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  • il y a 6 mois
Avec le Dr Aymeric Lemignot, praticien hospitalier contractuel, travaille aux urgences, au SAMU et au SMUR, au CHU de Rennes

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##C_EST_A_LA_UNE-2026-01-16##

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Transcription
00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Maxime Liedot.
00:06Il est 7h12 et vous êtes bien sur Sud Radio et cette tragédie, ce drame du côté de Rennes, aux urgences, deux morts sur des brancards.
00:14Bonjour docteur Érimery Lemignot.
00:16Bonjour Maxime.
00:17Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, vous êtes praticien hospitalier, contractuel et vous travaillez justement aux urgences, aux SAMU et aux SMUR au niveau du CHU de Rennes.
00:27On l'a appris il y a quelques jours, ce drame quand même, deux patients morts sur les brancards.
00:32Merci d'être avec nous ce matin dans votre emploi du temps qui est serré.
00:36Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on ait connu une telle situation ?
00:40Alors moi je n'étais pas présent sur cette nuit et cette journée où il y a eu ces décès.
00:47Je laisse le soin à la direction de l'hôpital et au secteur communication qui communique déjà là-dessus.
00:54Moi en tout cas ce que je peux dire c'est qu'effectivement des décès sur des brancards aux urgences, malheureusement ça fait la une aujourd'hui.
01:01Mais ce n'est pas d'aujourd'hui, c'est un problème qui date de toujours.
01:05Malheureusement par défaut de manque de lits, d'hospitalisation pour accueillir ces patients qui nous arrivent aux urgences.
01:11Malheureusement dans des situations de fin de vie, on ne peut pas hospitaliser par faute de lits et de moyens la plupart du temps.
01:17Donc on découvre ça aujourd'hui avec l'actualité mais ce n'est pas que d'aujourd'hui malheureusement.
01:21Alors on le découvre sans doute avec l'actualité, malheureusement c'est presque plus tragique de vous entendre le décrire ainsi.
01:28C'est-à-dire qu'on doit aujourd'hui s'habituer à ce que malheureusement, et je le mets entre guillemets,
01:34ce ne soit même pas lié à tout un contexte, c'est-à-dire éventuellement la grippe qui surcharge l'hôpital,
01:38la grève des médecins libéraux qui fait que certaines urgences peuvent être un peu plus surchargées.
01:43Hélas, des patients qui meurent sur des brancards à l'hôpital en France, c'est habituel.
01:47C'est habituel, ça serait un mot assez fort.
01:52Ce n'est pas habituel mais malheureusement ça arrive.
01:54Dans un monde parfait, ça devrait ne pas arriver.
01:57C'est vrai qu'on a la chance d'avoir nos anciens qui sont dans des secteurs, dans des lieux de vie,
02:03qui ont un manque de moyens en amont de venir aux urgences, de décéder dans de bonnes conditions,
02:09par faute parfois de médecins, collaborateurs dans ces EHPAD malheureusement.
02:14Et ces patients qui arrivent aux urgences, en tant qu'urgentistes, on les traite, on accompagne bien souvent.
02:20Mais bien souvent, notre prise en charge reste limitée.
02:23Quand on n'a pas de lit d'hospitalisation, quand on n'a pas de chambre seul pour que ces patients puissent mourir dignement,
02:27ces patients ont fait comme on peut aux urgences.
02:29Et malheureusement, il y arrive des petites erreurs dans la matrice où ces patients arrivent malheureusement à décéder aux urgences.
02:36– Docteur Emmerich Leminault, je rappelle que vous êtes praticien hospitalier contractuel
02:41et que vous travaillez du côté du CHU de Rennes, où justement il y a eu ce drame de patients meurs.
02:46Vous évoquiez l'hôpital, bien sûr, qui a communiqué sur le sujet, très rapidement d'ailleurs,
02:51en assurant que ça n'avait rien à voir avec précisément le contexte, l'épidémie grippe, le surcharge,
02:56l'attention des hôpitaux, mais que ça faisait quand même malheureusement partie, en effet,
03:00on va dire non pas du quotidien, mais des activités, des choses auxquelles on devait faire face dans les hôpitaux.
03:05Est-ce que ce n'est pas ça le problème ?
03:07Même quand on vous entend en parler, on dirait qu'il y a une sorte de distance à s'être habitué à cette situation.
03:14– Oui, on y est habitué.
03:16Donc c'est pour ça, moi je suis persuadé que ces deux décès sur des brancards dimanche dernier
03:23ne sont pas la conséquence directe de la surcharge liée à la grippe ou liée à la grève.
03:30On a un nombre de passages aux urgences à Rennes qui est bien augmenté ces derniers temps.
03:36La moyenne, c'est 187 passages sur l'année 2024.
03:40Moi je suis arrivé au CHU à Rennes depuis cet été, simplement.
03:44J'y ai travaillé un peu ponctuellement depuis deux ans.
03:47Et le nombre de passages est déjà bien au-dessus de cette moyenne-là depuis quelques jours,
03:51avec des pics qui sont bien élevés à 280 personnes qu'il y a eu lundi dernier par exemple.
03:56– Donc 100 personnes de plus en moyenne ?
03:59– Pas en moyenne, mais un pic à 100 personnes de plus sur une journée pour un effectif.
04:05Alors nous, on a eu des renforts médicaux qui se sont mis en place.
04:09Là, depuis quelques jours, l'accès est régulé aux urgences 24 heures sur 24,
04:14ce qui permet un petit peu de trier un peu en amont les patients qui arrivent aux urgences.
04:18Maintenant, le problème reste le même, c'est sur nos lits d'hospitalisation.
04:22– Et celui, on y viendra, ce problème de lits, on y reviendra dans un instant,
04:27parce que c'est sans doute le cœur du problème, mais j'aimerais qu'on s'arrête.
04:31Est-ce qu'on se rend compte aujourd'hui que l'hôpital, regardez,
04:34on vient de parler de régulation de morts sur des brancards,
04:37je pense à tous ceux qui nous écoutent, ça fait des années et des années
04:40qu'ils entendent que la France est le meilleur système de santé au monde,
04:43et aujourd'hui, on a cette situation qui, pardon, donne l'impression d'être un pays en voie de développement.
04:48– Un petit peu, un petit peu.
04:52C'est vrai que quand on y est tous les jours au cœur du réacteur,
04:56comme je dis souvent, on s'entend vraiment un peu de ce qui se passe.
05:00Nous, tous les matins, aux urgences à Rennes, quand on prend notre poste à 8h30,
05:03on a à peu près la moitié des patients dont on a sous notre responsabilité
05:08qui ont une prise en charge qui est terminée,
05:10c'est-à-dire qui ont soit un diagnostic posé, une indication d'hospitalisation,
05:13soit l'absence de diagnostic posé et aussi une indication d'hospitalisation,
05:15pour lesquelles on doit encore poursuivre la prise en charge en tant qu'urgentiste,
05:20alors que normalement, moi j'ai fait de la médecine d'urgence,
05:23pas pour traiter les gens pendant plusieurs jours et plusieurs heures.
05:27Malheureusement, le fait de passer la main à un confrère
05:30pour un service d'hospitalisation pour la suite de la prise en charge,
05:32qui n'est plus de la médecine d'urgence,
05:34on doit le faire aux urgences, parce que ces patients,
05:36quand on arrive le matin à 8h30, vont être hospitalisés malheureusement
05:38qu'à 15h, 16h, 17h, alors qu'ils sont déjà là depuis la veille pour certains.
05:43Et la question centrale de cette désorganisation, de ce manque de moyens,
05:47c'est les fameux lits, c'est-à-dire que c'est toujours aujourd'hui le cœur du problème,
05:51alors qu'après les différentes crises, notamment le Covid,
05:53on avait pensé que cela allait être résolu dans les plus brefs délais,
05:57ça n'a pas été le cas ?
05:59Non, mais ça n'a pas été le cas.
06:00Après, je n'ai pas les chiffres sur les politiques récentes
06:03en termes du nombre de lits d'hospitalisation,
06:05mais je ne pense pas que ça, malgré le Covid, les lits d'hospitalisation
06:09ont été en augmentant depuis ces dix dernières années.
06:13Donc le vrai problème, c'est vrai pour nous.
06:15D'ailleurs, on le voit, moi, en petite histoire,
06:18j'ai travaillé pendant un an et demi à l'hôpital d'Aubagne,
06:20qui est un hôpital périphérique de Marseille.
06:24Exactement, cet hôpital a la chance d'avoir un capacitaire de lits d'hospitalisation
06:27qui était fonction du nombre de patients qui passaient aux urgences
06:30et du taux de patients qu'on devait hospitaliser.
06:32Quand on arrivait aux urgences, en un an et demi,
06:34je suis allé trois ou quatre fois travailler le matin
06:36simplement avec des patients que je devais revoir le matin
06:38qui attendaient une hospitalisation.
06:40Ça enlève quand même une certaine pénibilité au travail
06:41d'arriver le matin et de voir que des patients en cours de prise en charge
06:44ou les nouveaux à voir dans la journée.
06:46Ça, c'est une petite exception dans l'hôpital public, l'hôpital d'Aubagne,
06:49parce que j'ai connu ça nulle part ailleurs.
06:51Quand j'ai fait des remplacements ponctuels dans d'autres hôpitaux de France
06:54ou quand je suis passé pendant mes internats,
06:56pendant ma formation, c'est clairement une exception.
06:59Là, c'est pas du tout cas, on en est très, très loin.
07:00Et ça ne devrait pas, c'est plutôt l'hôpital d'Aubagne du côté de Marseille
07:04qui devrait être la norme et non pas l'exception.
07:06Merci beaucoup, docteur Émery Plemignot, d'avoir été avec nous ce matin.
07:10Je rappelle, praticien hospitalier du côté du CHU de Rennes
07:14qui a connu malheureusement deux décès sur des brancards.
07:17Il me semblait suffisamment important, vu la gravité de la situation,
07:20d'y revenir ce matin sur Sud Radio.
07:22Il est 7h19.
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