00:00L'actualité en France d'abord. Alors qu'il avait engagé la responsabilité de son gouvernement, le Premier ministre français échappe à la censure.
00:07Les députés ont rejeté ce vendredi les deux motions déposées par la gauche hors Parti Socialiste et celle de l'extrême droite, le Rassemblement National.
00:16La partie recette de ce budget est donc adoptée. On retrouve tout de suite Yohann Bonin en direct de l'Assemblée Nationale.
00:22Bonjour Yohann, merci d'être avec nous. Les deux motions, je le disais, celles de la gauche hors Parti Socialiste, celles du Rassemblement National et également ont été rejetées ce matin.
00:32Et au moment où l'on se parle, un nouveau 49.3 est engagé sur la partie dépenses. On essaie d'être clair pour le public parce que ça devient technique.
00:41Oui exactement. Tout d'abord, les deux premières motions de censure ont été rejetées. 269 voix pour la première motion déposée par la France Insoumise, les communistes et les écologistes.
00:50C'est plus que 4 ans dupes. Cela s'est joué à 19 voix près car il en faut 288 voix pour faire chuter le gouvernement.
00:57Il y a donc eu des dissidents parmi le Parti Socialiste et les Républicains. La deuxième motion de censure, elle, était déposée par le Rassemblement National.
01:05Elle a aussi été rejetée. Elle n'a obtenu que 142 voix. Les premiers obstacles ont donc été franchis pour Sébastien Lecornu.
01:12Et c'est un peu le début de la fin pour le chef du gouvernement de l'adoption de ce projet de loi de finances 2026.
01:21Sébastien Lecornu, à la tribune, a défendu un texte de compromis. Ce n'est le texte de personne, c'est le texte de tout le monde.
01:27Les socialistes ont appliqué alors leur pacte de non-censure. Ils ont obtenu des concessions comme les repas universitaires à 1 euro,
01:342000 postes dans l'éducation nationale ou le doublement du rendement de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises.
01:39C'est un budget passable. Nous le laisserons passer, a-t-on entendu dire, de la part d'un cadre du Parti Socialiste.
01:46Le socle commun, lui, fait grisemine. Le patron des LR, Bruno Retailleau, a qualifié cette mouture du budget socialiste.
01:53Le patron des LR à l'Assemblée, Laurent Wauquiez, parle d'un texte imparfait.
01:56Quelques demandes du socle commun ont tout de même été conservées, comme le refus d'une taxe sur les holdings
02:02ou le maintien de l'abattement de 10% pour les retraités.
02:05Mais nous avons besoin d'un budget pour nos armées, pour nos agriculteurs, a défendu Nicolas Bay à la tribune pour les Républicains.
02:11La partie recette du projet de loi de finances a donc été adoptée.
02:16Et le Premier ministre a dégainé un deuxième 49.3, cette fois-ci sur la partie dépenses.
02:21Et là, les LR devraient retrouver un peu plus de couleurs, notamment avec des engagements
02:25qui visent à réduire le train de vie de l'État.
02:28Sans surprise, LFI et le RN devraient également déposer deux autres motions de censure
02:34qui seront examinées en début de semaine prochaine.
02:37Merci beaucoup, Johan. Merci pour ce compte-rendu depuis l'Assemblée nationale.
02:40Merci également à Olivier Abizot qui vous accompagne.
02:42On accueille notre invité maintenant. C'est vous, Emmanuel Echivar.
02:46Bonjour à vous. Vous êtes politologue, professeur à Sciences Po Reims.
02:50Merci de prendre quelques instants pour répondre à nos questions.
02:52On sait que ces négociations ont duré trois mois, qu'il a fallu plus de 350 heures de travaux.
02:59Est-ce que c'est la fin du marathon ?
03:01Ou est-ce qu'il faut considérer que rien n'est encore fait, qu'on peut s'attendre à une surprise ?
03:05Non, je pense que nous arrivons peu à peu à la fin du marathon, comme vous dites.
03:13Il semblerait que le Parti Socialiste et le gouvernement aient eu enfin une politique de compromis, de discussion.
03:23On ne voit pas trop ce que le Parti Socialiste, d'ailleurs, pourrait demander de plus.
03:29Et donc, dans cet accord de non-censure, qui fait que même si LFI et le RN votent cette mention de censure,
03:37elle ne passera pas.
03:38Donc, je pense qu'on peut dire qu'en effet, on va enfin avoir un budget.
03:42Le Premier ministre Sébastien Lecornu s'était défendu lorsqu'il a annoncé finalement le recours à ce 49-3,
03:49alors qu'il s'était engagé précisément à ne pas le faire,
03:51expliquant qu'il fallait sortir de l'impasse et que même la France s'était suffisamment donnée en spectacle.
03:56Je vous propose de l'écouter.
03:58Je vous fais réagir Emmanuel Echiva.
03:59Il existe pour ces moments où il n'y a pas de majorité stable,
04:09où les délais constitutionnels sont plus qu'atteints,
04:12où la situation budgétaire et internationale, dont nous avons trop peu parlé ce matin,
04:17interdit l'attentisme et où surtout le Parlement, collectivement,
04:22n'est pas parvenu à aller jusqu'au bout, hélas, de sa propre responsabilité.
04:28Je veux le dire avec gravité et sans détour.
04:32Si le gouvernement a engagé aujourd'hui sa responsabilité,
04:35ce n'est pas parce qu'il voulait décider seul,
04:37c'est parce qu'à un moment donné, sur ces bancs,
04:40trop nombreux se sont retrouvés ceux qui ne voulaient pas décider du tout.
04:45Le Premier ministre, là, il renvoie aussi en quelque sorte dos à dos les oppositions
04:49qu'il tient pour responsables de cette crise.
04:52Quelle analyse vous faites de ça ?
04:54Bon, de toute façon, n'oublions jamais quand même que la première responsabilité,
05:02c'est la dissolution de l'Assemblée nationale.
05:06Alors qu'il était évident qu'une nouvelle élection législative
05:11n'allait que fracturer une Assemblée déjà morcelée.
05:15Donc ça, c'est le premier responsable, c'est le président de la République.
05:18Le deuxième responsable, c'est les partis qui n'ont pas du tout l'habitude
05:22de coopérer ensemble, mais parce que la Ve République
05:25n'était pas conçue pour cela.
05:28La Ve République était conçue pour qu'il y ait une vraie majorité.
05:31Donc les responsables, c'est tout le monde politique,
05:38mais en même temps, encore une fois,
05:39cette Ve République n'est pas faite pour cela.
05:41Ça veut dire que les institutions...
05:44C'est vrai que c'est, à mon avis...
05:47Ça veut dire, Emmanuel Échiver, que ce sont les institutions
05:49qui ne peuvent plus fonctionner en État ?
05:51Oui, ça veut dire que les institutions sont faites
05:56pour qu'il y ait une majorité et une opposition.
05:59Or, la France est divisée en trois.
06:02LFI, RN et un bloc central.
06:05Donc, en fait, mathématiquement, il y a un problème.
06:08Ce qu'il faudrait, c'est au moins un changement
06:14de mode de scrutin, déproportionnel,
06:17et ce qui fait une obligation a priori des partis
06:24de s'entendre avant même les législatives.
06:27Vous nommiez à l'instant les différents responsables,
06:30à commencer donc par le président de la République.
06:31Si on remonte au péché originel, celui de la dissolution,
06:34on s'approche de la présidentielle de 2027.
06:36Quelles conséquences ça aura ?
06:38Alors, pas forcément sur Emmanuel Macron,
06:39il ne sera pas candidat,
06:40mais pour les autres personnalités politiques
06:42qui commencent déjà à se placer.
06:47On est vraiment face à un inconnu.
06:49De deux niveaux.
06:51Le premier, c'est quels sont les responsables politiques
06:56qui vont finir par se dégager du lot ?
07:00Je pense que bien malin, celui capable d'imaginer
07:04le deuxième tour de l'élection présidentielle.
07:07Et la deuxième inconnue dont on parle rarement,
07:09c'est une fois qu'il y aura un président de la République nommé,
07:13est-ce que l'élection législative va pouvoir donner
07:16une assemblée conforme au président de la République ?
07:21Donc, je pense qu'on n'en a pas fini des surprises politiques,
07:23des problèmes de régime
07:26et des invitations de politologues à expliquer la situation.
07:31Et le politologue que vous êtes,
07:32quel regard vous portez aussi,
07:34peut-être sur la façon dont les Français
07:35ont suivi cette crise budgétaire ?
07:37Je le disais, ça fait trois mois que ça dure.
07:40Est-ce qu'il peut y avoir, en quelque sorte,
07:41une sorte de crise de confiance ?
07:43Est-ce que ça peut échauder aussi l'opinion
07:44qui se dise, bon, finalement,
07:46voter à quoi ça sert ?
07:47Et puis quand on voit encore une fois,
07:48et là je vais reciter le Premier ministre
07:50qui parle d'un pays qui se donne en spectacle,
07:51est-ce que ça peut créer une rupture quelque part ?
07:56Bon, ça fait déjà un certain temps
07:59qu'il y a évidemment un problème de confiance démocratique des Français.
08:05Il est vrai que tout cet épisode ne va pas arranger les choses.
08:12On peut aussi voir une forme à la fois de lassitude
08:15et de Français qui se disent, on va faire sans.
08:20On va faire sans, les chefs d'entreprise qui font sans,
08:23malgré le budget, etc.
08:27Tout cela est évidemment inquiétant.
08:32Tout cela renforce la surprise qu'il y aura à la présidentielle.
08:36Et bientôt, sans doute, un rendez-vous quand même de régime,
08:45un rendez-vous de réflexion sur les institutions va devoir se produire.
08:50Donc il faut espérer que les élections présidentielles,
08:52c'est vraiment la seule chose qu'il faut espérer,
08:55soit un vrai moment de dialogue démocratique,
08:58et pas comme on a eu la dernière fois,
08:59où il n'y a pas eu de dialogue démocratique,
09:01et même peut-être même en 2017.
09:02Donc un vrai dialogue, projet contre projet.
09:06C'est la seule chose qui peut un peu améliorer la situation.
09:08Et qui peut le permettre ?
09:10C'est un appel à la responsabilité des partis politiques
09:12et des candidats, en l'occurrence, non ?
09:13C'est un appel à la responsabilité.
09:15Oui, c'est ça.
09:16C'est le fait que des grandes tendances de positionnement politique,
09:23de projet politique, soient vraiment débattues.
09:27Et que ça ne soit pas par, je ne sais pas, tel problème judiciaire,
09:32tel hasard de la campagne,
09:34tel événement ponctuel de la campagne,
09:37qui fasse l'élection.
09:38Mais je crois que les Français
09:40vont finir par vraiment avoir envie
09:43qu'on débatte de politique,
09:45qu'on débatte de grandes divisions,
09:49et de grandes situations,
09:50et de grands projets,
09:52et de grandes convictions.
09:54Pas mal de choses à enseigner à vos élèves,
09:56donc on vous voit depuis votre salle de classe.
09:58Merci beaucoup, Emmanuel Echivar.
10:00Merci d'avoir fait le temps de répondre à nos questions sur France 24.
10:02Professeur à sciences courants.
10:03Merci.
Comments