00:00Il y a quelque chose de fascinant, Romain, dans l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans,
00:03c'est que l'État n'a pas le contrôle de l'espace public, mais veut le contrôle de l'espace numérique.
00:09Les derniers chiffres de l'immigration montrent qu'on n'a pas le contrôle sur les entrées sur notre territoire.
00:14Je pourrais vous parler de la fraude, il y a plus de cartes vitales que d'habitants.
00:18On a même désormais l'interdiction de réaliser des contrôles, des tests pour les mineurs non accompagnés,
00:23pour justement voir s'ils sont majeurs ou non.
00:25Malgré cet abandon de l'État sur ces dossiers-là, il y a la volonté, au contraire, très ferme, de contrôler l'espace numérique.
00:33Alors ça se présente sous l'interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans.
00:38En apparence, tout le monde sera d'accord sur ce sujet-là, protéger la santé mentale de nos adolescents.
00:42Mais ça entraîne d'autres choses derrière.
00:45D'ailleurs, on peut regretter sur la forme que cette cause unanimement partagée ne devienne le prétexte à d'autres dispositifs bien plus clivants.
00:53On est un peu dans le même cas, toute chose égale par ailleurs, qu'une autre loi qui est là aussi époussée par le gouvernement et par le président,
01:00celle pour l'euthanasie, où on met la question des soins palliatifs pour tenter derrière de faire avaler la pilule justement des suicides assistés ou de l'euthanasie.
01:07Ce qui vous pose problème dans le cas des réseaux sociaux, c'est la méthode employée pour le contrôle ?
01:11Oui, parce que derrière l'objectif vertueux de protéger les plus jeunes, ce sont demain 100% des internautes qui vont devoir fournir une preuve de leur identité.
01:18Alors, on nous assure que ces données ne seront pas fournies directement aux plateformes, ni directement à l'État, mais à un tiers de confiance.
01:24Au-delà des craintes techniques des fuites de données, cela pose un problème fondamental, celui de l'usage de cette identité numérique.
01:30Aujourd'hui, le contrôle concernera seulement l'âge, mais qui nous garantit que demain, des internautes ne pourraient pas être triés selon d'autres critères ?
01:38Surtout dans un contexte où la liberté d'expression repose sur le pseudonyma, tous ces comptes sur Internet qui osent aller contre la doxa et la pensée dominante,
01:46le font sous couvert de ne pas être exposés publiquement aux conséquences de leurs engagements.
01:51Ce sont d'ailleurs pour certains des comptes qui permettent d'alerter sur des sujets et dont l'ensemble des rédactions en France se servent pour alimenter leurs journaux.
01:59Il y a donc là aussi une forme d'hypocrisie à vouloir demain attribuer une identité numérique dont les conséquences pourraient être de réduire au silence les voix dissidentes.
02:08Alors, je pourrais vous rétorquer, on pourrait vous rétorquer que c'est une vision un peu complotiste des choses.
02:13Vous aurez raison parce qu'en effet, rien en l'État ne permettra au gouvernement de pister les opinions défavorables.
02:19Mais l'identité numérique, c'est un préalable à une possible surveillance.
02:22Il n'y a qu'à voir de l'autre côté de la Manche ce qui se passe avec ces opérations de police menées parfois pour arrêter des internautes qui ont eu des propos jugés problématiques
02:30pour se rendre compte que nous ne sommes pas dans un scénario de science-fiction.
02:33Alors que nous allons entrer dans une période électorale majeure pour notre pays, le président de la République a déjà alerté sur les risques d'ingérence.
02:39Là aussi, c'est un prétexte a priori qui fait consensus mais qui ouvre pourtant la voie à une régulation dont on ne sait pas où elle peut s'arrêter.
02:46Dans ce débat, il faut être lucide sur les dérives que peuvent engendrer les réseaux sociaux.
02:50Mais il faut aussi avoir conscience que le numérique est aujourd'hui l'un des derniers refuges de la liberté d'expression
02:55qui échappe par définition au contrôle d'un pouvoir à bout de souffle.
02:59J'ai la faiblesse de croire qu'un président qui veut labelliser les médias ne serait pas totalement hostile
03:03à l'idée de limiter le périmètre de la parole autorisée en ligne.
03:07Et tout cela derrière le joli prétexte consensuel de la santé de nos adolescents.
03:11Sous-titrage Société Radio-Canada
03:16Merci.
03:17Merci.
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