle
00:21:09qui habite
00:21:09avec son mari
00:21:10Franck,
00:21:12jouée par
00:21:12Denise Quaid,
00:21:13dans une petite ville
00:21:14bourgeoise
00:21:15du Connecticut.
00:21:16Mais Caffi
00:21:17surprend son mari
00:21:18échangeant
00:21:19un baiser
00:21:19avec un homme.
00:21:20On est dans
00:21:21les années 50,
00:21:22donc le couple
00:21:22consulte un médecin
00:21:23pour guérir
00:21:24Franck,
00:21:25qui ne parvient
00:21:26cependant pas
00:21:26à surmonter
00:21:27ses désirs
00:21:28au point que
00:21:29le mariage du couple
00:21:30s'effondre.
00:21:31Quant à Caffi,
00:21:33elle se rapproche
00:21:33de Raymond,
00:21:34son jardinier noir,
00:21:36donc vous voyez
00:21:36le lien avec
00:21:37tout ce que
00:21:37celle permet.
00:21:39Tout cela
00:21:39évidemment
00:21:40est considéré
00:21:41comme un désastre
00:21:42par les proches
00:21:43de Caffi.
00:21:45Et donc,
00:21:46si vous voulez,
00:21:46à la dimension sociale
00:21:47présente
00:21:48chez Cirque,
00:21:49s'ajoutent
00:21:49des questions
00:21:50de race
00:21:51et de sexualité
00:21:52qui sont envisagées
00:21:54d'une façon
00:21:54qui était inconcevable
00:21:56dans un cinéma classique
00:21:57soumis
00:21:58à l'autocensure.
00:22:00Mais le plus étonnant
00:22:00peut-être,
00:22:01et la raison
00:22:02pour laquelle
00:22:02le film
00:22:02est demeuré célèbre,
00:22:04est la façon
00:22:04dont Haynes
00:22:05réalise un film
00:22:06dont l'action
00:22:06se déroule
00:22:07dans les années 50,
00:22:08en 57 en fait
00:22:09exactement,
00:22:10à la façon
00:22:10des films
00:22:11des années 50,
00:22:12c'est-à-dire
00:22:12à la façon
00:22:13des mélodrames
00:22:14de famille
00:22:14de ces années-là.
00:22:16C'est-à-dire
00:22:16qu'il recrée
00:22:17en 2002
00:22:18un mélo de famille
00:22:19des années 50
00:22:20et plus précisément
00:22:21un mélo
00:22:22cirquien.
00:22:23Donc,
00:22:24il ne s'agit pas
00:22:24d'un remake
00:22:25mais bien
00:22:26en fait
00:22:26d'un pastiche
00:22:28puisqu'il s'agit
00:22:28d'imiter
00:22:29surtout le style
00:22:31du cinéma
00:22:32de Cirque,
00:22:34en fait
00:22:34de reprendre
00:22:35les éléments
00:22:36de la signature
00:22:36de Cirque
00:22:37mais dans un contexte
00:22:38nouveau.
00:22:39Alors,
00:22:39tout n'est pas identique
00:22:40donc il existe
00:22:41évidemment
00:22:41de grandes différences
00:22:43entre Loin du paradis
00:22:44et les mélodrames
00:22:45de famille
00:22:45des années 50
00:22:46donc à commencer
00:22:48vous l'avez compris
00:22:48par le traitement
00:22:49très explicite
00:22:50de l'homosexualité
00:22:52et du désir
00:22:53interracial.
00:22:54Mais en fait
00:22:55à bien d'autres égards
00:22:56le film est également
00:22:57proche du cinéma
00:22:58de Cirque
00:22:59avec notamment
00:23:00vous le verrez
00:23:01dans l'extrait
00:23:01les décors
00:23:02notamment la maison
00:23:03de Cathy
00:23:03les costumes
00:23:05les échelles de plan
00:23:06l'éclairage
00:23:06la couleur
00:23:07les styles de jeu
00:23:08etc.
00:23:09Donc on va voir
00:23:10une séquence
00:23:10de Loin du paradis
00:23:11dans laquelle
00:23:12le couple
00:23:13Cathy et Franck
00:23:15vient d'organiser
00:23:16une soirée mondaine
00:23:17à son domicile.
00:23:19La soirée
00:23:19ne s'est pas très bien
00:23:20passée
00:23:20parce que Franck
00:23:21qui est de plus en plus
00:23:22torturé par ses désirs
00:23:23a beaucoup bu
00:23:24donc vraiment énormément.
00:23:27Il va alors tenter
00:23:28mauvaise idée
00:23:29donc d'avoir
00:23:29une relation sexuelle
00:23:30avec son épouse.
00:23:31Petit trigger warning
00:23:33dans cette séquence
00:23:34le mari se montre
00:23:35physiquement violent
00:23:36vis-à-vis de son épouse
00:23:38donc on peut voir
00:23:39l'extrait
00:23:40de Loin du paradis.
00:23:48Frank
00:23:49Well, if I do say
00:23:57so myself
00:23:58it was a lovely party
00:23:59all considering.
00:24:00I just wish
00:24:11that
00:24:12it didn't have
00:24:15to turn ugly
00:24:15in front of our friends.
00:24:22Honestly, Frank
00:24:23if you didn't insist on
00:24:24what is it?
00:24:28I'm sorry.
00:24:36I'm sorry.
00:24:36I'm sorry.
00:24:36I'm sorry.
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