00:00La question de la liberté d'expression, c'est une valeur cardinale de notre société.
00:03Alors, quand elle est menacée, il faut tendre l'oreille.
00:05Hier matin, Jean-Noël Barraud a profité de revenir sur les tensions diplomatiques avec Washington
00:09pour exprimer cette idée. Écoutez le ministre des Affaires étrangères.
00:14Cela passe par une mise au pas des réseaux sociaux qui servent en quelque sorte de plateforme
00:21à un certain nombre de ces mouvements, de ces mouvances de l'international réactionnaire
00:25pour venir perturber le débat public et venir fragiliser l'intégrité de nos processus démocratiques.
00:32Vous avez entendu un maître au pas, les réseaux sociaux pour lutter contre l'international réactionnaire.
00:37L'idée n'est pas nouvelle puisqu'Emmanuel Macron avait déjà dit plus ou moins la même chose l'an
00:41dernier.
00:41Je reviendrai plus tard sur cette notion d'international réactionnaire.
00:44Mais d'abord, on va mesurer la folie des propos tenus très tranquillement par un ministre
00:48sur une antenne de service public. En clair, il appelle à cadenasser la parole en ligne
00:53prétendument contre les manipulations. En réalité, il s'agit, on l'a bien compris,
00:56d'un tri des bons et des mauvais contenus. Sur quelle base ? Au nom de quels critères ?
01:01On voit bien la dérive que constitue cette idée que je classe au rayon des dingueries
01:05au même titre que la labellisation des médias.
01:07Pourquoi cette idée revient régulièrement dans les propos du gouvernement et du président de la République ?
01:12D'abord parce que le numérique est un refuge de la liberté d'expression.
01:15Bien sûr, on y trouve à boire et à manger et certains contenus peuvent être problématiques.
01:19Je préfère m'attarder en ce qui me concerne sur la bouffée d'oxygène que constituent ces espaces
01:23où la parole est encore suffisamment libre pour alerter parfois sur des faits occultés
01:28dans l'espace médiatique. Alors oui, on peut y lire des critiques acerbes
01:31des politiques mises en place ces dernières années et on comprend que c'est ce genre de contenu
01:35qui serait visé demain par cette mise au pas.
01:37Et on en arrive au cœur de l'idéologie macroniste qui s'est érigée elle-même
01:41en phare de la pensée au milieu d'un océan prétendument réactionnaire ou extrémiste.
01:45Dès lors, la critique de ces certitudes apparaît comme suspecte, forcément le fruit
01:50d'une manipulation numérique impensable pour le pouvoir en place que des Français
01:54puissent sincèrement remettre en cause le bilan des neuf dernières années sans y voir
01:58la main de Moscou ou de Washington.
02:00Ce sont ces pays qui sont qualifiés d'internationales réactionnaires ?
02:04Oui, en clair, tous les pays dirigés par des hommes et des femmes qui ne sont pas alignés
02:07sur l'agenda progressiste occidental.
02:09Si on écoute Emmanuel Macron et Jean-Noël Barrault, il y aurait donc une alliance informelle
02:13et quasi-secrète de tous ces dirigeants conservateurs pour changer la face du monde
02:17et nuire à leurs rivaux politiques.
02:19Les mêmes accusations concernant d'autres acteurs et d'autres idées vous conduiraient
02:23tout droit à un procès en complotisme.
02:24Mais pour le camp du bien, l'idée serait pipée.
02:27Le combat des idées ne mérite donc plus d'être mené.
02:29Et on en vient donc à ce qui se transforme en obsession presque maladive,
02:33la lutte contre l'émergence de pouvoir qualifier donc de réactionnaire.
02:36En les combattant sur la scène internationale, c'est un autre adversaire qui est visé,
02:40le Rassemblement national.
02:41Emmanuel Macron est tellement hanté par l'image de Jordan Bardella
02:45ou Marine Le Pen arrivant à l'Elysée pour lui succéder
02:47que cela dicte la quasi-intégralité de son agenda politique.
02:51Agenda international donc, mais pas seulement.
02:53Ses réactions après le meurtre de Quentin témoignent de cette ligne
02:56qui consiste à ne pas faire le jeu du RN, comme le dit la formule.
03:00Alors on renvoie dos à dos les extrêmes pour ne pas faire le jeu du RN.
03:04De la même manière, la pluie de nominations de proches à des postes clés
03:07à quelques mois de son départ témoignent de cette fébrilité.
03:10L'idée, là encore, c'est de compliquer la tâche de son successeur
03:13et de placer des pseudo-garde-fous face à une possible arrivée du RN au pouvoir.
03:17À force de taxer le moindre contradicteur d'extrémisme et de danger pour la démocratie,
03:22Emmanuel Macron s'est enfermé lui-même dans un glissement illibéral
03:26et c'est sa propre pratique du pouvoir qu'il faut aujourd'hui plus que jamais questionner.
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