00:00Absolument, Anthony, on peut observer la situation politique avec un certain détachement,
00:04quelque peu désabusé par le triste spectacle qui nous est offert,
00:07mais au fond, les Français semblent avoir compris qu'il ne fallait rien attendre des 18 prochains mois.
00:12Là où ça se complique, c'est que l'immobilisme politique a des conséquences très concrètes
00:16sur le quotidien de nos concitoyens.
00:18Le Figaro rapporte le cas de la loi censée supprimer les ZFE,
00:22les zones à faible émission mais à forte exclusion, pour reprendre la formule,
00:26adoptée en juin, la loi devait finir son parcours parlementaire cet automne
00:31avec la validation de l'Assemblée et le Sénat.
00:34Or, le calendrier parlementaire a volé en éclats en même temps que François Bayrou a été renversé
00:39et depuis qu'il est arrivé, Sébastien Lecornu ne semble pas pressé de remettre le sujet sur la table.
00:44La suppression des ZFE pourrait donc ne jamais voir le jour ?
00:48C'est aujourd'hui une très grande possibilité, en effet,
00:50d'abord parce que les débats à l'Assemblée sont monopolisés par le budget,
00:53mais aussi parce que sur le fond, la suppression des ZFE,
00:57c'est un caillou dans la chaussure du Premier ministre.
00:59Non seulement son propre camp est divisé sur la question,
01:02mais en plus la réactivation de ce débat pourrait lui coûter cher auprès des socialistes,
01:06des alliés incontournables s'il veut garder son poste.
01:09En plus, la suppression des ZFE contrevient aux directives de l'Union Européenne
01:14qui pourraient, écoutez bien, sanctionner la France à hauteur de 3 milliards d'euros.
01:19On n'a évidemment pas besoin de ça en ce moment, mais on touche aux limites de la situation politique.
01:24Notre gouvernement est si faible et si fragile qu'il doit se coucher devant les OUKAS de l'Union Européenne
01:30et plus largement devant les OUKAS de ceux que Pascal Praud qualifie de petits hommes gris.
01:34Il a bien raison. C'est en quelque sorte une remise en cause du pouvoir politique ?
01:38Oui, parce que la nature a horreur du vide et quand vous avez un gouvernement composé de profils peu politiques,
01:43forcément d'autres prennent le pouvoir.
01:45Ça peut donc être la technocratie bruxelloise qui ne rencontre aucune résistance face à cette directive.
01:51Ça peut être aussi l'administration qui prend les reines.
01:54Un ministre de François Bayrou m'a expliqué ces dernières heures
01:56à quel point il avait vu l'administration prendre du poids au cours des dernières années.
02:01Alors ça peut paraître abstrait, mais ça veut simplement dire que les décisions,
02:05elles sont prises par des gens qui ne sont pas élus, à l'abri des regards
02:08et sans devoir répondre de leurs actes devant les Français.
02:11Et c'est d'ailleurs l'enseignement le plus important de la crise politique que nous traversons.
02:14Tout est mis en œuvre pour se tenir à l'écart du jugement des Français dans les urnes.
02:18Tant pis si la politique se fait sans eux, voire contre eux.
02:22À la crise politique peut donc se greffer une crise de la représentation démocratique.
02:27Les EDFE, la fin du permis à vie, la programmation énergétique, le découvert autorisé.
02:32Voilà autant de sujets du quotidien où le gouvernement ne répond pas aux attentes des Français.
02:37Le risque, c'est d'arriver à un point de non-retour,
02:39parce que si la politique ne peut plus répondre aux aspirations populaires,
02:42elle sera considérée comme un obstacle et laissera le champ aux velléités les plus radicales.
02:472027 ne peut pas et ne doit pas être le seul horizon politique pour régler toutes ces questions.
02:52Sous-titrage Société Radio-Canada
02:57Merci.
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