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Anne Fulda reçoit Laurent Bénégui pour son livre «Sa guerre» dans #HDLivres

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00:00Bienvenue à l'heure des livres, Laurent Bénégui, vous êtes écrivain et réalisateur, vous avez écrit déjà de nombreux romans, une pièce de théâtre également,
00:07et vous venez de publier « Sa guerre », un livre qui est publié aux éditions Miel et Barreau, un récit haletant, très bien écrit, qui commence en 2015,
00:17et un roman qui sonne étonnamment vrai, qui semble appuyer sur des informations, une documentation importante, exceptionnelle.
00:26Alors l'histoire commence, vous allez nous expliquer, donc en 2015, on retrouve une femme qui s'appelle Hélène Dompierre,
00:35qui est une cardiologue de renom, qui revient d'un congrès international à New York, elle s'apprête à retrouver sa fille, Manon, 18 ans,
00:44mais lorsqu'elle rentre, elle constate qu'elle n'est pas là, elle commence à se renseigner un peu, elle apprend qu'elle n'a pas été au lycée pendant toute la semaine,
00:54elle s'est évaporée dans la nature, et en fait, la réalité qu'elle va apprendre est assez éloignée de l'histoire d'amour contrarié,
01:05ou d'un problème d'avortement qu'elle imaginait, parce qu'elle pense d'abord à une fugue, ou quelque chose comme ça,
01:12jusqu'au jour où elle est confrontée à cette terrible réalité, lorsqu'un agent de la DGSI la convoque,
01:18avec une photo de sa fille, donc elle pense qu'on l'a retrouvée, mais le problème, c'est que cette photo a été prise
01:23à l'aéroport de Gaziantep, en Turquie, qui était la porte d'entrée en Syrie en 2015,
01:29et que l'homme avec qui elle semble être est un terroriste notoire, et donc, pour Hélène, sa mère,
01:37c'est une chute terrible, abyssale, puisque, très clairement, lui signifie que sa fille est probablement partie rejoindre le djihad,
01:44et qu'elle est recherchée pour complicité de terrorisme.
01:49Alors, on imagine que, effectivement, le ciel lui tombe sur la tête.
01:53Alors, la question qu'on se pose, c'est comment vous est venue l'idée de ce roman,
01:57et comment vous avez travaillé ? Vous avez été obligatoirement influencé, j'imagine, par la lecture des journaux ?
02:04Oui. Alors, il y a longtemps que j'étais très touché, moi, par tout ce qui se passe autour de la religion,
02:09entre les gens qui croient, ceux qui ne croient pas, ou ceux qui ne croient pas la même chose que leurs voisins,
02:13et j'avais envie d'aborder cette question, et les conséquences, en fait, de tout ça dans notre société.
02:18Ça va parfois chercher sa source très loin, et ça finit en bas de notre immeuble, dans la rue, quoi.
02:25Et donc, je cherchais, et j'ai rencontré, complètement par hasard, un homme qui est un agent des services secrets français,
02:33qui a opéré ces dernières années en Syrie, dans la clandestinité la plus totale,
02:37puisqu'il n'y avait pas de présence officielle du gouvernement français en Syrie,
02:41et dans les camps des réfugiés qui sont actuellement gardés par les Kurdes.
02:47Et cet homme qui avait lu certains de mes précédents romans s'est confié à moi,
02:51et de fil en aiguille, il m'a raconté ce qu'il faisait en Syrie.
02:54Donc, on retrouve un personnage qui lui ressemble étrangement dans le roman,
02:57et même si le roman est sur un mode très tendu, un peu comme un thriller,
03:02j'étais plus attentif à écrire une histoire aussi au niveau humain,
03:06et les portraits, en fait, qui m'a fait des jeunes femmes,
03:09qui sont parties dans ces années-là rejoindre la Syrie,
03:14et des mères, des mères qui sont restées,
03:16et qui ont, comme vous dites, ça leur est tombé dessus du jour au lendemain,
03:20je les ai trouvées tellement puissantes, tellement émouvantes,
03:22que je me suis dit que j'allais devenir une femme, j'allais être une de ces mères.
03:24Vous mettez dans la peau de...
03:26Ah oui, je dis je, voilà, je, je suis une maman de 40 ans
03:29qui découvre que sa fille est partie,
03:31et qui va faire tout pendant des années pour la retrouver.
03:34Oui, parce qu'il y a l'un des ressorts qui apparaissent,
03:38et c'est notamment la culpabilité de la mère,
03:40qui se pose des questions obligatoirement,
03:42parce qu'il refait le film.
03:43Elle est allée manifester avec sa fille à la République,
03:46lors de la grande manifestation au lendemain de Charlie Hebdo,
03:50de la tuerie de Charlie Hebdo.
03:52Sa fille a été Charlie, c'est dit.
03:53Sa fille, c'est dit Charlie, et finalement, six mois après,
03:57elle part en Syrie.
03:59Moi, j'ai voulu aussi écrire ce film pour battre en brèche
04:01tous les préjugés, tout ce qu'on croit savoir,
04:03tout ce qu'on a imaginé.
04:0542% des jeunes qui sont partis à cette époque
04:08étaient de tradition catholique.
04:106% étaient juifs, c'est incroyable, quoi.
04:13Et donc, en fait, beaucoup ne sont pas partis
04:15avec le couteau entre les dents.
04:16Nombre d'entre eux ont été victimes,
04:18soit d'un garçon qui leur a menti,
04:20soit du marketing terriblement efficace de Daesh,
04:23et se sont retrouvés coincés là-bas.
04:27Et donc, c'est normal que les parents
04:30ne puissent absolument pas comprendre ce qui se passe,
04:31parce qu'en fait, beaucoup de ces gosses,
04:33je les appelle des gosses,
04:34mais ils avaient 16 ans, 17 ans, 18 ans,
04:36ne comprenaient même pas ce qui leur est arrivé.
04:39Et les filles particulièrement,
04:41les jeunes femmes qui sont parties là-bas,
04:43qui se sont retrouvées du jour au lendemain,
04:45voilées, mariées de force,
04:47ne pouvant plus communiquer avec leur famille.
04:49Et donc, j'avais envie de parler de ces gens
04:51qui donnent une autre idée de ce que l'on peut croire,
04:54de ce qui s'est passé,
04:56et qui me paraît très importante
04:57pour lutter un peu contre les simplismes
05:00qu'il y a dans la société.
05:01Et puis, avec aussi cette idée
05:04qu'on peut élever, en son sein,
05:07dans sa propre famille,
05:08de parfaits inconnus.
05:09– Toujours.
05:10Moi, je crois qu'on élève chez des enfants.
05:13Je suis toujours très étonné de ce qui se passe.
05:15Ce n'est pas toujours dramatique ou tragique comme là,
05:17mais on élève absolument des personnes à part entière
05:22et donc elles ont très vite leur libre-arbitre.
05:25Elle dit, Hélène, effectivement,
05:26qu'elle l'a élevé dans le libre-arbitre,
05:30la libre-conscience,
05:32et qu'en fait, elle s'étonne que sa fille
05:34ait décidé de faire ce trajet avec.
05:36C'est notre responsabilité sans l'être,
05:39moi, je crois, en fait.
05:40C'est normal qu'on culpabilise,
05:41mais quand ça se passe bien,
05:44on est heureux que nos enfants s'épanouissent
05:45et prennent leur autonomie.
05:47– Alors, vous racontez,
05:48parce qu'on va suivre pendant 10 ans,
05:50en fait, ce combat acharné d'Hélène
05:53qui va, pour retrouver sa fille,
05:56qui va même aller en Syrie,
05:58qui va tout abandonner, en fait.
05:59– Elle va tout perdre.
06:01– Elle perd tout, d'ailleurs.
06:02– Elle va tout perdre,
06:03sa vie professionnelle,
06:05sa vie familiale, amicale,
06:07sa santé,
06:09parce qu'elle rentre,
06:10c'est pour ça que le roman s'appelle « Sa guerre »,
06:11elle rentre dans un combat contre tous,
06:13contre tous ceux qui l'empêchent
06:15de sauver sa fille.
06:16Et elle va faire un trajet
06:19qui va l'emmener très, très loin.
06:21Alors, je ne vais pas raconter la fin.
06:22Mais disons qu'elle va au bout,
06:27au bout absolument,
06:29de tous les trajets qu'on peut faire.
06:31C'est une véritable héroïne.
06:32C'est pour ça que je dis
06:33que c'est aussi un peu comme un thriller.
06:35C'est une héroïne de romans à suspense.
06:38Et on verra si ce qu'il s'en sort.
06:40– Oui, et c'est vrai
06:40qu'on ne lâche pas ce livre.
06:43D'ailleurs, en fait,
06:44c'est un amour absolu
06:45qu'elle porte à sa fille,
06:47puisqu'elle est prête
06:47à tout laisser pour elle.
06:50Et alors, la question qu'on se pose,
06:51c'est est-ce qu'en dehors
06:52de cette personne qui vous a raconté,
06:55cet homme qui vous a raconté
06:56ce qu'il faisait en Syrie,
06:57est-ce que vous-même,
06:59vous avez rencontré des familles
07:01dont les enfants sont partis
07:04pour documenter ce livre ?
07:05Parce qu'on y est, on y croit.
07:08Ou est-ce que...
07:09Comment vous avez travaillé ?
07:10– Alors, je n'ai pas rencontré
07:12de famille directement touchée.
07:14Ce qui est incroyable,
07:15c'est que j'en rencontre
07:16depuis que le livre est sorti
07:17et qu'ils viennent me dire
07:17« Moi, ça m'est arrivé ».
07:19Ce qui m'a fait vraiment...
07:21Oui, qui m'a touchée très fort.
07:23Je ne les ai pas rencontrées directement.
07:24J'ai lu énormément de témoignages.
07:25J'avais une pudeur
07:26à aller les voir
07:27en me disant
07:28« Mais j'arrive,
07:29ils sont dans une douleur,
07:31je vais... »
07:32Voilà, je me trouvais
07:33trop confortable.
07:34Par contre,
07:35j'ai rencontré
07:36beaucoup de personnes
07:37en périphérie
07:38de ces problèmes-là.
07:40J'ai voulu rencontrer
07:40des gens de toute confession aussi,
07:42à dire de bêtises.
07:43des combattants aussi
07:46qui sont allés là-bas,
07:47un combattant français
07:48qui s'est engagé
07:49contre Daesh.
07:54Et j'ai beaucoup,
07:56beaucoup travaillé
07:57parce que je trouvais
07:58que le sujet était
07:59beaucoup trop
08:00en équilibre
08:02pour dire des choses
08:07qui ne soient pas
08:07absolument exactes.
08:08En tout cas,
08:10c'est très réussi
08:12parce qu'effectivement,
08:13on ne lâche pas
08:14le livre
08:15et puis on vit
08:16les doutes,
08:17les interrogations
08:18de cette mère,
08:19les angoisses.
08:20Elle passe
08:20de l'espoir
08:21le plus fou
08:24au désespoir terrible.
08:27Donc,
08:28on vit avec elle,
08:29on a peur avec elle.
08:31Votre livre,
08:31ça s'appelle
08:32« Sa guerre »
08:33et sa guerre,
08:33on comprend très bien
08:34pourquoi ce titre.
08:36Il est donc publié
08:37chez Mialet Barov.
08:38Je vous conseille vraiment
08:39de le lire,
08:39c'est « Appel sa guerre ».
08:40Merci Laurent Benegui.
08:41C'est moi.
08:41Merci beaucoup.
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