00:01Yves Tréhard, Gérald Darmanin se dit prêt à suspendre l'immigration temporairement. Est-ce que c'est possible ?
00:06Écoutez, alors d'abord pourquoi il dit ça ? Parce qu'il y a un contexte. D'abord il y a le contexte américain évidemment.
00:11Il y a deuxièmement le fait que la campagne électorale approche, la campagne de 2027 des présidentielles.
00:17Et Gérald Darmanin n'a pas dit son dernier mot de ce point de vue. On ne sait pas s'il sera peut-être candidat ou pas.
00:22Et puis troisièmement il y a une réalité sur l'immigration. Alors qu'est-ce qu'il dit Gérald Darmanin ?
00:26Il dit une chose qui avait été suggérée par Michel Barnier quand il était Premier ministre, c'est-à-dire deux ou trois choses.
00:33La première c'est qu'il dit qu'on pourrait suspendre l'immigration pendant deux ou trois ans.
00:40Imaginons une suspension de l'immigration pendant deux ou trois ans avec en contrepartie une augmentation des salaires
00:46pour que les métiers que les étrangers font à très peu de frais, les Français le fassent.
00:53Parce qu'effectivement s'il y a moins d'immigration, il y a certains métiers, paraît-il, qui seraient, comme on dit, en tension.
00:59Il dit une deuxième chose, qu'il faudrait déterminer des quotas, et on va le lire, il faut pouvoir répondre aux besoins de notre peuple.
01:09Il faudrait mettre des quotas dans notre droit et demander à notre peuple, donc, instaurer un référendum qui serait demandé aux Français.
01:18Effectivement, 75% des Français, selon un sondage CSA qui a été réalisé l'année dernière, disent que les Français sont favorables aux quotas.
01:26Alors, pourquoi Michel Barnier s'était heurté, et à chaque fois, beaucoup de gouvernements se sont heurtés à ça ?
01:33Parce que le Conseil constitutionnel, précisément le 26 janvier, d'ailleurs, 2024, avait censuré la loi qui avait été présentée à l'époque,
01:46qui était une loi pour le contrôle de l'immigration.
01:49Ça, c'est une chose, en disant qu'après tout, ce n'était pas du tout constitutionnel.
01:53Et puis, deuxièmement, elle dit, un problème pour organiser des référendums, c'est qu'on n'organise pas des référendums sur n'importe quel sujet,
02:01au titre de l'article 11 de la Constitution, et l'immigration ne fait pas partie de ces sujets.
02:06Mais là, on parle de l'immigration régulière, on est d'accord ? Le problème, c'est surtout l'immigration irrégulière.
02:11C'est mon point de vue, effectivement. Alors, l'immigration régulière, si on peut faire des quotas, si on s'inspire de ce qui se passe à l'étranger,
02:17ça existe d'ailleurs, notamment au Canada. Au Canada, par exemple, je livre une information, en 2026, il y aura 150 000 étudiants qui seront acceptés,
02:26230 000 travailleurs, c'est comme ça que la qualification est donnée, ce qui est beaucoup moins d'ailleurs qu'en 2025.
02:33Au-delà, effectivement, le gros problème, ce sont les travailleurs et les immigrés en situation irrégulière qui pénètrent sur notre sol,
02:42enfin qui entrent en France par tous les moyens qu'ils peuvent, et le ministre de la Justice le dit d'ailleurs aujourd'hui,
02:51il le dit dans les mêmes interventions, dans la même intervention, il y a entre 600 000, d'après lui, et 800 000 immigrés en situation irrégulière sur notre pays,
03:01et pour une fois, son chiffre correspond à celui que le ministre de l'Intérieur avait donné récemment.
03:07Alors, évidemment, face à cette immigration irrégulière, est-ce que des quotas les arrêteront ? J'en doute.
03:15En plus, si M. Darmanin veut augmenter les salaires, mais en augmentant les salaires des métiers en question,
03:21il va créer un appel d'air terrible, c'est-à-dire que, justement, les immigrés vont de plus en plus être possiblement encouragés
03:30ou intéressés par une venue en France.
03:35– Henri Guénaud, que pensez-vous, vous, de cette proposition de Gérald Darmanin ?
03:38– Oui.
03:39– Alors, moi, c'est typiquement ce qu'il faut qu'on arrête de faire, voilà.
03:44C'est-à-dire que, oui, on va faire des quotas, oui, on va augmenter les salaires, oui, bon, tout ça, on va suspendre l'immigration,
03:51mais avec quels moyens ? Comment fait-on ?
03:54– Concrètement.
03:54– Comment fait-on ? Quelle révolution juridique, politique, etc., est-on prêt à faire ?
03:59Est-ce qu'on est prêt à dire, nous, on suspend Schengen, parce que ce n'est pas possible ?
04:05Les Espagnols, bon, régularisent des centaines de milliers de travailleurs immigrés,
04:11après, ils circulent dans toute l'Europe, bon, donc, indépendamment même de ce que nous pouvons faire,
04:16que ce soit l'immigration légale, l'immigration illégale, de toute façon, nous avons un problème juridique,
04:24qui est considéré un problème de droit, et je reviens un instant sur la loi de 2024,
04:30le Conseil constitutionnel n'a pas censuré toute la loi, vous savez comment ça s'est passé ?
04:33Bon, le ministère fait un projet de loi, qui est discuté, rien que ça, parce que c'est toujours la même méthode.
04:43Bon, il sait, il sait, parce qu'il y a une direction de liberté publique,
04:46et à sa tête un conseiller d'État au ministère de l'Intérieur, il sait que, de toute façon,
04:50ça ne sert pas à grand-chose, mais je vous montre que je suis ferme.
04:53Le Sénat rajoute là-dessus des amendements.
04:57Bon, il rajoute des amendements là-dessus, et il sait très bien le Sénat,
05:01il sait très bien les sénateurs qui seront autoqués par le Conseil constitutionnel,
05:05parce qu'il y a déjà des jurisprudences là-dessus.
05:06Ça vient devant l'Assemblée nationale, le président oblige son parti à passer un accord avec les LR,
05:17et une fois que tout ça est fait, le président soumet lui-même au Conseil constitutionnel
05:21qui va abroger les articles dont on savait qu'il sera abrogé.
05:30Voilà, ce genre de cinéma est extraordinairement dangereux.
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