00:00Oui, ça permet de comprendre aussi Romain, pourquoi est-ce qu'à l'heure où la France est toujours incapable de se doter d'un budget de l'État pour 2026,
00:06pourquoi est-ce que le retard de cette loi a un tel impact au fond sur l'ensemble du tissu économique et pas seulement sur les comptes de l'État ?
00:13La raison est là sous nos yeux, c'est un chercheur de l'université du Mans, Jérôme Barré, qui nous en livre la clé.
00:17Certes, la France emploie donc déjà 5,8 millions de fonctionnaires, directement payés par les deniers de l'État donc,
00:22ce qu'en fait un des pays, au passage, un des pays européens avec la plus grosse part d'emploi public sur l'emploi total.
00:27Mais surtout, selon ce professeur de gestion, on aurait 25 à 30 millions de personnes au total qui ont un emploi qui dépend directement de l'argent public,
00:35autrement dit qu'ils sont employés indirectement par l'État.
00:38Comment arrive-t-on à de tels chiffres ?
00:39Bien sûr, il y a les fonctionnaires, vous avez les professeurs, les agents hospitaliers, les employés des collectivités,
00:44mais il y a aussi beaucoup d'emplois privés, de salariés qui en fait dépendent de l'argent public et donc des décisions prises par l'État.
00:51A commencer par exemple par les travailleurs du BTP.
00:53C'est une façon d'être dépendant de l'État, explique Jérôme Barret, parce que finalement, la commande publique alimente une grande partie des revenus de ces professions.
01:02C'est ce que note l'économiste qui notamment relève que le poids des marchés publics, aujourd'hui, c'est quasiment 80 milliards d'euros par an dans ce secteur.
01:10Il y a aussi tout le cas des professionnels conventionnés, vous les connaissez tous évidemment, les médecins, les infirmiers, les masseurs kinésithérapeutes, les pharmaciens,
01:18dont les revenus, bien sûr, sont issus de l'assurance maladie et donc de décisions qui, là encore, dépendent des arbitrages publics.
01:25Même chose aussi pour un certain nombre d'acteurs de la justice, des professions réglementées, là encore, comme les notaires, les huissiers,
01:30même les exploitants agricoles qui dépendent en grande partie d'aide de la politique agricole commune.
01:35On a bien vu comment est-ce que l'enjeu de la renégociation de cette PAC, de cette politique agricole commune,
01:40était au cœur aussi des revendications des agriculteurs.
01:42On peut parler de la culture, intéressant de voir aussi à quel point les professionnels de la culture méritent d'être pris en compte selon ce chercheur.
01:49Donc plus de 700 000 personnes, 740 000 très exactement, travaillent dans ce secteur.
01:54Et une bonne partie de ces emplois dépendent, là aussi, de finances publiques, de commandes dans les théâtres, les opéras, les musées, les festivals, les institutions du patrimoine, etc.
02:02Et puis on voit aussi, comme même dans des secteurs innovants qui font la fierté de l'économie française à l'international, par exemple les start-up,
02:09on voit bien comment est-ce que, là encore, tout dépend de programmes d'investissement menés par l'État.
02:15Paul, c'était pourtant une promesse de campagne d'Emmanuel Macron de diminuer le nombre de fonctionnaires.
02:19Résultat des courses, il l'a augmenté.
02:20Oui, et sur les deux volets, Emmanuel Macron s'est finalement montré très interventionnel.
02:24Sur les fonctionnaires, il avait promis d'en supprimer, je crois, 120 000 postes de mémoire dans sa campagne de 2017.
02:30Il y avait une espèce de course avec François Fillon à qui on annoncerait le plus de suppressions.
02:35Finalement, Emmanuel Macron a été élu et entre 2017 et 2023, l'effectif des fonctionnaires a progressé de près de 180 000 personnes.
02:43Et par ailleurs, sur le soutien public à l'économie, et pas seulement pendant la période de Covid,
02:47qui évidemment était le moment qui a le plus illustré ça,
02:49on a vu qu'Emmanuel Macron s'est finalement montré très interventionniste,
02:52avec une volonté de l'État, certes de soutenir l'économie,
02:55mais parfois aussi de mettre l'emploi privé sous perfusion d'argent public au risque que ça crée une dépendance pour la suite.
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