00:00Europe 1, Europe 1, 11h30, 13h, Christine Kelly et vous.
00:06Une dernière ligne droite de Christine Kelly et vous, avant d'accueillir Clélie Mathias vers 13h.
00:12Nous sommes en train de parler de cette loi qui arrive au Sénat demain, cette loi sur la fin de vie,
00:18cette loi sur l'euthanasie, cette loi sur l'aide à mourir, disons les mots,
00:22cette loi qui veut la mort de certains qui pourraient vivre, comme le crient les éligibles
00:28et qui disent qu'ils ne veulent pas être, on va dire, victimes de ce texte.
00:33Nous sommes en ligne avec Pierre Jouva et nous sommes en studio aussi avec Ségolène Perrucchio
00:39qui est médecin et présidente de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs.
00:45Pierre Jouva, vous êtes en ligne avec nous, vous êtes journaliste, la vie, vous êtes auteur du livre
00:50« Peut-on programmer sa mort ? », vous avez étudié, analysé la Belgique,
00:54deuxième pays au monde à avoir autorisé l'aide à mourir en 2002.
00:59Que dit concrètement, justement, les conséquences de cette loi ?
01:03Quelles conséquences pour cette loi que vous avez analysée en Belgique ?
01:07Très concrètement, chère Christine, l'euthanasie s'est banalisée en Belgique,
01:12à tel point qu'elle ne fait guère plus débat aujourd'hui.
01:16L'euthanasie n'est plus du tout réservée à des situations exceptionnelles,
01:19puisque, en 2024, elle représente 3,6% des décès.
01:25Et je précise que c'est un chiffre qui est déclaré à la Commission fédérale de contrôle et d'évaluation
01:30et qui ne prend pas en compte les euthanasies clandestines qui ont pu avoir lieu.
01:36Ce qu'on constate en Belgique aussi, c'est que les gardes-fous ont sauté les uns après les autres.
01:40En 2014, l'euthanasie a été tendue aux mineurs, sans limite d'âge.
01:48Et aujourd'hui, on discute en Belgique d'étendre l'euthanasie aux personnes atteintes de démence,
01:55comme les malades d'Alzheimer.
01:56C'est-à-dire que, quand vous êtes conscient, vous rédigez une directive anticipée en disant
02:01« Lorsque je serai dément, j'autorise les médecins à meuthanasier ».
02:06Alors, je précise que ce n'est pas encore passé dans la loi, mais que c'est discuté actuellement en Belgique
02:12et que c'est une revendication, une vieille revendication des partisans de l'euthanasie.
02:18Incroyable.
02:20Ce qu'on constate aussi en Belgique, c'est qu'il y a des euthanasies pour souffrance psychique.
02:26Et il n'est pas rare, ce n'est pas la majorité, mais il n'est pas rare de voir des euthanasies
02:31pour cause de dépression lourde, pour cause de stress post-traumatique,
02:36ou même pour des personnes qui ont été diagnostiquées autistes.
02:40Et surtout, Christine, ce qui me semble important à souligner,
02:44c'est que dans les euthanasies qui sont déclarées en Belgique,
02:48la moitié des cas concerne le cancer, un peu plus de 50%.
02:52Mais la deuxième cause des euthanasies relève de ce qu'on appelle les polypathologies, à plus de 21%.
03:00Qu'est-ce qu'on entend par polypathologie ?
03:02En fait, c'est une somme d'affections chroniques liées à la vieillesse, liées à l'âge.
03:08La vie qui baisse, le cœur qui faiblit, l'incontinence urinaire, les membres qui craquent.
03:17Donc, potentiellement, une grande partie des personnes âgées sont concernées par ces polypathologies.
03:25Et donc là, vous comprenez, Christine, que nous ne sommes plus dans la fin de vie.
03:28C'est ça.
03:29Nous ne sommes plus dans une maladie mortelle, avec des personnes à l'agonie.
03:34Nous sommes dans la gestion de la vieillesse.
03:37Et comme l'a dit le professeur Hirsch tout à l'heure,
03:40il y a d'innombrables personnes âgées dans notre société qui souffrent de solitude,
03:45qui souffrent de maltraitance et qui pourraient donc être tentées de demander l'euthanasie
03:51pour ne plus être un poids pour leurs proches et pour la société.
03:55C'est exactement l'objet de ma chronique dans le journal du dimanche.
03:59J'invite tous les auditeurs d'Europe 1 à lire.
04:01On pourrait se projeter.
04:03C'est un mercredi 3 janvier 2034.
04:06Lisez la chronique, vous verrez.
04:07Pierre Jova, merci infiniment pour votre témoignage précis.
04:11En tant que journaliste, vous qui avez étudié effectivement les conséquences
04:16de ce qui se passe en Belgique, deuxième pays au monde à avoir légalisé l'euthanasie
04:23avec 3,6% des décès qui sont concernés effectivement aujourd'hui
04:26avec ces jeunes maintenant qui sont euthanasiés.
04:30Et ce texte aujourd'hui qui est en discussion en Belgique pour la démence
04:35et puis les autistes qui sont concernés, ceux qui sont atteints de dépression.
04:39Merci infiniment.
04:40Ségolène Perrucchio, je vous donne le mot de la fin sur ce sujet
04:42avant d'aborder un autre sujet avec notre invité qui est entré en studio.
04:46Ségolène Perrucchio, vous êtes médecin, infirmière en soins palliatifs.
04:50Vous êtes présidente de la société, la SFAP, Société française d'accompagnement
04:54et de soins palliatifs.
04:55Et je le disais en début d'émission, vous avez vu et vous voyez
04:59de nombreuses personnes mourir entre vos mains.
05:03Qui d'autre que vous peut vraiment donner le mot de la fin sur ce sujet ?
05:09Je remercie Pierre Jova pour son témoignage et ce qu'il nous rapporte de la Belgique.
05:17Et pour conclure, j'ai envie de dire, parce que c'est pareil au Canada,
05:20on a les mêmes, enfin c'est même bien plus ça au Canada.
05:22A Québec, c'est 7,9% des décès maintenant qui sont des décès par euthanasie.
05:27Attention à ce qu'on fait en France, attention à ce qu'on fait.
05:31On n'est pas meilleurs que les Belges, on n'est pas meilleurs que les Canadiens.
05:34On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas.
05:36On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas.
05:38Merci infiniment Ségolène Perrucchio.
05:40Merci à Emmanuel Hirsch d'avoir été en direct sur Europe 1
05:44pour un débat que vous n'aurez nulle part ailleurs.
05:47Merci à Emmanuel Hirsch d'avoir regardé cette vidéo.
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