00:0111h30-13h, Christine Kelly sur Europe 1.
00:05Ce n'est que sur Europe 1 que vous pourrez entendre un débat pour, un débat contre, avec des arguments, avec des médecins, avec des patients, avec des gens en fin de vie.
00:16Et c'est maintenant. Nous avons dans le studio Ségolène Pireucieux qui est médecin, qui est spécialisé en soins palliatifs,
00:24qui est présidente de la SFAP, Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs.
00:28On lui parlera dans un instant, on lui demandera ce que c'est qu'être soulagé.
00:32Être soulagé sans souffrir, est-ce que c'est possible ? On reviendra avec elle là-dessus.
00:36Nous sommes ainsi avec Aïmania et le professeur Émilie Ritt d'Éthique Médicale,
00:40qui parlait de dégélisibles ces personnes qui sont en situation de handicap.
00:45Pourquoi est-ce qu'ils sont la cible de ce texte ? On en parlera aussi avec lui.
00:49Mais d'abord, nous sommes en ligne avec Gaïa. Gaïa qui est en train de nous expliquer,
00:53et puis qui représente un peu tous ceux qui sont pour ce texte.
00:56Et j'aime bien parce que Gaïa a commencé par nous dire si j'ai bien compris le texte de la loi.
01:02Et elle nous expliquait qu'elle a accompagné son mari, 69 ans, en fin de vie, pendant trois semaines,
01:08et c'était difficile sur tout la nuit.
01:10Dites-nous comment ça s'est passé, et pourquoi vous êtes pour ce texte de l'Eda Morea, ma chère Gaïa,
01:16qui nous appelle du centre de Val-de-Loire.
01:18– Allô ? – Oui.
01:21– Vous m'entendez ? – Bien, parfaitement Gaïa.
01:24– OK. Voilà. Parce qu'effectivement, quand on avait anticipé avec mon mari le fait qu'il voulait éventuellement partir de sa propre volonté,
01:36le seul recours serait d'aller en Belgique.
01:39Mais la maladie, il est beaucoup trop avancé pour pouvoir faire cette démarche.
01:45Donc il avait signé tous les papiers pour dire qu'il ne voulait pas qu'on le prolonge en cas de souci.
01:51Enfin, il était forcément des soucis dans sa maladie.
01:55Et la neurologue m'ayant dit que parfois les gens changeaient d'avis,
02:01j'ai vérifié, quand il a commencé à ne plus pouvoir s'alimenter sans faire de fausses routes,
02:05qu'il était bien toujours contre le fait qu'on l'alimente en intubant.
02:12Et là, il a été très clair. Il a dit non, je ne veux pas.
02:16– Non, je ne veux pas ?
02:17– Je ne veux pas qu'on m'intube, qu'on me nourrisse de façon par intubes.
02:21– Non à l'acharnement thérapeutique, on va dire.
02:23– Non à l'acharnement thérapeutique.
02:24– C'est déjà autorisé par la loi Néonetti, si ma mémoire est bonne.
02:26– Voilà. En fait, il n'était plus à la maison,
02:29puisque c'était devenu trop dangereux pour moi de le garder à la maison.
02:32On était donc en EHPAD et on nous a proposé le soin palliatif.
02:41Et entre-temps, s'il commençait à trop souffrir,
02:45éventuellement le mettre sous morphine avec l'HAD, il ne se passait rien.
02:50Donc un soir, j'ai demandé à la famille pourquoi il ne se passait rien.
02:54Mais il va bientôt partir en soin palliatif.
02:57Oui, ça fait trois semaines qu'il souffre.
02:58Donc pendant trois semaines, il a souffert.
03:02Moi aussi, je vais vous dire, c'était très dur de le voir comme ça.
03:05– Bien sûr, Gaïa.
03:06– Et donc, il part en soin palliatif demain matin.
03:12Cette famille est partie.
03:15J'ai demandé à quelqu'un d'autre d'appeler l'HAD.
03:18Ils ont accepté de le mettre sous morphine.
03:21On est parti le lendemain matin en soin palliatif.
03:25Et 48 heures plus tard, il a été décédé.
03:29Si c'était arrivé trois semaines plus tôt,
03:31parce que moi, j'ai vu ce qui s'était passé
03:33dès qu'il a été en soin palliatif.
03:35Effectivement, il a été apaisé.
03:37– Ah, très intéressant.
03:38– Jusqu'au bout, de toute façon.
03:40Ça aurait pu être trois semaines plus tôt.
03:42Donc lui, ça faisait trois semaines qu'il voulait partir.
03:45Il n'en pouvait plus.
03:47C'est horrible d'étouffer, de mourir en étouffant.
03:50– Restez en ligne avec nous, ma chère Gaïa.
03:52– Je voudrais vraiment comprendre si c'est quoi.
03:54Par contre, je suis d'accord avec ce que dit la première dame.
03:57– Mais justement, je vais lui donner la parole.
03:59– Voilà.
04:00Je comprends qu'on ne peut pas, qu'à cadeau,
04:03décider pour une personne.
04:04Non, ça, c'est vraiment le choix.
04:06– Donc vous êtes pour le texte, finalement.
04:09C'est intéressant ce que vous dites, Gaïa.
04:11Parce qu'à la fois, vous dites que vous êtes contre le texte,
04:13pour le texte, parce que vous avez vu votre mari souffrir
04:17terriblement pendant trois semaines.
04:18et à la fin, vous dites effectivement que lorsqu'il arrivait en soins palliatifs,
04:23il a été soulagé.
04:24Et que vous dites qu'on ne peut pas décider à la place, effectivement.
04:29Donc c'est intéressant comment vous passez du fait d'être pour le texte,
04:33au fait finalement d'être peut-être contre.
04:35Je me tourne vers effectivement Ségolène Perrucchio.
04:39Quel regard vous portez sur ce que dit madame
04:41et sur le fait qu'il ait été soulagé ?
04:44Mais elle dit, ça aurait pu être trois semaines plus tôt.
04:46– Bien sûr, je suis malheureusement, je n'entends que trop souvent
04:50ce genre de témoignage et j'en suis tellement désolée.
04:54Et quand je dis on sait faire, c'est exactement ce dont témoigne madame.
04:57Elle a été, son mari manifestement n'a pas été suffisamment soulagé
05:01pendant plusieurs semaines.
05:03Et qu'est-ce que ça peut être long ?
05:05Et qu'est-ce que je sais pour accompagner des patients ?
05:07À quel point c'est difficile ? Est-ce que ce monsieur a dû vivre ?
05:09Et cette dame a dû vivre ? Est-ce que c'est terrible ?
05:11Et elle le témoigne elle-même qu'à la fin, il a pu être soulagé.
05:15Alors j'en suis ravie pour lui, mais je suis tellement désolée
05:18qu'il ait fallu attendre deux jours avant sa mort.
05:21Nous, les acteurs de soins palliatifs, nous militons pour des prises en charge précoces.
05:24Contacter une équipe de soins palliatifs n'a jamais fait mourir personne.
05:28Contacter une équipe de soins palliatifs, c'est permettre peut-être d'éviter ces trois semaines
05:32de mettre ce monsieur tout de suite sous les traitements nécessaires
05:36si c'était de la morphine dont il avait besoin, ce qui est effectivement a priori adapté.
05:41Mais bien en amont, il aurait très certainement pu être mieux soulagé
05:44s'il y avait eu plus de moyens et des personnes autour de lui mieux formées.
05:48C'est pourquoi on se bat.
05:49Aujourd'hui, ce qui nous terrifie, c'est l'idée qu'on puisse demander le Danazi
05:52par un défaut d'accès aux soins.
05:54Ségolène Peruccio, médecin en soins palliatifs, présidente de la SFAP,
06:00la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs.
06:03Question, pourquoi justement on ne propose pas des soins palliatifs plus tôt ?
06:08Alors vous militez pour ça, ce qui éviterait effectivement une souffrance.
06:12Et effectivement, au lieu d'aller vers ce texte, au lieu d'aller vers l'aide à mourir,
06:16pourquoi est-ce qu'on ne propose pas plus tôt pour éviter les trois semaines de souffrance ?
06:19Comme nous disait Gaïa, qui nous a témoigné du terrible décès de son époux.
06:25Parce qu'on n'est pas bien formé en France.
06:29On est formé à guérir, on n'est pas formé à accompagner, on n'est pas formé à soulager.
06:33Soulager, accompagner, c'est anecdotique, mais l'objectif des professionnels de santé, c'est de guérir.
06:37Ça, c'est la première chose.
06:38La deuxième chose, c'est qu'on manque de moyens.
06:40Peut-être que cette dame qui dit que son mari devait être pris en hospitalisation à domicile
06:45a attendu peut-être que l'hospitalisation à domicile n'avait pas assez de soignants,
06:49a mis du temps à se mettre en place parce qu'on manque de moyens.
06:52Donc il y a vraiment plusieurs facteurs,
06:56mais il y a quand même ce sujet de on n'est pas formé à l'accompagnement,
06:59on n'est formé qu'à guérir.
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