00:00Il est 8h40, excellent début de journée avec Europe 1 matin et avec Dimitri Pavlenko jusqu'à 9h.
00:04Et place à votre signature, Europe 1 du jeudi, bonjour Charlotte Dornelas.
00:08Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:09Charlotte, hier au bout de 10 ans de démêlée judiciaire, la cour de cassation a confirmé le non-lieu au
00:14bénéfice des trois gendarmes qui étaient impliqués dans l'affaire Adama Traoré.
00:18Cette décision, qu'est-ce qu'elle signifie selon vous ?
00:20Que la justice française, que réclamait Assa Traoré et ses soutiens, a prononcé ce non-lieu de manière définitive,
00:26même si la famille a déjà annoncé saisir la cour européenne des droits de l'homme.
00:30Et en même temps que la justice passe, le discours militant qui entoure sa sœur depuis des années s'effondre.
00:36Adama Traoré, 24 ans, est bien mort à la suite d'une course-poursuite avec des gendarmes,
00:40mais il ne peut être considéré, après 10 ans de travail judiciaire sous pression militante, médiatique et parfois politique,
00:47comme la victime d'une police raciste ou injustement violente.
00:51Assa Traoré ait voulu le croire, le dire et le crier est une chose,
00:54mais que tant de personnes se soient précipitées pour relayer un discours aussi infamant
00:58à l'égard de trois gendarmes et leurs familles qui, à leur manière, ont également vécu 10 ans de cauchemars
01:03judiciaires,
01:04devait être le point de départ d'une remise en cause de nos réactions collectives,
01:08notamment dans les affaires parfois dramatiques qui impliquent les forces de l'ordre.
01:12Remise en question, dites-vous, mais alors par où commencer ?
01:15Par le sang-froid d'une partie significative de la classe politique
01:18qui manque systématiquement dès lors que la peur les prend.
01:21Il ne peut y avoir des victimes à partir desquelles tout ne serait qu'instrumentalisation,
01:26malgré des interrogations forgées dans la trame des événements,
01:29et d'autres victimes immédiatement érigées en objection de conscience collective,
01:34alors même que le récit des faits doit pour cela être réécrit.
01:37Parce que si la justice fait un travail minutieux, contradictoire et donc nécessaire,
01:41qu'aucun d'entre nous ne peut faire,
01:43voilà déjà de longues années que certains éléments venaient contredire
01:46le récit particulièrement agressif de sa sœur Assa Traoré, pourtant porté au pinacle.
01:52Il aurait fallu, par souci du bien commun élémentaire, répondre avec plus de conviction
01:56à cet investissement médiatisé, sponsorisé, international contre une police française
02:01déclarée raciste, violente et injuste en toutes circonstances.
02:05Non parce que l'existence d'un policier raciste ou violent est impossible, évidemment,
02:09mais parce que l'histoire tragique de son frère n'est pas celle-ci,
02:12que cette réalité n'en est pas une à l'échelle d'une profession entière,
02:15qui continue, depuis et malgré les insultes, à faire son travail partout en France,
02:19et notamment en banlieue, où une part oubliée de la population
02:22réclame justement d'accroître sa présence.
02:25Mais même son avocat répète que la cour d'appel a reconnu un lien de causalité
02:30entre la course-poursuite contre Adama Traoré et son décès.
02:34Comment vous interprétez ce non-lieu ?
02:36Tout le monde a besoin de réponses devant le scandale de la mort,
02:39mais il faut parfois accepter que la réponse ne soit pas celle que l'on attendait.
02:42Le lien de causalité évoqué par le parquet, c'est entre la course-poursuite et sa mort,
02:47et non entre les intentions et comportements des gendarmes et sa mort.
02:51Cela fait une petite différence.
02:53Oui, Adama Traoré avait une fragilité physique
02:55que l'effort fourni pendant cette course a peut-être accentué au point de l'emporter.
03:00Il faisait 37 degrés ce jour-là, il faut le rappeler.
03:02Exactement.
03:02Mais la course-poursuite n'a évidemment pas été déclenchée dans ce but
03:05qu'aucun gendarme ne pouvait d'ailleurs imaginer,
03:08à moins de décider de manière préventive désormais
03:10qu'ils n'ont plus le droit d'intervenir si un risque peut exister,
03:13et qu'ils n'ont donc plus le droit d'intervenir du tout.
03:15Parce que non, Adama Traoré n'a pas été interpellé
03:18parce qu'il était noir ou parce qu'il fuyait un contrôle au faciès,
03:21comme l'ont répété ses soutiens jusqu'à la nausée.
03:23Et non, Adama Traoré n'a pas été interpellé
03:26en raison d'un quelconque harcèlement
03:28à l'égard d'une famille aux multiples démêlés judiciaires.
03:31Ce 19 juillet 2016,
03:34les gendarmes viennent initialement interpeller Bagui Traoré,
03:37un autre frère à leur rechercher
03:38dans une affaire d'escroquerie et extorsion
03:40sur personnes vulnérables.
03:41C'est parce qu'Adama est à côté de lui
03:43que les gendarmes contrôlent son identité,
03:45mais Adama prend la fuite
03:46et c'est ainsi que débute l'interpellation.
03:49Un jeune homme est mort, c'est vrai.
03:51Sans cette course-poursuite, c'est vrai aussi,
03:53Adama serait peut-être vivant,
03:54mais aucun gendarme ne l'a voulu
03:56ou n'a agi dans ce but.
03:57Après dix ans de mensonges,
03:59d'approximation, de confusion et d'accusation,
04:01voilà ce qu'a vraiment conclu
04:02la justice pour Adama.
04:04Merci beaucoup.
04:05Signature européenne, Charlotte Dornelas.
04:06Merci beaucoup, Charlotte.
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